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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>La r&#233;invention du d&#233;veloppement et l'&#233;preuve de la soci&#233;t&#233; civile </title>
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		<dc:date>2008-10-31T02:18:00Z</dc:date>
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		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator> Claude Ab&#233; </dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le pr&#233;sent travail porte sur les possibilit&#233;s d'une r&#233;invention du d&#233;veloppement en Afrique. Il s'agit alors de r&#233;fl&#233;chir sur les voies de l'afrorenaissance &#224; partir de cette th&#233;matique dont l'actualit&#233; n'est plus &#224; d&#233;montrer tant ce continent est dit en difficult&#233; depuis plusieurs d&#233;cennies (Dumont 1973 ; Giri 1985 ; Amin 1989). Plusieurs pistes peuvent &#234;tre emprunt&#233;es pour aborder une telle question parmi lesquelles celle de la conditionnalit&#233; de la soci&#233;t&#233; civile. C'est en effet &#224; partir d'une hypoth&#232;se postulant la constitution de cette derni&#232;re comme facteur structurant d'une trajectoire socio-historique alternative (Woods 1992:77) que les chercheurs font souvent la relation entre le d&#233;veloppement de l'Afrique et celui de la d&#233;mocratie (Mappa 1995) autant que de la reprise de l'initiative sur le plan &#233;conomique (Llyod et al. 2000) dans ce m&#234;me continent.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-L-arc-des-crises-" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sent travail porte sur les possibilit&#233;s d'une r&#233;invention du d&#233;veloppement en Afrique. Il s'agit alors de r&#233;fl&#233;chir sur les voies de l'afrorenaissance &#224; partir de cette th&#233;matique dont l'actualit&#233; n'est plus &#224; d&#233;montrer tant ce continent est dit en difficult&#233; depuis plusieurs d&#233;cennies (Dumont 1973 ; Giri 1985 ; Amin 1989). Plusieurs pistes peuvent &#234;tre emprunt&#233;es pour aborder une telle question parmi lesquelles celle de la conditionnalit&#233; de la soci&#233;t&#233; civile. C'est en effet &#224; partir d'une hypoth&#232;se postulant la constitution de cette derni&#232;re comme facteur structurant d'une trajectoire socio-historique alternative (Woods 1992:77) que les chercheurs font souvent la relation entre le d&#233;veloppement de l'Afrique et celui de la d&#233;mocratie (Mappa 1995) autant que de la reprise de l'initiative sur le plan &#233;conomique (Llyod et al. 2000) dans ce m&#234;me continent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre de cette r&#233;flexion, nous nous proposons de revisiter cette conjecture &#224; la lumi&#232;re de l'histoire r&#233;cente. Le postulat ainsi envisag&#233; c'est que cette &#233;quation ne va pas de soi parce qu'elle tient peu compte des contraintes li&#233;es au fonctionnement d'une telle ing&#233;nierie en situation africaine o&#249; le public et le priv&#233; vivent tellement en connivence que ce que l'on s'empresse de qualifier de revanche des soci&#233;t&#233;s africaines (Bayart 1986) ne constitue au demeurant qu'une technologie de positionnement de certaines &#233;lites sociales non pour organiser des mutations, mais pour s'assurer des places au profit de l'affirmation de la continuit&#233; en s'adaptant aux exigences de l'heure sans perdre le visage. Ce que nous voulons dire c'est que les potentialit&#233;s de la soci&#233;t&#233; civile ont &#233;t&#233; mobilis&#233;es &#224; d'autres fins. Ce qui a contribu&#233; &#224; la fragiliser et, partant, &#224; contrarier les espoirs plac&#233;s en elle &#224; juste titre. Le probl&#232;me qui est pos&#233; est celui du rapport de la soci&#233;t&#233; civile, notamment de ses choix et moeurs, au d&#233;veloppement. En clair, il s'agit d'&#233;valuer sa contribution dans l'optique de poser les bases de son efficacit&#233; et non de r&#233;cuser sa participation &#224; la r&#233;orientation de ce chantier de mani&#232;re &#224; arriver &#224; une insertion r&#233;ussie de l'Afrique dans l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; civile, puisqu'il est question d'elle, est devenue un concept si convoqu&#233; en Afrique que son usage se fait dans tous les sens (Wood 1990 ; Ab&#233; 2001). Tout cela a favoris&#233; un