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PALESTINE

Face à son destin, George Bush au Moyen-Orient

Jeudi 10 janvier 2008, par René Naba

Face à son destin, George Bush retourne le 8 janvier au Moyen-orient pour négocier sa place dans l’Histoire, en tentant d’impulser une nouvelle dynamique de Paix israélo-palestinienne, alors que le compte à rebours de son départ du pouvoir a commencé avec les primaires électorales de l’Iowa le 3 janvier dernier.

Sur le terrain de ses forfaits où il n’était plus revenu depuis le lancement de la feuille de route, il y a cinq ans, le Président américain va prendre la mesure de ses échecs et des ses désillusions. Conjurer le sort, en somme, pour que ce gâchis ne le catapulte dans l’Histoire comme le pire président des Etats-Unis.

Cinq ans après le lancement de la feuille de route, dans la foulée de l’invasion américaine de l’Afghanistan, en 2001 et des préparatifs visant à l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, le « Grand Moyen-orient », le projet phare de l’administration néo-conservatrice, est un champ de ruines :

L’Irak s’est mu en cimetière de la puissance américaine et l’Iran, par effet d’aubaine, en puissance régionale de fait, devenant du coup le « Nouveau Ennemi Public Numéro Un » de la diplomatie américaine susceptible donc d’une offensive militaire.

Son supplétif Kurde, la cible de l’aviation de son meilleur allié musulman, la Turquie,

Le Liban, le point de fixation traumatologique du mythe de l’invincibilité militaire israélienne, le lieu de carbonisation du fer de lance de l’axe saoudo-américain, l’ancien premier ministre sunnite Rafic Hariri,

L’Etat palestinien, la pilule dorée magique de la diplomatie occidentale, réduit à sa portion congrue cisjordanienne,

Gaza, promu en Hamasland, fief du nouveau radicalisme palestinien,

Alors que ses partenaires de la zone, Noury Al-Malki (Irak), Mahmoud Abbas (Palestine), Fouad Siniora (Liban) et Ehud Olmert (Israël) sont maintenus sous perfusion permanente et les autocrates arabes, le Roi Abdallah d’Arabie saoudite, le président égyptien Hosni Moubarak, le colonel Mouammar Kadhafi de Libye, le président tunisien Zineddine Ben Ali, notamment confortés dans leurs postes.

L’autre volet de la politique américaine, à l’autre extrémité de l’arc de crise, en Afghanistan, « la Guerre contre le terrorisme » bat aussi de l’aile avec la persistance de la guérilla taliban, contre le Président Hamid Karzaî ironiquement dénommé « Le Maire de Kaboul », dans une illustration caricaturale de sa zone de compétence et surtout l’assassinat de Benazir Bhutto, le plus cinglant désaveu de la politique américaine à l’égard de l’Islam asiatique depuis les attentats anti-américains du 11 septembre 2001.

Au terme d’un arrangement conclu entre le président pakistanais Pervez Mucharraf et les Etats-Unis, Benazir Bhutto, héritière de la plus puissante dynastie politique pakistanaise, devait servir de caution démocratique à une junte militaire, tortionnaire de son père Zulficar Ali Bhutto, mort par pendaison.

L’assassinat de l’enfant chérie des Américains six semaines après son retour d’exil à Rawalpindi même, siège de l’Etat-Major pakistanais et des services de renseignement, dont la redoutable ISI (Inter Services Intelligence), qui fut, de surcroît, l’ancienne capitale du Pakistan à l’époque où Zulficar Ali Bhutto exerçait ses responsabilités de chef du gouvernement, a conféré un retentissement supplémentaire à ce désastre majeur de la diplomatie américaine d’une ampleur comparable à l’assassinat de l’ancien président égyptien Anoir el Sadate (1981), voire du chef afghan le commandant Massoud Shah, quelques jours avant les attentats de septembre 2001, ou même du Président éphémère du Liban Bachir Gemayel (1982) dans la foulée du siège de Beyrouth par l’armée israélienne ou de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri (2005).

En Israël et en Palestine, au-delà de ses interlocuteurs désignés, Ehud Olmert et Mahmoud Abbas, et à contre-courant de ses alliés électoraux, les conseillers de l’ombre, notamment le vice-président Dick Cheney et la cohorte du christianisme sioniste, George Bush va s’employer à purger ses fantômes, l’expression synecdoquetique de l’impasse américaine : Ariel Sharon et Yasser Arafat, l’ancien premier ministre israélien, son partenaire activiste dans la politique de force unilatéraliste, qu’un coma biologique a propulsé symboliquement dans un coma politique, et, le chef du Mouvement National Palestinien qu’un confinement hideux a magnifié dans la mort.

