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20 ans après : Retour sur la mobilisation contre la ZLÉA et le Sommet des Amériques

Mardi 20 avril 2021, par Sébastien Bouchard

Avec 20 ans de recul, ce texte se veut un retour sur la mobilisation qui a convergé vers la ville de Québec en avril 2001, où se tenait le Sommet des Amériques. Après une mise en contexte sociopolitique, nous présenterons les principaux acteurs de cette mobilisation, son déroulement, puis quelques éléments de bilan.

Contexte mondial

La décennie 1990 se caractérise entre autres par l'accélération de la mondialisation néolibérale et par la renaissance des luttes sociales dans plusieurs pays.

Avec l'effondrement de l'URSS et du bloc de l'est, la bourgeoisie étasunienne, Clinton en tête, mise sur l'instauration d'un nouvel ordre mondial. Ce nouvel ordre vise l'instauration d'un capitalisme néolibéral unifié par des accords de libre-échange de 2e génération [1] sous domination étasunienne. Ces accords favorisent la délocalisation des industries des pays du Nord et les dérèglementations financières, sociale et environnementale. Ils sont négociés par l'OMC [2], l'OCDE [3] ou directement entre pays, comme l'ALE, Accord de libre-échange Canada-États-Unis de 1987 auquel se joint le Mexique en 1994 avec l'ALENA. C'est d'ailleurs en 1994 qu'a lieu de premier Sommet des Amériques qui réunit les chefs d'État de tous les pays du continent (sauf Cuba) et qui traite principalement d'un projet de Zone de libre-échange des Amériques, la ZLÉA. Au Nord comme au Sud, ces politiques se combinent à des politiques d'austérité pour réduire les dettes publiques, ce qui est mené sous le leadership du FMI et de la Banque mondiale pour les pays du Sud.

La gauche est globalement dans une mauvaise posture depuis les années 80. D'un côté, on constate un virage à droite des partis sociaux-démocrates (comme avec Tony Blair en Grande-Bretagne) et l'effondrement de la gauche radicale. De l'autre, les mouvements sociaux et surtout syndicaux sont démobilisés par le contexte de morosité économique et par les attaques gouvernementales. À partir du milieu des années 90, on perçoit une remontée des luttes. On peut penser à l'insurrection zapatiste le jour de l'entrée en vigueur de l'ALENA, et l'émergence de nombreux mouvements comme ATTAC [4], Via Campesina [5], campagne pour l'annulation des dettes du tiers-monde et surtout aux batailles contre les politiques d'austérité dans un grand nombre de pays. Le Parti des travailleurs (PT), au pouvoir au sud du Brésil, organise le premier Forum Social Mondial à Porto Alegre en janvier 2001. En opposition au Forum de Davos, où se coordonne la grande bourgeoisie internationale, des dizaines de milliers de militantEs des mouvements sociaux de la planète y affluent sous le mot d'ordre « un autre monde est possible » [6].

En novembre 1999, la convergence du mouvement syndical, populaire, étudiant, radical et écologiste étasunien à Seattle permet, particulièrement par le biais d'actions de désobéissance civile non violente, de bloquer l'accès à la rencontre de l'OMC et de faire complètement dérailler les négociations. Hypermédiatisé, cet évènement dynamisera la convergence des luttes sectorielles dans le cadre de manifestations altermondialistes présentes d'un sommet à l'autre passant de Bangkok à Nice, Washington, Prague, Gênes, Cancún, etc.

Contexte canadien et québécois

Au Canada, les politiques néolibérales instaurées à partir de la fin des années 1970 s'accentuent avec les années 80 et 90. Les accords de libre-échange avec les États-Unis puis le Mexique serviront d'ailleurs à faire pression de l'extérieur » via leurs tribunaux commerciaux au-dessus des états, pour approfondir ces politiques néolibérales. Le Parti libéral fédéral, élu sur la promesse d'abolir l'accord de libre-échange avec les É-U et la TPS, est installé durablement au pouvoir en ne faisant ni l'un, ni l'autre. Au Québec, après une montée indépendantiste qui se termine avec la défaite référendaire de 1995, le Québec est marqué par les politiques de déficit zéro mises en place par le gouvernement du Parti québécois en concertation avec les centrales syndicales [7].

