<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.alterinter.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="en">
	<title>Alternatives International</title>
	<link>https://www.alterinter.org/</link>
	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
	<language>en</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.alterinter.org/spip.php?id_auteur=2541&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Alternatives International</title>
		<url>https://www.alterinter.org/local/cache-vignettes/L144xH42/siteon0-c616d.png?1749672047</url>
		<link>https://www.alterinter.org/</link>
		<height>42</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="en">
		<title>Agro-&#233;cologie, s&#233;curit&#233; alimentaire et d&#233;veloppement &#171; durable &#187;</title>
		<link>https://www.alterinter.org/?Agro-ecologie-securite-alimentaire-et-developpement-durable</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.alterinter.org/?Agro-ecologie-securite-alimentaire-et-developpement-durable</guid>
		<dc:date>2009-08-03T13:52:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator>Marc DUFUMIER</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; alimentaire reste encore aujourd'hui la pr&#233;occupation essentielle de tr&#232;s nombreux m&#233;nages dans le monde. Si ce vocable recouvre la s&#233;curit&#233; sanitaire des aliments dans maints pays du Nord, il n'en est pas encore de m&#234;me dans les pays du Sud o&#249; les familles les plus pauvres paraissent davantage pr&#233;occup&#233;es par l'acquisition des calories, prot&#233;ines et lipides alimentaires qui leur sont prioritairement n&#233;cessaires pour ne pas avoir faim ni souffrir de malnutrition.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-L-arc-des-crises-" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I-	Le d&#233;fi alimentaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; alimentaire reste encore aujourd'hui la pr&#233;occupation essentielle de tr&#232;s nombreux m&#233;nages dans le monde. Si ce vocable recouvre la s&#233;curit&#233; sanitaire des aliments dans maints pays du Nord, il n'en est pas encore de m&#234;me dans les pays du Sud o&#249; les familles les plus pauvres paraissent davantage pr&#233;occup&#233;es par l'acquisition des calories, prot&#233;ines et lipides alimentaires qui leur sont prioritairement n&#233;cessaires pour ne pas avoir faim ni souffrir de malnutrition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre monde compte d&#233;j&#224; pr&#232;s de 6,8 milliards d'habitants et nous y serons sans doute un peu plus de 9 milliards en 2050. Plus de 850 millions de personnes souffrent encore aujourd'hui r&#233;guli&#232;rement de la faim et 2 milliards d'individus sont toujours en proie &#224; la malnutrition. La souhaitable &#233;l&#233;vation du niveau de vie des populations les plus pauvres de la plan&#232;te risque par ailleurs d'aller de pair avec une consommation accrue de produits animaux (lait, &#339;ufs et viandes) dont la fourniture va exiger une augmentation des productions en c&#233;r&#233;ales, tubercules, prot&#233;agineux, fourrages grossiers, etc. Les populations les plus ais&#233;es manifestent d'ores et d&#233;j&#224; des exigences de plus en plus pointues en mati&#232;re de diversit&#233; et qualit&#233; gustative des aliments. &#192; quoi s'ajoute aussi une demande croissante en agro-carburants et en mati&#232;res premi&#232;res d'origine agricole de la part des autres secteurs de l'&#233;conomie (construction, textile, pharmacie, parfums, etc.). L'agriculture va donc &#234;tre de plus en plus sollicit&#233;e dans les ann&#233;es &#224; venir et il nous faut envisager un doublement de la production v&#233;g&#233;tale mondiale (c&#233;r&#233;ales, prot&#233;agineux, ol&#233;agineux, canne et betterave &#224; sucre, plantes &#224; fibres, etc.) d'ici 2050 (Siwa Msangi, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la pauvret&#233; qui explique pourquoi tant de personnes souffrent encore de la faim ou de la malnutrition dans le monde. Alors m&#234;me qu'une part croissante des productions v&#233;g&#233;tales est vendue sur