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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>La strat&#233;gie du choc</title>
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		<dc:date>2008-10-10T01:12:03Z</dc:date>
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		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator>Bernard GENSANE </dc:creator>



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&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; d'un des deux ou trois livres les plus importants de l'ann&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet ouvrage (fort bien traduit) explique comment et pourquoi, depuis le d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, les classes dirigeantes mondiales m&#232;nent une v&#233;ritable guerre &#8211; il n'y a pas d'autre mot &#8211; contre les peuples en utilisant une strat&#233;gie du d&#233;sastre. Elles tirent profit des catastrophes naturelles (vagues g&#233;antes, tremblements de terre, ouragans) ou provoquent des catastrophes humaines (conflits militaires, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; d'un des deux ou trois livres les plus importants de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage (fort bien traduit) explique comment et pourquoi, depuis le d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, les classes dirigeantes mondiales m&#232;nent une v&#233;ritable guerre &#8211; il n'y a pas d'autre mot &#8211; contre les peuples en utilisant une strat&#233;gie du d&#233;sastre. Elles tirent profit des catastrophes naturelles (vagues g&#233;antes, tremblements de terre, ouragans) ou provoquent des catastrophes humaines (conflits militaires, exploitation artificielle du &#8220; terrorisme &#8221;) pour renforcer leur pouvoir aux d&#233;pens du domaine public et de la soci&#233;t&#233; civile, et imposer, par la violence et la sid&#233;ration, le mod&#232;le d'une soci&#233;t&#233; capitaliste toujours plus r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naomi Klein appelle&#8220; capitalisme du d&#233;sastre &#8221;ce type d'op&#233;ration consistant &#224; lancer des raids syst&#233;matiques contre la sph&#232;re publique au lendemain de cataclysmes et &#224; traiter des derniers comme des occasions d'engranger des profits. Le capitalisme du d&#233;sastre d&#233;truit aussi pour reconstruire : 30 milliards de dollars ont &#233;t&#233; investis en Irak, 13 milliards pour le tsunami, 100 milliards pour La Nouvelle-Orl&#233;ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette strat&#233;gie est mondiale, son centre se situe &#224; Washington. Chez nous, les obs&#233;d&#233;s de l'Atlantisme du style Kouchner ou Sarkozy sont &#233;videmment les complices de ce fl&#233;au &#224; &#233;chelle historique. Pour le moment, il n'est pas possible de pr&#233;voir si la crise financi&#232;re actuelle, dans laquelle certains voient une implosion du syst&#232;me, mettra un terme &#224; ce que l'on peut qualifier sans emphase de crime contre l'humanit&#233;. On peut donc douter que l'argent public inject&#233; dans la sph&#232;re priv&#233;e par le gouvernement fran&#231;ais (alors que les caisses &#233;taient pr&#233;tendues vides) d&#233;bouche sur plus de justice sociale, sur un partage plus &#233;quitable des richesses. On peut craindre, en revanche, que ces sommes consid&#233;rables redonnent du tonus &#224; ce syst&#232;me inique et lui permettent d'une part d'&#233;largir davantage encore le foss&#233; entre les riches et les pauvres et, d'autre part, de restreindre le champ de la d&#233;mocratie. Selon l'&#201;cole de Chicago, s'il peut provoquer une r&#233;volution &#224; gauche, l'effondrement du march&#233; peut aussi d&#233;clencher une contre-r&#233;volution de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'ouragan