passionnant d&#233;bat autour de son existence dans ce contexte (Bayart 1986 ; Callaghy 1994, etc.). D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;ciser la nature de cet objet ici. Le terme soci&#233;t&#233; civile est utilis&#233; dans ce texte &#224; la suite de D. Colas pour caract&#233;riser et comprendre &#171; la vie sociale organis&#233;e selon sa propre logique, notamment associative, et qui assurerait la dynamique &#233;conomique, culturelle et politique &#187; (cit&#233; par Wolton 1995:110). Deux choses sont donc &#224; retenir ici : les formes de participation &#224; la vie sociale et la dynamique associative dans le champ politique, mais aussi &#233;conomique. L'on s'int&#233;resse aussi &#224; son rapport &#224; certaines valeurs auxquelles l'id&#233;e de soci&#233;t&#233; civile est attach&#233;e, notamment la solidarit&#233;, l'&#233;mancipation de la tutelle &#233;tatique et &#224; l'affect (Rangeon 1986).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voies de l'autofragilisation d'un acteur pr&#233;cieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie traite des &#171; maladies infantiles &#187; de la soci&#233;t&#233; civile en situation africaine. La th&#232;se d&#233;fendue &#233;volue &#224; rebours de celle sur le complot contre cet acteur du champ social. Il ne s'agit donc pas de trouver des excuses &#224; la soci&#233;t&#233; civile m&#234;me si elle pourrait en avoir qui soient valables. L'int&#233;r&#234;t pour son fonctionnement, notamment pour ses conduites appara&#238;t pertinent pour &#233;lucider ses responsabilit&#233;s dans les &#233;checs enregistr&#233;s sur le chemin du d&#233;veloppement depuis son r&#233;veil brutal au d&#233;tour de la d&#233;cennie 80 (Conac 1993:6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des tout premiers choix op&#233;r&#233;s par la soci&#233;t&#233; civile en Afrique d&#232;s sa r&#233;activation a &#233;t&#233; le copinage ou, pour le dire autrement, la connivence avec le domaine public. Parler de connivence ici ne signifie pas nier l'hypoth&#232;se du straddling ou du chevauchement entre les domaines public et priv&#233; en Afrique. Ce que l'analyse veut alors mettre en exergue c'est la fr&#233;quentation indistincte des deux espaces de l'exp&#233;rience sociale par les m&#234;mes acteurs au point de ne plus faire la diff&#233;rence entre-eux. Comme l'observe Diouf (1998:47), &#171; les acteurs en pr&#233;sence ont des strat&#233;gies au-del&#224; et / ou en de&#231;&#224; de l'&#201;tat selon leurs int&#233;r&#234;ts du moment, leurs m&#233;moires et leurs exp&#233;riences. Ils voyagent litt&#233;ralement entre les espaces disjoints de la bureaucratie, de la classe politique et les espaces indig&#232;nes aux r&#233;f&#233;rents multiples &#187;. Ce qui contribue &#224; brouiller davantage les fronti&#232;res, d&#233;j&#224; difficiles &#224; rep&#233;rer, de chacun de ces sites de fr&#233;quentation. Dans la mesure o&#249; ces flux s'effectuent &#224; sa d&#233;faveur, l'on assiste &#224; une lente et progressive recaporalisation de la soci&#233;t&#233; civile. Cet assujettissement se fait &#224; la faveur de la subjectivation de l'&#201;tat qui affirme sa masculinit&#233; pourtant s&#233;rieusement entam&#233;e au cours de la r&#233;activation de la soci&#233;t&#233; civile (Bourgi et Casteran 1991:12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve de ce processus de ref&#233;odalisation de la soci&#233;t&#233; civile (Habermas 1986) s'observe dans la figuration qui a r&#233;sult&#233; de cette fr&#233;quentation d'une autre nature. D&#233;sormais, l'on aura deux soci&#233;t&#233;s civiles : une structur&#233;e sur la base des initiatives purement priv&#233;es d'acteurs sociaux engag&#233;s dans la lutte pour les mutations en profondeur et une autre, la plus en vue parce financ&#233;e par l'ordre &#233;tabli, cr&#233;&#233;e et port&#233;e &#224; tour de bras par le pouvoir. Au Cameroun par exemple, l'on a assist&#233; &#224; la cr&#233;ation d'ONG par le parti au pouvoir et d'associations qui sont &#224; la solde du pouvoir en place. Le cas du Cameroun n'est pas unique ; cela a &#233;galement &#233;t&#233; observ&#233; en Afrique de l'Ouest, notamment au B&#233;nin par exemple. En infiltrant de la sorte la soci&#233;t&#233; civile, le pouvoir pouvait mieux la