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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>&#171; La crise climatique va se combiner avec la crise du capital&#8230; &#187;</title>
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		<dc:date>2008-11-09T12:49:30Z</dc:date>
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		<dc:creator>CHESNAIS Fran&#231;ois</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le point de vue que je vais d&#233;fendre est qu'avec la crise qui a commenc&#233; en ao&#251;t 2007, il s'est produite une v&#233;ritable rupture qui met fin &#224; une longue phase d'expansion de l'&#233;conomie mondiale. Cette rupture annonce le d&#233;but d'un processus de crise dont les caract&#233;ristiques en termes du nombre de facteurs qui s'entrem&#234;lent sont comparables &#224; ceux de la crise de 1929, bien que celle-ci se d&#233;roule dans un contexte tr&#232;s diff&#233;rent et que ces facteurs sont n&#233;cessairement diff&#233;rents.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-L-arc-des-crises-" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le point de vue que je vais d&#233;fendre est qu'avec la crise qui a commenc&#233; en ao&#251;t 2007, il s'est produite une v&#233;ritable rupture qui met fin &#224; une longue phase d'expansion de l'&#233;conomie mondiale. Cette rupture annonce le d&#233;but d'un processus de crise dont les caract&#233;ristiques en termes du nombre de facteurs qui s'entrem&#234;lent sont comparables &#224; ceux de la crise de 1929, bien que celle-ci se d&#233;roule dans un contexte tr&#232;s diff&#233;rent et que ces facteurs sont n&#233;cessairement diff&#233;rents.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est important effectivement de se rappeler d'abord que la crise de 1929 s'est d&#233;roul&#233;e comme un processus : un long processus qui a commenc&#233; en 1929 avec le krach de Wall Street, mais dont le point culminant a eu lieu bien plus tard, en 1933, et que la crise a &#233;t&#233; suivie d'une longue phase de r&#233;cession qui a d&#233;bouch&#233; sur la Seconde guerre mondiale. Je dis cela pour souligner que, &#224; mon avis, nous assistons aux premi&#232;res &#233;tapes, vraiment les toutes premi&#232;res, le d&#233;but d'un processus d'une ampleur et d'une temporalit&#233; analogues, m&#234;mes si les analogies s'arr&#234;tent l&#224;. Ce qui se passe ces jours-ci sur la sc&#232;ne des march&#233;s financiers de New York, de Londres et des autres grands centres boursiers, n'est qu'une dimension &#8212; et &#224; peu pr&#232;s s&#251;rement pas la plus importante &#8212; d'un processus qui doit &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme une c&#233;sure historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes confront&#233;s &#224; la forme de crise dont Marx disait qu'elle marquait les limites historiques du capitalisme, o&#249; l'ensemble des contradictions se conjuguent. Dire cela n'est pas d&#233;fendre une quelconque version de la th&#233;orie de &#171; la crise finale &#187; du capitalisme ou quoi que ce soit de semblable. Ce dont il est question, &#224; mon avis, c'est de comprendre que nous sommes confront&#233;s &#224; une situation o&#249; les limites historiques de la production capitaliste sont apparentes. Que faut-il entendre par l&#224; ? Bien que je ne veuille pas passer pour un pr&#233;dicateur marxiste, je vais vous lire un passage du Capital : &#171; La v&#233;ritable barri&#232;re de la production capitaliste, c'est le capital lui-m&#234;me. Voici en quoi elle consiste : le capital et son expansion apparaissent comme le point de d&#233;part et le terme, comme le mobile et le but de la production ; la production est uniquement production pour le capital, au lieu que les instruments de production soient des moyens pour l'&#233;panouissement toujours plus intense de la vie pour la soci&#233;t&#233; des producteurs. Les limites dans lesquelles peuvent uniquement se mouvoir la conservation et la croissance de la valeur du capital &#8212; fond&#233;es sur l'expropriation et l'appauvrissement de la grande masse des producteurs &#8212; ces limites continuellement en conflit avec les m&#233;thodes de production que le capital doit employer pour ses fins et qui tendent vers l'accroissement illimit&#233; de la production, vers la production comme une fin en soi, vers le d&#233;veloppement absolu de la productivit&#233; sociale du travail. Le moyen &#8212; le d&#233;veloppement illimit&#233; des forces productives de la soci&#233;t&#233; &#8212; entre en conflit permanent avec le but limit&#233;, la mise en valeur du capital existant. Si le mode de production capitaliste est, par cons&#233;quent, un moyen historique de d&#233;velopper la puissance mat&#233;rielle de la production et de cr&#233;er le march&#233; mondial appropri&#233;, il est en m&#234;me temps la contradiction permanente entre cette mission historique et les conditions correspondantes de la production