On assiste alors à un retour de la mobilisation au Québec. Pensons à la Marche des femmes Du pain et des Roses en 1995, puis la grève générale étudiante victorieuse de 1996 et la grève des infirmières de 1997, fortement réprimée par le gouvernement du PQ. La genèse du mouvement altermondialiste apparait dans la foulée du mouvement de solidarité avec les zapatistes, des actions de désobéissances civiles contre l'AMI par l'Opération SalAMI, de la création d'ATTAC-Québec, sans oublier le travail de quelques organismes de solidarité internationale, dont le groupe Alternatives [8]. La Marche mondiale des femmes, qui a lieu en 2000, traversera le Québec et le monde, grâce au leadership des féministes québécoises. Enfin, lors des élections partielles tenues dans le comté de Mercier la veille du Sommet, le 9 avril 2001, Paul Cliche obtient 24% des votes, ce qui impulse une dynamique d'unification de la gauche indépendantiste.

La mobilisation vers le Sommet de Québec

À la suite des mobilisations québécoises contre l'OMC à Seattle en 1999, deux constats s'imposent. Nous savons dorénavant qu'il est possible de faire dérailler des accords de libre-échange et nous constatons que la ville de Québec sera l'hôte d'un important sommet où sera négocié un nouvel accord de libre-échange. Commence alors une aventure qui durera un an et demi. Trois mobilisations parallèles convergeront vers Québec et toucheront l'ensemble des Amériques. Les mouvements sociaux institutionnels, la Table de convergence et les coalitions régionales et enfin, les anticapitalistes.

Les grands mouvements institutionnels avec l'ASC et le RQIC [9]

C'est en 1994, pour donner suite à l'adoption de l'ALENA, qu'est fondé le Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC) puis, parallèlement, la coalition canadienne Common Frontiers. Le RQIC rassemble alors les grandes organisations nationales québécoises : les centrales syndicales [10], le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE), la Fédération des femmes du Québec (FFQ), l'Association québécoise des organisations de solidarité internationale (AQOCI), les fédérations étudiantes collégiale et universitaire du Québec (FECQ et FEUQ). Aux États-Unis, l'Alliance for Responsible Trade (ART) rassemble les grandes organisations syndicales [11], sociales et écologistes. Au Mexique, le RMALC [12] rassemble les organisations sociales et syndicales autonomes du PRI, le parti au pouvoir au Mexique depuis 70 ans qui a gardé une emprise importante sur les mouvements sociaux. C'est en 1997 qu'est créée l'Alliance sociale continentale, en marge du Sommet des Amériques de Belo Horizonte. Elle réunira les coalitions de plusieurs pays d'Amérique contre le projet de ZLÉA. Le premier sommet des peuples a lieu à Santiago, lors du Sommet des Amériques de 1997. Politiquement, on défend l'ajout de clauses sociales à la ZLÉA sans demander son abolition. Ce sont ces organisations qui organiseront le Sommet des peuples et la grande Marche des peuples lors du Sommet de Québec.

La Table de convergence, les coalitions régionales et autres mouvements sociaux

Afin de réunir les organisations visant une mobilisation non violente contre la ZLÉA, une Table de convergence est créée. Le RQIC (bien que pour la ZLÉA), les syndicats indépendants (FIQ, FAC, SFPQ), l'Opération SalAMI, Alternatives et la coalition de Québec OQP-2001 se côtoient. Un travail important de sensibilisation aux effets de la mondialisation y est organisé.

L'Opération SalAMI organise en mars 2001 une « perquisition citoyenne » au ministère des Affaires étrangères à Ottawa afin de « libérer les textes » de la ZLÉA qui sont tenus cachés du public. La Table de convergence organisera des kiosques d'information dans le Vieux-Port durant le Sommet.

C'est plutôt la gauche étudiante, communautaire et politique, réunie dans les organisations régionales qui prendra les devants durant le Sommet. La GOMM (Groupe opposé à la mondialisation des marchés) de Montréal organisera une manifestation le vendredi 20 avril jusqu'à la clôture qui ceinturait le centre-ville. OQP-2001 (Opération Québec printemps), en plus de l'organisation logistique et de l'hébergement, sera responsable d'une manifestation le samedi 21. D'autres coalitions régionales et locales s'organiseront au Québec, mais aussi au Canada, dont les coalitions Mob for Glob[14] de Toronto et d'Halifax.

