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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>La m&#233;moire de Thomas Sankara</title>
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		<dc:date>2007-10-12T19:12:28Z</dc:date>
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		<dc:creator> Ch&#233;riff Sy</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le destin tragique de Thomas Sankara est li&#233; au combat pour l'av&#232;nement d'une d&#233;mocratie sociale. Ce combat ne pouvait plaire &#224; la &#034;Mafiafrique&#034; compos&#233;e des groupes d'affairistes et leurs collaborateurs qui gouvernent l'Afrique. Alors, il fallut l'exterminer. On trouva le bras arm&#233; dans les relais locaux et la machine se mit en branle. Retour sur les causes d'un jeudi macabre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-L-arc-des-crises-" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le destin tragique de Thomas Sankara est li&#233; au combat pour l'av&#232;nement d'une d&#233;mocratie sociale. Ce combat ne pouvait plaire &#224; la &#034;Mafiafrique&#034; compos&#233;e des groupes d'affairistes et leurs collaborateurs qui gouvernent l'Afrique. Alors, il fallut l'exterminer. On trouva le bras arm&#233; dans les relais locaux et la machine se mit en branle. Retour sur les causes d'un jeudi macabre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; A la faveur des m&#233;andres de l'histoire, cet autocrate s'est hiss&#233; &#224; la t&#234;te de notre R&#233;volution pour mieux l'&#233;touffer de l'int&#233;rieur. Cette haute trahison s'est illustr&#233;e par le bafouement de tous les principes organisationnels, les reniements divers des nobles objectifs de la RDP (R&#233;volution d&#233;mocratique et populaire), la personnalisation du pouvoir, la vision mystique, quant aux solutions &#224; apporter aux probl&#232;mes concrets des masses, toutes choses qui ont engendr&#233; la d&#233;mobilisation au sein du peuple militant.&#8221;. Extrait de la Proclamation du 15 Octobre 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Peuple du Burkina Faso, l'acc&#233;l&#233;ration de l'histoire fait souvent d&#233;filer les &#233;v&#233;nements &#224; une allure telle que la ma&#238;trise par l'homme des faits devient impossible, rendant celui-ci artisan de situations non d&#233;sir&#233;es. Les instants tragiques que nous avons v&#233;cu le 15 octobre courant font partie de ce type d'&#233;v&#233;nements exceptionnels que nous fournit souvent l'histoire des peuples. En tant que r&#233;volutionnaires, nous devions avec courage assumer nos responsabilit&#233;s. Nous l'avons fait &#224; travers la proclamation du front populaire. Nous continuerons &#224; le faire sans faille et avec d&#233;termination pour le triomphe des objectifs de la R&#233;volution d'ao&#251;t. Ce d&#233;nouement brutal nous choque tous en tant qu'&#234;tres humains et moi plus que quiconque pour avoir &#233;t&#233; son compagnon d'armes, mieux, son ami. Aussi, pour nous, il reste un camarade r&#233;volutionnaire qui s'est tromp&#233;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
In Message &#224; la nation du pr&#233;sident du front populaire, le camarade capitaine Blaise Compaor&#233; le 19 octobre 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi 15 octobre 1987, le processus de la R&#233;volution d&#233;mocratique et populaire qui avait cours au Burkina &#233;tait brutalement arr&#234;t&#233; sur le coup de 16 heures. Dans l'apr&#232;s midi de ce jeudi l&#224;, plus d'un militant de la RDP a &#233;t&#233; atteint d'une stupeur indicible. Apr&#232;s la p&#233;tarade des kalachnikov qui a dur&#233; toute la soir&#233;e, la proclamation sign&#233;e d'un front populaire est tomb&#233;e drue comme une pluie m&#234;l&#233;e de gr&#234;le, surprenant de la m&#234;me fa&#231;on certains militants de la RDP tout comme ceux qui ne trouvaient pas d'int&#233;r&#234;t &#224; la R&#233;volution et se tenaient &#224; distance d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un certain temps, on savait qu'une crise grave minait le Conseil national de la r&#233;volution (CNR). Ses principaux dirigeants, jadis unis, n'arrivaient plus &#224; s'entendre sur l'orientation et la strat&#233;gie d'action. Les quatres chefs historiques (Thomas Sankara, Blaise Compaor&#233;, Boukary Lingani, Henri Zongo) de la RDP paraissaient de plus en plus &#171; trop nombreux &#187; pour diriger le mouvement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la grave crise qui secouait les dirigeants de la RDP restera en grande partie cach&#233;e aux militants de base, &#224; tel point qu'ils seront surpris par l'ampleur et la brutalit&#233; du d&#233;nouement du 15 octobre. Aussi, beaucoup de militants sinc&#232;res regrettent-t-ils encore aujourd'hui, le d&#233;nouement du 15 octobre tel qu'il s'est pr&#233;sent&#233;, se disant que les instances o&#249; des d&#233;bats d'id&#233;es auraient d&#251; se tenir ne manquaient pas pour que l'on en arrive l&#224;. Mais ceux qui ont fait le coup couraient un risque important en laissant la parole &#224; Thomas Sankara dans quelque cadre de concertation que ce f&#251;t, car il avait une telle force d'argumentation qu'il en serait sorti peut-&#234;tre &#171; victorieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me capacit&#233; de persuasion qui aboutissait &#224; certaines d&#233;cisions, jug&#233;es &#224; posteriori &#171; spontan&#233;istes, volontaristes &#187; alors qu'en son temps, il n'y eut pas de critiques cons&#233;quentes. Et c'est ce m&#234;me trait de personnalit&#233; du d&#233;funt pr&#233;sident qui sauva la t&#234;te de plus d'une personne que de proches collaborateurs voulaient une fois de plus sacrifier sur l'autel de la contre- r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il faut convenir d'une chose : le 15 octobre et la rectification sont intervenus pr&#233;cis&#233;ment parce que les camarades qui avaient commenc&#233; la RDP avec Thomas Sankara, &#233;taient essouffl&#233;s (d&#233;j&#224;) et qu'ils ne se sentaient ni la force ni l'&#226;me de continuer. Et comme les adversaires du processus existaient et &#233;taient influents, tant en dehors que dans les rangs m&#234;me des r&#233;volutionnaires, ils n'ont pas eu de la peine &#224; rallier &#224; eux tout un monde pour contrebalancer la RDP. La raison toute trouv&#233;e de la &#171; trahison de la voie initiale &#187; a &#233;t&#233; vite &#233;voqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le capitaine Thomas Sankara a &#233;t&#233; le premier &#224; se rendre compte de la n&#233;cessaire d&#233;mocratisation du processus, lui qui professait en ao&#251;t 1987 &#224; Bobo Dioulasso qu'il &#171; fallait au Burkina, un peuple de convaincus et non un peuple de vaincus, de soumis qui subissent leur destin &#187;. Il avait commenc&#233; ainsi la v&#233;ritable &#034; rectification &#034; de la RDP marqu&#233;e du reste par l'&#233;largissement de plusieurs d&#233;tenus politiques et de droit commun. Les sanctionn&#233;s &#224; tort retrouvaient la possibilit&#233; de reprendre leur carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette politique initi&#233;e par Thomas Sankara a vite &#233;t&#233; &#171; court-circuit&#233;e &#187; par le 15 octobre et revendiqu&#233;e par le front populaire. Il fallait laisser l'image d'un Sankara ferm&#233; et hostile aux ouvertures. Aussi, les choses s'acc&#233;l&#233;r&#232;rent tr&#232;s vite apr&#232;s le discours de &#171;r&#233;conciliation &#187; d'ao&#251;t 87 &#224; Bobo Dioulasso o&#249; Sankara disait notamment : &#171; Dans le proche pass&#233;, nous avons parfois commis des erreurs. Cela ne devra plus se produire sur la terre sacr&#233;e du Faso. Il doit y avoir de la place dans le c&#339;ur de chacun de nous pour ceux qui ne sont pas encore parfaitement en harmonie avec le discours d'orientation politique et les objectifs de notre plan quinquennal. Ce sera &#224; nous d'aller &#224; eux et de les gagner &#224; la cause r&#233;volutionnaire du peuple&#8230; Nous devons pr&#233;f&#233;rer un pas ensemble avec le peuple plut&#244;t que de faire dix pas sans le peuple &#187;. (In Thomas Sankara, oser inventer l'avenir p.264 Ed Pathfinder et l'harmattan 1991).