|  

Facebook
Twitter
Syndiquer tout le site

Accueil > Un 1er mai terrifiant en Colombie

Un 1er mai terrifiant en Colombie

Mardi 11 mai 2021, par Priscyll Anctil Avoine

Ce terrible 1er mai, le jour de la fête du travail en Colombie, se produit alors que le pays traverse une triple crise humanitaire qui a largement appauvri les secteurs déjà précarisés de la population : la crise migratoire, celle liée à la pandémie, mais aussi, la recrudescence des violences politiques liées au conflit armé interne. D'ailleurs, si la Covid-19 a causé plus de 74 000 décès en Colombie, les politiques du gouvernement Duque sont clairement le « virus » qui affecte le plus la population de ce pays déjà trop marqué par la violence.

Ce qui devait être une grève nationale contre la réforme fiscale que tente d'imposer le président de la Colombie, Iván Duque, est devenu une offensive directe contre les droits humains, révélant une fois de plus, la longue histoire de criminalisation des protestations sociales dans ce pays.

Les protestations ont débuté le 28 avril 2021, alors que différents secteurs sociaux ont appelé la population à se mobiliser contre la réforme fiscale en dépit des circonstances de la pandémie. Et pour cause : la Covid-19 n'est pas le seul « virus » qui affecte la Colombie ; il y aussi la guerre de l'État contre sa propre population.

Ainsi, des dizaines de milliers de personnes sont sorties dans plusieurs villes comme Bogotá, Cali, Medellín et Bucaramanga, mais aussi dans des plus petites municipalités du pays, pour protester contre la réforme fiscale qui sera un coup de barre pour les populations, déjà largement affectées par la pandémie et les difficultés économiques qui s'ensuivent.

La réforme fiscale proposée par Duque a deux principales cibles : l'augmentation des taxes à la consommation – même sur certains aliments de base – et de la frange des salaires qui seront imposés. Cela aura un impact directe les classes moyennes et moins nanties, en considérant, en plus, la précarisation accrue en raison de la pandémie. En effet, plus de 500 000 commerces ont fermé cette année, 4,1 millions de personnes ont perdu leur emploi, l'insécurité dans les villes a bondi et, dans le zones rurales, les groupes armés en ont profité pour renforcer leur contrôle territorial. Selon les chiffres du Département Administratif National de Statistiques (DANE), 42,5% de la population a été en situation de pauvreté en 2020 : avec la pandémie, ce sont 3,6 millions de personnes de plus qui en sont victimes.

Et oui, les plus riches de Colombie, qui soutiennent le système financier, les politiques néolibérales axées sur l'extractivisme et accompagnées de visions « développementalistes » prédatrices, sortent (encore) indemnes. D'ailleurs, les crimes contre les droits humains des manifestations de cette semaine s'inscrivent dans une longue « politique de mort » ; une stratégie contre toute forme de d'opposition à la dépossession qui a causé la mort de plus de 1000 activistes depuis 2016. Cette politique de mort est soutenue par un budget toujours accru vers le militaire : Duque y planifie l'achat de 24 avions de guerre, révélant son approche militariste aux différents territoires affectés par les économies illicites.

En dépit du « retrait » de la réforme fiscale finalement annoncée par Duque, les manifestations durent maintenant depuis sept jours et le bilan est lourd. Fidèle à son historique de répression sociale contre sa propre population, le ministère de la défense a par exemple militarisé la ville de Cali, avec l'envoi de 3000 effectifs militaires, anti-émeutes et policiers contre les civils. La violence physique, les gaz lacrymogènes, les arrestations arbitraires, les disparitions et les assassinats sont, depuis 7 jours, le modus operandi contre les personnes protestant, identifiées comme des « vandales ».

Comble des tactiques planifiées d'occultation des violations des droits humains, les médias ne transmettent pas l'information sur les événements. Ce sont les organisations des droits humains et médias alternatifs qui tentent, tant bien que mal, de tenir le registre des abus, notamment de l'escouade anti-émeute, historiquement reconnue pour avoir violenté, assassiné et fait disparaître les femmes et les hommes en lutte.

Tout comme en 2019, les protestations ont un caractère particulier : la convergence de plusieurs secteurs (syndicales, féministes, autochtones, professorat, etc.). Cela n'est pas sans rappeler que la pandémie est arrivée en Colombie pendant un moment de convulsions sociales, avec plusieurs protestations qui ont débuté en novembre 2019 contre les actions et inactions du gouvernement Duque. Les protestations de cette semaine ont aussi ce caractère multiple : contre la réforme tributaire, les abus policiers et militaires, la non mise en œuvre des accords de paix signé avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc-ep), l'inaction de l'États face aux assassinats des activistes sociales, les inégalités économiques et la dépossession.