La mobilisation étudiante québécoise fera la différence. C'est plus de 50 000 étudiantEs qui seront en grève lors du Sommet à Montréal, Québec, Granby, Rouyn-Noranda et Shawinigan. Notons que l'ASSÉ est fondé dans cette mouvance, en février 2001. Ses associations membres seront particulièrement impliquées dans la grève et les mobilisations, entre autres via les coalitions régionales.

Les groupes anticapitalistes

Alors que plusieurs anticapitalistes décident de prioriser leur implication dans les mouvements sociaux, d'autres s'organisent dans de nouvelles organisations créées en vue du Sommet.

Des individus, souvent liés à la pensée libertaire ou anarchiste [14], se regroupent à la Convergence des luttes* anticapitalistes (la CLAC) à Montréal, puis le Comité d'accueil du Sommet des Amériques (CASA) à Québec. La CLAC et la CASA font converger des militantes du nord-est de l'Amérique, entre autres dans le cadre de deux « consultas » tenues à Québec pour organiser diverses actions lors du Sommet. La CLAC et la CASA organiseront la manifestation qui culmine par la chute de la clôture. La CASA se distinguera par la contribution aux préparatifs logistiques, en collaboration avec OQP-2001.

La mobilisation avant le Sommet

L'année qui a précédé le Sommet a combiné une prise de conscience massive des enjeux de la mondialisation et une campagne de peur médiatique sur le danger de se mobiliser.

D'un côté, conférences, colloques, tournées de classes, assemblées de délégués syndicaux, actions théâtrales, chansons engagées [15], manifestations (incluant à la fin de la parade du Carnaval de Québec), entrevues et débats médiatiques se sont multipliés et ont placé les enjeux de la mondialisation au cœur du débat public. La tenue de mobilisations contre les sommets de l'Organisation des états américains (OEA) à Windsor, en juin 2000, et du G-20, en octobre 2000 à Montréal, prépare aussi la mobilisation de Québec.

De l'autre, infiltration policière, sensationnalisme médiatique et débat entre groupes militants sur la question de la violence prendront aussi beaucoup de place. Côté militant, le compromis sera une séparation de l'espace dans le temps en zone verte (familiale et sécuritaire), zone jaune (avec désobéissance civile non violente) et zone rouge (confrontation possible avec la police).

Le défi logistique d'héberger plus de 10 000 militantEs provenant de tout le nord-est de l'Amérique du Nord pendant plusieurs jours sera relevé. Le tout est coordonné par OQP et organisé en collaboration avec la CASA et le CLÉ, le comité de logement de l'Université Laval. L'équivalent d'une ville de 5000 habitants sera d'ailleurs constitué au PEPS de l'Université Laval, avec ses rues et ses avenues. Les 5000 autres personnes seront réparties entre les cégeps, locaux communautaires et les personnes ayant accepté « d'adopter unE militantE » à la maison.

Quelques jours avant le début du Sommet, un immense mur de 4 km ceinture le centre-ville et seules les personnes autorisées pourront avoir accès à ce secteur de la ville. Les commerces du centre-ville se barricadent et les artistes et citoyenNEs en profitent pour décorer le « mur de la honte ». Deux jours avant le Sommet, le groupe montréalais « Germinal » est arrêté. Une conférence de presse dévoile le matériel pyrotechnique qu'il prévoyait utiliser à Québec, matériel fourni par la police dans le cadre d'une infiltration ayant couté près de 1M$ !

La mobilisation durant le Sommet

Certaines activités s'étendront sur l'ensemble de la fin de semaine. D'un côté, le Sommet des peuples réunit quelques milliers de militantEs des mouvements sociaux des Amériques dans le cadre de différents ateliers thématiques. Parallèlement, un périmètre de solidarité est organisé à Limoilou par OQP 2001. Une série de grandes conférences a lieu au cégep de Limoilou [16] en plus d'une série d'ateliers de formations. Des spectacles seront offerts en salle, mais aussi directement dans la rue [17].

