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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>De la &#171; r&#233;volution citoyenne &#187; &#224; la transformation sociale radicale ?</title>
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		<dc:date>2008-12-08T14:38:18Z</dc:date>
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		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator>Frank Gaudichaud </dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui l'&#201;quateur s'est prononc&#233; pour une nouvelle nation. Les vieilles structures ont &#233;t&#233; d&#233;truites par cette r&#233;volution citoyenne &#187; : c'est de cette mani&#232;re que le pr&#233;sident Rafael Correa a analys&#233; la victoire du &#171; Oui &#187; au r&#233;f&#233;rendum constitutionnel, le 28 septembre dernier. Un r&#233;f&#233;rendum qui ent&#233;rine la mise en place d'une nouvelle architecture institutionnelle pour ce petit pays de 14 millions d'habitants, situ&#233; &#224; l'ouest de l'Am&#233;rique du sud, o&#249; plus de 50 % de la population vit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-L-altermondialisme-" rel="directory"&gt;L'altermondialisme&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui l'&#201;quateur s'est prononc&#233; pour une nouvelle nation. Les vieilles structures ont &#233;t&#233; d&#233;truites par cette r&#233;volution citoyenne &#187; : c'est de cette mani&#232;re que le pr&#233;sident Rafael Correa a analys&#233; la victoire du &#171; Oui &#187; au r&#233;f&#233;rendum constitutionnel, le 28 septembre dernier. Un r&#233;f&#233;rendum qui ent&#233;rine la mise en place d'une nouvelle architecture institutionnelle pour ce petit pays de 14 millions d'habitants, situ&#233; &#224; l'ouest de l'Am&#233;rique du sud, o&#249; plus de 50 % de la population vit en dessous du seuil de pauvret&#233;. Sans aucun doute, cette quatri&#232;me victoire &#233;lectorale de la coalition progressiste gouvernementale, Alianza Pais [1], confirme l'&#233;nergie antilib&#233;rale qui agite le pays depuis maintenant plusieurs ann&#233;es et conforte le projet de r&#233;formes sociales impuls&#233; par l'actuel gouvernement. Derri&#232;re cette lutte dans les urnes se cache plus fondamentalement un combat social et politique anti-oligarchique et la remise en cause de l'influence imp&#233;rialiste dans la r&#233;gion. De ce point de vue, le dernier r&#233;f&#233;rendum ne saurait faire oublier que si tout reste ouvert en &#201;quateur, rien n'est encore vraiment gagn&#233; en ce qui concerne un questionnement radical des structures du capitalisme n&#233;olib&#233;ral d&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultats du r&#233;f&#233;rendum&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rafael Correa avait gagn&#233; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique en novembre 2006 avec 56 % des votes exprim&#233;s et cette &#233;lection signifiait d&#233;j&#224; une d&#233;faite &#233;vidente pour la droite conservatrice, les partis traditionnels, tout comme d'importants secteurs de l'oligarchie locale appuy&#233;e par l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien. Le seul fait que son adversaire, le multimilliardaire et magnat des plantations de bananes, &#193;lvaro Noboa, ait pu &#234;tre d&#233;fait, sur le terrain &#233;lectoral, gr&#226;ce &#224; une campagne militante &#233;tait tout un symbole dans un pays dont la soumission aux capitaux &#233;trangers a &#233;t&#233; grav&#233;e dans le marbre par la dollarisation de l'&#233;conomie (en vigueur depuis l'ann&#233;e 2000). L'&#233;lection pr&#233;sidentielle avait ainsi repr&#233;sent&#233; aux yeux de millions d'Equatoriens, une lueur d'espoir : &#171; une victoire de ceux et de celles d'en bas, [o&#249;] on a assist&#233; &#224; une fusion entre la conscience sociale et la conscience politique de gauche, &#224; une identification de la lutte contre l'oligarchie et de celle contre le n&#233;olib&#233;ralisme &#187; [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;f&#233;rendum