Katrina, raconte Naomi Klein, le repr&#233;sentant r&#233;publicain de La Nouvelle-Orl&#233;ans Richard Baker d&#233;clara : &#171; Nous avons enfin nettoy&#233; les logements sociaux de La Nouvelle-Orl&#233;ans. Dieu a r&#233;ussi l&#224; o&#249; nous avions &#233;chou&#233;. &#187; Kenyon, division du conglom&#233;rat fun&#233;raire Service Corporation International (important cotisant &#224; la caisse &#233;lectorale de Bush), fut charg&#233; de recueillir les morts dans les maisons et les rues. Le travail s'effectua avec une extr&#234;me lenteur. Des cadavres croupirent sous le soleil pendant des jours. On interdit aux secouristes et &#224; des entrepreneurs de pompes fun&#232;bres b&#233;n&#233;voles de donner un coup de main sous pr&#233;texte qu'ils empi&#233;taient sur le territoire commercial de Kenyon. La soci&#233;t&#233;, qui factura &#224; l'&#201;tat 12500 $ par cadavre, a depuis &#233;t&#233; accus&#233;e d'avoir mal identifi&#233; de nombreuses d&#233;pouilles. Pendant presque un an apr&#232;s l'inondation, on d&#233;couvrit des corps en d&#233;composition dans des greniers. L'administration Bush refusa d'allouer des fonds d'urgence pour payer les fonctionnaires ; la ville dut cong&#233;dier 3000 employ&#233;s au cours des mois qui suivirent l'ouragan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Milton Friedman, le grand id&#233;ologue (apr&#232;s von Hayek) de l'ultralib&#233;ralisme, l'&#201;tat a pour unique fonction de &#171; prot&#233;ger notre libert&#233; contre ses ennemis ext&#233;rieurs et contre nos concitoyens eux-m&#234;mes. Il fait r&#233;gner la loi et l'ordre, il fait respecter les contrats priv&#233;s, et il favorise la concurrence. &#187; En d'autres termes, il s'agit de fournir les policiers et les soldats &#8211; tout le reste, y compris l'enseignement public gratuit, n'est qu'ing&#233;rence au sein des march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre contre les peuples et contre la d&#233;mocratie doit &#234;tre &#233;clair. Selon Friedman, &#171; un nouveau gouvernement jouit d'une p&#233;riode de six &#224; neuf mois au cours de laquelle il peut op&#233;rer des changements fondamentaux. S'il n'en profite pas pour agir avec d&#233;termination, une telle occasion ne se repr&#233;sentera plus. &#187; On comprend pourquoi un dirigeant comme Sarkozy a lanc&#233; des dizaines de contre-r&#233;formes d&#232;s son accession &#224; l'&#201;lys&#233;e. Tout &#233;tait pr&#234;t, bien avant son succ&#232;s &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naomi Klein consacre de longs d&#233;veloppements aux agressions du syst&#232;me contre le psychisme et le corps des individus. L'id&#233;e qu'un changement de politique doit &#234;tre men&#233;e comme une offensive militaire surprise est un th&#232;me cher aux ap&#244;tres de la th&#233;rapie de choc &#233;conomique. &#171; L'envahisseur doit investir l'environnement de l'adversaire et paralyser ou surcharger ses perceptions et sa compr&#233;hension des &#233;v&#233;nements pour le rendre incapable de r&#233;sister. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le tsunami de 2004, des investisseurs &#233;trangers et des pr&#234;teurs internationaux s'&#233;taient ligu&#233;s pour exploiter le climat de panique et c&#233;der le littoral &#224; des entrepreneurs qui s'&#233;taient empress&#233;s d'&#233;riger de vastes stations baln&#233;aires, emp&#234;chant ainsi des centaines de milliers de p&#234;cheurs de reconstruire leurs villages au bord de l'eau. Le projet d'&#233;viction massive datait d'avant la vague g&#233;ante, mais on utilisa le tsunami pour faire avancer un programme refus&#233; par l'ensemble de la population. En Tha&#239;lande, on vit des gardiens priv&#233;s, arm&#233;s jusqu'aux dents, emp&#234;cher d'anciens r&#233;sidents de chercher