des march&#233;s solvables pour alimenter des animaux (1) ou produire des agro-carburants, les populations les plus pauvres du Sud ne parviennent plus &#224; en acheter pour leur alimentation. Le paradoxe est que ceux qui souffrent ainsi de la faim sont pour les deux tiers des paysans dont les bas revenus ne leur permettent plus d'acheter suffisamment de nourriture ou de s'&#233;quiper correctement pour produire par eux-m&#234;mes de quoi manger. Le dernier tiers est constitu&#233; de familles ayant quitt&#233; pr&#233;matur&#233;ment la campagne, faute d'y &#234;tre rest&#233;es comp&#233;titives, et qui ont rejoint les bidonvilles des grandes cit&#233;s sans pouvoir y trouver des emplois r&#233;mun&#233;rateurs. La question alimentaire ne sera donc finalement r&#233;solue que si les paysanneries du Sud arrivent &#224; &#233;quiper davantage leurs exploitations, accro&#238;tre leur comp&#233;titivit&#233; et sortir ainsi de la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II-	La concurrence internationale dans des conditions injustes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agriculteurs du Sud, dont l'outillage est manuel, ne parviennent en effet que difficilement &#224; r&#233;sister &#224; la concurrence des exploitations m&#233;canis&#233;es du Nord, de l'Argentine ou du Br&#233;sil, car leur productivit&#233; y est plus de deux cents fois inf&#233;rieure. Un paysan pauvre de l'Altiplano andin, qui laboure sa parcelle &#224; la b&#234;che et ne peut gu&#232;re cultiver plus 0,5 hectare par actif et par an, ne parvient &#224; vendre une partie de ses pommes de terre, de son bl&#233; ou de son orge que s'il accepte une r&#233;mun&#233;ration 200 fois moindre que celle de ses concurrents. Comment pourrait-il ainsi avoir des revenus suffisants pour manger correctement, &#233;pargner une part de ses revenus et investir dans son exploitation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle alternative peut-il rester aux paysanneries pauvres du &#171; Sud &#187; soumises &#224; une telle concurrence dans des conditions aussi in&#233;gales ? L'exode rural y est d&#233;j&#224; massif, alors m&#234;me que les emplois sont trop rares en ville. Et ce d'autant plus que les ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;linquance et d'ins&#233;curit&#233; li&#233;s &#224; cet exode n'incitent gu&#232;re les entrepreneurs &#224; y investir des capitaux et y cr&#233;er des emplois. Nombreux sont les paysans qui optent alors pour migrer vers les derni&#232;res for&#234;ts primaires du monde et y d&#233;fricher gratuitement de nouveaux terrains, au risque de mettre en p&#233;ril des pans entiers de la biodiversit&#233; mondiale. Quant aux plus &#171; fortun&#233;s &#187; qui parviennent &#224; vendre leurs cheptels pour payer des &#171; passeurs &#187;, ils tentent tant bien que mal de migrer clandestinement vers le &#171; Nord &#187; ; mais la circulation des personnes sur le march&#233; mondial n'est pas aussi &#171; libre &#187; que celle des marchandises ou des capitaux, et les mouvements migratoires clandestins sont d&#233;sormais &#224; l'origine de tr&#232;s fortes tensions internationales ? Peut-on vraiment envisager un d&#233;veloppement &#171; durable &#187; qui ne soit pas fond&#233; sur une libert&#233; de choix essentielle, celle de vivre et de travailler dignement au &#171; Pays &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe donc que les paysans du Sud puissent au plus vite d&#233;gager des revenus suffisants pour acheter davantage de nourriture ou, mieux encore, s'&#233;quiper et produire par eux-m&#234;mes de quoi manger correctement. Les &#201;tats du Tiers monde devraient donc avoir le droit de prot&#233;ger leurs agriculteurs de la concurrence internationale et de leur garantir des prix r&#233;mun&#233;rateurs pour qu'ils puissent d&#233;gager des revenus suffisants, assurer le bien-&#234;tre de leurs familles et investir dans l'acquisition de nouveaux moyens de production : animaux de b&#226;t ou de trait, outils attel&#233;s, etc. Une telle libert&#233; de choix passe tout d'abord par ce que la plupart des pays du &#171; Nord &#187; ont eux-m&#234;mes entrepris avec succ&#232;s au lendemain de la seconde guerre mondiale : prot&#233;ger leurs agricultures vivri&#232;res par le biais de droits de douanes cons&#233;quents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faudrait-il que les puissances exc&#233;dentaires en produits alimentaires renoncent &#224; vouloir exporter &#224; vil prix leurs surplus de c&#233;r&#233;ales, sucre, viandes et poudres de lait. Sans doute devront-elles reconvertir leurs propres agricultures vers des syst&#232;mes de production moins productifs &#224; l'hectare, mais aussi beaucoup moins consommateurs d'&#233;nergie fossile et d'engrais de synth&#232;se, avec des effets bien moins destructeurs de l'environnement. Ces formes d'agriculture devront ainsi respecter un cahier des charges inspir&#233; de celui de l'agriculture biologique. La d&#233;fense d'une agriculture plus respectueuse de l'environnement et de la qualit&#233; des aliments dans les pays industrialis&#233;s n'appara&#238;t donc en rien contradictoire avec la reconqu&#234;te par les nations du Sud de la s&#233;curit&#233; et la souverainet&#233; alimentaires, premi&#232;res exigences d'un d&#233;veloppement &#171; durable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III-	Le d&#233;fi du d&#233;veloppement &#171; durable &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi est de parvenir &#224; un doublement de la production alimentaire v&#233;g&#233;tale dans le monde, en moins d'un demi-si&#232;cle, en s'adaptant au probable r&#233;chauffement climatique, en &#233;vitant les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre et en respectant au mieux le cadre de vie des populations rurales et urbaines. &#192; quoi s'ajoute aussi l'exigence de ne pas sacrifier &#224; plus ou moins long terme les potentialit&#233;s productives (la fertilit&#233;) des &#233;cosyst&#232;mes cultiv&#233;s et p&#226;tur&#233;s, au nom de la satisfaction des besoins imm&#233;diats. Il convient en particulier de bien pr&#233;server le taux d'humus des sols et d'&#233;viter, autant que faire se peut, leur &#233;rosion, leur compaction et leur salinisation. De m&#234;me faut-il &#233;viter les risques de prolif&#233;ration intempestive de pr&#233;dateurs, d'esp&#232;ces envahissantes et d'agents pathog&#232;nes, pouvant &#234;tre nuisibles aux plantes cultiv&#233;es et aux troupeaux domestiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or on sait que bien des formes d'agriculture pratiqu&#233;es jusqu'ici, au Sud comme au Nord, et qualifi&#233;es de productivistes, sont r&#233;put&#233;es pour leurs atteintes &#224; l'environnement. Sont particuli&#232;rement d&#233;nonc&#233;s :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la d&#233;forestation et les pertes de biodiversit&#233; r&#233;sultant de l'&#233;largissement des surfaces cultiv&#233;es ou p&#226;tur&#233;es, aux d&#233;pens des &#233;cosyst&#232;mes naturels ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'utilisation, parfois outranci&#232;re, des eaux de surface et souterraines pour les besoins de l'irrigation, de l'abreuvement des troupeaux et de l'entretien des b&#226;timents d'&#233;levage (2) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la pollution des aliments, de l'air, des eaux et des sols, par les engrais, les produits phytosanitaires et les hormones de croissance ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le recours inconsid&#233;r&#233; aux &#233;nergies fossiles (produits p&#233;troliers et gaz naturel) pour le fonctionnement des tracteurs et autres engins motoris&#233;s (moissonneuses-batteuses, motopompes, ensileuses, broyeurs divers, etc.) ainsi que pour la fabrication des engrais azot&#233;s de synth&#232;se (ur&#233;e, nitrates d'ammonium, etc.) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les &#233;missions croissantes de gaz &#224; effet de serre : gaz carbonique produit par la combustion des carburants, m&#233;thane issu de la rumination de nombreux herbivores, protoxyde d'azote d&#233;gag&#233; lors de l'&#233;pandage des engrais azot&#233;s, etc. ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les paysages d&#233;figur&#233;s par l'installation de b&#226;timents d'&#233;levage et l'&#233;tablissement d'infrastructures pour l'irrigation ou le drainage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force nous est de reconna&#238;tre en effet les limites de ce que l'on a un peu trop vite qualifi&#233; de &#171; r&#233;volution verte &#187;. Depuis quelques ann&#233;es d&#233;j&#224;, les rendements c&#233;r&#233;aliers n'augmentent plus dans les m&#234;mes proportions et tendent m&#234;me parfois &#224; baisser, lorsque, du fait des pratiques agricoles employ&#233;es, sont apparus de graves d&#233;s&#233;quilibres &#233;cologiques (Michel Griffon 2006) : prolif&#233;ration d'insectes pr&#233;dateurs r&#233;sistants aux pesticides, multiplication d'herbes adventices dont les cycles de d&#233;veloppement sont apparent&#233;s &#224; ceux des plantes trop fr&#233;quemment cultiv&#233;es (sans v&#233;ritable rotation), &#233;puisement des sols en certains oligo-&#233;l&#233;ments, salinisation des terrains mal irrigu&#233;s et insuffisamment drain&#233;s, etc. &#192; quoi s'ajoutent la pollution fr&#233;quente des eaux de surface et souterraines, li&#233;e &#224; l'utilisation r&#233;p&#233;t&#233;e d'engrais de synth&#232;se et de produits phytosanitaires, la propagation involontaire de maladies ou de parasites v&#233;hicul&#233;s par les eaux d'irrigation (bilharziose, paludisme, etc.), l'exposition accrue des sols &#224; l'&#233;rosion pluviale ou &#233;olienne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV- L'agro-&#233;cologie pour un d&#233;veloppement &#171; durable &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tout le monde s'accorde aujourd'hui &#224; reconna&#238;tre le caract&#232;re multifonctionnel de l'agriculture &#224; laquelle il est demand&#233; tout &#224; la fois de procurer une alimentation diversifi&#233;e, saine et de grande qualit&#233; gustative, &#224; une population mondiale sans cesse croissante, d'approvisionner correctement les autres secteurs de l'&#233;conomie en mati&#232;res premi&#232;res (amidon, bois, fibres, peaux, etc.), d'assurer des emplois r&#233;mun&#233;rateurs dans les campagnes, de s&#233;questrer du carbone pour att&#233;nuer l'effet de serre, de b&#226;tir des paysages harmonieux et de fournir divers autres services environnementaux, le tout sans occasionner de pollutions majeures et en pr&#233;servant pour le long terme les potentialit&#233;s productives des agro-&#233;cosyst&#232;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue strictement technique, force est de reconna&#238;tre qu'il existe d'ores et d&#233;j&#224; des syst&#232;mes de culture et d'&#233;levage, inspir&#233;s de l'agro-&#233;cologie, susceptibles d'accro&#238;tre les productions &#224; l'hectare, tant dans les pays du Sud que ceux du Nord, sans co&#251;t majeur en &#233;nergie fossile ni recours exag&#233;r&#233; aux engrais de synth&#232;se et produits phytosanitaires (Marc Dufumier 2009) : association de diverses esp&#232;ces et vari&#233;t&#233;s rustiques dans un m&#234;me champ, de fa&#231;on &#224; intercepter au mieux l'&#233;nergie lumineuse disponible et transformer celle-ci en calories alimentaires par le biais de la photosynth&#232;se, int&#233;gration de l&#233;gumineuses dans les rotations de fa&#231;on &#224; utiliser l'azote de l'air pour la synth&#232;se des prot&#233;ines et la fertilisation des sols, implantation ou maintien d'arbres d'ombrage ou de haies vives pour prot&#233;ger les cultures des grands vents et h&#233;berger de nombreux insectes pollinisateurs, association de l'&#233;levage &#224; l'agriculture, utilisation des sous-produits v&#233;g&#233;taux dans les rations animales et fertilisation organique des sols gr&#226;ce aux excr&#233;ments animaux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est alors de savoir en fonction de quels crit&#232;res doivent &#234;tre con&#231;ues et mises en &#339;uvre les recherches agronomiques et les interventions en appui &#224; chacune d'entre elles. La fonction des ing&#233;nieurs agronomes para&#238;t en fait devoir &#234;tre totalement