sociale. &#187; [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Deux dimensions qui donnent &#224; la crise sa nouveaut&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a l&#224; certainement quelques termes que nous n'utiliserions plus aujourd'hui, comme celui de &#171; mission historique &#187;. En revanche je pense que la crise que nous verrons au cours des ann&#233;es &#224; venir se d&#233;roulera pr&#233;cis&#233;ment sur la base de ce march&#233; mondial, dont Marx avait eu l'intuition et qui existe d&#233;sormais dans toute sa pl&#233;nitude. C'est l'un des points o&#249; nous avons affaire &#224; une situation mondiale diff&#233;rente de 1929. Des pays comme la Chine ou comme l'Inde, qui &#233;taient alors encore des pays semi-coloniaux, n'ont plus aujourd'hui ce caract&#232;re. Leurs traits sp&#233;cifiques (expression du d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233;) n&#233;cessitent une analyse attentive. Mais ce sont des pays qui participent d&#233;sormais de plein droit &#224; une &#233;conomie mondiale unique, une &#233;conomie mondiale unifi&#233;e &#224; une &#233;chelle inconnue jusqu'&#224; cette &#233;tape de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise qui a commenc&#233; a donc pour contexte un monde qui est unique dans un sens diff&#233;rent qu'il ne l'&#233;tait en 1929. C'est un premier point. En voici un second. &#192; mon avis, dans cette nouvelle &#233;tape historique, la crise va se d&#233;velopper de telle mani&#232;re que la r&#233;alit&#233; brutale de la crise climatique mondiale dont nous voyons les premi&#232;res manifestations sera combin&#233;e avec la crise du capital en tant que tel. Nous entrons dans une phase qui est r&#233;ellement celle de la crise de l'humanit&#233;, dans ses relations complexes. Celles-ci incluent les guerres. Mais m&#234;me en excluant le d&#233;clenchement d'une guerre de grande ampleur, une guerre mondiale, qui ne pourrait pr&#233;sentement &#234;tre qu'une guerre nucl&#233;aire, nous sommes face &#224; un nouveau type de crise, la combinaison de cette crise &#233;conomique qui a commenc&#233; dans une situation o&#249; la nature, trait&#233;e sans &#233;gards et brutalis&#233;e par l'Homme dans le cadre du capitalisme, r&#233;agit de mani&#232;re brutale. C'est quelque chose qui est presque exclu de nos discussions, mais qui va s'imposer comme un ph&#233;nom&#232;ne central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, tr&#232;s r&#233;cemment, j'ai appris &#224; la lecture d'un livre d'un sociologue fran&#231;ais, Franck Poupeau [2], que les glaciers andins dont provient l'eau qui approvisionne La Paz et El Alto (Bolivie), sont &#224; plus de 80 % &#233;puis&#233;s et qu'on estime que d'ici une quinzaine d'ann&#233;es La Paz et El Alto n'auront plus d'eau&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; de quelque chose que nous, qui nous r&#233;clamons marxistes r&#233;volutionnaires, n'avons jamais trait&#233;. Nous ne discutons jamais de faits de cette nature et de cette ampleur. Or celui-ci peut conduire &#224; ce que la lutte des classes en Bolivie, telle que nous la connaissons, se modifie substantiellement : par exemple, que le d&#233;placement de la capitale &#224; Sucre, si controvers&#233;, s'impose comme un ph&#233;nom&#232;ne &#171; naturel &#187;, car La Paz manquera d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons dans une p&#233;riode o&#249; des faits de m&#234;me type vont interf&#233;rer dans la lutte des classes. Le probl&#232;me c'est que dans les milieux r&#233;volutionnaires quasiment personne ne parle de cela ; on continue &#224; discuter des choses dont l'importance est infime &#224; l'heure actuelle, des questions totalement mesquines en comparaison aux d&#233;fis que nous devons affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les trois moyens mis en &#339;uvre pour surmonter les &#171; limites inh&#233;rentes au capital &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour continuer sur la question des limites du capitalisme, je voudrais vous renvoyer &#224; une citation de Marx, qui pr&#233;c&#232;de celle d&#233;j&#224; faite : &#171; La production capitaliste tend constamment &#224; surmonter ses limites inh&#233;rentes ; elle n'y r&#233;ussit que par des moyens qui dressent &#224; nouveau ces barri&#232;res devant elle, mais sur une &#233;chelle encore plus formidable. &#187; [3]) Il y a l&#224; un fil conducteur qui peut servir dans l'analyse et dans la discussion. Les moyens mis en &#339;uvre par la bourgeoisie rang&#233;e derri&#232;re les &#201;tats-Unis, pour surmonter les limites inh&#233;rentes du capital au cours des derni&#232;res trente ann&#233;es, ont &#233;t&#233; essentiellement au nombre de trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut, en premier lieu, l'ensemble du processus de lib&#233;ralisation des finances, du commerce et de l'investissement, c'est-&#224;-dire tout ce processus de destruction