Le jeudi 19 avril, suite à l'appel du comité femme de SalAMI, une soixantaine de groupes d'affinités féministes de toutes les tendances lancent le bal et accrochent à la clôture de grandes banderoles sur les effets de la mondialisation capitaliste sur les femmes. Plus tard, une marche aux flambeaux « verte » part de la haute-ville et se termine à St-Roch, où des milliers de personnes se rassemblent sous les bretelles d'autoroutes au son de rythmes improvisés. Pendant ce temps, le sous-sol du Pavillon De Koninck déborde de milliers de militantEs étudiantEs, communautaires et politiques rassembléEs pas les coalitions régionales pour avoir les dernières instructions sur les manifestations du lendemain.

C'est un vendredi matin ensoleillé du 20 avril, que se rassemblent 15 000 militantEs à l'Université Laval pour le départ des deux manifestations qui iront jusqu'au mur de la honte [18].

D'un côté, c'est plus de 6000 personnes qui participent à la manifestation de la GOMM, où se retrouvent le mouvement étudiant, populaire et politique et les autres coalitions régionales. Cette marche vers la basse-ville est classée « jaune » et inclut près de 700 personnes formées à la désobéissance civile pour protéger la marche des attaques policières. Au même moment, près de 2000 personnes décident de quitter le Sommet des peuples pour rejoindre les manifestantEs de la GOMM. La jonction a lieu dans le quartier St-Roch et c'est côte à côte que marcheront jusqu'à la clôture militantEs latinoaméricainNEs, étasunienNEs, canadienNEs et québécoisEs pour monter jusqu'au mur situé en haut de la côte d'Abraham.

L'autre manifestation rassemble 7000 militantes anticapitalistes et est organisée par la CLAC et la CASA dans le cadre du Carnaval contre le capitalisme. Défilant en haute-ville, elle voit une minorité se rendre* à la zone « verte » organisée par le Comité populaire St-Jean-Baptiste sur la rue St-Jean, ce qui n'empêchera pas la police d'arrêter brutalement un leader de la CLAC. La grande majorité, de noir vêtue et armée d'une catapulte à toutou, se rendra jusqu'à la clôture, au Parc de l'Amérique française. Une brèche sera effectuée dans le mur et quelques personnes traverseront symboliquement le mur. À partir de ce moment, et pour toute la fin de semaine, les policiers aspergeront le quartier de 5148 grenades de gaz lacrymogène et utiliseront 906 balles de plastique. Plusieurs hélicoptères tourneront en continu au-dessus du centre-ville, accentuant l'atmosphère insurrectionnelle. Un « front » mouvant cernant le sud et l'ouest de la ville tiendra les militantEs à distance de la clôture. Des équipes militantes de médics fourniront les premiers soins. Les bris matériels pour les habitantEs et commerçantEs resteront limités en comparaison avec l'ampleur du mouvement [19].

L'ensemble des évènements sera couvert en direct par des médias alternatifs rassemblés par la CMAQ et installé dans les locaux de CKIA sur la côte d'Abraham. Ils et elles seront finalement attaqués par la police dans la nuit. Notons que des actions de visibilité seront aussi menées par des personnes résidant* « à l'intérieur de la clôture ». Pendant ce temps, après les délibérations menées dans les différents ateliers thématiques, la déclaration finale du Sommet des peuples, dont le titre commence par « Non à la ZLÉA » [20], marque un pas dans la rupture avec le libre-échange pour certaines organisations du RQIC.

Le samedi 21 avril, la Marche des peuples, gigantesque, se met en branle en basse-ville. Ce sont plus de 60 000 personnes, principalement issues du mouvement syndical québécois, qui y participent. Elle est rejointe par quelques milliers de militantEs participant à la manifestation d'OQP 2001 provenant de la haute-ville. La Marche* des peuples suivra un tracé dans un parc industriel vide pour atterrir dans le stationnement du Colisée, le tout ayant été pensé pour éloigner les marcheurSEs du « front ».

Le dimanche matin, une centaine d'écologistes et de groupes spirituels se réuniront pour faire une prière à Gaïa, puis arpenter la ville armée de sacs à ordures pour ramasser les déchets.