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce discours, il fallait se d&#233;p&#234;cher d'arriver au pouvoir, car laisser le temps &#224; Thomas Sankara d'amorcer r&#233;ellement la d&#233;mocratisation de la RDP, ce serait se priver de pr&#233;texte justificatif d'un coup d'Etat. La comm&#233;moration du discours du 2 octobre &#224; Tenkodogo sera l'occasion pour les comploteurs d'acc&#233;l&#233;rer leurs man&#339;uvres de liquidation de la r&#233;volution et d'entreprendre ce faisant, le 15 octobre 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise qui pr&#233;valait depuis un certain temps sur le terrain politique a gagn&#233;, comme &#224; l'accoutum&#233;e le terrain militaire, et il fallait d&#232;s lors que les armes parlent pour la d&#233;nouer. Telle a toujours &#233;t&#233; la tactique des hommes politiques au Burkina Faso. Ils cr&#233;ent une pourriture qui oblige les militaires &#224; intervenir. Dans le cas du CNR, il faut y ajouter le fait que la rigueur pr&#244;n&#233;e n'&#233;tait pas du go&#251;t de tout le monde, notamment de certains commandos, artisans du coup d'Etat r&#233;volutionnaire du 4 Ao&#251;t 1983 . Ceux-ci revendiquaient avec insistance une bonne part du g&#226;teau. Chose &#224; laquelle Thomas Sankara aurait oppos&#233; une constante fin de non recevoir, arguant que le militaire doit &#171; vivre avec les masses &#187; et pr&#244;nant &#171; un quart de poulet par jour et par militaire &#187;. C'&#233;tait mal conna&#238;tre ceux-l&#224; qui revendiquaient qui une villa, qui un galon afin de jouir du fruit du risque encouru dans la nuit du 4 Ao&#251;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous revient &#224; cet effet que ces derniers lors des r&#233;unions r&#233;guli&#232;res avec leur chef posaient constamment cette dol&#233;ance. Ce &#224; quoi le chef en question r&#233;pondait qu'il n'y voyait pas d'inconv&#233;nient mais que &#171; c'est Sankara qui s'oppose &#187;. Les miliaires r&#233;pliquaient : &#171; pourquoi ne l'enl&#232;ve-t-on pas ? &#187;. A force de se r&#233;p&#233;ter tous les jours, on finit par &#171; enlever &#187; Thom' Sank le 15 octobre 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que s'est - il pass&#233; ce jour l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Diend&#233;r&#233; d&#233;clare, dans &#171; Sankara, Compaor&#233; et la r&#233;volution burkinab&#232; &#187; de Ludo Martens, aux pages 65 et 66 : &#171; le 15 octobre donc, &#224; la r&#233;union des officiers, des &#233;l&#233;ments du palais ont accus&#233; les militaires de P&#244; d'&#234;tre venus pour tramer un complot . L'atmosph&#232;re a chauff&#233;. Nous nous sommes s&#233;par&#233;s sans qu'un accord soit r&#233;alis&#233;. Il para&#238;t qu'au m&#234;me moment, une autre r&#233;union se tenait &#224; la pr&#233;sidence, &#224; laquelle Sigu&#233; et d'autres chefs de corps assistaient. Mais le registre de la pr&#233;sidence a disparu apr&#232;s le 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les soldats de la garde pr&#233;sidentielle appartiennent &#224; notre bataillon, tous n'&#233;taient pas partisans de l'affrontement. Ainsi le chauffeur de Sankara, le caporal Der et d'autres sont venus nous pr&#233;venir que Compaor&#233;, Lingani et Zongo seraient arr&#234;t&#233;s ce soir. Pendant la r&#233;union de l'OMR (ndlr : Organisation militaire r&#233;volutionnaire), le conseil serait encercl&#233; par les troupes de la FIMATS (ndlr : Forces d'intervention du minist&#232;re de l'administration territoriale et de la s&#233;curit&#233;) et de l'ETIR (ndlr : Escadron du transport et d'intervention rapide). Un groupe de militaires devrait mettre les trois en &#233;tat d'arrestation, tandis que le gros des forces devrait se tenir pr&#234;t &#224; toute &#233;ventualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'on ne nous e&#251;t pas exactement parl&#233; de liquider les trois, nous &#233;tions convaincus qu'une tuerie ne pourrait &#234;tre &#233;vit&#233;e. Les trois ne se laisseraient pas prendre sans r&#233;agir et des hommes comme Sigu&#233; et Koama n'h&#233;siteraient pas une seconde &#224; les descendre. Notre r&#233;action a &#233;t&#233; qu'il fallait arr&#234;ter Sankara avant que l'irr&#233;parable ne se produise. La d&#233;cision a &#233;t&#233; prise dans