des relations politiques qui ont surgi sur le fond de la crise de 1929 et des ann&#233;es trente, apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale, la r&#233;volution chinoise et les guerres de lib&#233;ration nationale. Toutes ces relations, qui ne touchaient pas en Europe occidentale ou en Am&#233;rique latine l'existence du capital mais qui repr&#233;sentaient en m&#234;me temps des formes de contr&#244;le partiel sur lui, ont &#233;t&#233; d&#233;truites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second moyen employ&#233; pour surmonter ces limites inh&#233;rentes du capital a &#233;t&#233; le recours, &#224; une &#233;chelle sans pr&#233;c&#233;dents, &#224; la cr&#233;ation du capital fictif et de formes de cr&#233;dit qui &#233;largissait, dans les pays au centre du syst&#232;me, une demande insuffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me moyen, le plus important historiquement pour le capital, a &#233;t&#233; la r&#233;int&#233;gration en tant que composantes de plein droit du syst&#232;me capitaliste mondial, de l'Union Sovi&#233;tique et des ses &#171; satellites &#187;, ainsi et surtout que de la Chine, plus importante encore parce que marqu&#233;e par une modification ma&#238;tris&#233;e des rapports de propri&#233;t&#233; et de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le cadre des effets contradictoires de ces trois processus qu'il est possible de saisir l'amplitude et la nouveaut&#233; de la crise qui s'est ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lib&#233;ralisation, march&#233; mondial, concurrence&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voyons d'abord les effets contradictoires de la lib&#233;ralisation et la d&#233;r&#233;glementation entreprises &#224; l'&#233;chelle mondiale dans l'espace cr&#233;&#233; par l'int&#233;gration au capitalisme de l'ancien &#171; camp &#187; sovi&#233;tique apr&#232;s l'effondrement de l'URSS, ainsi que celle de la Chine. Le processus de lib&#233;ralisation a entra&#238;n&#233; le d&#233;mant&#232;lement des quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;gulation construits dans le cadre international &#224; l'issue de la deuxi&#232;me guerre mondiale, conduisant &#224; un capitalisme &#224; peu pr&#232;s totalement d&#233;pourvu de m&#233;canismes de r&#233;gulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a &#233;t&#233; non seulement d&#233;r&#233;glement&#233;, mais il a cr&#233;&#233; r&#233;ellement et pleinement le march&#233; mondial, transformant en r&#233;alit&#233; en ce qui fut chez Marx largement une intuition et une anticipation. Il est utile de pr&#233;ciser le concept de march&#233; mondial. Le terme &#171; march&#233; &#187; d&#233;signe un espace de valorisation, lib&#233;r&#233; de restrictions pour les op&#233;rations du capital, qui permet &#224; celui-ci de produire et de r&#233;aliser la plus-value en prenant cet espace comme base pour des m&#233;canismes de centralisation et de concentration v&#233;ritablement internationaux. Cet espace ouvert, non homog&#232;ne, mais avec une r&#233;duction draconienne des obstacles &#224; la mobilit&#233; du capital lui permet d'organiser &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire le cycle de valorisation. Il s'accompagne d'une situation permettant de mettre en concurrence entre eux tous les travailleurs de tous les pays. C'est-&#224;-dire qu'il est fond&#233; sur le fait que l'arm&#233;e industrielle de r&#233;serve est v&#233;ritablement mondiale et que c'est le capital comme un tout qui r&#233;git, dans les formes &#233;tudi&#233;es par Marx, les flux d'int&#233;gration ou de rejet des travailleurs du processus d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est donc le cadre g&#233;n&#233;ral d'un processus de &#171; production pour la production &#187; dans les conditions o&#249; la possibilit&#233; pour l'humanit&#233; et pour les masses du monde d'acc&#233;der &#224; cette production est tr&#232;s limit&#233;e. C'est pourquoi l'issue positive du cycle de valorisation du capital, pour le capital dans son ensemble et pour chaque capital en particulier, devient de plus en plus difficile &#224; atteindre. Et c'est de ce fait que &#171; les lois aveugles de la concurrence &#187; jouent un r&#244;le sans cesse plus grand et deviennent plus d&#233;terminantes sur le march&#233; mondial. Les banques centrales et les gouvernements peuvent essayer de se mettre d'accord entre eux et de collaborer pour surmonter la crise, mais je ne pense pas qu'il soit possible d'introduire la coop&#233;ration dans un espace mondial devenu la sc&#232;ne d'une terrible concurrence entre les capitaux. Et maintenant la concurrence entre capitaux va bien au-del&#224; des rapports entre les capitaux des parties les plus anciennes et les plus d&#233;velopp&#233;es du syst&#232;me mondial. Elle incl&#251;t les secteurs les moins d&#233;velopp&#233;s du point de vue capitaliste. Parce que sous des formes