contr&#244;ler et s'assurer sa loyaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette loyaut&#233; est organis&#233;e. Il existe un ensemble de m&#233;canismes conduisant &#224; sa construction. En plus du contr&#244;le d'ordre institutionnel &#233;voqu&#233; plus haut, &#171; l'&#201;tat n'entend pas se d&#233;partir de son pouvoir de d&#233;cision &#187; (Engola 1997:183) &#224; quelque endroit ou espace que ce soit. Par ailleurs, il tient &#224; l'oeil l'essentiel de l'expertise nationale. Dans certains cas, il alloue &#224; ces organismes les services de ladite expertise. Cela se v&#233;rifie aussi bien au S&#233;n&#233;gal qu'au Cameroun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre preuve de la mise au pas de la soci&#233;t&#233; civile par le pouvoir en raison de la connivence avec ce dernier et de la brouille de la sp&#233;cificit&#233; de chacun de ces acteurs, c'est la reproduction des comportements en vigueur dans la sph&#232;re de la bureaucratie par les acteurs de la soci&#233;t&#233; civile. En cr&#233;ant des organisations au sein de la soci&#233;t&#233; civile, la bureaucratie s'octroie une possibilit&#233; de d&#233;tourner les cr&#233;dits internationaux sous pr&#233;texte de renforcer les capacit&#233;s de ces acteurs sociaux. Ce comportement sera reproduit par les organisations de la soci&#233;t&#233; civile n&#233;es de l'initiative propre des acteurs du champ social. Il est difficile de citer un pays africain particuli&#232;rement dans la partie francophone qui n'ait connu ce ph&#233;nom&#232;ne. Les ONG se sont du coup transform&#233;es en affaire, c'est-&#224;-dire en espace privil&#233;gi&#233; de construction des figures de la r&#233;ussite du fait de l'accumulation illicite devenue la r&#232;gle de fonctionnement. Laurent (2000:169-81) a observ&#233; cette &#171; gestion coup d'&#201;tat &#187; dans une ville &#233;mergente du Burkina Faso &#224; la fronti&#232;re avec le Ghana, notamment &#224; la Coop&#233;rative fruiticole du sud du Moogo et aussi en pays mossi dans les associations dites de d&#233;veloppement (1998). C'est la m&#234;me conduite que Blundo d&#233;crit sur le terrain s&#233;n&#233;galais (1995) et Engola (1997:184) au Cameroun. Ainsi, au lieu d'une soci&#233;t&#233; civile, l'on s'est retrouv&#233; avec une bande de bandits &#224; col blanc se pr&#233;sentant comme les interm&#233;diaires des populations pour recueillir des financements qui ne parviennent jamais aux populations. Tout cela montre que l'installation de la soci&#233;t&#233; civile dans la connivence avec le pouvoir a particip&#233; &#224; la fragiliser au point de l'&#233;carter de ses objectifs de d&#233;part et m&#234;me de ses valeurs fondamentales telle que la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'app&#233;tit suscit&#233; par le gain facile ne permet plus aux promoteurs de ces ONG et associations de voir les difficult&#233;s des populations ou de compatir &#224; leurs souffrances quotidiennes. C'est aussi &#224; la faveur de ce fonctionnement &#224; rebours de la solidarit&#233; et de l'affect qui a donn&#233; libre cours &#224; l'expression des replis identitaires d'une vigueur sans pr&#233;c&#233;dent dans certains pays (Diaw 1994), conduisant m&#234;me &#224; une d&#233;monstration de son irresponsabilit&#233; comme dans le cas du Rwanda (Prunier 1995) ou de la Somalie (Leymarie 1994). Ce sont les m&#234;mes &#233;go&#239;smes qui tiennent les pays des Grands Lacs ou encore la C&#244;te d'Ivoire, le Burundi ou la RCA en otage. Ce recul de la solidarit&#233; et de la responsabilit&#233;, valeurs qui fondent la soci&#233;t&#233; civile, la fragilisent en situation africaine, de m&#234;me que le recul cons&#233;quent de l'initiative priv&#233;e. Ce dernier constat explique par ailleurs la mont&#233;e galopante du ch&#244;mage. L'&#201;tat n'offrant plus d'emplois, l'ins&#233;curit&#233; cons&#233;cutive &#224; tous ces acc&#232;s de col&#232;re est loin de favoriser la reprise de l'initiative priv&#233;e et m&#234;me la consolidation des avanc&#233;es sur le terrain de la construction d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'on peut noter la radicalisation de certains acteurs de la soci&#233;t&#233; civile face &#224; la logique de gouvernance adopt&#233;e part le pouvoir en place. Certaines organisations de cette institution