les d&#233;pouilles de leurs enfants. Le capitalisme du d&#233;sastre climatique et ses relais dans les classes politiques s'&#233;taient fait la main en 1998 avec l'ouragan Mitch qui avait d&#233;vast&#233; le Honduras, le Guatemala et le Nicaragua, causant au moins 9000 morts. Le Congr&#232;s du Honduras adopta des lois de privatisation des a&#233;roports, des ports et des autoroutes, du t&#233;l&#233;phone, de l'&#233;lectricit&#233; et d'une partie de la distribution de l'eau. Le Congr&#232;s des &#201;tats-Unis abrogea la r&#233;glementation environnementale en vigueur sur la c&#244;te du golfe du Mexique et autorisa la construction de nouvelles raffineries de p&#233;trole. Halliburton, la firme longtemps dirig&#233; par le vice-pr&#233;sident Cheney, re&#231;ut 60 millions de dollars pour la reconstruction des bases militaires du littoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant le 11 septembre, explique Naomi Klein, guerres et catastrophes offraient des d&#233;bouch&#233;s &#224; un secteur restreint de l'&#233;conomie &#8211; les fabricants d'avions de chasse par exemple, ou encore les entreprises de construction charg&#233;es de reb&#226;tir les ponts bombard&#233;s. Les guerres avaient pour r&#244;le principal d'ouvrir de nouveaux march&#233;s jusque-l&#224; inaccessibles et, une fois la paix revenue, de g&#233;n&#233;rer des booms &#233;conomiques. Depuis, les interventions en cas de guerre sont &#224; ce point privatis&#233;es qu'elles constituent en soi le nouveau march&#233;. Pour le boom, inutile d'attendre la fin de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique guerri&#232;re du syst&#232;me capitaliste est diabolique, implacable et, dans l'&#233;tat actuel des choses, en tout cas, durable. On appelle aujourd'hui &#8220; guerre contre le terrorisme &#8221; des coups d'&#201;tat, des massacres qui n'ont pour but que d'installer et de maintenir en place des r&#233;gimes favorables &#224; la libre entreprise. Le capitalisme du d&#233;sastre s'est habitu&#233; au terrorisme : apr&#232;s le 11 septembre, le Dow Jones perdit 685 points, mais le 7 juillet 2005, le jour o&#249; quatre bombes explos&#232;rent dans les transports londoniens, le Stock Exchange et le Nasdaq grimp&#232;rent en fl&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naomi Klein s'attarde donc longuement sur Milton Friedman et l'&#201;cole de Chicago, ces th&#233;oriciens, instigateurs et praticiens de la violence capitaliste depuis une quarantaine d'ann&#233;es. Pour eux, la pr&#233;misse de d&#233;part, c'est que le libre march&#233; est &#171; un syst&#232;me scientifique parfait dans lequel des particuliers agissant dans leur propre int&#233;r&#234;t cr&#233;ent pour tous le plus d'avantages possibles. &#187; Voir la logique du bouclier fiscal sarkozyen pour les plus riches des Fran&#231;ais. Toute d&#233;faillance &#8211; inflation &#233;lev&#233;e ou ch&#244;mage en hausse &#8211; vient du fait que le march&#233; n'est pas enti&#232;rement libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier laboratoire friedmanien fut l'Indon&#233;sie. Ralph McGehee, l'un des agents principaux de la CIA en poste &#224; l'&#233;poque du coup d'&#201;tat, d&#233;clara qu'il s'&#233;tait agi &#171; d'une op&#233;ration mod&#232;le. [&#8230;] Ce sont les grands &#233;v&#233;nements sanglants orchestr&#233;s depuis Washington qui ont permis l'arriv&#233;e au pouvoir de Suharto. Cette r&#233;ussite signifiait que l'exp&#233;rience pourrait &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;e, encore et encore. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Chili, Pinochet et les siens &#233;vit&#232;rent toujours l'expression &#8220; coup d'&#201;tat &#8221;, &#224; laquelle ils pr&#233;f&#233;raient le mot &#8220; guerre &#8221; (guerre contre le marxisme, contre l'anarchie etc.). Au cours de la premi&#232;re ann&#233;e d'application de la th&#233;rapie de choc prescrite par Friedman, l'&#233;conomie du Chili r&#233;gressa de 15% et le taux de ch&#244;mage &#8211; qui n'avait &#233;t&#233; que de 3% sous Allende &#8211; s'&#233;leva &#224; 20%. En 1988 45% des habitants du pays vivaient sous le seuil de la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article d'ao&#251;t 1976 pour The Nation, Orlando Letelier (ancien ambassadeur du Chili aux &#201;tats-Unis, &#233;crivit que &#171; la vision particuli&#232;rement commode d'un syst&#232;me social dans lequel la &#8220; libert&#233; &#233;conomique &#8221; et la terreur politique coexistent sans jamais se croiser permet aux partisans du r&#233;gime financier de soutenir leur id&#233;al de &#8220; libert&#233; &#8221; tout en feignant de d&#233;fendre les droits de l'homme. &#187; Moins d'un mois plus tard, Letelier &#233;tait assassin&#233; en plein centre de Washington par des agents de la DINA, la police secr&#232;te chilienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, les grandes entreprises mirent sur pied leurs propres escadrons de tortionnaires priv&#233;s. La junte militaire cr&#233;a un corps de policiers extrajudiciaire, financ&#233; par diverses multinationales, dont Ford et General Motors. &#192; la fin de la dictature, la quasi-totalit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'usine des grandes soci&#233;t&#233;s avaient disparu. Au Br&#233;sil, comme dans tout le c&#244;ne latino-am&#233;ricain, selon le triste constat de l'&#233;crivain Eduardo Galeano, &#171; les citoyens &#233;taient en prison pour que les prix fussent en libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Royaume-Uni, Margaret Thatcher lan&#231;a des &#8220; r&#233;formes &#8221; multiples en appliquant &#224; la lettre la pens&#233;e friedmanienne. Apr&#232;s trois ans de gouvernement, sa cote de popularit&#233; passa sous la barre des 25%. Elle fut sauv&#233;e par le gong de la guerre des Malouines, tout comme, provisoirement, la dictature de Galtieri en Argentine. Cette guerre donna &#224; Thatcher le pr&#233;texte politique dont elle avait besoin pour introduire le tout premier programme de transformation capitaliste radicale d'une d&#233;mocratie lib&#233;rale occidentale. Lorsque les mineurs de charbon d&#233;clench&#232;rent la gr&#232;ve en 1984 (le gouvernement voulait fermer les puits non rentables pour ne garder que les rentables dont certains furent exploit&#233;s jusqu'en 2007), Thatcher fit comme si le conflit &#233;tait le prolongement de la guerre des Malouines et exigeait la m&#234;me brutale d&#233;termination. Elle eut alors cette formule m&#233;morable : &#171; Nous avons d&#251; nous battre contre l'ennemi ext&#233;rieur ; nous devons maintenant nous battre contre l'ennemi int&#233;rieur, qui est beaucoup plus coriace, mais tout aussi dangereux pour la libert&#233;. &#187; Contre les mineurs, elle employa la mani&#232;re forte : au cours d'une seule confrontation, 8000 policiers anti-&#233;meute charg&#232;rent (certains &#224; cheval) en laissant 700 bless&#233; sur le carreau. Dans les quatre ann&#233;es qui suivirent cette attaque directe contre la classe ouvri&#232;re, le gouvernement privatisa British Telecom, British Gas, British Airways, British Steel etc. Dans plusieurs petites villes mini&#232;res (dans le sud du Yorkshire en particulier), le ch&#244;mage frappa 50% de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klein d&#233;taille par ailleurs longuement le r&#244;le des institutions financi&#232;res internationales, relais, bras arm&#233; du capitalisme guerrier. Le FMI accoucha de son premier programme d'ajustement structurel complet en 1983. Pendant deux d&#233;cennies, nous dit l'auteur, &#171; on informa