particuli&#232;res et y compris les plus parasitaires, dans le march&#233; mondial a eu lieu un processus de centralisation du capital en dehors du cadre traditionnel des centres imp&#233;rialistes : en relation avec eux, mais dans des conditions qui introduisent aussi quelque chose de totalement nouveau dans le cadre mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des groupes industriels capables de s'int&#233;grer en tant que partenaires &#224; part enti&#232;re dans les oligopoles mondiaux se sont d&#233;velopp&#233;s dans des points d&#233;termin&#233;s du syst&#232;me au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es, et en particulier au cours de la derni&#232;re &#233;tape. En Inde et en Chine de v&#233;ritables groupes &#233;conomiques capitalistes puissants se sont form&#233;s. Sur le plan financier, comme expression de la rente p&#233;troli&#232;re et du parasitisme qui lui est propre, ce qu'on nomme les Fonds souverains sont devenus d'importants points de centralisation du capital-argent. Ce ne sont pas de simples satellites des &#201;tats-Unis. Ils ont leurs strat&#233;gies et leurs dynamiques propres qui modifient &#224; bien des &#233;gards la configuration des relations g&#233;opolitiques des points cl&#233;s o&#249; la vie du capital se d&#233;cide et se d&#233;cidera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent une autre dimension dont nous devons tenir compte, c'est que cette crise marque la fin de l'&#233;tape durant laquelle les &#201;tats-Unis pouvaient agir comme une puissance mondiale sans adversaires. A mon avis, nous sommes sortis de la phase que M&#233;sz&#225;ros a analys&#233; dans son livre de 2001 [4]. Les &#201;tats-Unis vont &#234;tre mis &#224; l'&#233;preuve : dans un tr&#232;s court laps de temps leurs relations mondiales ont &#233;t&#233; modifi&#233;es et les &#201;tats-Unis devrons les ren&#233;gocier et les r&#233;organiser en les fondant sur le fait qu'ils doivent partager le pouvoir. Et cela, bien s&#251;r, c'est quelque chose qui ne s'est jamais produit de mani&#232;re pacifique dans l'histoire du capital&#8230; Alors, le premier &#233;l&#233;ment, c'est que l'un des moyens choisis par le capital pour surmonter ses limites est devenu une nouvelle source de tensions, de conflits et de contradictions, de sorte que c'est une nouvelle &#233;tape historique qui s'ouvre &#224; travers cette crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cr&#233;ation incontr&#244;l&#233;e du capital fictif&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second moyen employ&#233; par le capital des &#233;conomies centrales pour surmonter ses limites a &#233;t&#233; le recours g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; la cr&#233;ation de formes totalement artificielles de l'&#233;largissement de la demande solvable. Cela, ajout&#233; &#224; d'autres formes de cr&#233;ation du capital fictif, a g&#233;n&#233;r&#233; les conditions de la crise financi&#232;re actuelle. Dans un article que les camarades de Herramienta ont eu la gentillesse de traduire en castillan et de publier [5], j'ai examin&#233; assez longuement la question du capital fictif, de son accumulation et des nouveaux processus qui l'ont caract&#233;ris&#233;. Pour Marx, le capital fictif est l'accumulation de titres qui sont &#171; l'ombre &#187; d'investissements d&#233;j&#224; faits. Sous forme d'obligations et d'actions, ils apparaissent aux yeux de leurs d&#233;tenteurs comme un capital. Ils ne le sont pas pour le syst&#232;me pris comme un tout, mais ils le sont pour leurs d&#233;tenteurs et, dans les conditions &#233;conomiques &#171; normales &#187;, au terme du processus de valorisation du capital, ils leur assurent des dividendes et des int&#233;r&#234;ts. Mais leur caract&#232;re fictif se r&#233;v&#232;le en situation de crise. Quand surviennent les crises de surproduction, les faillites des entreprises etc., il s'av&#232;re que ce capital peut dispara&#238;tre soudainement. Vous pouvez donc lire dans les journaux que telle ou telle quantit&#233; du capital &#171; a disparu &#187; lors d'un choc boursier ? Ces montants n'existaient pas en tant que capital proprement, dit malgr&#233; le fait que, pour les d&#233;tenteurs de ces actions, ces titres repr&#233;sentaient un droit aux dividendes et aux int&#233;r&#234;ts, un droit de percevoir une fraction des profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, l'un des probl&#232;mes majeurs d'aujourd'hui est que, dans de nombreux pays, les syst&#232;mes de retraite sont bas&#233;s sur le capital fictif, sous la forme de pr&#233;tentions au partage des profits qui peuvent dispara&#238;tre dans les moments de crise. Chaque &#233;tape de la lib&#233;ralisation et de la mondialisation financi&#232;re des ann&#233;es 1980 et 1990 a renforc&#233; l'accumulation du capital fictif, en particulier dans les mains des fonds de placement, des fonds de pension, des fonds financiers. Et la grande nouveaut&#233; qui est