|  

Facebook
Twitter
Syndiquer tout le site

Accueil > français > Archives du site > Mondialisation et résistances > COSATU face à ses défis

Afrique du Sud

COSATU face à ses défis

Entretien avec Zwelinzima Vavi

Jeudi 4 septembre 2008, par Zwelinzima Vavi

Zwelinzima Vavi, secrétaire général du Cosatu, dans un long entretien avec un journaliste du Financial Times, donne sa vision de la nouvelle politique du parti au pouvoir, l’ANC, après la conférence de Polokwane et qui pourrait être mis en place après les élections du printemps 2009.

À propos du Zimbabwe et du Swaziland, il a réaffirmé la volonté de son syndicat de faire pression pour en finir avec ces régimes autoritaires. Une action concertée avec le ZCTU, le Congrès des syndicats du Zimbabwe, doit se mettre en place au début septembre pour bloquer l‘entrée des marchandises vers le Zimbabwe. Pour être forte et avoir un impact réel, cette action doit prendre en compte tous les aspects au niveau de la région. Il n’a pas écarté les difficultés concernant un blocage de l’approvisionnement en électricité, le Zimbabwe dépend à 75% de l’électricité fournie par l’Afrique du Sud et le Swaziland à 100%. Or l’électricité est indispensable aux hôpitaux et autres services publics, il ne faut donc pas faire une action irresponsable.

L’action de blocage pourrait ne pas avoir lieu à la seule condition que Robert Mugabe reconnaisse qu’il a perdu les élections en mars dernier, qu’il accepte la mise en place d’une autorité de transition pour préparer de nouvelles élections et qu’il mette concrètement fin à la violence contre les opposants au régime. Mais les faits ne semblent pas du tout aller en ce sens, c’est pourquoi l’action a toutes les chances de se faire pour dire qu’il est inacceptable de garder le pouvoir par la force, au mépris de la volonté populaire. Accepter cela, c’est mettre la démocratie en danger.

Vavi est revenu sur le rôle du Cosatu dans la triple alliance. Le Cosatu en tant que syndicat a contribué à la victoire électorale de l’Anc, mais le Cosatu n’a pas pour autant ménagé ses critiques en vers la politique menée par le gouvernement. Le Cosatu a dénoncé la corruption, les atteintes à la démocratie, la lenteur de l’amélioration des conditions de vie de la majorité de la population. Le Cosatu a été aux avant postes pour dénoncer le chômage, la pauvreté, la hausse du coût de la vie et il a organisé pas moins de dix grèves générales en 13 ans.

À la question de l’influence du Cosatu pour la formulation de la politique au sein de l’alliance, Vavi a fait référence à la mise à l’écart des alliés de l’Anc, du développement d’une attitude arrogante parmi les parlementaires et l’absence d’un espace de débat au sein de l’alliance et de la société en général.

La conférence de Polokwane marque un tournant dans la façon de faire de la politique dans le sens où les partenaires de l’alliance sont mieux entendus et les propositions faites par les uns et les autres font l’objet d’un vrai débat. L’influence du Cosatu est plus forte après Polokwane et cela marque un vrai tournant à gauche. Le Cosatu participe à toutes les réunions et peut faire avancer une meilleure prise en compte de ses priorités : la lutte contre le chômage et la pauvreté, la flambée des prix ou la crise énergétique. Pour résoudre ces graves problèmes, l’adoption d’un programme pour les cinq ans à venir est indispensable.

L’échec des politiques menées pour la santé, l’éducation, la criminalité doit être pris en compte pour rectifier ces politiques qui n’ont pas donné les résultats espérés. À quoi sert d’injecter de l’argent dans l’éducation ou la santé, si cet argent ne résout pas les problèmes ? Une élite ne peut pas avoir réponse à tout, ceux qui vivent les difficultés quotidiennes ont eux aussi leur mot à dire et doivent être écoutés.

