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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>Au c&#339;ur de la &#171; R&#233;volution jaune &#187;</title>
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		<dc:date>2008-09-16T15:02:49Z</dc:date>
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		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator> Xavier Month&#233;ard </dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La fin de l'&#233;tat d'urgence, d&#233;cr&#233;t&#233;e hier &#224; Bangkok, pr&#233;lude-t-elle &#224; un retour &#224; la normale ? Elle ne signe en tout cas pas la fin de la crise que traverse la Tha&#239;lande (lire sur ce blog &#171; &#8220;R&#233;volution jaune&#8221; en Tha&#239;lande &#187;, 27 ao&#251;t 2008). Si la destitution par la Cour constitutionnelle, mardi 9 septembre, du chef du gouvernement, M. Samak Sundaravej, a satisfait l'Alliance du peuple pour la d&#233;mocratie (APD), celle-ci s'oppose maintenant &#224; son remplacement par un membre du Parti du pouvoir du peuple (PPP), la formation politique de M. Samak et de M. Somchai Wongsawat, le premier ministre par int&#233;rim. La s&#233;ance parlementaire du mercredi 16 septembre donnera certes un nouveau dirigeant au pays. Mais le d&#233;roulement des trois derni&#232;res semaines indique d&#233;j&#224; que les lames de fond sont trop puissantes pour qu'il puisse garantir la stabilit&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-Espace-Associatif-" rel="directory"&gt;Espace Associatif&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La fin de l'&#233;tat d'urgence, d&#233;cr&#233;t&#233;e hier &#224; Bangkok, pr&#233;lude-t-elle &#224; un retour &#224; la normale ? Elle ne signe en tout cas pas la fin de la crise que traverse la Tha&#239;lande (lire sur ce blog &#171; &#8220;R&#233;volution jaune&#8221; en Tha&#239;lande &#187;, 27 ao&#251;t 2008). Si la destitution par la Cour constitutionnelle, mardi 9 septembre, du chef du gouvernement, M. Samak Sundaravej, a satisfait l'Alliance du peuple pour la d&#233;mocratie (APD), celle-ci s'oppose maintenant &#224; son remplacement par un membre du Parti du pouvoir du peuple (PPP), la formation politique de M. Samak et de M. Somchai Wongsawat, le premier ministre par int&#233;rim. La s&#233;ance parlementaire du mercredi 16 septembre donnera certes un nouveau dirigeant au pays. Mais le d&#233;roulement des trois derni&#232;res semaines indique d&#233;j&#224; que les lames de fond sont trop puissantes pour qu'il puisse garantir la stabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout avait commenc&#233; un peu comme une f&#234;te : apr&#232;s l'occupation par les dizaines de milliers de manifestants de l'APD, mardi 26 ao&#251;t, du si&#232;ge du gouvernement (en fait, de ses jardins) et des grandes art&#232;res qui le bordent, c'est un village de quelques kilom&#232;tres carr&#233;s qui a fait son apparition, avec ses b&#226;ches et ses tentes, ses estrades, o&#249; alternent d'incessants discours politiques et quelques concerts, ses distributions r&#233;guli&#232;res de nourriture (aussi bien hallal, pour la minorit&#233; musulmane, qu'ordinaire), ses sanitaires mobiles et ses stands d'infirmerie, ses autels de d&#233;votion bouddhistes, le tout enclos par des barricades o&#249; le service de s&#233;curit&#233; op&#232;re un contr&#244;le m&#233;thodique. La police de Bangkok n'est pas parvenue &#224; disperser cette microsoci&#233;t&#233; la seule fois o&#249; elle l'a tent&#233;, le vendredi 29 ao&#251;t. Et cette journ&#233;e a min&#233; le cr&#233;dit de M. Samak, qui n'avait pas plus su reconqu&#233;rir le si&#232;ge de son gouvernement qu'&#233;viter les violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;but