La couverture médiatique du Sommet des Amériques permettra de faire entendre le point de vue altermondialiste, mais ce sera aussi traité comme un fait divers par les médias. Les 60 000 personnes rassemblées lors de la Marche* des peuples auront peu d'écho face aux images spectaculaires provenant du « front ».

Au total, autour de 469 personnes seront incarcérées dans la prison d'Orsainville, où les prisonniers avaient préalablement été transférés ailleurs. Une vigile permanente s'installe dans le stationnement. Le refus de s'identifier de plusieurs personnes détenues embourbera le travail policier. 357 seront accusées et 270 reconnues coupables [21]. Aucun policier ne sera blâmé, mais l'ensemble de la GRC sera, elle, blâmée par la présidente de la commission des plaintes du public pour utilisation excessive de la force.

Durant ce temps, à l'intérieur du Sommet, les négociations avanceront peu. Le président du Venezuela, Hugo Chavez, qui deviendra le fer de lance de la reconstruction de la gauche latinoaméricaine pour la prochaine décennie, dira que c'est la mobilisation de Québec qui lui a fait prendre conscience des dangers de la ZLÉA.

Les suites

L'objectif principal de la mobilisation contre le Sommet des Amériques, l'abandon de la ZLÉA, sera atteint en 2005.

À court terme, la mobilisation altermondialiste québécoise se poursuivra, contre le sommet du G8 (2002, à Ottawa)* et, sur une plus petite échelle contre la rencontre des ministres des Sciences des pays du G8 (2001, à Montmagny)*. Une campagne canadienne de mobilisation contre l'OMC, avec la participation des grands syndicats et incluant de la désobéissance civile, sera organisée, mais stoppée le 11 septembre 2001. Les attentats briseront la dynamique altermondialiste, surtout aux États-Unis. La mobilisation se poursuivra tout de même au Québec contre la ZLÉA. Le 31 octobre 2002 une* grève étudiante de 10 000 personnes est menée par l'ASSÉ et converge vers une manifestation où participent aussi la FCEE et la FECQ-FEUQ. Par la suite, en s'inspirant du Brésil, une consultation populaire (consulta) sur la* ZLÉA est organisée sous l'initiative du RQIC. Elle permettra à 10 000 personnes de s'exprimer (93% contre la ZLÉA).

Les mobilisations massives internationalistes [22] renaitront par le biais des luttes contre la guerre en Afghanistan, puis en Irak. D'autres mobilisations altermondialistes auront lieu, notamment contre le G8 (à Ottawa en 2002*), le G20 (à Toronto en 2010), et contre le G7 (à Charlevoix en 2018). Le Forum social mondial se multipliera en forums continentaux, nationaux et régionaux. Le premier forum social régional aura lieu à Québec et se transformera en coalition où les groupes membres d'OQP et du RQIC-Québec se réuniront un temps. Au Québec, on notera aussi l'organisation de nombreux campements jeunesse (inspirés du FSM) et plusieurs autres forums régionaux [23]. En 2007 et 2009 se tiendra le Forum social québécois à Montréal, en 2014, le Forum social Québec/Canada/Premières nations à Ottawa et bien sûr le Forum social mondial à Montréal en 2016. Les forums sociaux permettront de réunir massivement les militantEs de diverses tendances.

Sur la scène politique québécoise, malgré la menace évidente à la souveraineté que représente le libre-échange, le PQ se limitera à soutenir le libre-échange et à réclamer une place pour le Québec lors du Sommet, ce qui le discréditera auprès des nouvelles générations militantes. Le travail conjoint du PDS, du RAP et du PCQ autour du Sommet aidera leur fusion au sein de l'Union des forces progressiste (UFP) en 2002, qui deviendra plus tard Québec solidaire en 2006 [24].

C'est toute une nouvelle génération de militantes, née de cet évènement historique, qui viendra grossir les rangs des mouvements sociaux et de la gauche politique pour les décennies à venir.

Ce texte, d'abord paru sur le site de Nouveaux cahiers du socialisme, est une republication. Des corrections mineures ont été apportées au texte.

Photo : Alternatives

Notes :

* Les mots ayant un astérisque dans le texte sont des corrections et révisions du Journal des Alternatives. Le titre a aussi été modifié.