se sont ainsi retrouv&#233;es impliqu&#233;es dans la violence, il y en a m&#234;me qui m&#232;nent la gu&#233;rilla. Que l'on songe &#224; la situation de la RDC, de la RCA, de la Somalie ou de la C&#244;te d'Ivoire. L'on mesure bien la gravit&#233; d'un tel choix tant pour l'&#233;conomie nationale que pour la construction d&#233;mocratique. Cette attitude d'intol&#233;rance s'observe &#233;galement parmi les membres de la soci&#233;t&#233; civile ; ils se ferment au dialogue et &#224; la discussion. Toutes choses qui montrent que la soci&#233;t&#233; civile constitue un probl&#232;me qu'il faut r&#233;soudre pour repenser avec s&#233;rieux le d&#233;veloppement dans ce contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact de la fragilisation de la soci&#233;t&#233; civile sur l'ordre sociopolitique et &#233;conomique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact cons&#233;quent de cette auto-fragilisation de la soci&#233;t&#233; civile en situation africaine permet d'appr&#233;cier le tort que la d&#233;sarticulation et la d&#233;construction de cette institution cause au d&#233;veloppement du continent. Cela rend &#233;galement possible l'&#233;valuation de l'importance de sa contribution dans l'entreprise de r&#233;invention du d&#233;veloppement en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose que l'on peut constater c'est que la revassalisation de la soci&#233;t&#233; civile a laiss&#233; un espace vide que le pouvoir a su r&#233;investir &#224; pas de g&#233;ants pour tirer profit au grand dam de l'entreprise du d&#233;veloppement. &#192; titre d'illustration, les acquis de la col&#232;re des d&#233;buts de la d&#233;cennie 90 (Monga 1994) ont &#233;t&#233; remis en question laissant le champ libre &#224; la continuit&#233; politique. La preuve est fournie aujourd'hui par les r&#233;visions constitutionnelles enregistr&#233;es de part et d'autres, exemple du Gabon ou du Tchad, pour permettre aux chefs d'&#201;tat en place de s&#8216;&#233;terniser au pouvoir. Les &#233;lections ne valent plus que par le rituel qui les entoure. Dans la plupart des cas, c'est devenu une formalit&#233; pour le pr&#233;sident sortant, le r&#233;sultat en sa faveur &#233;tant connu d'avance. Aussi en lieu et place des chefs d'&#201;tat se retrouve t-on en pr&#233;sence de dictateurs sortis des urnes comme dirigeants en Afrique (Galloy et Gru&#233;nais 1997). Or, cela n'&#233;tait pas chose facile au moment de la fi&#232;vre des lib&#233;ralisations politiques qui ont vu r&#233;-&#233;merger des soci&#233;t&#233;s civiles dynamiques en situation africaine. Eu &#233;gard au rapprochement qui fait entre la construction d&#233;mocratique et le d&#233;veloppement, l'on peut dire que la fragilisation de la soci&#233;t&#233; civile a desservi cette derni&#232;re entreprise. C'est en effet, l'absence d'un contre-pouvoir comme la soci&#233;t&#233; civile qui rend cette parodie possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique, aujourd'hui plus qu'hier la corruption est devenue end&#233;mique : la quasi-totalit&#233; des individus en parle, s'en offusque mais la pratique quand m&#234;me. Presque aucun domaine n'est &#233;pargn&#233;. Sur la route, c'est le domaine du policier. En plein Yaound&#233;, la capitale camerounaise, l'on ne se cache plus pour recevoir 500 FCFA d'un chauffeur de taxi &#224; qui on a r&#233;ussi &#224; extorquer un motif d'irr&#233;gularit&#233; tr&#232;s souvent non pr&#233;vu par la r&#233;glementation. &#192; l'h&#244;pital ou au dispensaire, l'inhospitalit&#233; est criarde et, comme &#224; Niamey, la violence du personnel soignant est g&#233;n&#233;ralement une strat&#233;gie pour faire pression sur les usagers en vue de les amener &#224; comprendre qu'il faut soudoyer (Moussa 2003). L'enseignant se r&#233;serve sans vergogne un droit de cuissage aupr&#232;s de ses apprenantes contre une note d'examen. Dans les universit&#233;s d'&#201;tat au Cameroun, certains enseignants font payer aux &#233;tudiants dont ils suivent les travaux de recherche une somme pour frais de consultation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci est le r&#233;sultat de l'atonie d'une soci&#233;t&#233; civile au r&#233;veil pourtant prometteur dans les ann&#233;es 90. En lieu et place de l'initiative, elle a d&#233;cid&#233; de se retirer