organis&#233; fin septembre 2008 afin de mettre en place une nouvelle &#171; Carta magna &#187; non seulement confirme l'essai, mais cette victoire approfondit aussi la perspective du changement social en &#201;quateur. Ce ne sont pas moins de 64 % de presque 10 millions d'&#233;lecteurs [3] qui se sont prononc&#233;s positivement, malgr&#233; l'intense campagne de l'opposition, de la hi&#233;rarchie de l'&#201;glise catholique et la partialit&#233; &#233;hont&#233;e de la grande majorit&#233; des m&#233;dias de communication priv&#233;s, tous au garde-&#224;-vous pour sataniser les mouvements populaires ou les d&#233;put&#233;s de gauche de l'assembl&#233;e constituante. Le &#171; oui &#187; s'est impos&#233;, contre vents et mar&#233;es, dans 23 des 24 provinces du pays (ne perdant que dans la petite province amazonienne de Napo) et s'&#233;tend m&#234;me &#224; la province de Guayas, la plus peupl&#233;e du pays, mais sans y atteindre toutefois le seuil n&#233;cessaire de la majorit&#233; absolue. Le &#171; non &#187; (cumul&#233; &#224; plus de 9 % de votes nuls) est sorti gagnant &#8212; &#224; une tr&#232;s courte majorit&#233; &#8212; &#224; Guayaquil, m&#233;tropole &#233;conomique situ&#233;e sur la c&#244;te Pacifique : Jaime Nebot, le maire social-chr&#233;tien de la ville, appara&#238;t ainsi comme le leader de la droite du pays. Digne repr&#233;sentant des classes dominantes, il a imm&#233;diatement cherch&#233; &#224; montrer qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; en d&#233;coudre, affirmant son droit &#224; la &#171; r&#233;sistance &#187; et &#224; &#171; l'autonomie &#187; face au gouvernement de Quito. Anticipant clairement la strat&#233;gie de confrontation des &#233;lites de Guayaquil, Nebot a appel&#233; ses partisans (notamment le mouvement &#233;tudiant de cette ville) &#224; se pr&#233;parer aux affrontements &#224; venir avec le mouvement populaire indig&#232;ne et la gauche &#233;quatorienne. Comme en Bolivie, les secteurs dominants, incapables de revenir au centre de l'&#233;chiquier politique par les urnes, parient d&#233;sormais sur le th&#232;me du droit &#224; &#171; l'autonomie &#187; et du s&#233;paratisme &#8212; y compris par la violence &#8212; des r&#233;gions les plus riches. Cette tactique cherche &#224; reproduire la division s&#233;culaire du pays entre la c&#244;te (la Costa o&#249; vit une grande partie des &#233;lites blanches et o&#249; se concentrent les activit&#233;s industrielles, p&#233;trolif&#232;res ainsi que les grandes plantations) et la partie andine du pays (la Sierra), o&#249; se trouvent Quito, la capitale, le si&#232;ge du gouvernement (le Palais Carondelet) et une forte concentration de populations indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; r&#233;volution citoyenne &#187; de Rafael Correa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derni&#232;res &#233;lections ont laiss&#233; derri&#232;re elles la Constitution de 1998, r&#233;dig&#233;e &#224; huis clos dans une caserne militaire et qui avait pour objectif de tenter de mettre fin aux luttes intestines permanentes qui traversent les classes dominantes &#233;quatoriennes. Celles-ci sont l'une des &#171; marques de fabrique &#187; du syst&#232;me politique du pays lib&#233;r&#233;, en 1822, par l'arm&#233;e ind&#233;pendantiste d'Antonio Jos&#233; de Sucre. Tout au long du si&#232;cle pass&#233;, la R&#233;publique a &#233;t&#233; prisonni&#232;re des conflits qui assaillent le bloc social dominant, prenant diverses formes, et dans lesquels on retrouve les divergences d'int&#233;r&#234;ts entre plusieurs fractions de classes : la bourgeoisie commerciale agroexportatrice (li&#233;e au Parti lib&#233;ral), l'oligarchie terrienne et l'&#201;glise catholique (Parti conservateur), certains secteurs du capital financier plut&#244;t proches du Parti social-chr&#233;tien ou encore une nouvelle bourgeoisie nationale &#233;mergente, repr&#233;sent&#233;e par diff&#233;rents courants sociaux-d&#233;mocrates. Dans ces