un climat g&#233;n&#233;ral d'inqui&#233;tude proche de la panique. Nous n'avions pas vraiment le choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons jamais pu croire que Sankara allait s'en prendre &#224; ses trois compagnons. Blaise &#233;tait &#224; la maison, malade. Nous n'avons pas voulu le pr&#233;venir parce que nous savions qu'il ne serait pas d'accord pour arr&#234;ter Sankara. C'&#233;tait une d&#233;cision grave, mais il faut s'imaginer la panique qui r&#233;gnait &#224; ce moment parmi nos soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savions que Sankara avait une r&#233;union au conseil &#224; seize heures et nous avons d&#233;cid&#233; d'aller l'arr&#234;ter l&#224;-bas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s seize heures, la Peugeot 205 de Sankara et une voiture de sa garde sont arriv&#233;es devant la porte du pavillon ; une deuxi&#232;me voiture de la garde est all&#233;e stationner un peu plus loin. Nous avons encercl&#233; les voitures. Sankara &#233;tait en tenue de sport. Il tenait comme toujours son arme, un pistolet automatique, &#224; la main. Il a imm&#233;diatement tir&#233; et tu&#233; un des n&#244;tres. A ce moment, tous les hommes se sont d&#233;cha&#238;n&#233;s, tout le monde a fait feu et la situation a &#233;chapp&#233; &#224; tout contr&#244;le &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements, j'ai t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; la maison de Blaise pour le mettre au courant. Quant il est arriv&#233;, il &#233;tait fort d&#233;courag&#233; et m&#233;content, surtout quand il a constat&#233; qu'il y avait treize morts &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup a &#233;t&#233; donc fait &#224; l'insu de Blaise Compaor&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier d'ailleurs, d&#233;clare dans le livre pr&#233;cit&#233; &#224; la page 67 : &#171; lorsque je suis arriv&#233; au Conseil de l'entente apr&#232;s la fusillade et que j'ai vu le corps de Thomas &#224; terre, j'ai failli avoir une r&#233;action tr&#232;s violente contre ses auteurs. Cela aurait sans doute &#233;t&#233; un carnage monstre dont je ne serais certainement pas sorti vivant. Mais quand les soldats m'ont fourni les d&#233;tails de l'affaire, j'ai &#233;t&#233; d&#233;courag&#233;, d&#233;go&#251;t&#233;. Je suis rest&#233; prostr&#233; pendant au moins vingt-quatre heures &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai demand&#233; &#224; mes hommes pourquoi ils avaient arr&#234;t&#233; Sankara sans me le dire, ils m'ont r&#233;pondu que s'ils l'avaient fait, j'aurais refus&#233;. Et c'est vrai. Je savais que mon camp politique &#233;tait fort. Thomas ne contr&#244;lait plus l'Etat. Je n'avais pas besoin de faire un coup d'Etat. Mais, mes hommes ont pris peur quand ils ont appris, l'apr&#232;s- midi, que nous devions &#234;tre arr&#234;t&#233;s &#224; vingt heures &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourtant !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Matin de Paris &#187; en date du 27 octobre 1987, repris dans &#171; Il s'appelait Sankara &#187; de Sennen A. cite le t&#233;moignage d'un &#233;l&#233;ment commando qui dit : &#171; Le Lieutenant nous a pr&#233;venu le matin seulement de nous pr&#233;parer pour an&#233;antir le pr&#233;sident parce que maintenant, il &#233;tait insupportable. Blaise le conna&#238;t mieux que quiconque : il sait que m&#234;me si on allait l'enfermer, il allait sortir par un trou de fourmi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pourtant !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, ce jour-l&#224;, Thomas Sankara se trouvait en r&#233;union de travail avec quelques-uns de ses collaborateurs dans une salle au Conseil. A 70 m&#232;tres de l&#224;, toujours dans le Conseil, une 504 blanche d&#233;marra. A son bord, 7 personnes. Le v&#233;hicule arrive sur le lieu de la r&#233;union. Les quelques &#233;l&#233;ments de la garde devant la salle ne s'en inqui&#232;tent pas outre mesure, parce que ce sont leurs coll&#232;gues. Le v&#233;hicule se gare, en descendant : K.Y ; O.A.O ; N.N ; N.W ; O.N ; T. ; K.M. Ils ouvrent le feu imm&#233;diatement. Un gendarme et deux chauffeurs sont fauch&#233;s. Ils s'&#233;croulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Sankara dans la salle o&#249; il se trouve entend la fusillade et se l&#232;ve, son pistolet &#224; la main et dit &#224; ses collaborateurs : &#171; Restez, restez, c'est moi qu'ils veulent &#187; !