au profit de la curialisation des rapports sociaux (Bidima 2000). L'on assiste ainsi &#224; la mise en place progressive d'une soci&#233;t&#233; de cour au sens de Elias (1985) o&#249; la subjectivation se fait par le biais des rapports sociaux fond&#233;s sur l'all&#233;geance et la r&#233;v&#233;rence &#224; un tiers. La figure par excellence du sujet ici c'est le courtisan tel qu'il est d&#233;crit par Castiglione (1987) et son corollaire. L'espace public tel que d&#233;crit par Habermas (1986), n'a plus pignon sur rue dans ce contexte ; seuls comptent le corps ou la cour, d'o&#249; l'int&#233;r&#234;t particulier accord&#233; au soin de l'apparat dans nombre de soci&#233;t&#233;s africaines aujourd'hui (Bazenguissa 1992 ; Malaquais 2001). Ce sont l&#224; des attitudes apolitiques qui rendent impossible l'usage de tout esprit critique en vue de participer &#224; la dynamique sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet affaiblissement de la soci&#233;t&#233; civile en situation africaine a d&#233;bouch&#233; sur une ins&#233;curit&#233; chronique qui embrase tous les pans du quotidien des populations. Depuis pr&#232;s d'une d&#233;cennie, l'on assiste au renforcement des in&#233;galit&#233;s entre riches et pauvres. Cet approfondissement de l'exclusion sociale pour la majorit&#233; des individus est une menace pour la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re. C'est l'un des facteurs explicatifs de la violence qui s&#233;vit dans les villes africaines comme le montre le cas de Kinshasa (Biaya 2000:33). Cette violence est un mode d'expression du d&#233;sarroi que conna&#238;t la soci&#233;t&#233;. C'est &#171; une r&#233;action sociologique, et surtout logique, &#224; la violence institutionnalis&#233;e inflig&#233;e aux d&#233;sh&#233;rit&#233;s par tout un ensemble de mutations &#233;conomiques et politiques qui se renforcent les unes les autres &#187; (Wacquant 1993:10-11). Cette paup&#233;risation des pans entiers du corps social est imputable &#224; bien des &#233;gards &#224; l'atonie de la soci&#233;t&#233; civile, c'est-&#224;-dire &#224; son fonctionnement. C'est d'ailleurs ce dernier qui r&#233;pond de son affaiblissement. Ladite paup&#233;risation rend intelligible nombre de ph&#233;nom&#232;nes &#233;mergents tels que la criminalit&#233; urbaine et rurale, l'av&#232;nement d'une civilisation de l'arnaque (Malaquais 2001), la qu&#234;te de l'ailleurs / de l'&#233;vasion &#224; travers les r&#233;seaux de l'&#233;migration (Ab&#233; 2005) ou l'adh&#233;sion aux nouvelles &#233;glises dites de l'&#233;veil (de Rosny 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;invention du d&#233;veloppement passe par une redynamisation de la soci&#233;t&#233; civile. Sa r&#233;activation, en &#233;vitant les &#233;cueils du pass&#233; r&#233;cent, est urgente si l'on veut v&#233;ritablement arriver &#224; repenser avec s&#233;rieux le d&#233;veloppement surtout que celui-ci se veut d&#233;sormais participatif. Pour &#233;viter ces &#233;cueils, cette r&#233;activation est condamn&#233;e &#224; &#234;tre une technologie de civilisation des moeurs (Elias 2002) de la soci&#233;t&#233; civile, notamment de ses acteurs. Un apprentissage approfondi de la tol&#233;rance, de la responsabilit&#233;, de l'Accountability et l'esprit d'initiative serait bien venu. Ce qui signifie que l'on a affaire &#224; une soci&#233;t&#233; civile non civile, au sens de civilis&#233;e (Gu&#232;ye 1997), du moins sur ses responsabilit&#233;s, les enjeux du moment et la port&#233;e de ses conduites aussi bien &#224; l'&#233;gard de l'&#201;tat que du corps social tout entier. Cela indique &#233;galement la pertinence de ce que la pr&#233;sente r&#233;flexion a voulu montrer, notamment que la soci&#233;t&#233; civile est une &#233;preuve &#224; passer avec succ&#232;s si l'on veut r&#233;inventer avec pertinence le d&#233;veloppement en Afrique. La question serait en fin de compte de savoir comment articuler une soci&#233;t&#233; civile autonome, c'est-&#224;-dire ind&#233;pendante de la sph&#232;re politique et de la sph&#232;re &#233;conomique, o&#249; s'expriment les int&#233;r&#234;ts divergents sans que le particulier ne l'emporte sur la qu&#234;te du bien commun.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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