repens&#233;e. Ne leur faudra-t-il pas tout d'abord reconna&#238;tre que le travail des agriculteurs ne se limite pas seulement &#224; la conduite d'une culture ou d'un troupeau, mais consiste plut&#244;t en l'artificialisation et la mise en valeur d'&#233;cosyst&#232;mes complexes, de fa&#231;on &#224; en tirer p&#233;riodiquement des mati&#232;res utiles, sans mettre en p&#233;ril leurs potentialit&#233;s productives &#224; long terme ? Les ing&#233;nieurs agronomes devront d&#233;sormais prendre davantage en consid&#233;ration les multiples interactions entre les divers processus biochimiques en cours au sein des &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de vouloir sans cesse &#233;laborer de pr&#233;tendues am&#233;liorations en stations exp&#233;rimentales, ils devront d&#233;sormais rendre plus intelligible le fonctionnement concret des &#233;cosyst&#232;mes am&#233;nag&#233;s par les agriculteurs, et expliquer les effets des diverses techniques pratiqu&#233;es sur les rendements des cultures et les performances des troupeaux. De m&#234;me leur faudra-t-il aussi &#233;laborer des mod&#232;les pr&#233;dictifs visant &#224; rendre compte des effets probables des nouvelles techniques mises en &#339;uvre sur le devenir des &#233;cosyst&#232;mes et la p&#233;rennit&#233; de leurs potentialit&#233;s productives. Le d&#233;veloppement agricole a donc besoin de recherches qui soient &#224; la fois plus fondamentales et plus respectueuses des conditions et des savoir-faire paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les ing&#233;nieurs agronomes devront, pour ce faire, prendre davantage en consid&#233;ration les conditions socio&#233;conomiques dans lesquelles op&#232;rent les diverses cat&#233;gories d'agriculteurs, et apprendre &#224; bien rep&#233;rer leurs int&#233;r&#234;ts, ainsi que les moyens auxquels ils peuvent effectivement avoir acc&#232;s. Le d&#233;fi est de tout faire d&#233;sormais pour que des agronomes sp&#233;cialis&#233;s en g&#233;n&#233;tique, sciences du sol, nutrition animale, d&#233;fense et protection des cultures&#8230;, soient aussi capables d'avoir une vision globale et prospective sur les conditions socio&#233;conomiques dans lesquelles devront travailler les divers types d'exploitants agricoles en concurrence sur le march&#233; mondial et les cons&#233;quences de leurs syst&#232;mes de production sur l'&#233;volution de leurs revenus et le devenir des agro-&#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V-	Promouvoir des conditions socio-&#233;conomiques favorables &#224; l'agriculture familiale&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les obstacles &#224; l'&#233;l&#233;vation de la productivit&#233; du travail agricole, dans le plus grand respect des potentialit&#233;s &#233;cologiques de l'environnement, ne sont souvent pas tant d'ordre technique que de nature socio-&#233;conomique ; ils r&#233;sultent bien plus souvent d'un acc&#232;s limit&#233; aux cr&#233;dits, de conditions impos&#233;es par les entreprises situ&#233;es en amont ou en aval, de structures agraires injustes, de l&#233;gislations fonci&#232;res inad&#233;quates et des conditions in&#233;gales dans laquelle se manifeste presque toujours la concurrence entre producteurs sur les march&#233;s mondiaux des produits agricoles et alimentaires. Le fait que les paysans soient bien souvent capables d'inventer par eux-m&#234;mes des syst&#232;mes de production agricole conformes aux exigences du d&#233;veloppement &#171; durable &#187;, ne veut donc pas dire pour autant que leur situation socio-&#233;conomique soit toujours favorable &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques et sociales dans lesquelles les agriculteurs exercent leur profession pr&#233;sentent en fait une extr&#234;me diversit&#233;, et pr&#233;tendre pouvoir mettre au point des techniques standard &#224; destination de paysans dont on ne conna&#238;t pas vraiment les contraintes et int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques serait absurde. Aucune technique ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme meilleure dans l'absolu, sans