de semaine, aucun signe de faiblesse n'apparaissait chez les manifestants. D'autant que la puissante centrale syndicale des entreprises d'Etat, la State Enterprises Worker's Relation Confederation &#8211; qui compte deux cent mille membres et regroupe quarante-trois syndicats &#8211;, mena&#231;ait de se mettre de la partie. Samedi 30, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, M. Sawit Kaemvarn, nous d&#233;clarait : &#171; Nous attendons encore les votes de notre base pour coordonner au mieux notre action. Mais nous allons mettre la pression. Progressivement, dans une strat&#233;gie de pas &#224; pas. Si le gouvernement d&#233;cr&#232;te l'&#233;tat d'urgence, alors nous n'aurons plus le droit de faire gr&#232;ve. Mais nous passerons outre. Quand un gouvernement abuse du pouvoir, le peuple a le droit de r&#233;agir par la d&#233;sob&#233;issance civile. Parfois, vous devez choisir de vous rebeller. C'est ce qui distingue l'homme de l'animal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me moment-cl&#233; n'a pas &#233;t&#233; la session parlementaire extraordinaire du dimanche, au cours de laquelle le Parti d&#233;mocrate (opposition) s'est &#233;chin&#233; en vain &#224; demander la d&#233;mission de M. Samak ou la dissolution du Parlement, mais la nuit du lundi 1er septembre au mardi 2, marqu&#233;e par des heurts tr&#232;s violents entre un groupe progouvernemental nostalgique de l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, le Front uni de la d&#233;mocratie contre la dictature (en anglais, UDD), et le service d'ordre de l'APD. Ces affrontements auraient-ils pu &#234;tre &#233;vit&#233;s ? Au lendemain des &#233;v&#233;nements, cinq associations de m&#233;dias locaux, dont l'Association des journalistes tha&#239;landais, d&#233;non&#231;aient la pr&#233;sence de membres du PPP sur la grand-place de Sanam Luang, o&#249; l'UDD a tenu meeting avant de marcher vers le si&#232;ge du gouvernement occup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, v&#234;tus de rouge (contrastant avec le jaune que portent les sympathisants de l'APD), arm&#233;s g&#233;n&#233;ralement de barres de fer et de b&#226;tons, et pour certains de machettes longues comme le bras, ils ont surgi pr&#232;s du pont Makkhawan, l'un des points d'acc&#232;s au camp des manifestants. Ces derniers, op&#233;rant de fa&#231;on quasi militaire, avec des donneurs d'ordres munis de porte-voix, des tireurs plac&#233;s sur les flancs pour d&#233;cocher des billes de terre cuite avec de petites arbal&#232;tes ou des lance-pierres, et surtout des troupes tr&#232;s motiv&#233;es ob&#233;issant au doigt et &#224; l'&#339;il, n'ont laiss&#233; aux &#171; rouges &#187; aucune chance d'avancer. C'est dans ces circonstances qu'un membre de l'UDD, pris &#224; partie par plusieurs &#171; jaunes &#187;, a p&#233;ri, battu &#224; mort. La police s'est finalement interpos&#233;e, quand l'arm&#233;e est arriv&#233;e sur les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 2 septembre, M. Samak a d&#233;cr&#233;t&#233; l'&#233;tat d'urgence, qui permettait notamment, pour trois mois, d'interdire tout rassemblement de plus de cinq personnes, d'emp&#234;cher la diffusion de programmes radiot&#233;l&#233;vis&#233;s jug&#233;s subversifs et de barrer l'acc&#232;s &#224; certains lieux. Il a imm&#233;diatement &#233;t&#233; utilis&#233;, non contre les manifestants rassembl&#233;s autour du si&#232;ge du gouvernement, mais contre les activistes et les syndicalistes. Des membres de l'APD avaient en effet bloqu&#233; plusieurs routes et trains, trois a&#233;roports (Phuket, Krabi et Hat Yai), puis le port de Bangkok. Mais, contrairement aux esp&#233;rances de M. Sawit, la gr&#232;ve