apparue au d&#233;but ou au milieu des ann&#233;es 1990 et tout au long des ann&#233;es 2000, c'est qu'en particulier aux &#201;tats-Unis et en Grande-Bretagne, une pouss&#233;e extraordinaire a eu lieu pour la cr&#233;ation du capital fictif sous la forme du cr&#233;dit. Des cr&#233;dits aux entreprises, mais aussi et surtout les pr&#234;ts aux m&#233;nages, les cr&#233;dits &#224; la consommation et encore plus les cr&#233;dits hypoth&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que nous avons assist&#233; &#224; un saut qualitatif de la masse du capital fictif cr&#233;&#233;, provoquant des formes plus aigu&#235;s de vuln&#233;rabilit&#233; et de fragilit&#233;, m&#234;me face &#224; des chocs mineurs, y compris lors d'&#233;pisodes tout &#224; fait pr&#233;visibles. Par exemple, sur la base de l'exp&#233;rience ant&#233;rieure, qui a &#233;t&#233; tr&#232;s bien &#233;tudi&#233;e, on savait que le boom immobilier prendrait fin n&#233;cessairement pour des raisons endog&#232;nes bien connues. Autant il est relativement compr&#233;hensible que sur la march&#233; des actions l'illusion existe qu'il n'y a pas de limites &#224; la hausse des actions, en se fondant sur toute l'histoire pr&#233;c&#233;dente on savait que cela ne pouvait concerner le secteur de l'immobilier : quand il s'agit des immeubles et des maisons il est in&#233;vitable que le boom se termine &#224; un moment donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le degr&#233; de d&#233;pendance de la poursuite de la croissance et de r&#233;ussite des sp&#233;culations financi&#232;res &#233;tait tellement fort, que cet &#233;v&#233;nement normal et pr&#233;visible s'est transform&#233; en &#233;l&#233;ment d&#233;clencheur d'une &#233;norme crise. Car &#224; ce que j'ai d&#233;j&#224; dit il faut ajouter que, au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es du boom, des pr&#234;ts ont &#233;t&#233; accord&#233;s aux m&#233;nages qui n'avaient pas la moindre capacit&#233; de les rembourser. Et de plus, tout cela s'est combin&#233; avec les nouvelles &#171; techniques &#187; financi&#232;res &#8212; que j'ai tent&#233; d'expliquer de la fa&#231;on la plus p&#233;dagogique possible dans l'article mentionn&#233; repris par Herramienta [6] &#8212; permettant aux banques de vendre des titres synth&#233;tiques con&#231;us de telle mani&#232;re que personne ne pouvait savoir exactement ce qu'elles avaient achet&#233;. C'est ce qui a expliqu&#233; le caract&#232;re si d&#233;vastateur de la contagion des effets &#171; subprimes &#187; commenc&#233;e en 2007 et le fait notamment que les &#171; effets toxiques &#187; aient empoisonn&#233; surtout, &#224; un degr&#233; tr&#232;s fort, les relations des banques elles-m&#234;mes entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant nous assistons au &#171; d&#233;-tricotage &#187; de ce processus. Il faut effacer une accumulation &#171; d'actifs &#187; fictifs au ni&#232;me degr&#233;, r&#233;sultant de ratios d'endettement de 30 fois en moyenne de l'encaisse effective des banques (qui comprend elle-m&#234;me des dettes, estim&#233;es cette fois &#171; r&#233;cup&#233;rables &#187;), Ce &#171; d&#233;-tricotage &#187; favorise bien entendu la concentration du capital financier. Lorsque Bank of America ach&#232;te Merrill Lynch, il s'agit d'un processus de concentration classique. Le saut dans la crise que nous avons connu hier (17 septembre) a &#233;t&#233; provoqu&#233; par la d&#233;cision du Tr&#233;sor et de la R&#233;serve F&#233;d&#233;rale de ne pas emp&#234;cher la faillite de la banque Lehmann. Aujourd'hui (18 septembre) ils ont d&#251; changer de position et se porter massivement au secours de l'assureur AIG. Le processus d'&#233;tatisation des dettes implique une nouvelle cr&#233;ation du capital fictif. La R&#233;serve F&#233;d&#233;rale des &#201;tats-Unis augmente la masse de capital fictif pour maintenir l'illusion de la valeur de centralisations institutionnelles de capital fictif (banques et fonds de placement) sur le point de s'effondrer, avec la perspective d'&#234;tre oblig&#233; &#224; un moment donn&#233; augmenter fortement la pression fiscale, ce qu'en fait le gouvernement F&#233;d&#233;ral ne peut pas faire parce que cela signifie la contraction du march&#233; int&#233;rieur et l'acc&#233;l&#233;ration de la crise. Nous assistons donc &#224; une fuite en avant qui ne r&#233;sout rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de ce processus on voit aussi la mont&#233;e en force des Fonds souverains, dont l'effet est de modifier la r&#233;partition inter-capitaliste dans le domaine financier en faveur des secteurs rentiers qui accumulent ce type de fonds. Et c'est un facteur de plus de la perturbation de ce processus. Il faut rappeler, pour en terminer avec cette seconde dimension, que c'est son d&#233;ficit ext&#233;rieur de 7 &#224; 8 points du Produit int&#233;rieur brut (le PIB) qui a donn&#233; aux &#201;tats-Unis la