r&#233;f&#233;rence aux conditions agro-&#233;cologiques et socio-&#233;conomiques particuli&#232;res dans lesquelles doivent op&#233;rer les diverses cat&#233;gories d'agriculteurs. Est-on bien s&#251;r, par exemple, qu'am&#233;liorer un rendement consiste toujours en son accroissement syst&#233;matique, &#224; n'importe quel co&#251;t en travail ou mon&#233;taire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut gu&#232;re, par exemple, appr&#233;cier l'efficacit&#233; des syst&#232;mes de production agricole sans prendre en consid&#233;ration les al&#233;as qui p&#232;sent sur les rendements et les prix, la d&#233;pendance &#233;ventuelle &#224; l'&#233;gard de commer&#231;ants usuriers, la plus ou moins grande s&#233;curit&#233; des exploitants sur leurs tenures fonci&#232;res... L'int&#233;r&#234;t des paysans pauvres travaillant dans des conditions de grande pr&#233;carit&#233; consiste en effet rarement en la maximisation de l'esp&#233;rance math&#233;matique de leurs rendements &#224; l'hectare ou de leurs revenus mon&#233;taires par jour de travail ; il leur faut plut&#244;t assurer en permanence un revenu minimum et r&#233;duire les risques de tr&#232;s mauvaises r&#233;coltes, sans devoir emprunter de l'argent aupr&#232;s des banques ou des commer&#231;ants usuriers, quitte &#224; produire par eux-m&#234;mes une part importante de leur alimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans les plus pauvres de la plan&#232;te n'ont non plus souvent acc&#232;s aux moyens de production qui leur permettraient d'associer davantage l'&#233;levage aux productions v&#233;g&#233;tales de fa&#231;on &#224; recycler au mieux leurs r&#233;sidus de culture, fabriquer du fumier et assurer pleinement la fumure organique des terrains. De m&#234;me leur manque-t-il cruellement les &#233;quipements n&#233;cessaires au maniement et au transport des pailles, fourrages, fumiers et composts (Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, 1997) : r&#226;teaux, fourches, charrettes, traction animale, b&#234;tes de somme, etc. L'urgence serait de leur permettre d'avoir enfin acc&#232;s &#224; ces animaux et &#233;quipements ; mais pour cela, il nous faut d'abord r&#233;soudre la question de l'in&#233;gale r&#233;partition des ressources (terres agricoles, &#233;quipements, capital circulant, etc.) et de l'insuffisance dramatique des revenus paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en &#339;uvre des pratiques inspir&#233;es de l'agro-&#233;cologie suppose aussi que les paysanneries puissent jouir d'une plus grande s&#233;curit&#233; fonci&#232;re, de fa&#231;on &#224; pouvoir b&#233;n&#233;ficier des fruits de leurs efforts sur le long terme. Cette s&#233;curit&#233; fonci&#232;re peut &#234;tre assur&#233;e selon des modalit&#233;s variables ne passant pas n&#233;cessairement par une appropriation privative (souvent le meilleur moyen de priver les paysans pauvres d'un acc&#232;s &#224; la terre), mais va en tous cas &#224; l'encontre des tendances actuelles au &#171; land grabing &#187;. Ces dynamiques d'accaparement du foncier ressortent &#224; la fois de la panique de certains &#201;tats et firmes multinationales soucieux de garantir leurs approvisionnements agro-alimentaires et d'une croyance maintenue dans la sup&#233;riorit&#233; du mod&#232;le latifundiaire. Mais la s&#233;curit&#233; des approvisionnements pourrait &#234;tre en fait bien mieux assur&#233;e par la contractualisation des achats de productions v&#233;g&#233;tales et animales avec des producteurs agricoles travaillant pour leur propre compte et raisonnant en termes de co&#251;ts d'opportunit&#233; de la force de travail familiale, plut&#244;t que de miser sur l'extension croissante de tr&#232;s grandes entreprises agricoles capitalistes pilot&#233;es par des objectifs de maximisation du taux de profit et de minimisation des co&#251;ts salariaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VI-	Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plupart des pays du monde, ce sont les exploitations agricoles paysannes qui sont les plus &#224; m&#234;me d'h&#233;berger les