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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>Fascisme, islam et grossiers amalgames</title>
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		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator>Stefan Durand</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Alors que les Etats-Unis s'enlisent en Irak et que ce pays sombre dans la guerre civile, l'administration Bush continue de justifier ses interventions au Proche-Orient au nom de la lutte contre le &#171; fascisme islamique &#187;. Ce cadre id&#233;ologique permet de ranger dans la m&#234;me cat&#233;gorie des mouvements disparates, d'Al-Qaida au Hezbollah en passant par les Fr&#232;res musulmans.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-L-arc-des-crises-" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que les Etats-Unis s'enlisent en Irak et que ce pays sombre dans la guerre civile, l'administration Bush continue de justifier ses interventions au Proche-Orient au nom de la lutte contre le &#171; fascisme islamique &#187;. Ce cadre id&#233;ologique permet de ranger dans la m&#234;me cat&#233;gorie des mouvements disparates, d'Al-Qaida au Hezbollah en passant par les Fr&#232;res musulmans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Ils proc&#232;dent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses. La loi, le pouvoir, le ma&#238;tre, le monde, la r&#233;bellion, la foi. Ils peuvent ainsi faire des m&#233;langes grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l'ange. &#187; En cela, &#171; ils cassent le travail consistant &#224; &#8220;former&#8221; des concepts &#224; articulation fine, ou tr&#232;s diff&#233;renci&#233;e, pour &#233;chapper aux grosses notions dualistes. &#187; En 1977, Gilles Deleuze d&#233;non&#231;ait ce qu'il appelait la &#171; pens&#233;e nulle &#187; des &#171; nouveaux philosophes &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trente ann&#233;es plus tard, ces penseurs toujours &#171; nuls &#187; mais plus vraiment &#171; nouveaux &#187; et toujours pas &#171; philosophes &#187; se retrouvent &#224; l'avant-garde pour propager en France, sur la base de &#171; m&#233;langes grotesques &#187;, le concept creux de &#171; fascisme islamique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait se contenter de passer outre si ce concept n'avait pas &#233;t&#233; utilis&#233; publiquement par le pr&#233;sident des Etats-Unis, M. George W. Bush, le 7 ao&#251;t 2006, et &#224; l'occasion d'autres discours officiels am&#233;ricains, dans lesquels on regroupait des organisations fort diff&#233;rentes les unes des autres (Al-Qaida, les Fr&#232;res musulmans, le Hamas, le Hezbollah...), faisant de ces mouvements les &#171; successeurs du nazisme et du communisme &#187;. La requalification de la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; en &#171; guerre contre le fascisme islamique &#187;, et donc l'inscription des mouvements fondamentalistes musulmans dans la lign&#233;e de ce qu'on a appel&#233; au XXe si&#232;cle, sans distinctions, les &#171; totalitarismes &#187;, n'est pas innocente. Elle vise &#224; rel&#233;gitimer des politiques bellicistes, en se fondant sur des amalgames et sur les vieilles ficelles de la &#171; politique de la peur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paternit&#233; du n&#233;ologisme &#171; islamo-fascisme &#187; a &#233;t&#233; revendiqu&#233;e dans l'hebdomadaire n&#233;oconservateur The Weekly Standard par le journaliste Stephen Schwartz (1), qui collabore par ailleurs &#224; un site Internet tr&#232;s controvers&#233;, FrontPage magazine, de David Horowitz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, n'ayant utilis&#233; le terme pour la premi&#232;re fois qu'en 2001, ce n'est donc pas Schwartz qui a invent&#233; l'expression, mais l'historien