conditions, le processus de domination politique a &#233;t&#233; rythm&#233; par une respiration instable, ponctu&#233;e de plusieurs dictatures militaires (la derni&#232;re a pris fin en 1978), mais aussi d'insurrections populaires (&#171; r&#233;volution Juliana &#187; en 1925, &#171; glorieuse insurrection &#187; de 1944 ou, plus r&#233;cemment, les r&#233;bellions de janvier 2000 et d'avril 2005). Pas moins de cinquante-cinq dirigeants se sont succ&#233;d&#233;s au gouvernement depuis 1900 et trois pr&#233;sidents ont &#233;t&#233; destitu&#233;s au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie : 1997, 2000, puis 2005 avec la chute de Lucio Guti&#233;rrez, d&#233;mission qui a ouvert un nouvel espace dans lequel va s'engouffrer le jeune &#233;conomiste, et ex-ministre, Rafael Correa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cente Constitution symbolise la nouvelle &#233;tape que vit l'&#201;quateur depuis plus de deux ans. Elle a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e par Correa comme un outil destin&#233; &#224; mettre fin &#171; &#224; la longue nuit n&#233;olib&#233;rale &#187; afin de construire &#171; une patrie souveraine, digne, juste, sans mis&#232;re, sans ch&#244;mage, sans discrimination &#187;. C'est au terme de huit mois particuli&#232;rement agit&#233;s que ce projet a &#233;t&#233; approuv&#233;. L'assembl&#233;e constituante, qui a r&#233;dig&#233;e ce texte entre novembre 2007 et juillet 2008, &#233;tait largement domin&#233;e par Alianza Pais (AP), qui comptait 80 l&#233;gislateurs contre seulement 40 pour l'opposition et 10 li&#233;s &#224; de petites formations de gauche proches de Correa (Mouvement populaire d&#233;mocratique, Gauche d&#233;mocratique) ou de la Conf&#233;d&#233;ration des nationalit&#233;s indig&#232;nes de l'&#201;quateur (CONAIE) [4], repr&#233;sent&#233;e par son bras politique, Pachakutik. Comme au Venezuela (1999) et en Bolivie (2007), ce processus constituant s'est &#233;labor&#233; sur la base d'un dialogue r&#233;el avec les citoyens (qui ont &#233;lu les d&#233;put&#233;s constituants) et d'une prise en compte partielle des revendications des mouvements sociaux (qui ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; discuter les textes au fur et &#224; mesure de leur &#233;laboration), m&#234;me si in fine c'est effectivement le bureau politique de AP qui a gard&#233; la main sur la plupart des orientations fondamentales de la Constitution. Cependant, si l'on compare cette exp&#233;rience avec la majorit&#233; des constituantes pass&#233;es en Am&#233;rique latine, bas&#233;es sur des pactes entre partis, il s'agit assur&#233;ment d'une importante avanc&#233;e d&#233;mocratique, qui a permis la politisation de centaines de milliers de citoyens dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses contradictions limitent pourtant cette d&#233;mocratisation et les tensions n'ont pas manqu&#233; entre Correa et les mouvements populaires, tout comme au sein de la coalition gouvernementale [5]. Les principaux points de crispation ont port&#233; sur le mod&#232;le &#233;conomique et la question &#233;cologique, les droits des populations indig&#232;nes et les droits reproductifs. Ainsi, le conflit entre les deux leaders, Rafael Correa et Alberto Acosta (pr&#233;sident de l'assembl&#233;e constituante), est aussi le reflet de la contradiction entre les vis&#233;es &#171; extractivistes &#187; d'une majorit&#233; du gouvernement (dont Correa), qui pense qu'il est indispensable de poursuivre une politique bas&#233;e sur le d&#233;veloppement de l'extraction p&#233;troli&#232;re et mini&#232;re en alliance avec certaines multinationales et celles, plus &#171; &#233;cologiques &#187; et proches de la CONAIE, qui insistent sur la n&#233;cessaire mise en place d'un mode de d&#233;veloppement alternatif. En &#233;cho aux demandes de plusieurs organisations sociales et de la gauche radicale, Acosta s'est oppos&#233; &#224; l'id&#233;e d'une exploitation du champ p&#233;trolif&#232;re ITT (Ishpingo-Tambococha-Tiputini), situ&#233; dans le parc national Yasuni, une des plus importantes r&#233;serves de biosph&#232;re de la plan&#232;te [6]. Ce type de discussion s'est reproduit autour de la notion de l'acc&#232;s &#224; l'eau comme droit fondamental inali&#233;nable, sur la question de l'exploitation des ressources situ&#233;es en territoires indig&#232;nes ou encore autour de la question du mariage homosexuel et du droit &#224; l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites du nationalisme radical &#233;quatorien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers de ces avanc&#233;es &#8212; et contradictions &#8212; on aper&#231;oit en filigrane les limites du programme de la &#171; r&#233;volution citoyenne &#187; d'AP. Les 444 articles font de la Constitution &#233;quatorienne l'une des plus d&#233;mocratiques d'Am&#233;rique latine. Elle d&#233;finit et reconna&#238;t les comp&#233;tences de la justice communautaire indig&#232;ne avec l'ordinaire, &#233;tablit l'union civile entre deux personnes quel que soit leur sexe, d&#233;clare l'imprescriptibilit&#233; des crimes contre l'humanit&#233;, garantit pour la premi&#232;re fois la gratuit&#233; de la sant&#233; et de l'&#233;ducation. Le r&#244;le central de l'&#201;tat dans la planification &#233;conomique est consacr&#233; puisqu'il &#171; se r&#233;serve le droit d'administrer, de r&#233;guler, de contr&#244;ler &#187; les secteurs strat&#233;giques : banque centrale, &#233;nergie, t&#233;l&#233;communications, ressources naturelles non renouvelables, transport, raffinage d'hydrocarbures, biodiversit&#233;, patrimoine g&#233;n&#233;tique, spectre radio&#233;lectrique, eau... Le texte ent&#233;rine la fin de la pr&#233;sence militaire des &#201;tats-Unis (base de Manta) et cr&#233;e la figure d'un &#201;tat plurinational d&#233;mocratique. La &#171; Carta magna &#187; remplace aussi la notion &#171; d'&#233;conomie sociale de march&#233; &#187; par celle d'un syst&#232;me &#171; juste, d&#233;mocratique, productif, solidaire et soutenable bas&#233; sur une r&#233;partition &#233;galitaire des b&#233;n&#233;fices du d&#233;veloppement &#187;, et introduit la notion &#171; d'ill&#233;gitimit&#233; &#187; de la dette externe. La notion de d&#233;mocratie participative est pr&#233;sente dans tout le texte, particuli&#232;rement au travers de la figure d'un &#171; Conseil de participation citoyenne &#187;. Toutefois, pour plusieurs organisations militantes, le r&#233;sultat final reste &#171; schizophr&#232;ne &#187; par certains aspects : &#171; Par exemple, la reconnaissance des droits de la nature et de l'eau comme droit humain, l'introduction du concept indig&#232;ne du &#8220;Vivre bien&#8221; comme une nouvelle forme de d&#233;veloppement, qui rechercherait le d&#233;passement du mod&#232;le extractiviste, ainsi qu'une relation harmonieuse avec la Nature, perdent leur effectivit&#233; en laissant ouverte la possibilit&#233; d'exploiter les zones naturelles prot&#233;g&#233;es au profit de l'&#201;tat. Ainsi, la d&#233;claration du caract&#232;re plurinational de l'&#201;tat n'a aucun effet sur les structures politiques du pays, en marginalisant les principales demandes des peuples et nationalit&#233;s indig&#232;nes, telles que la possibilit&#233; de l'autogouvernement dans leurs territoires ancestraux &#187; [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tendances verticalistes ou &#171; caudillistes &#187; ont aussi &#233;t&#233; montr&#233;es du doigt par certains militants de gauche, tel l'ex-d&#233;put&#233; de Pachakutik, Napole&#243;n Saltos, allant jusqu'&#224; appeler &#224; un &#171; vote nul rebelle &#187; &#224; la Constitution, dans un &#233;lan sectaire peu relay&#233; par les classes populaires. La figure tut&#233;laire de Correa sera d'autant plus pr&#233;gnante que la nouvelle loi renforce les pouvoirs du pr&#233;sident et qu'il a la possibilit&#233; de se repr&#233;senter pour quatre ans en 2009 et d'&#234;tre r&#233;&#233;lu une fois (soit jusqu'&#224; 2017...) [8]. Correa, catholique