particularit&#233; d'&#234;tre le lieu strat&#233;gique du cycle de valorisation du capital, celui qui est d&#233;cisif au moment de la r&#233;alisation de la plus-value. Cela ne vaut pas pour les seuls capitaux sous contr&#244;le &#233;tats-unien, mais pour le processus de valorisation du capital dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, face &#224; une r&#233;cession &#233;conomique quasi in&#233;vitable, se pose la grande question de savoir si la Chine pourra devenir ce lieu qui garantira ce moment de r&#233;alisation de la plus-value &#224; la place des &#201;tats-Unis. L'ampleur de l'intervention de la R&#233;serve F&#233;d&#233;rale et du Tr&#233;sor explique que la contraction de l'activit&#233; aux &#201;tats-Unis et la chute de leurs importations aient &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent assez lentes et limit&#233;es. La question est de savoir combien de temps ils pourront tenir avec la cr&#233;ation de plus en plus de liquidit&#233;s comme unique instrument de politique &#233;conomique. Serait-il possible qu'il n'y ait pas de limites &#224; la cr&#233;ation du capital fictif sous la forme des liquidit&#233;s pour maintenir la valeur du capital fictif qui existe d&#233;j&#224; ? Cela me semble &#234;tre une hypoth&#232;se tr&#232;s hasardeuse et parmi les &#233;conomistes nord-am&#233;ricains eux-m&#234;mes, beaucoup en doutent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Suraccumulation en Chine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour terminer, nous arrivons &#224; la troisi&#232;me mani&#232;re par laquelle le capital a cherch&#233; &#224; d&#233;passer ses limites inh&#233;rentes. C'est la plus importante de toutes et celle qui pose les questions les plus int&#233;ressantes. Je me r&#233;f&#232;re &#224; l'extension, en particulier vers la Chine, de l'ensemble du syst&#232;me des relations sociales de production du capitalisme. C'est quelque chose que Marx a mentionn&#233; &#224; un moment comme une possibilit&#233;, mais qui n'est devenu r&#233;alit&#233; seulement au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Et qui s'est r&#233;alis&#233; dans des conditions qui multiplient les facteurs de crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation du capital en Chine a &#233;t&#233; fond&#233;e sur des processus internes, mais aussi sur la base de quelque chose qui est parfaitement document&#233;, mais peu comment&#233; : le transfert d'une partie tr&#232;s importante de la production du secteur II de l'&#233;conomie &#8212; le secteur des biens de consommation &#8212; des &#201;tats-Unis en Chine. Cela a beaucoup avoir avec l'accroissement des d&#233;ficits &#233;tats-uniens (le d&#233;ficit commercial et budg&#233;taire), qui ne pourrait &#234;tre invers&#233; que par une vaste &#171; r&#233;industrialisation &#187; des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie qu'entre les &#201;tats-Unis et la Chine de nouvelles relations ont &#233;t&#233; &#233;tablies. Il ne s'agit pas de relations entre une puissance imp&#233;rialiste et un pays semi-colonial. Les &#201;tats-Unis ont cr&#233;&#233; des relations d'un type nouveau dont elles ont du mal aujourd'hui &#224; reconna&#238;tre et &#224; assumer les cons&#233;quences. En se fondant sur son exc&#233;dent commercial, la Chine a accumul&#233; des centaines de millions de dollars, qu'elle a tout de suite pr&#234;t&#233;s aux &#201;tats-Unis. Une illustration des cons&#233;quences est la nationalisation des deux entreprises nomm&#233;es Fannie Mae et Freddy Mac : la banque de Chine d&#233;tenait 15 % de ces entreprises et a inform&#233; le gouvernement &#233;tats-unien qu'elle n'accepterait pas leur d&#233;valorisation. Il s'agit l&#224; de relations internationales d'un type tout &#224; fait nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, que se passera-t-il si la crise se propage sous forme de recul important des exportations avec des effets sur la production, de crise de la bourse de Shanghai et du syst&#232;me bancaire en Chine ? Dans mon article d&#233;j&#224; mentionn&#233; [7] il y a une seule page sur cette question tout &#224; fait &#224; la fin, mais d'une certaine mani&#232;re, c'est la question la plus d&#233;cisive pour la prochaine &#233;tape de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, il y a eu un processus interne de concurrence entre capitaux, combin&#233; avec un processus de rivalit&#233; entre secteurs de l'appareil politique chinois et de la concurrence entre eux pour attirer les entreprises &#233;trang&#232;res. De tout cela &#224; r&#233;sult&#233;, en plus d'une destruction de la nature &#224; une tr&#232;s grande &#233;chelle, un processus de cr&#233;ation d'immenses capacit&#233;s de production : en Chine est concentr&#233;e une suraccumulation du capital qui, &#224; un moment donn&#233;, deviendra insoutenable. En Europe l'acc&#233;l&#233;ration de la d&#233;localisation des capacit&#233;s productives et des postes