tous les pays qui demandaient un pr&#234;t cons&#233;quent qu'ils devaient remanier leur &#233;conomie de la cave au grenier. &#187; Davison Budhoo, &#233;conomiste principal du FMI qui pr&#233;para des programmes d'ajustement structurel pour l'Am&#233;rique latine et l'Afrique tout au long des ann&#233;es 1980 admit plus tard que &#171; tout le travail que nous avons accompli apr&#232;s 1983 reposait sur le sentiment de la mission qui nous animait : le Sud devait privatiser ou mourir ; &#224; cette fin, nous avons cr&#233;&#233; le chaos &#233;conomique ignominieux qui a marqu&#233; l'Am&#233;rique latine et l'Afrique de 1983 &#224; 1988. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution polonaise fut encore plus radicale : outre l'&#233;limination imm&#233;diate des contr&#244;les des prix et des coupes sombres dans les subventions, le FMI imposa la vente au secteur priv&#233; des mines, des chantiers navals et des usines de l'&#201;tat. C'&#233;tait contraire au programme &#233;conomique d'origine de Solidarit&#233;, fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; par les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, Deng Xiaoping &#233;tait si enthousiaste et si d&#233;termin&#233; &#224; l'id&#233;e de convertir la Chine &#224; l'&#233;conomie priv&#233;e qu'en 1980 son gouvernement invita Milton Friedman &#224; venir initier des centaines de hauts fonctionnaires, de professeurs et d'&#233;conomistes du Parti (&#8220; communiste &#8221;) aux rudiments de l'&#233;conomie n&#233;olib&#233;rale. Lorsque Deng ouvrit le pays aux investisseurs &#233;trangers et r&#233;duisit les protections dont b&#233;n&#233;ficiaient les travailleurs, il ordonna la cr&#233;ation de la Police Arm&#233;e du Peuple, escouade anti&#233;meute comptant 400000 membres charg&#233;s d'&#233;craser tous les signes de &#171; crimes &#233;conomiques &#187;, c'est-&#224;-dire les gr&#232;ves et les manifestations. Les &#8220; r&#233;formes &#8221; de Deng d&#233;bouch&#232;rent sur la mobilisation sociale de 1989. Le 20 mai, le gouvernement proclama la loi martiale. Il y eut entre 2000 et 7000 morts sur la Place Tienanmen. Le gouvernement, comme en Am&#233;rique latine, r&#233;serva son ch&#226;timent le plus dur aux ouvriers. La plupart des personnes arr&#234;t&#233;es et ex&#233;cut&#233;es furent des ouvriers. La politique de Deng fit de la Chine l'atelier de mis&#232;re du monde, l'eldorado des usines de sous-traitance de presque toutes les multinationales de la plan&#232;te. En 2006, 90% des milliardaires chinois &#233;taient les enfants de cadres du Parti &#8220; communiste &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la Chine, la Russie fut contrainte de choisir entre un programme &#233;conomique inspir&#233; de l'&#201;cole de Chicago et une r&#233;volution d&#233;mocratique. Pour que le programme friedmanien f&#251;t appliqu&#233;, il fallait interrompre de mani&#232;re violente le processus progressif impuls&#233; par Gorbatchev. En ao&#251;t 1991, Le Washington Post (qui n'est pas le plus r&#233;actionnaire des quotidiens &#233;tatsuniens) expliqua, rappelle Klein, que &#171; le Chili de Pinochet pourrait servir de mod&#232;le pratique &#224; l'&#233;conomie sovi&#233;tique. &#187; Suite aux &#8220; r&#233;formes &#8221; de Eltsine, la consommation du Russe moyen en 1992 avait diminu&#233; de 40% par rapport &#224; 1991. Pour asseoir son pouvoir, Eltsine avait aboli la Constitution et dissous le Parlement. Le Parlement vota &#224; 636 voix contre 2 la destitution de Eltsine qui envoya l'arm&#233;e contre les parlementaires. 500 personnes furent tu&#233;es. Comme en Chine, un club limit&#233; de Russes, dont bon nombre d'anciens apparatchiks du Parti communiste et une poign&#233;e de gestionnaires de fonds communs de placement occidentaux obtinrent des rendements faramineux en investissant dans des entreprises russes nouvellement privatis&#233;es. En 1989, la Russie comptait deux millions de pauvres. 