&#034;. A peine a-t-il franchi la porte qu'il est pris par la mitraille nourrie d'un des &#034;an&#233;antisseurs&#034;. Il s'&#233;croule. S'arr&#234;te-t-on l&#224; ? Non. Les assaillants rentrent dans la salle et ex&#233;cutent ses collaborateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, supposons -difficilement- que la th&#232;se qui veut que le capitaine Blaise ait &#233;t&#233; mis devant le fait accompli soit vraie. Cela le disculperait-il pour autant ? N'aurait-il pas &#233;t&#233; de fa&#231;on indirecte &#224; la base des &#233;v&#233;nements tragiques du 15 octobre ? N'en est-il pas le grand b&#233;n&#233;ficiaire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme, s'il n'a jamais eu vraiment soif du pouvoir comme il le pr&#233;tend, laisse tout de m&#234;me sceptique l'observateur de la sc&#232;ne politique burkinab&#232;. En effet, apr&#232;s le 15 octobre, il a prouv&#233; que le pouvoir ne se partage pas. L'apprendra &#224; son d&#233;pend toute la cohorte d'intellectuels qui constituait le &#171;comit&#233; insurrectionnel&#187; qui a pr&#233;par&#233; psychologiquement l'av&#232;nement du 15 octobre par une s&#233;rie de tracts orduriers et d'intrigues de bas &#233;tage. L'apprendront &#224; leur d&#233;pend le commandant Boukary Lingani et le capitaine Henri Zongo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui 20 ans apr&#232;s que retenir ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Au- del&#224; de toute rh&#233;torique &#171;dialecticienne &#187;, Sankara est mort pour avoir &#233;t&#233; un paquet de convictions patriotiques et progressistes mais aussi pour avoir emp&#234;ch&#233; de par la synergie entre sa th&#233;orie et sa praxis, certains de ces camarades civils comme militaires de manger goul&#251;ment, de boire frais et p&#233;tillant, de roter gras, de dormir mou et de se la couler royalement au d&#233;triment de leur peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'Homme est venu, son pays &#233;tait une &#034;synth&#232;se douloureuse de toutes les souffrances de l'humanit&#233;&#034;. Ainsi son pays d&#233;tenait un triste palmar&#232;s :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Record mondial de mortalit&#233; infantile &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Balance agricole constamment n&#233;gative &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Balance commerciale permanemment d&#233;ficitaire
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dette publique extr&#234;mement &#233;lev&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Homme voulut faire de son pays une terre de dignit&#233; et de libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors courageusement, il sut red&#233;finir la somme du possible et du pensable par laquelle le d&#233;veloppement d'un pays comptant parmi les plus d&#233;munis du monde pouvait &#234;tre envisag&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Partant de l'&#233;vidence que le sous-d&#233;veloppement et la d&#233;pendance ne pourraient trouver d'issue sans l'int&#233;gration des habituels exclus du jeu social: les paysans, les femmes et les jeunes, l'Homme s'engagea dans un processus de transformation social progressiste et progressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sa r&#233;volution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simple : travailler plus, d&#233;penser moins et mieux, et produire plus en se pr&#233;occupant des besoins prioritaires de son pays ! Il le dit lui-m&#234;me : &#034; Notre r&#233;volution est et doit &#234;tre permanente, l'action collective des r&#233;volutionnaires pour transformer la r&#233;alit&#233; et am&#233;liorer la situation concr&#232;te des masses de notre pays. Notre r&#233;volution n'aura de valeur que si en regardant derri&#232;re nous, en regardant &#224; nos c&#244;t&#233;s et en regardant devant