de travail, pour les transf&#233;rer vers ce paradis unique du monde capitaliste qu'est aujourd'hui la Chine, a &#233;t&#233; notoire de la part des grands groupes industriels. Mon hypoth&#232;se est que ce transfert de capitaux en Chine a provoqu&#233; une mutation du mouvement ant&#233;rieur de l'accumulation et provoqu&#233; une nouvelle hausse de la composition organique du capital. L'accumulation est intense en moyens de production et tr&#232;s gaspilleuse des mati&#232;res premi&#232;res, qui est l'autre composante du capital constant. La cr&#233;ation massive des capacit&#233;s de production dans le secteur I (moyens de production) a &#233;t&#233; le moteur de la croissance de la Chine, mais le march&#233; final permettant d'&#233;couler cette production et r&#233;aliser la valeur et la plus-value a &#233;t&#233; le march&#233; mondial. En s'aggravant la r&#233;cession mettra en &#233;vidence cette suraccumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Aglietta, qui l'a &#233;tudi&#233; sp&#233;cifiquement [8], affirme qu'il y a r&#233;ellement une suraccumulation, qu'il y a eu un processus acc&#233;l&#233;r&#233; de cr&#233;ation de capacit&#233;s productives en Chine, un processus qui posera des probl&#232;mes de la r&#233;alisation de toute cette production au moment o&#249; le march&#233; ext&#233;rieur se contracte, ce qu'il commence &#224; faire aujourd'hui. La Chine joue un r&#244;le vraiment d&#233;cisif, car m&#234;me les petites variations de son &#233;conomie d&#233;terminent la conjoncture de nombreux autres pays du monde. Il a suffit que la demande chinoise des biens d'investissement se tasse un peu pour que l'Allemagne perde des exportations et entre en r&#233;cession. Les &#171; petites oscillations &#187; en Chine ont des tr&#232;s fortes r&#233;percussions ailleurs, comme cela devrait &#234;tre &#233;vident dans le cas de l'Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour continuer &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#224; d&#233;battre&lt;br class='autobr' /&gt;
Je reviens &#224; ce que j'ai dit au d&#233;but. M&#234;me si elles sont comparables, les phases de cette crise seront distinctes de celle de 1929, car la crise de surproduction des &#201;tats-Unis s'est produite alors d&#232;s les premiers moments. Apr&#232;s, elle s'est approfondie, mais il &#233;tait clair d&#232;s le d&#233;but qu'il s'agissait d'une crise de surproduction. Aujourd'hui, au contraire, les politiques mises en &#339;uvre par les grands pays capitalistes centraux retardent ce moment, mais elles ne peuvent pas faire beaucoup plus que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, et comme cela s'est pass&#233; &#233;galement dans le cas de la crise de 1929 et des ann&#233;es 1930, m&#234;me si c'est dans des conditions et sous des formes diff&#233;rentes, la crise se combinera avec la n&#233;cessit&#233; pour le capitalisme d'une r&#233;organisation totale de ses rapports de force &#233;conomiques au niveau mondial, marquant le moment o&#249; les &#201;tats-Unis verront que leur supr&#233;matie militaire n'est qu'un &#233;l&#233;ment, et un &#233;l&#233;ment subordonn&#233;, pour ren&#233;gocier leurs relations avec la Chine et les autres parties du monde. A moins bien s&#251;r qu'ils ne s'embarquent dans une aventure militaire aux cons&#233;quences impr&#233;visibles. Pour l'instant les conditions politiques internes ne le permettent en aucune mani&#232;re, mais cela ne peut pas &#234;tre exclu si la r&#233;cession conduisait &#224; une longue d&#233;pression et &#224; des mouvements r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, je conclue que nous avons affaire &#224; beaucoup plus qu'une crise financi&#232;re, m&#234;me si nous en sommes pour le moment &#224; ce stade. M&#234;me si j'ai d&#251; me concentrer ce soir sur la tentative d'&#233;claircir les &#233;cheveaux du capital fictif et aider &#224; comprendre pourquoi il est si difficile de d&#233;monter ce capital, nous sommes devant une crise infiniment plus ample.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tenant compte des questions et observations diverses qui m'ont &#233;t&#233; faites depuis que je suis arriv&#233; &#224; Buenos Aires et ici m&#234;me ce soir, j'ai l'impression que beaucoup pensent que je dresse un tableau catastrophiste du moment actuel du capitalisme. Je pense en effet que nous sommes face &#224; un risque de catastrophe, pas une catastrophe du capitalisme, pas une &#171; crise finale &#187;, mais une catastrophe de l'humanit&#233;. Si nous prenons au s&#233;rieux la crise climatique, probablement il y a d&#233;j&#224; quelque chose de cela. Je pense comme M&#233;sz&#225;ros, par exemple (9), mais nous sommes peu nombreux &#224; y attacher la m&#234;me importance, que sur ce plan nous sommes devant un danger imminent. Ce qui est tragique, c'est que pour le moment cela n'affecte directement que des populations dont l'existence n'est pas prise en compte : ce