74 millions en 1995, selon les chiffres de la Banque mondiale. Le capitalisme avait r&#233;gress&#233; jusqu'&#224; sa forme la plus sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re qui frappa l'Asie dans les ann&#233;es 1990 cr&#233;a 24 millions de ch&#244;meurs. Les femmes et les enfants furent les grands perdants de la crise. De nombreuses familles vendirent leurs filles &#224; des trafiquants d'&#234;tres humains qui les firent travailler comme prostitu&#233;es en Australie, en Europe et en Am&#233;rique du Nord. Ces victime pouvaient dire merci au FMI et &#224; son directeur Camdessus qui avaient impos&#233; une chirurgie radicale &#224; ces pays en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, le trio Bush-Rumsfeld-Cheney appliqua &#224; la lettre les principes friedmaniens selon lesquels le gouvernement, afin de transformer l'&#201;tat en coquille vide, se ligue avec les grandes entreprises pour &#171; redistribuer la richesse vers le haut apr&#232;s avoir r&#233;duit les d&#233;penses affect&#233;s au personnel. &#187; Une part toujours plus grande des fonds publics va alors directement dans les coffres des entreprises priv&#233;es. L'&#201;tat a les signes ext&#233;rieurs d'un gouvernement, &#171; mais il n'ex&#233;cute plus les v&#233;ritables t&#226;ches de la gouvernance, pas plus que les employ&#233;s du campus de Nike &#224; Beaverton ne fabriquent eux-m&#234;mes des baskets. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises qu'a dirig&#233;es Donald Rumsfeld misent depuis une trentaine d'ann&#233;es sur un avenir apocalyptique, fait de maladies end&#233;miques qui obligeraient les gouvernements &#224; se procurer au prix fort les produits indispensables brevet&#233;es par elles. La soci&#233;t&#233; Gilead Sciences (que Rumsfeld dirigea de 1997 &#224; 2001), titulaires de brevets pour quatre m&#233;dicaments antisida, d&#233;pense beaucoup d'&#233;nergie pour emp&#234;cher la distribution, dans les pays en voie de d&#233;veloppement, de versions g&#233;n&#233;riques moins co&#251;teuses (les brevets expireront &#224; partir de 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dick Cheney (je ne sais si des sociolinguistes se sont pench&#233;s sur cette manie qu'ont les &#233;tatsuniens de diminuer leurs pr&#233;noms de mani&#232;re pu&#233;rile : Cheney s'appelle Richard Bruce, Clinton s'appelle William etc.), prot&#233;g&#233; de Rumsfeld au sein de l'administration Ford dans les ann&#233;es 1970, fit &#233;galement fortune en misant sur la perspective d'un avenir sombre. Lui qui avait b&#233;n&#233;fici&#233;, dans les ann&#233;es 1960, de six mesures de sursis pour ne pas partir au Vietnam (tout en &#233;tant favorable &#224; la guerre), r&#233;duisit, en tant que secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense de Bush p&#232;re, le nombre de soldats actifs et confia aux entrepreneurs priv&#233;s un r&#244;le de plus en plus d&#233;terminant. Sa soci&#233;t&#233; Halliburton (gains estim&#233;s : 13 milliards de dollars en 2007) parvint &#224; &#233;largir la signification des mots &#8220; soutien logistique &#8221; &#224; un point tel qu'elle eut bient&#244;t pour t&#226;che, explique l'auteur, &#171; de cr&#233;er l'infrastructure tout enti&#232;re des op&#233;rations militaires &#224; l'&#233;tranger. L'arm&#233;e n'avait qu'&#224; se charger des soldats et des armes &#8211; elle agissait en quelque sorte comme fournisseur de contenu, tandis que Halliburton &#233;tait aux commandes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de contigu&#239;t&#233; : John Ashcroft, ancien Procureur g&#233;n&#233;ral et instigateur de la Loi sur le patriotisme, pr&#233;side