Malise Ruthven en 1990, dans le quotidien britannique The Independent (2). Et Christopher Hitchens a popularis&#233; la formule aux Etats-Unis. Journaliste brillant, autrefois &#224; gauche, il s'est ralli&#233; &#224; la guerre contre l'Irak du pr&#233;sident Bush. Mais c'est probablement &#224; l'orientaliste Bernard Lewis (3), conseiller de la Maison Blanche, m&#251; par une forte hostilit&#233; envers l'islam, qu'on doit son cheminement jusque dans un discours officiel du pr&#233;sident. Schwartz se consid&#232;re d'ailleurs comme un disciple de Lewis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des mouvements transnationaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on se fonde sur les traditionnelles d&#233;finitions th&#233;oriques formul&#233;es par des experts du fascisme (Hannah Arendt, Renzo De Felice, Stanley Payne ou Robert O. Paxton), on s'aper&#231;oit qu'aucun des mouvements islamistes regroup&#233;s par le pr&#233;sident Bush dans l'expression &#171; islamo-fascisme &#187; ne correspond aux crit&#232;res. Non pas que la religion soit incompatible avec le fascisme. Si Payne estime que le fascisme a besoin pour se d&#233;velopper d'un espace s&#233;culier (4), Paxton et d'autres lui r&#233;torquent que cela ne vaut que dans le cas europ&#233;en. Il peut bel et bien exister un fascisme musulman, comme d'ailleurs un fascisme chr&#233;tien, un fascisme hindou et un fascisme juif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, les mouvements montr&#233;s du doigt par l'administration Bush n'entrent pas dans cette cat&#233;gorie. L'islamisme doit &#234;tre appr&#233;hend&#233; comme un ph&#233;nom&#232;ne contemporain, nouveau et distinct. Certains &#233;l&#233;ments du fascisme traditionnel peuvent assur&#233;ment &#234;tre d&#233;cel&#233;s dans des mouvements fondamentalistes musulmans : la dimension paramilitaire, le sentiment d'humiliation et le culte du chef charismatique (dans une mesure toutefois relative et peu comparable avec les cultes du Duce ou du F&#252;hrer). Mais toutes les autres dimensions (nationalisme expansionniste, corporatisme, bureaucratie, culte du corps...), fondamentales, du fascisme font g&#233;n&#233;ralement d&#233;faut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mouvements islamistes sont souvent transnationaux, et donc bien loin du &#171; nationalisme int&#233;gral &#187; qui caract&#233;risa les fascismes europ&#233;ens des ann&#233;es 1930. Le fascisme &#233;tait, par nature, imp&#233;rialiste et expansionniste. Or, s'il est vrai que des cellules d'Al-Qaida op&#232;rent dans de nombreux pays et que certains mouvements islamistes r&#234;vent d'une reconqu&#234;te de l'Andalousie ou de la Sicile et de la restauration du califat, des formations comme le Hamas et le Hezbollah, si contestables que puissent &#234;tre leurs orientations religieuses et certaines de leurs actions arm&#233;es (en particulier les attentats contre des civils), sont en lutte contre des occupations territoriales.&lt;br class='autobr' /&gt;
De son c&#244;t&#233;, le r&#233;gime des talibans en Afghanistan s'apparentait davantage, par son absolutisme religieux, aux th&#233;ocraties obscurantistes du Moyen Age qu'aux r&#233;gimes fascistes ayant &#233;merg&#233; dans les pays industrialis&#233;s &#224; la suite de la premi&#232;re guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension corporatiste - relation quasi fusionnelle entre l'Etat, les entreprises et les corps de m&#233;tiers -, inh&#233;rente au fascisme, fait &#233;galement d&#233;faut dans le contexte islamique (la relation &#233;troite, en Iran, entre les commer&#231;ants du bazar et le r&#233;gime ne peut lui &#234;tre compar&#233;e). De plus, les mouvements islamistes ne sont pas, en g&#233;n&#233;ral, soutenus par le complexe militaro-industriel d'un pays, m&#234;me si, en Iran encore, l'articulation