convaincu, s'est par ailleurs positionn&#233; souvent en retrait par rapport &#224; sa base sur des th&#232;mes tels que la la&#239;cit&#233;, la gratuit&#233; des universit&#233;s, l'environnement, l'autonomie indig&#232;ne, l'avortement : plusieurs avanc&#233;es constitutionnelles ont &#233;t&#233; acquises malgr&#233; lui et gr&#226;ce &#224; la pression d&#233;cid&#233;e du mouvement social, alors que l'&#201;glise a su mener une campagne extr&#234;mement active et r&#233;actionnaire. Le pr&#233;sident lui-m&#234;me s'est, &#224; plusieurs reprises, montr&#233; insultant envers les populations indig&#232;nes, affichant un m&#233;pris non dissimul&#233; pour plusieurs de leurs revendications. Certains membres de l'assembl&#233;e ont m&#234;me d&#233;nonc&#233; la &#171; droitisation du gouvernement &#187;, telle Monica Chuji qui a quitt&#233; AP. Au sein de la gauche radicale, la plupart des militants ont n&#233;anmoins d&#233;cid&#233; &#8212; avec raison nous semble-t-il &#8212; de donner leur soutien critique au r&#233;f&#233;rendum, afin d'animer une campagne populaire et surtout ind&#233;pendante du gouvernement [9]. C'est le cas du front &#171; Uni(e)s pour le Oui et le changement &#187; qui regroupait plusieurs associations, des mouvements sociaux et des m&#233;dias communautaires. Ce type d'actions a permis de discuter largement la politique de Correa et est entr&#233; en r&#233;sonance avec les positions de la principale organisation indig&#232;ne du pays. Son dirigeant, Humberto Cholango, d&#233;clarait ainsi le jour du r&#233;f&#233;rendum : &#171; Depuis le premier soul&#232;vement indien, il y a dix-huit ans, les peuples indig&#232;nes ont r&#233;clam&#233; que l'&#201;quateur soit d&#233;clar&#233; &#201;tat plurinational. M&#234;me si elle n'est pas compl&#232;te, nous d&#233;dions cette victoire aux camarades qui ont vers&#233; leur sang pour cela &#187; [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prochaines luttes sociales d&#233;cisives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renouvellement institutionnel d&#233;mocratique est donc un pas en avant tout &#224; fait significatif et un espace de plus ouvert pour les luttes de classes &#224; venir. Cette derni&#232;re bataille &#233;lectorale refl&#232;te &#233;galement un combat pour l'h&#233;g&#233;monie inachev&#233;, o&#249; la droite la plus conservatrice &#224; subi une nouvelle d&#233;faite mais o&#249; ni la gauche r&#233;volutionnaire, ni les mouvements sociaux n'ont r&#233;ussi &#224; consolider un projet anticapitaliste alternatif consistant. Ces derniers mois, tout en maintenant une politique d'assistance aux populations les plus pauvres, le gouvernement a r&#233;alis&#233; certains gestes forts tels la saisie, pour malversation av&#233;r&#233;e, des biens du clan Isaias (repr&#233;sentant pas moins de 165 entreprises et deux canaux de t&#233;l&#233;vision) et l'expulsion d'&#201;quateur de la compagnie de construction br&#233;silienne Odebrecht pour rupture de contrat. Ceci tout en r&#233;it&#233;rant la d&#233;nonciation du n&#233;olib&#233;ralisme, de la dette ext&#233;rieure et de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette &#171; r&#233;volution citoyenne &#187; reste aux prises avec les limites du nationalisme radical latino-am&#233;ricain. La r&#233;cente rencontre de Correa, en septembre 2008 &#224; Manaus (Br&#233;sil), avec Lula, Chavez et Morales parait confirmer davantage le cours d&#233;veloppementiste et n&#233;okeyn&#233;sien de l'ex&#233;cutif &#233;quatorien, en alliance avec les secteurs les plus modernes de la bourgeoisie locale et certaines entreprises transnationales sud-am&#233;ricaines. Dans le sillage social-lib&#233;ral br&#233;silien, le projet d'int&#233;gration de l'IIRSA (Initiative d'int&#233;gration de l'infrastructure r&#233;gionale d'Am&#233;rique du sud), d&#233;fendu &#224; Manaus, affirme la n&#233;cessit&#233; d'un immense axe routier et fluvial traversant l'Amazonie afin de connecter Atlantique et Pacifique pour favoriser