depuis 2005 l'Ashcroft Group, dont la mission consiste &#224; aider les entreprises sp&#233;cialis&#233;es dans la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure &#224; obtenir des contrats f&#233;d&#233;raux. Son groupe a tellement de succ&#232;s qu'il refuse deux clients quand il en accepte un. Tom Ridge, premier directeur du secr&#233;tariat &#224; la S&#233;curit&#233; int&#233;rieure de 2003 &#224; 2005, a fond&#233; Ridge Global et agit comme conseiller aupr&#232;s de Lucent, soci&#233;t&#233; de communication &#339;uvrant dans le domaine de la s&#233;curit&#233;. C'est un acharn&#233; de la peine de mort : en tant que gouverneur de Pennsylvanie, il laissa ex&#233;cuter 224 condamn&#233;s et assista en personne &#224; trois supplices. James Woolsey, directeur de la CIA jusqu'en 1995, est d&#233;sormais conseiller de Paladin Capital Group, soci&#233;t&#233; priv&#233;e qui investit dans la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure (1 milliard de dollars). Rudy (en fait, Rudolph, voir plus haut) Giuliani, ancien maire de New York, a cr&#233;&#233; Giuliani Partners quatre mois apr&#232;s le 11 septembre et vend ses services comme expert-conseil en gestion de crises. Gains de sa soci&#233;t&#233; : 100 millions de dollars entre 2002 et 2007. La pratique de ces hommes est, explique Klein, de &#171; rester au gouvernement ou &#233;lu juste assez longtemps pour obtenir un titre impressionnant au sein d'un secr&#233;tariat qui octroie des contrats d'envergure et recueillir des informations privil&#233;gi&#233;es sur les produits recherch&#233;s, puis d&#233;missionner et vendre l'acc&#232;s aux anciens coll&#232;gues. Servir dans la fonction publique, c'est effectuer une mission de reconnaissance en pr&#233;vision d'un bel avenir dans le complexe du capitalisme du d&#233;sastre. Ce capitalisme de copinage est l'aboutissement de la philosophie de l'&#201;cole de Chicago et de sa triple obsession : privatisation, d&#233;r&#233;glementation et antisyndicalisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue militaire, soutient Klein, la guerre contre le terrorisme est impossible &#224; gagner. &#171; Du point de vue &#233;conomique, en revanche, elle est impossible &#224; perdre : en effet, on a affaire non pas &#224; un conflit &#233;ph&#233;m&#232;re susceptible d'&#234;tre gagn&#233;, mais, au contraire, &#224; un &#233;l&#233;ment nouveau et permanent de l'architecture &#233;conomique mondiale. &#187; La guerre n'est plus, comme le disait Clausewitz, &#171; la continuation de la politique par d'autres moyens &#187;, c'est la politique et l'&#233;conomie en elles-m&#234;mes, les guerres et les catastrophes &#233;tant par cons&#233;quent des fins en elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Irak, Saddam Hussein ne repr&#233;sentait nullement une menace pour la s&#233;curit&#233; des &#201;tats-Unis, bien au contraire, &#233;tant, &#224; sa mani&#232;re dictatoriale, un facteur de stabilit&#233;. Le probl&#232;me est qu'il mena&#231;ait les entreprises &#233;nerg&#233;tiques &#233;tatsuniennes : il avait conclu une entente avec une grande entreprise russe et entam&#233; des n&#233;gociations avec Total. Le renversement de Saddam Hussein ouvrit la porte &#224; Exxon, Chevron, Shell et BP qui, toutes jet&#232;rent les bases de nouveaux accords en Irak, de m&#234;me qu'&#224; Halliburton qui, ayant install&#233; son si&#232;ge social &#224; Duba&#239;, &#233;tait id&#233;alement situ&#233;e pour vendre des services &#233;nerg&#233;tiques &#224; ces soci&#233;t&#233;s. On a pu comparer les liens unissant Halliburton &#224; Cheney (qui quitta la soci&#233;t&#233; en 2000 avec un parachute dor&#233; de 34 millions de dollars) aux liens qui unissaient, pendant la guerre du Vietnam le Pr&#233;sident Johnson &#224; Brown and Root, soci&#233;t&#233; de forages p&#233;trolif&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour assommer l'Irak, l'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s, qui &#233;tait d'environ 45%, fut remplac&#233; par un imp&#244;t au taux uniforme de 15% On autorisa les compagnies &#233;trang&#232;res &#224; d&#233;tenir des entreprises irakiennes &#224; 100% pour &#233;viter le sc&#233;nario russe d'oligarques qui s'&#233;taient r&#233;serv&#233; des morceaux de choix. Les investisseurs purent sortir d'Irak la totalit&#233; de leurs profits. 