entre l'Etat religieux et la puissante industrie militaire pourrait laisser penser le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette articulation existe aussi dans des pays qu'on ne saurait qualifier de &#171; fascistes &#187;, par exemple les Etats-Unis, la France ou le Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disposer d'un &#171; Etat partisan &#187; repr&#233;sente une condition n&#233;cessaire &#224; l'exercice d'un pouvoir de nature fasciste. Or les groupes islamistes cibl&#233;s sont le plus souvent des organisations non &#233;tatiques, en marge du pouvoir de leur pays, ou pers&#233;cut&#233;s par ce dernier. Par ailleurs, si paradoxal que cela puisse para&#238;tre pour des mouvements id&#233;ologiquement structur&#233;s par la religion, les aspects id&#233;ologiques apparaissent souvent secondaires chez ces organisations islamistes, alors que Raymond Aron soulignait la &#171; place d&#233;mentielle &#187; de l'id&#233;ologie dans tout syst&#232;me totalitaire, lequel reposait selon lui sur un &#171; primat de l'id&#233;ologie (5) &#187;. Les mouvements islamistes instrumentalisent la religion et cherchent &#224; s'en servir comme d'une id&#233;ologie, mais il n'y a pas volont&#233; de cr&#233;er un &#171; homme nouveau &#187;, comme ce fut le cas en Europe. Il s'agit plus de vieux archa&#239;smes religieux ou soci&#233;taux que d'une id&#233;ologie globale et coh&#233;rente. De surcro&#238;t, le succ&#232;s populaire de ces mouvements d&#233;coule souvent de facteurs autres qu'id&#233;ologiques. A titre d'exemple, le vote Hamas ne refl&#232;te pas une adh&#233;sion du peuple palestinien &#224; l'id&#233;ologie religieuse de ce mouvement, mais serait surtout la r&#233;sultante d'un vote-sanction contre la corruption du Fatah. Au Liban, nombreux sont ceux qui soutiennent le Hezbollah sans souscrire pour autant &#224; son discours islamiste. Et les intellectuels qui appuient ces mouvements le font g&#233;n&#233;ralement en d&#233;pit de leur id&#233;ologie, non par adh&#233;sion &#224; l'islamisme. En revanche, le fascisme et le nazisme, en tant qu'id&#233;ologies, ont s&#233;duit des intellectuels par milliers, dont certains tr&#232;s &#233;minents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Al-Qaida, par exemple, ne peut se pr&#233;valoir que de rares soutiens de cet ordre, et son discours, des plus sommaires, rappelle davantage celui des ph&#233;nom&#232;nes sectaires anciens que celui des r&#233;gimes fascistes europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme et le nazisme &#233;taient des mouvements de masse, fond&#233;s sur une politisation et un consentement des foules, alors que les organisations islamistes, en d&#233;pit de tous les &#233;l&#233;ments propices, comme la crise &#233;conomique et l'humiliation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, se heurtent dans la plupart des pays musulmans &#224; des soci&#233;t&#233;s civiles attach&#233;es &#224; leurs libert&#233;s. Le nombre de ceux qui soutiennent les mouvements fondamentalistes musulmans en Afrique du Nord n'est pas beaucoup plus &#233;lev&#233; que le nombre de ceux qui, en Europe, soutiennent les mouvements de la droite extr&#234;me. Le mouvement Al-Qaida ne parvient &#224; s&#233;duire qu'une partie tr&#232;s r&#233;duite des musulmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chacun des pays musulmans sommeillent, sous des dictatures fr&#233;quemment inf&#233;od&#233;es aux Etats-Unis, des soci&#233;t&#233;s civiles extraordinairement vives, non pratiquantes et antitotalitaires. En outre, comme l'&#233;crit Paxton : &#171; Ce qui nous emp&#234;che essentiellement de succomber &#224; la tentation de taxer de fascistes les mouvements islamiques fondamentalistes comme Al-Qaida et les talibans est qu'ils ne sont pas le produit d'une r&#233;action contre des d&#233;mocraties dysfonctionnelles. Leur unit&#233; est davantage organique que m&#233;canique, pour reprendre la c&#233;l&#232;bre distinction d'Emile Durkheim (6). Par-dessus tout, ces mouvements ne peuvent pas &#8220;renoncer aux institutions libres&#8221;, n'en ayant jamais eu (7).