Ariel Sharon, point de déroutement de la politique israélienne qu’aucun dirigeant occidental n’a plus jamais mentionné publiquement dans son discours officiel deux ans après le début de son coma et Yasser Arafat, point de recueillement de la mémoire palestinienne,

Dans un geste qui apparaît comme un brutal sursaut d’un sommeil dogmatique, George Bush a relancé le 27 Novembre 2007 les pourparlers de paix à Annapolis (Maryland), au siège de l’Académie navale américaine, incitant ses amis —les généreux donateurs arabes déconsidérés et ses alliés occidentaux déconfis dans la mésaventure irakienne—, à débloquer 7,5 milliards de dollars (sept milliards et cinq cents millions de dollars) à la Palestine, Cette somme excède de deux milliards de dollars la requête initiale palestinienne.

Mais cette générosité inhabituelle, jamais vu dans les annales diplomatiques internationales s’agissant d‘une demande arabe, est destinée en priorité à maintenir à flot une autorité palestinienne exsangue ayant donc vocation à souscrire au nouvel arrangement américain en préparation, mais en en butte à une sérieuse concurrence de son rival idéologique le Hamas, qu‘il importe pour les Occidentaux et leurs alliés régionaux, de vaincre non par les armes, mais par une apparence d’abondance, la forme sournoise de la prévarication par l’assistanat.

Nul n’a été dupe. Nul n’est dupe de cet élan de générosité dont le principal bénéficiaire en sera Israël, la puissance occupante, dont le quadrillage militaire contrôle l’espace aérien, terrestre et maritime du Bantoustan palestinien, de même que son espace douanier et marchand, le déplacement de sa population et de ses responsables politiques, sa main d’oeuvre, ses exportations, son ravitaillement hydroélectrique et alimentaire, en somme tout l’espace vital de la Palestine [1] avec la complicité des Occidentaux et la passivité des régimes arabes alliés de l‘Amérique.

Une semaine après la conférence des pays donateurs de Paris, le gouvernement israélien a ordonné, le 24 Décembre, la veille de la fête de Noël, la construction de 750 logements complémentaires dans les territoires palestiniens occupés. Une mesure manifestement illégale qui grignote de surcroît un peu plus le futur Etat croupion palestinien que les Occidentaux veulent édifier en guise de solde de tout compte sur une superficie représentant 20 pour cent de la totalité du territoire de l’ancienne Palestine du Mandat britannique.

Quatre cent cinquante barrages (450) et cent trente cinq colonies sauvages (135) ont été illégalement développées dans les territoires palestiniens par les autorités d’occupation israélienne, gangrenant l’espace vital palestinien, étranglant son économie, asphyxiant sa population et rompant sa continuité territoriale, sans compter le nouveau « Mur de Brandebourg » construit autour de Jérusalem, déclaré lui aussi illégal par la Cour de Justice Internationale.

Mais nul au sein de la communauté des pays occidentaux ne s’est hasardé, —ou n’a osé—, sinon à condamner à tout le moins à commenter cette mesure qui signe manifestement l’arrêt de mort de la conférence d’Annapolis.

Nul, pas plus George Bush, que Nicolas Sarkozy, le successeur de Tony Blair dans sa fonction de compagnon d’infortune du président américain, le nouveau petit génie de la diplomatie internationale, vacancier de luxe en croisière sur le Nil, trop bercé par les susurrements de sa nouvelle Dame de cœur pour dénoncer cette atteinte manifeste au Droit International, contraire au processus de Paix et à l’Esprit d’Annapolis [2].

[1] cf à ce propos les deux plus récents ouvrages sur la question :

« Israël confronté à son passé » de Sébastien Boussois, Editions de l’Harmattan-Décembre 2007.

« Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949), les révélations des Nouveaux Historiens », Les Editions de l’Atelier-Novembre 2007- de Dominique Vidal, Historien et Journaliste du Monde diplomatique, et Sebastien Boussois, politologue, Directeur de la collection « Reportages » aux Editions du Cygne.

[2] Rendons justice à M. Nicolas Sarkozy : le président français a mentionné la question générale des colonies sauvages israéliennes, d’une manière incidente, au cours d’une conférence de presse qui a suivi la fin de son somptueux séjour privé en Egypte, le 30 décembre 2007, une semaine après la décision israélienne.

En réponse à une question d’un journaliste qui mettait en question la fiabilité de la diplomatique française dans les pays arabes du fait de sa partialité pro-israélienne, Nicolas Sarkozy a commencé par prononcer les premiers termes du mot « colonie » avant de se rétracter pour mentionner les « implantations, comme un obstacle à la paix ». La nuance est révélatrice : une colonie renvoie au colonialisme et au fait qu’Israël est une « puissance occupante » ce qu’il est effectivement au regard du Droit International, mais que ne se résout pas à admettre M. Sarkozy, alors qu’une implantation suggère plutôt une opération de chirurgie esthétique, à l’exemple d’une implantation mammaire, comme pour atténuer la caractère hideux de la colonisation rampante du secteur arabe de Jérusalem et de la Cisjordanie, une opération qui s’apparente par son ampleur à de la spoliation.


Voir en ligne : www.france-palestine.org