les &#233;changes commerciaux et la circulation des biens [11]. Sur le plan interne, Correa n'a pas op&#233;r&#233; de v&#233;ritable incursion dans le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de ceux qui restent encore les v&#233;ritables ma&#238;tres du pays, ni m&#234;me propos&#233; de r&#233;forme agraire audacieuse destin&#233;e &#224; balayer le pouvoir d'une vieille oligarchie fonci&#232;re, les &#171; pelucones &#187; [12], qui lui est profond&#233;ment hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prochains mois seront d&#233;cisifs pour les luttes sociales dans toute la r&#233;gion. En &#201;quateur, les appels &#224; &#171; l'unit&#233; &#187; et &#224; un &#171; grand accord national &#187; du pr&#233;sident Correa, repris en c&#339;ur par Alberto Acosta, paraissent indiquer une volont&#233; de continuer &#224; jouer la carte des alliances de classes (ceci alors que les &#233;lections l&#233;gislatives approchent). Mais rien ne dit que cette tactique pourra se stabiliser alors que le gouvernement se trouve coinc&#233; entre la majorit&#233; de la population qui attend une acc&#233;l&#233;ration des r&#233;formes sociales et une opposition revancharde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;quilibre pr&#233;caire risque d'ailleurs d'appara&#238;tre au grand jour tr&#232;s rapidement alors que se profilent les cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour les pays d&#233;pendants de la crise du capitalisme mondial. Les derni&#232;res d&#233;clarations de Correa d&#233;non&#231;ant une partie importante de la dette ext&#233;rieure du pays comme &#171; ill&#233;gitime, corrompue, ill&#233;gale &#187; suite &#224; la pr&#233;sentation des r&#233;sultats de la commission internationale d'audit sur la dette &#233;quatorienne (command&#233;e en 2007) constituent effectivement des signes forts et encourageants. Une telle prise de position pourrait inspirer d'autres pays pauvres dans un grand mouvement d'ensemble de d&#233;nonciation et non paiement unilat&#233;ral et souverain de leurs &#171; dettes &#187; (plusieurs fois rembours&#233;es) aupr&#232;s d'organismes financiers internationaux, tels que la Banque mondiale ou de grandes banques priv&#233;es. Dans cette n&#233;cessaire r&#233;ponse des pays du sud &#224; la crise [13], ce sont effectivement des options radicales qui devront &#234;tre prises allant dans le sens d'une planification &#233;conomique d&#233;mocratique et d'une redistribution des richesses, sous contr&#244;le de la population et des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la gauche anticapitaliste, l'enjeu fondamental est de s'appuyer sur la conscience anti-imp&#233;rialiste et les avanc&#233;es d&#233;mocratiques d&#233;j&#224; obtenues afin d'accompagner la radicalisation des classes populaires et l'unit&#233; du mouvement social et indig&#232;ne. Il s'agit de r&#233;cup&#233;rer l'&#233;nergie propulsive des grandes mobilisations qui ont marqu&#233; la d&#233;cennie des ann&#233;es 1990, mais cette fois-ci en &#233;vitant l'&#233;cueil d'une institutionnalisation/cooptation des mouvements. L'objectif est la construction d'un projet de rupture qui passe par la participation massive et l'auto-organisation dans les quartiers pauvres, les communaut&#233;s indig&#232;nes, les grandes plantations ou les entreprises. Dans les d&#233;bats &#224; venir la question de l'utilisation des ressources naturelles et du mod&#232;le de d&#233;veloppement aura une place centrale. L'annonce de la privatisation partielle du fleuve Napo dans le cadre du couloir amazonien Manta-Manaus-B&#233;lem (sous h&#233;g&#233;monie br&#233;silienne) et le projet gouvernemental d'extraction mini&#232;re au sein du parc Yasuni feront partie des enjeux de lutte &#224; court terme. Tous deux sont en contradiction frontale avec la d&#233;claration des &#171; droits de la nature &#187; de la nouvelle Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un tel grand &#233;cart entre discours et pratiques, la gauche anticapitaliste devra