qui peut arriver en Ha&#239;ti semble n'avoir aucune importance historique, ce qui arrive au Bangladesh n'a pas de poids hors de la r&#233;gion touch&#233;e, ni ce qui s'est pass&#233; en Birmanie, car le contr&#244;le de la junte militaire emp&#234;che que cela soit connu. C'est la m&#234;me chose en Chine : on discute des indices de la croissance mais pas des catastrophes &#233;cologiques, car l'appareil r&#233;pressif contr&#244;le les informations &#224; leur sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le pire c'est que cette opinion comme quoi &#171; la crise &#233;cologique n'est pas aussi grave qu'on ne le dit &#187;, qui est constamment projet&#233;e par les m&#233;dias, est tr&#232;s profond&#233;ment int&#233;rioris&#233;e, y compris par nombre d'intellectuels de gauche. J'avais commenc&#233; &#224; travailler et &#224; &#233;crire sur ce sujet, mais avec le commencement de la crise financi&#232;re j'ai &#233;t&#233; en quelque sorte forc&#233; de retourner m'occuper des finances, bien que cela ne me satisfasse pas tellement, car l'essentiel me semble se jouer sur un autre plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion : le fait que tout cela arrive apr&#232;s une si longue phase, sans parall&#232;le dans l'histoire du capitalisme, de cinquante ann&#233;es d'accumulation ininterrompue (sauf une petite rupture en 1974-1975) et aussi que les cercles dirigeants capitalistes, et en particulier les banques centrales, ont appris de la crise de 1929, tout cela fait que le d&#233;veloppement de la crise a &#233;t&#233; lent. Depuis septembre 2007, le discours des cercles dirigeants r&#233;p&#232;te sans cesse que &#171; le pire est derri&#232;re nous &#187;, alors que ce qui est certain, c'est que &#171; le pire &#187; est devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi j'insiste sur le risque qu'il y a de minimiser la gravit&#233; de la situation. Et je sugg&#232;re que, dans notre analyse et dans notre mani&#232;re d'aborder les choses, nous devons int&#233;grer la possibilit&#233;, au moins la possibilit&#233;, que par inadvertance nous aussi nous pourrions avoir int&#233;rioris&#233; le discours qu'en fin de compte &#171; il ne se passe rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buenos Aires, le 18 septembre 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHESNAIS Fran&#231;ois&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Karl Marx, Le Capital, Livres II et III, &#233;dition &#233;tablie et annot&#233;e par Maximilien Rubel, Gallimard, Folio essais, Paris 2008, p. 1594.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Franck Poupeau, Carnets boliviens 1999-2007, Un go&#251;t de poussi&#232;re, &#201;ditions Aux lieux d'&#234;tre, Paris 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Karl Marx, Le Capital, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Istv&#225;n M&#233;sz&#225;ros, Socialism or Barbarism : From the &#8220;American Century&#8221; to the Crossroads, Monthly Review Press, 2001. &#171; El fin de un ciclo. Alcance y rumbo de la crisis financiera &#187;, Herramienta n&#186; 37, mars 2008. Cet article est d'abord paru en fran&#231;ais, cf. Fran&#231;ois Chesnais, &#171; Fin d'un cycle, sur la port&#233;e et le cheminement de la crise financi&#232;re &#187;, Carr&#233; rouge-La br&#232;che n&#176; 1, d&#233;cembre 2007-janvier 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] cf. Michel Aglietta et Yves Landry, La Chine vers la superpuissance, &#201;conomica, Paris 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Istv&#225;n M&#233;sz&#225;ros, The sole viable economy, Monthly Review Press, 2007, publi&#233; aussi en espagnol dans Herramienta n&#176; 37 de mars et n&#176; 38 de juin 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Version fran&#231;aise de l'expos&#233; pr&#233;sent&#233; lors de la rencontre de la revue argentine Herramienta, le 18 septembre 2008 &#224; Buenos Aires, publi&#233; par Herramienta n&#176; 39 d'octobre 2008. Paru en fran&#231;ais dans Inprecor n&#176; 541/542 de septembre-octobre 2008. Traduit de l'espagnol par JM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Fran&#231;ois Chesnais, &#233;conomiste, professeur associ&#233; &#224; l'Universit&#233; de Paris-Nord 13 Villetaneuse, membre du conseil scientifique d'ATTAC, anime le collectif Carr&#233; Rouge (&lt;a href=&#034;http://www.carre-rouge.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.carre-rouge.org/&lt;/a&gt;). Il a publi&#233; entre autres La Mondialisation du capital (Syros, 1994 et 1997 &#8212; &#233;dition augment&#233;e), Mondialisation et imp&#233;rialisme (avec Odile Castel, G&#233;rard Dumesnil et al., &#201;d. Syllepse, Paris 2003) et La finance mondialis&#233;e &#8212; racines sociales et politiques, configuration, cons&#233;quences (sous sa direction, La D&#233;couverte, Paris 2004).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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