&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; On pourrait &#233;voquer bien d'autres &#233;l&#233;ments permettant de r&#233;cuser cette analogie avec le fascisme : pas de monopole de l'information (m&#234;me en Iran ou en Arabie saoudite, malgr&#233; le strict contr&#244;le du pouvoir religieux, des br&#232;ches existent qui laissent passer le souffle d'une certaine libert&#233;), pas de darwinisme social, pas d'&#233;conomie dirig&#233;e ni de mobilisation planifi&#233;e de l'industrie, pas de monopole des armes... Le cas de la R&#233;publique islamique d'Iran est certes probl&#233;matique. M. Mahmoud Ahmadinejad peut s'appuyer sur un &#171; Etat partisan &#187;, contr&#244;le tr&#232;s &#233;troitement les m&#233;dias par l'interm&#233;diaire d'un minist&#232;re de la culture et de l'orientation islamique, et mobilise son &#233;conomie - planifi&#233;e - ainsi que son imposant complexe militaro-industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on pour autant parler, m&#234;me dans ce cas, d'islamo-fascisme ? Pas vraiment, tant les contre-pouvoirs demeurent nombreux et la soci&#233;t&#233; civile vigilante. Le pr&#233;sident iranien doit composer avec le Majlis (Parlement), et il lui a fallu plusieurs mois pour obtenir de celui-ci la confirmation de certains ministres. Le num&#233;ro un de l'Etat iranien, le &#171; guide supr&#234;me &#187;, l'ayatollah Ali Khamenei, a par ailleurs soumis les d&#233;cisions du gouvernement de M. Ahmadinejad &#224; l'aval du Conseil de discernement, dirig&#233; par M. Hach&#233;mi Rafsandjani, qui n'est autre que le candidat d&#233;fait par M. Ahmadinejad &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Ahmadinejad doit aussi composer avec l'ancien pr&#233;sident, le &#171; r&#233;formateur &#187; Mohammad Khatami, lequel conserve une popularit&#233; non n&#233;gligeable. L'&#233;ditorialiste Tzvi Barel soutient dans Haaretz que les diatribes anti-isra&#233;liennes du pr&#233;sident iranien &#171; s'expliquent en fait par les tensions id&#233;ologiques et les rapports de forces au sein de la R&#233;publique islamique (8) &#187;. Enfin, le &#171; populiste &#187; Ahmadinejad a beaucoup de mal &#224; s&#233;duire les &#233;lites, et une grande partie de la soci&#233;t&#233; civile iranienne est d&#233;termin&#233;e &#224; lutter contre l'emprise des ultraconservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le terme g&#233;n&#233;rique d'&#171; islamo-fascisme &#187; para&#238;t incongru, cela ne signifie pas que l'impr&#233;gnation fasciste soit absente en contexte islamique. Les mondes arabe et musulman comptent un nombre consid&#233;rable de dictatures et de r&#233;gimes autoritaires que l'on pourrait qualifier de fascisants, souvent alli&#233;s des Etats-Unis dans leur &#171; guerre mondiale contre le terrorisme &#187;. Les dictateurs d'Azerba&#239;djan, d'Ouzb&#233;kistan, du Kazakhstan et du Turkm&#233;nistan, quatre Etats musulmans, sont curieusement &#233;pargn&#233;s par les critiques am&#233;ricaines, bien que le caract&#232;re semi-fasciste de ces r&#233;gimes saute aux yeux. La monarchie saoudienne est en odeur de saintet&#233; &#224; Washington, malgr&#233; son fondamentalisme et son obscurantisme religieux, son appui &#224; des mouvements islamistes radicaux et ses outrances. Le soutien &#224; la politique ext&#233;rieure am&#233;ricaine para&#238;t valoir excuse de toutes les d&#233;rives autocratiques et fascisantes. D&#233;sormais absous dans les chancelleries occidentales apr&#232;s avoir reni&#233; son turbulent pass&#233;, comme le