La politique financière est aussi remise an cause par Vavi. Vouloir maîtriser l’inflation à tout prix, élever les taux d’intérêts, favoriser les investissements étrangers n’ont pas réussi à vaincre la pauvreté et assurer la création d’emplois nécessaires à un pays où les inégalités s ‘accroissent. Cette situation n’est pas favorable pour attirer les investisseurs.

La question du surplus budgétaire a été abordée et pour Vavi cette situation incroyable où cinq milliards de rands se retrouvent inutilisés dans les caisses de l’état est due à l’incompétence de ceux qui devraient utiliser cet argent pour améliorer les services publics. Il faut en finir avec la nomination de personnel loyal à l’Anc, mais totalement incompétent dans les postes qui lui sont attribués.

Le contexte actuel qui n’est pas bon fait peur et beaucoup se demandent si l’Afrique du Sud va suivre le chemin du Zimbabwe après l’arrivée de Jacob Zuma au pouvoir. Ses amis qui sont présentés comme des populistes effraient, mais Vavi assure que son travail de secrétaire général du Cosatu est de s’assurer que les choses changent dans l’Anc et qu’un véritable travail collectif soit mis en œuvre et qu’on en finisse avec les querelles de factions.

À la question de savoir s’il envisageait une carrière politique et un poste de responsabilité dans le futur gouvernement, Vavi a clairement répondu par la négative parce que s’il le faisait plus personne n’aurait confiance dans les syndicats et leurs responsables qui auraient l’air de se servir de leur position pour faire carrière.

Proche de Jacob Zuma, il pense que le Président de l’Anc est un homme fidèle à ses origines, pour lui la priorité est la création d’emplois et la pauvreté dans les zones rurales. L’éducation lui tient aussi à cœur et son souhait est de voir plus de jeunes avoir accès au savoir, aux emplois qualifiés. Vavi pense qu’avec Jacob Zuma il n’y aura pas plus de dépenses publiques, mais une autre façon de faire. L’argent n’est pas forcément une recette magique qui résout tous les problèmes. Il faut une autre approche pour résoudre les questions vitales de l’éducation, la santé, la criminalité.

Le rôle du président est d’assurer un travail collectif et de recourir aux personnes compétentes. Il n’y aura pas de purges dans le nouveau gouvernement et les personnes qui ont fait leurs preuves n’ont aucune raison de perdre leurs postes. Il faut en finir avec les factions et les divisions. Quand les gens sont bons, il faut les garder et utiliser leurs compétences pour le nouveau programme d’action.

Interrogé sur le procès de Jacob Zuma, Vavi pense que Zuma n’est pas traité d’une manière juste et que les manifestations de ses supporters sont normales et n’auront pas d’influence sur la décision des juges. Ces manifestations de soutien expriment en fait la frustration de la population noire qui ne voit pas concrètement l’amélioration de sa situation, en dépit des efforts accomplis.

Les restructurations nécessaires n’ont pas été faites pour créer des emplois. Le GEAR n a été rien d’autre qu’une politique néo-libérale, en continuité avec la politique économique de l’apartheid. Les grands monopoles sont intacts et il n’y a eu aucune stratégie industrielle pour sortir du schéma traditionnel : l’Afrique du Sud produit des matières premières, qu’elle exporte. Le seul changement est qu’elle exporte vers la Chine plus que vers l’Europe, mais la Chine se comporte exactement comme l’Europe. Elle achète les matières premières, les transforme et vend les produits manufacturés à des prix défiant toute concurrence. Aucun bénéfice pour l’Afrique du Sud.

La popularité de Jacob Zuma est due, selon lui qui le connaît bien depuis 1997, au fait que Jacob Zuma a été le seul responsable de l’Anc a écouté les doléances des travailleurs et de leur syndicat qui étaient sacrifiés au nom de la politique exécrable du Gear. Il a redonné confiance à la majorité de la population la plus pauvre, la plus exploitée dont le meilleur défenseur en dépit des hauts et des bas de son histoire, reste l’Anc. Source Cosatu Media Monitor