avancer, en toute ind&#233;pendance mais sans dogmatisme, une perspective &#233;cosocialiste fraternelle qui puisse faire converger celles et ceux qui pensent que le &#171; socialisme du XXIe si&#232;cle &#187; a aujourd'hui en Am&#233;rique latine une chance historique de devenir r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en version papier dans la revue Inprecor, N&#176;541, octobre 2008 (voir : &lt;a href=&#034;http://orta.dynalias.org/inprecor&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://orta.dynalias.org/inprecor&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] &#034;Alianza Pais&#034; est un mouvement politique h&#233;t&#233;rog&#232;ne essentiellement compos&#233; de personnes issues des couches moyennes et urbaines. Une partie d'entre elles sont li&#233;es aux milieux de la coop&#233;ration internationale, des ONG et du monde universitaire. On y trouve aussi des membres du cercle priv&#233; de Correa, des personnalit&#233;s m&#233;diatiques, plusieurs entrepreneurs et certains hommes politiques li&#233;s aux gouvernements ant&#233;rieurs ou provenant des partis traditionnels et sociaux-d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Margarita Aguinaga, &#171; &#201;quateur : Victoire populaire historique &#187;, Inprecor, n&#176; 523/524, de d&#233;cembre 2006-janvier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] En &#201;quateur, le vote est obligatoire et les r&#233;sidants &#233;trangers (une majorit&#233; vit en Espagne) conservent leur droit de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La CONAIE a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1986, dans le but de regrouper un nombre important de communaut&#233;s indig&#232;nes et pour agir sur la sc&#232;ne politique nationale &#233;quatorienne. Elle constitue un acteur essentiel du renouveau politique antilib&#233;ral &#233;quatorien des derni&#232;res ann&#233;es et l'une des composantes majeures de son mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] F. Ram&#237;rez Gallegos, &#171; Ecuador : En lo que se rompa &#187;, Rebelion.org, 30 septembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Acosta a fini par d&#233;missionner de l'Assembl&#233;e en juin 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] D. Celleri, H. Chavez, &#171; Assembl&#233;e constituante en &#201;quateur : un processus contradictoire &#187;, France Am&#233;rique Latine magazine, n&#176; 94, ao&#251;t 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Cependant plusieurs nouveaux m&#233;canismes institutionnels limitent pr&#233;cis&#233;ment le danger d'une hyper-pr&#233;sidentialisation, telle la possibilit&#233; de r&#233;vocation du Pr&#233;sident par les deux-tiers de l'assembl&#233;e nationale ou suite &#224; un r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Telle a &#233;t&#233; la position de Refondation socialiste (Section &#233;quatorienne de la Quatri&#232;me internationale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] E. Tamayo G., &#171; Categ&#243;rico triunfo de la aspiraci&#243;n de cambio &#187;, Alainet.org, du 29 septembre 2008 (traduit en fran&#231;ais dans Rouge, n&#176; 2269).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ce projet (&lt;a href=&#034;http://www.iirsa.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.iirsa.org&lt;/a&gt;) fait l'objet de la critique de nombreuses organisations &#233;cologistes et de mouvements sociaux sud-am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Pelucones est aujourd'hui un terme satirique d&#233;signant l'oligarchie et faisant r&#233;f&#233;rence aux pelucas, perruques, port&#233;es par l'aristocratie cr&#233;ole au XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Declaraci&#243;n final de la Conferencia internacional de econom&#237;a pol&#237;tica, &#171; Respuestas del sur a la crisis econ&#243;mica mundial &#187;, Caracas, octubre 2008 (Rebelion.org, 12 octobre 2008).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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