r&#233;clamait Washington, le colonel Mouammar Kadhafi a pu c&#233;l&#233;brer le trente-septi&#232;me anniversaire de son arriv&#233;e au pouvoir en appelant au meurtre de ses opposants, sans que nul ne s'en &#233;meuve en Occident (9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme &#171; fasciste &#187; pouvait-il se justifier &#224; propos de la dictature du pr&#233;sident Saddam Hussein, des baasistes et de leurs moukhabarat (services secrets) en Irak ? Sans doute. Le r&#233;gime de M. Hussein &#233;tait un r&#233;gime ultranationaliste, reposant sur le culte d&#233;mesur&#233; du chef, ne distinguant pas entre les sph&#232;res publique et priv&#233;e, et de surcro&#238;t expansionniste. Lors d'une conf&#233;rence au Kowe&#239;t en 1987, Edward W. Said avait mis en garde les gouvernants du Golfe : &#171; En continuant de soutenir financi&#232;rement Saddam Hussein, vous vous rendez complices de ce fascisme arabe, dont vous finirez par &#234;tre les victimes. &#187; Ce n'est que le 2 ao&#251;t 1990, apr&#232;s l'invasion de leur pays, que les dirigeants kowe&#239;tiens le comprirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anciens alli&#233;s de Washington&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypocrisie est encore plus frappante si l'on songe que ceux que l'on qualifie aujourd'hui d'&#171; islamo-fascistes &#187;, notamment les n&#233;otalibans afghans, &#233;taient, durant leur lutte contre les Sovi&#233;tiques dans les ann&#233;es 1980, encens&#233;s &#224; Washington comme les &#171; &#233;quivalents moraux &#187; des P&#232;res fondateurs des Etats-Unis (10). Les Fr&#232;res musulmans &#233;gyptiens ont &#233;t&#233; eux aussi tr&#232;s g&#233;n&#233;reusement aid&#233;s par les services de renseignement britanniques et am&#233;ricains. Et le gouvernement isra&#233;lien a favoris&#233; les Fr&#232;res musulmans en Palestine (avant la naissance du Hamas) pour endiguer le pouvoir du Fatah, des marxistes et de l'Organisation de lib&#233;ration de la Palestine.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut et on doit critiquer avec d&#233;termination certains mouvements obscurantistes et fanatiques qui, dans le monde musulman, ont recours au terrorisme, mais sans pour autant employer des termes provocants et dat&#233;s comme &#171; nazislamisme &#187; ou &#171; islamo-fascisme &#187;, qui stigmatisent des populations enti&#232;res en &#233;tablissant une relation directe entre leur religion et les partis extr&#233;mistes qui l'ont instrumentalis&#233;e au nom d'objectifs politiques. Refuser un concept frauduleux ne signifie nullement que l'on doive s'interdire de critiquer les crimes des islamistes et leur vision du monde. Le brillant intellectuel pakistanais Eqbal Ahmad n'a-t-il pas fait preuve d'un courage exceptionnel en d&#233;fendant devant des foules pakistanaises en col&#232;re l'&#233;crivain Salman Rushdie, menac&#233; de mort par une fatwa iranienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces consid&#233;rations n'ont que peu d'importance aux yeux des jacksoniens (11) et des n&#233;oconservateurs qui dominent la politique ext&#233;rieure des Etats-Unis, pour qui l'usage de l'expression &#171; fascisme islamique &#187; est surtout utile en raison de sa charge &#233;motionnelle. Elle permet de semer la peur. Or c'est l&#224; que r&#233;side l'un des principaux dangers. En accr&#233;ditant l'id&#233;e que l'Occident combat un nouveau fascisme et de nouveaux Hitler, on pr&#233;pare l'opinion &#224; accepter l'id&#233;e que la guerre peut et doit &#234;tre &#171; pr&#233;ventive &#187;. La r&#233;ponse &#224; la &#171; menace fasciste &#187;, massive, se trouve donc justifi&#233;e quelles qu'en soient les cons&#233;quences en termes de vies humaines. &#171; Les Alli&#233;s ont bien bombard&#233; Dresde &#187;, r&#233;pliqu&#232;rent certains