8,8 milliards de dollars disparurent en 2004 des minist&#232;res contr&#244;l&#233;s par les Etats-Unis. &#171; What does it change ? &#187;, fut le commentaire d'un proche de Bremer, le gauleiter du pays occup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme Johnson et Nixon qui avaient bombard&#233; le Vietnam pour le ramener &#224; l'&#226;ge des cavernes, Bush bombarda l'Irak de mani&#232;re terroriste et terrorisante pour le seul profit de la machine de guerre capitaliste. Entre le 20 mars et le 2 mai 2003, l'arm&#233;e lan&#231;a 380 missiles de croisi&#232;re Tomahawk en un jour (contre 300 en cinq semaines pendant la Guerre du Golfe). En cinq semaines, les Irakiens re&#231;urent 30000 bombes et 20000 missiles &#224; guidage de pr&#233;cision, soit 67% de la production totale de tels engins depuis leur invention. Pour Rumsfeld et Cheney, il s'agissait de faire un exemple, d'effrayer les populations, de faire r&#233;fl&#233;chir ceux qui oseraient d&#233;fier l'autorit&#233; des &#201;tats-Unis. Le ciblage des centraux t&#233;l&#233;phoniques dura jusqu'&#224; ce que plus un seul t&#233;l&#233;phone ne fonctionne dans le pays. Le but &#233;tait de s'en prendre au moral des civils qui ne pouvaient plus prendre des nouvelles de leurs proches. Pas &#224; Saddam Hussein, qui, pensant que les t&#233;l&#233;phones &#233;taient espionn&#233;s depuis des ann&#233;es dans son pays, n'avait utilis&#233; le t&#233;l&#233;phone qu'&#224; deux reprises au cours des treize ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Influent banquier isra&#233;lien, Len Rosen, cit&#233; par Klein, est l'auteur d'un nouveau th&#233;or&#232;me de g&#233;opolitique qu'il convient de m&#233;diter : &#171; La s&#233;curit&#233; compte plus que la paix. &#187; C'est s&#251;rement pourquoi Isra&#235;l est le quatri&#232;me marchand d'armes au monde. La d&#233;cision d'Isra&#235;l de situer le &#8220;contre-terrorisme &#8221; au centre de son &#233;conomie d'exportation a co&#239;ncid&#233; avec l'abandon des n&#233;gociations de paix. Le gouvernement ne pr&#233;sente plus le conflit qui l'oppose aux Palestiniens comme une lutte contre un mouvement nationaliste mais comme un des th&#233;&#226;tres de la guerre mondiale contre le terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il des raisons d'esp&#233;rer ? En 2005, les Fran&#231;ais et les Hollandais se prononc&#232;rent d&#233;mocratiquement contre l'Europe de la finance, suivis en 2008 par les Irlandais. En 2006, Chavez &#233;tait r&#233;&#233;lu pour un troisi&#232;me mandat avec 63% des voix. Au Br&#233;sil, Lula fut r&#233;&#233;lu en 2006 avec un programme anti-privatisations. La m&#234;me ann&#233;e, l'&#233;conomiste de gauche Rafael Correra fut &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence de l'&#201;quateur contre un magnat de la banane. En 2007, Correra d&#233;clara le repr&#233;sentant de la Banque mondiale persona non grata sur le sol de son pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'&#233;crivait Fukuyama en 1989 en proclamant la fin de l'histoire, dans une paraphrase tellement facile de Karl Marx, rien n'est &#233;crit&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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