[1] Les accords de libre-échange de 2e génération ne visent plus prioritairement les tarifs douaniers sur les biens, mais toutes les entraves au commerce. Les services, les marchés publics, la protection intellectuelle et les règlementations sont maintenant visés. Des tribunaux d'arbitrage privés, au-dessus des États, viennent régler les différends entre pays.

[2] Organisation mondiale du commerce.

[3] Organisation de coopération et de développement économique, qui échouera à instaurer un Accord multilatéral sur l'investissement (AMI).

[4] Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne, née en France en 1998. La section québécoise est fondée en 2000.

[5] Coordination internationale des luttes paysannes née en 1993.

[6] Le premier FSE rassemble 12 000 participantEs, nombre qui augmentera jusqu'à 100 000 les années suivantes.

[7] Notons que le Parti québécois sera un soutien tenace pour la négociation de l'accord de libre-échange entre le Canada et les É-U, puis avec le Mexique.

[8] Le groupe de solidarité internationale Alternatives jouera un rôle clé en assurant le secrétariat de l'ASC, du RQIC et du RQIC région de Québec. Le groupe fondera la Table de convergence, coordonnera le CMAQ, et sera membre d'OQP-2001. Ces groupes seront présentés ci-après.

[9] À ce sujet, voir entre autres : www.erudit.org/fr/revues/nps/2000-v13-n2-nps471/000818ar

[10] FTQ, CSN, CEQ (qui deviendra CSQ) et CSD. Les syndicats indépendants, FIQ (infirmières), FAC (professeurs de cégep), SFPQ (fonctionnaires), SPGQ (professionnels du gouvernement), seront admis sur le tard.

[11] Notons que la mobilisation contre le libre-échange qui s'organise dès l'accord Canada-État-Unis amène un premier désaccord important du principal syndicat des É-U, l'AFL-CIO avec la politique extérieure du gouvernement.

[12] Red Mexicana de Acción frente al Libre Comercio.

[13] Acronyme de Mobilisation for global justice.

[14] Mais aussi ce qui reste des courants maoïstes.

[15] Pensons entre autres aux Amères Noëlles qui feront entendre dans les lieux publics de la ville de Québec, des chansons traditionnelles ou de Noël modifiées pour faire une critique radicale de la mondialisation capitaliste et du patriarcat.

[16] On y verra entre autres Jello Biafra, chanteur des Dead Kennedy, Christophe Aguiton leader d'ATTAQ-France, Marta Harneker, des militantEs zapatistes (Mexique) et du mouvement des sans-terre du Brésil,

[17] On y verra entre autres Propagandhi, Loco Locass*, Mononc'Serge, les Zapartistes et la Rue Kétanou.

[18] La manifestation de la GOMM était prévue à 11h et celle de la CLAC-CASA à 14h. Ces derniers interpellent alors la foule prête à partir avec la GOMM par peur qu'elle n'amène une partie des personnes mobilisées par eux. Après de longues discussions, un accord est trouvé. La situation sera expliquée et l'ensemble de la foule traversera un point de passage où chacun fera le choix de sa manifestation.

[19] Ce qui contraste avec des émeutes, comme celles des coupes Stanley à Montréal (1986 et 1993) ou de la St-Jean à Québec (1996) où les dégâts générés par les émeutiers ont été beaucoup plus importants.

[20] On y présente la ZLÉA comme était un projet « néolibéral, raciste, sexiste et destructeur de l'environnement ».

[21] La plupart sont condamnées à une ordonnance de probation, à payer une amende de moins de 500$, sinon à un sursis de sentence ou une absolution conditionnelle ou inconditionnelle.

[22] Une série de manifestations monstres seront organisées et cumuleront le 15 février* 2003 avec 200 000 personnes à Montréal, 15 000 à Québec, 5000 à Alma, 2700 à Gatineau et 1200 à Sept-Îles, le tout à – 25 degrés ! Cette mobilisation mènera à une victoire, soit la non-participation du Canada à la guerre en Irak.

[23] Saguenay/Lac-St-Jean, Lanaudière.

[24] PDS : Parti de la démocratie socialiste, RAP : Rassemblement pour une alternative politique et PCQ : Parti communiste du Québec. L'UFP fusionnera avec Option citoyenne en 2006 pour former Québec solidaire.