nous, nous pouvons dire que les Burkinab&#233; sont, gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution, un peu plus heureux, parce qu'ils ont de l'eau saine &#224; boire, parce qu'ils ont une alimentation abondante, suffisante, parce qu'ils ont une sant&#233; resplendissante, parce qu'ils ont l'&#233;ducation, parce qu'ils ont des logements d&#233;cents parce qu'ils sont mieux v&#234;tus, parce qu'ils ont droit aux loisirs ; parce qu'ils ont l'occasion de jouir de plus de libert&#233;, de plus de d&#233;mocratie, de plus de dignit&#233;. Notre r&#233;volution n'aura de raison d'&#234;tre que si elle peut r&#233;pondre concr&#232;tement &#224; ces questions. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Homme, qui faisait ce qu'il dit et disait ce qu'il fait, d&#233;cida de trouver des solutions adapt&#233;es aux questions existentielles pr&#233;cit&#233;es. Il s'engagea &#224; la fois sur plusieurs chantiers :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'orientation &#233;conomique en fonction des n&#233;cessit&#233;s et des besoins r&#233;els du peuple et non selon les imp&#233;ratifs et les int&#233;r&#234;ts de l'&#233;conomie capitaliste mondiale
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La r&#233;forme agraire par laquelle la terre appartient &#224; celui qui la cultive
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La r&#233;forme administrative pour assurer une bonne gouvernance
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La lib&#233;ration de la femme par la participation &#224; la vie politique et &#233;conomique, la lutte contre la prostitution, l'adoption d'un code de la famille, l'interdiction de l'excision&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La protection de l'environnement par la lutte contre la d&#233;sertification
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques ann&#233;es, l'Homme fit faire &#224; son pays un bond qualitatif. Mais il restait conscient que les questions essentielles de son peuple &#233;taient celle de tout son continent et de tous les peuples exploit&#233;s et opprim&#233;s. Panafricaniste et anti-mondialiste, il su devenir la voix des sans voix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rigueur morale... Int&#233;grit&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Na&#239;vet&#233;&#8230; Courage supr&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
La f&#233;lonie e&#251;t raison de l'Homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par un apr&#232;s midi, l'Homme fut fauch&#233; par des balles assassines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Homme est tomb&#233;, mais il avait eu le temps de semer la graine et l'arroser de son sang ; il avait eu le temps d'enlever un maillon de la cha&#238;ne lib&#233;rant ainsi les opprim&#233;s, la jeunesse africaine. Il aura &#233;t&#233; un pr&#233;curseur d'une politique alternative &#224; la d&#233;pendance et &#224; l'asservissement que les institutions &#233;conomiques mondiales continuent d'encourager par leur mod&#232;le de d&#233;veloppement fond&#233; sur l'endettement. Mais plus important, l'Homme aura contribuer &#224; faire comprendre &#224; son peuple et &#224; tous les opprim&#233;s qu'il ne peut y avoir d'alternative cr&#233;dible venant d'ailleurs pour les sauver. C'est en comptant d'abord sur eux-m&#234;mes, sur leurs capacit&#233; intrins&#232;ques &#224; &#034; oser inventer l'avenir &#034; qu'ils trouveront les cl&#233;s de leur d&#233;veloppement et de leur libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en chacun de nos mouvements pour l'&#233;panouissement social, politique et culturel, l'Homme vit en nous. L'Homme restera &#224; jamais grav&#233; dans la conscience collective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, son exemple servira toujours de br&#233;viaire aux combattants de la lib&#233;ration humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Homme s'appelait Thomas Sankara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Ch&#233;riff Sy est le directeur de publication de Bendre, un hebdomadaire paraissant au Burkina Faso&lt;/p&gt;
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