Ce que les médias traditionnels occultent est uniquement relayé par les organisations civiles des droits humains. Ces dernières font un sombre bilan : des centaines de vidéo montrent la brutalité policière et les premiers registres indiquent 35 assassinats (dont 7 vérifiés), 31 personnes disparues, une femme violée par l'escouade anti-émeute, 45 activistes des droits humains agressés, 655 détentions arbitraires, des tirs sur la population civile et des mineurs assassinés par la police. Il n'y a rien à célébrer pour le 1er mai : la journée s'est soldée par l'assassinat de 7 personnes à Cali, par les forces policières, dans ce qui est plutôt une guerre ouverte contre les manifestants.

Billet d'abord publié sur le blogue de l'autrice.

Photo : Camila Santafé (Instagram : @c3lofan)

Le Journal des Alternatives

Accueil

À la une

L’artiste brésilienne Usha Velasco a publié sur Instagram sa nouvelle création artistique intitulée « Doente de Brasil » (Être malade à cause du Brésil). Sur l’un de ses collages, on peut lire « eu não aguento mais » (je n’en peux plus) à côté d’un fragment du drapeau d’un Brésil qui semble vidé de ses couleurs et de son sens, d’autant plus en ces temps de pandémie-génocide dont le Brésil subit les ravages. Il s’agit d’une création qui nous captive et nous incite à réfléchir sur ce qui se passe au Brésil : au milieu du nombre démesuré de morts dû à la Covid-19, le bolsonarisme et ses projets politiques (...)

Lors de son lancement il y a dix ans, le programme allemand Industrie 4.0 promettait une quatrième révolution industrielle qui changerait notre façon de travailler. Sa mise en œuvre répond à des impératifs capitalistes très anciens : utiliser des technologies permettant d’économiser du travail non pas pour réduire la charge de travail, mais pour soumettre les employés à une discipline de travail encore plus stricte.

Le texte suivant reproduit des posts mis en ligne par Mahmoud Muna sur sa page Facebook au fil des derniers jours.

Boaventura de Sousa Santos analyse dans cet article la situation de révolte populaire, mais aussi de répression (avec plusieurs dizaines de morts) et de militarisation que vit la Colombie depuis le 28 avril dernier. Une répression qui s’est encore accrue depuis la rédaction de cet article. Cali, la troisième ville du pays, est devenue l’épicentre de la confrontation de classe dans le pays. Les organisations sociales ont déjà appelé à une nouvelle journée de mobilisation, le mercredi 12 mai 2021.

Ce terrible 1er mai, le jour de la fête du travail en Colombie, se produit alors que le pays traverse une triple crise humanitaire qui a largement appauvri les secteurs déjà précarisés de la population : la crise migratoire, celle liée à la pandémie, mais aussi, la recrudescence des violences politiques liées au conflit armé interne. D’ailleurs, si la Covid-19 a causé plus de 74 000 décès en Colombie, les politiques du gouvernement Duque sont clairement le « virus » qui affecte le plus la population de ce pays déjà trop marqué par la violence. Ce qui devait être une grève nationale contre la (...)

« Mais quel genre d’homme fait ça, tuer sa femme ? »

J’ai traversé le poste-frontière d’Erez pour la première fois en 2006. L’architecture ultra sophistiquée de ce complexe fait de béton, d’acier, de fils de fer et de verre blindé rappelle un décor kafkaïen, à la fois inquiétant et indéchiffrable. Je me souviens encore de la sourde déflagration ressentie alors que j’approchais la sortie vers Gaza. « C’est un bang sonique, rien à craindre », avait voulu me rassurer une journaliste canadienne qui traversait au même moment. Plus tard, on me raconterait le traumatisme vécu par de jeunes enfants qui, à force d’entendre ces bombes sonores, finissaient par (...)
Observer le gouvernement de Joe Biden aux États-Unis donne une sorte tournis pas trop désagréable. Loin des déclarations spectaculaires de son prédécesseur, le nouveau président s’est lancé dans une série de mesures étonnantes qui devraient transformer le pays de façon significative. Et qui découlent de longues luttes dont on a longtemps douté des résultats. Certains observateurs habituellement sceptiques ne craignent pas de renoncer à leur pessimisme. Selon Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, les États-Unis viennent d’adopter « une des lois les plus sociales de leur histoire. » Le (...)
  • Abonnez-vous au podcast :   Apple Podcasts Logo   Spotify Logo   Google Podcasts Logo   Breaker Logo   Overcast Logo   RadioPublic Logo   Pocket Casts Logo   Castro Logo  
https://www.youtube.com/embed/cRHOQRdC1bU
EPISODE 4 | La Révolution Sera Féministe - YouTube

Je m’abonne

Recevez le bulletin mensuel gratuitement par courriel !

Je soutiens

Votre soutien permet à Alternatives de réaliser des projets en appui aux mouvements sociaux à travers le monde et à construire de véritables démocraties participatives. L’autonomie financière et politique d’Alternatives repose sur la générosité de gens comme vous.

Je contribue

Vous pouvez :

  • Soumettre des articles ;
  • Venir à nos réunions mensuelles, où nous faisons la révision de la dernière édition et planifions la prochaine édition ;
  • Travailler comme rédacteur, correcteur, traducteur, bénévole.

514 982-6606
jda@alternatives.ca