n&#233;oconservateurs &#224; ceux qui critiquaient le largage par les F-16 isra&#233;liens de centaines de bombes &#224; sous-munitions sur des quartiers civils libanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acharnement &#224; vouloir &#171; nazifier &#187; son adversaire n'a rien d'in&#233;dit. P&#233;riodiquement, les m&#233;dias occidentaux d&#233;couvrent un &#171; IVe Reich &#187; et un &#171; nouveau F&#252;hrer &#187;. Successivement Gamal Abdel Nasser, Yasser Arafat, Slobodan Milosevic, M. Hussein et &#224; pr&#233;sent M. Ahmadinejad ont &#233;t&#233; compar&#233;s &#224; Hitler. Nasser &#233;tait appel&#233; le &#171; Hitler du Nil &#187;. Menahem Begin qualifiait Arafat de &#171; Hitler arabe &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, le pr&#233;sident iranien et ses philippiques n&#233;gationnistes offrent un terrain fertile aux manipulations des m&#233;dias. C'est ainsi que le n&#233;oconservateur iranien Amir Taheri, ancien collaborateur du Shah, a diffus&#233; une &#171; nouvelle &#187; selon laquelle l'Iran s'appr&#234;terait &#224; faire porter l'&#233;toile jaune aux juifs iraniens. Bien que fausse, elle a fait la &#171; une &#187; du quotidien conservateur canadien The National Post, avec en gros titre : &#171; Le IVe Reich &#187;. Que cette information ait &#233;t&#233; vigoureusement ni&#233;e par les juifs iraniens eux-m&#234;mes et par toute la presse n'a rien chang&#233; &#224; l'affaire. Le &#171; coup m&#233;diatique &#187; a r&#233;ussi, et des centaines de milliers de Canadiens et d'Am&#233;ricains sont d&#233;sormais convaincus que les juifs iraniens portent une &#233;toile jaune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui sera fort utile si les Etats-Unis d&#233;cident de lancer une nouvelle guerre pr&#233;ventive contre l'Iran... Les utilisateurs de l'expression &#171; islamo-fascisme &#187; ont en commun de vouloir en d&#233;coudre et de poursuivre les actions arm&#233;es men&#233;es au nom de la &#171; guerre mondiale contre le terrorisme &#187;. Au fil des ans, l'historien britannique Lewis a popularis&#233; la notion selon laquelle les Arabes et les &#171; Orientaux &#187; ne comprennent que la force. Il aurait &#233;t&#233; bien inspir&#233; de lire Arendt, qui &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nonobstant tous les espoirs du contraire, il semble qu'il y a un argument que les Arabes sont incapables de comprendre : c'est la force (12). &#187; Unir sous une seule banni&#232;re, celle d'&#171; islamo-fascistes &#187;, des dizaines de mouvements disparates, souvent en conflit les uns avec les autres, et ayant des objectifs tr&#232;s divers, permet d'enraciner le mythe d'un complot islamiste mondial, d'occulter les questions g&#233;opolitiques purement profanes, et donc de ne plus &#233;voquer les causes qui ont entra&#238;n&#233; la naissance de la plupart de ces mouvements. Notamment les occupations coloniales et les conflits territoriaux dont seule une juste r&#233;solution peut permettre d'ass&#233;cher le terreau sur lequel prosp&#232;re le terrorisme islamiste contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On singe &#224; peu de frais les postures churchilliennes et on se permet sym&#233;triquement de traiter de &#171; munichois &#187; tous ceux qui s'opposent &#224; ces guerres aussi absurdes que contre-productives. Au lieu de voir en eux des esprits lucides, on les pr&#233;sente comme autant d'&#171; idiots utiles &#187;, incarnations modernes d'Edouard Daladier et de Neville Chamberlain signant en 1938 les accords de Munich avec Hitler. &#171; Rien n'est pire que les pr&#233;tendues le&#231;ons de l'Histoire, lorsqu'elle est mal comprise et mal interpr&#233;t&#233;e &#187;, disait Paul Val&#233;ry.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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