syst&#232;mes de production inspir&#233;s de l'agro-&#233;cologie, et plus g&#233;n&#233;ralement les plus conformes aux exigences du d&#233;veloppement &#171; durable &#187;. Sur le plan &#233;cologique, le d&#233;veloppement de techniques agricoles qui soient &#224; la fois plus productives et plus respectueuses de l'environnement para&#238;t en effet bien plus ais&#233; dans les exploitations agricoles familiales, moins soumises aux imp&#233;ratifs d'&#233;conomies d'&#233;chelle et de r&#233;duction des co&#251;ts salariaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'inverse des exploitants capitalistes qui ne travaillent pas directement dans leurs exploitations mais y injectent du capital en vue de maximiser leur profit et en comparaison &#224; d'autres opportunit&#233;s de placements, les paysans investissent leur force de travail et leur &#233;pargne dans les unit&#233;s de production, d'une part de fa&#231;on &#224; y pouvoir mieux vivre de leur propre travail, d'autre part en comparant leurs revenus agricoles &#224; ce qu'il leur serait possible d'obtenir en exer&#231;ant &#233;ventuellement d'autres activit&#233;s (co&#251;ts d'opportunit&#233;). L'agriculture paysanne appara&#238;t donc comme la plus &#224; m&#234;me de r&#233;guler les probl&#232;mes d'emplois et d'exode rural : Un exploitant familial ne remplacera jamais sa main-d'&#339;uvre familiale par des machines et n'extensifiera pas davantage son syst&#232;me de production tant que cette main-d'&#339;uvre ne trouvera pas d'opportunit&#233;s d'emplois plus r&#233;mun&#233;rateurs en dehors de l'exploitation. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, l'agro-&#233;cologie contribue &#224; reconsid&#233;rer la notion m&#234;me de productivit&#233; du travail qui, trop souvent envisag&#233;e du seul point de vue des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s sans prise en compte des co&#251;ts sociaux, a longtemps l&#233;gitim&#233; les visions agroindustrielles et latifundiaires de l'agriculture. Elle va dans le sens d'une toujours plus grande &#171; durabilit&#233; &#187; sociale, en g&#233;n&#233;rant dans les campagnes les emplois que les villes ne peuvent plus gu&#232;re offrir, permettant ainsi une meilleure r&#233;gulation de l'exode rural. Les enfants ne renoncent en effet &#224; reprendre l'exploitation familiale de leurs parents que s'ils ont l'espoir de trouver un travail mieux r&#233;mun&#233;r&#233; ou moins p&#233;nible &#224; l'ext&#233;rieur et l'existence d'un ch&#244;mage chronique en ville peut bien s&#251;r les en dissuader. &lt;br class='autobr' /&gt;
Envisager l'essor d'une agriculture paysanne mettant en &#339;uvre des pratiques inspir&#233;es de l'agro-&#233;cologie ne rel&#232;ve donc pas d'un quelconque pass&#233;isme mais r&#233;sulte au contraire de l'imp&#233;ratif d'assurer la &#171; durabilit&#233; &#187; des syst&#232;mes agro-alimentaires mondiaux. La mise en &#339;uvre de v&#233;ritables r&#233;formes agraires destin&#233;es &#224; favoriser l'essor d'une telle agriculture paysanne et &#171; durable &#187; reste donc bien un imp&#233;ratif majeur dans de tr&#232;s nombreux pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Il faut environ entre 3 et 10 calories v&#233;g&#233;tales pour produire une calorie animale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) A l'&#233;chelle mondiale, l'agriculture consommerait actuellement 70 % environ de nos besoins en eau&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Dufumier, &#171; S&#233;curit&#233; alimentaire et d&#233;veloppement durable. Repenser l'agronomie et les &#233;changes internationaux &#187;, Futuribles n&#176; 352, mai 2009, p. 25-42.&lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Griffon, Nourrir la plan&#232;te, &#233;d. Odile Jacob, 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Mazoyer, Laurence Roudart, Histoire des agricultures du monde, &#233;d. du Seuil, 1997.&lt;br class='autobr' /&gt;
Siwa Msangi, Biofuls, food prices and food security, Expert meeting on global food security, IFPRI, Rome, f&#233;vrier 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