du mercredi 3 dans les entreprises d'Etat a en partie &#233;chou&#233;, n'op&#233;rant que des coupures ponctuelles et localis&#233;es de l'eau et de l'&#233;lectricit&#233; : &#171; Les soldats sont intervenus sur certains sites, expliquait M. Sawit. Ils ont aussi inqui&#233;t&#233; notre base, en faisant valoir que les actions ill&#233;gales pourraient entra&#238;ner des sanctions et des r&#233;actions impr&#233;visibles. Le g&#233;n&#233;ral Anupong Paochinda [qui dispose des pouvoirs les plus &#233;tendus depuis l'instauration de l'&#233;tat d'urgence] a demand&#233; &#224; nous rencontrer ; nous avons refus&#233;, car il ne nous a pas donn&#233; de raison pr&#233;cise. Nous [les principaux responsables de la State Enterprises Worker's Relation Confederation] continuons le travail de sensibilisation. Nos membres n'ont pas encore l'habitude de se mobiliser pour des raisons politiques. G&#233;n&#233;ralement, nous nous battons pour du court terme, une hausse salariale par exemple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que certaines divisions entre les membres des syndicats ne seraient pas aussi dues &#224; des divergences de classes, ou &#224; une nostalgie de l'&#171; effet Thaksin &#187; ? &#171; Nous sommes dans une p&#233;riode sp&#233;ciale. Cela doit vous sembler &#233;trange que les syndicats de travailleurs se mobilisent au c&#244;t&#233; de la classe moyenne ; parfois, cela me semble &#233;trange aussi ! Cela ne durera peut-&#234;tre pas. Mais il y a une telle urgence, une telle n&#233;cessit&#233; de r&#233;former le syst&#232;me dans son ensemble pour sortir de la corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e, que nous n'avons pas le choix. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette faible mobilisation n'a pas profit&#233; &#224; M. Samak. D'autant qu'il essuyait coup sur coup la demande de dissolution de son parti par les cinq membres de la commission &#233;lectorale, en raison de fraudes av&#233;r&#233;es lors des l&#233;gislatives de d&#233;cembre (la Cour constitutionnelle devrait se prononcer en octobre), et la d&#233;mission de son ministre des affaires &#233;trang&#232;res, M. Tej Bunnag, une personnalit&#233; respect&#233;e de la sc&#232;ne politique tha&#239;landaise. Obstin&#233;, il r&#233;p&#233;tait qu'il ne quitterait pas son poste, et proposait la tenue (gu&#232;re r&#233;aliste) d'un r&#233;f&#233;rendum pour sortir du blocage. La tension semblait devoir remonter avec l'entr&#233;e en sc&#232;ne aux cot&#233;s de l'APD de nombreux &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le 9 septembre, deux ans apr&#232;s l'&#233;viction de M. Thaksin Shinawatra &#8211; par un coup d'Etat militaire, une &#171; trag&#233;die &#187; aux yeux de beaucoup &#8211;, l'histoire se r&#233;p&#233;tait, en &#171; farce &#187; : M. Samak &#233;tait &#224; son tour &#233;cart&#233; du pouvoir &#8211; destitu&#233; par la Cour constitutionnelle pour avoir per&#231;u de l'argent d'une entreprise priv&#233;e&#8230; en l'occurrence, avoir anim&#233; une &#233;mission de cuisine &#224; la t&#233;l&#233;vision ! Certains membres du PPP ont all&#233;gu&#233; la relative innocuit&#233; du motif pour pousser M. Samak &#224; &#234;tre candidat &#224; sa succession, ce que la Constitution n'interdisait pas. Mais, le matin de la session parlementaire, M. Samak a &#233;t&#233; l&#226;ch&#233; par un tiers des membres de son parti et par les cinq formations minoritaires de la coalition gouvernementale. L'ancien premier ministre jetait alors l'&#233;ponge, &#224; la plus grande joie des partisans de l'APD, qui exigeaient sa d&#233;mission depuis plus de cent dix jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;stabilisation du pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois facteurs auront fragilis&#233; M. Samak. Primo, l'arm&#233;e lui aura par trois fois refus&#233; son soutien. Le g&#233;n&#233;ral Anupong avait pris ses distances avec M. Samak d&#232;s l'occupation du si&#232;ge du gouvernement (lire &#171; Anupong shows that he's the boss &#187;, par Avudh Panananda, The Nation, 30 ao&#251;t 2008). Puis, apr&#232;s l'instauration de l'&#233;tat d'urgence, il a tenu &#224; en att&#233;nuer la port&#233;e, en n'ordonnant ni couvre-feu ni dispersion des rassemblements - il a aussi indiqu&#233; que les militaires n'agiraient pas contre les manifestants : &#171; A mon avis, c'est le Parlement qui a le devoir de d&#233;m&#234;ler cette crise. (...) Si les militaires devaient entreprendre quelque chose, nous choisirions le c&#244;t&#233; du peuple et n'utiliserions pas la force ou la violence contre le peuple. &#187; Les mains de la police &#233;taient ainsi li&#233;es par une arm&#233;e toujours susceptible de revenir sur le devant de la sc&#232;ne (lire &#171; Gen Anupong's role in Samak's crisis &#187;, par Wassana Nanuam, Bangkok Post, 4 septembre 2008). Enfin, jeudi 11 septembre, le g&#233;n&#233;ral Anupong donnait le coup de pied de l'&#226;ne en pr&#233;cisant qu'il &#233;tait favorable &#224; un gouvernement d'union nationale &#8211; soit la proposition d&#233;fendue par l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secundo, l'&#233;tat d'urgence m&#233;contentait les hommes d'affaires et d&#233;stabilisait l'&#233;conomie d'un pays d&#233;j&#224; touch&#233; par la crise mondiale &#8211; un pays o&#249; les investissements directs &#233;trangers (IDE) ne se montaient plus qu'&#224; 2,95 milliards de dollars pour le premier trimestre 2008 (contre 4,17 milliards pour la m&#234;me p&#233;riode l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente), o&#249; la Bourse a perdu 24 % depuis le d&#233;but des manifestations, fin mai, et o&#249; le baht est &#224; son plus bas niveau depuis un an. Les professionnels du tourisme (un secteur-cl&#233; de la richesse nationale) voyaient avec inqui&#233;tude une vingtaine de pays (dont la France) d&#233;conseiller &#224; leurs ressortissants de se rendre en Tha&#239;lande et chiffraient d&#233;j&#224; les pertes en centaines de millions d'euros&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tertio, alors que des manifestants occupaient, de fa&#231;on tr&#232;s humiliante, le si&#232;ge de son gouvernement, p&#233;nalisant le travail de son administration, le premier ministre ne se ralliait pas le pouvoir judiciaire. Il avait certes obtenu, mercredi 27, que la cour criminelle d&#233;livre des mandats d'arr&#234;t contre neuf des principaux dirigeants de l'APD ; mais l'ordonnance n'avait pas &#233;t&#233; suivie d'effet. De plus, la justice n'avait pas &#233;mis d'ordre d'expulsion &#224; l'encontre des manifestants. Plusieurs s&#233;nateurs et juristes s'&#233;levaient contre les demandes gouvernementales, notamment contre l'accusation de &#171; trahison &#187;, qui rend les meneurs des manifestants passibles de... la peine de mort. Quant &#224; l'&#233;tat d'urgence, il n'emp&#234;chait aucunement, dans les faits, les rassemblements de se tenir. La destitution finale de M. Samak par la justice prend ainsi valeur de symbole, et augure mal des futurs proc&#232;s que celui-ci doit encore affronter (le prochain, le 25 septembre, pourrait lui valoir une condamnation &#224; deux ans d'emprisonnement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces trois facteurs s'ajoute le fait que l'APD, si elle n'a pas balay&#233; le gouvernement en quelques jours comme elle l'esp&#233;rait, remporte une victoire logistique et tactique, puisqu'elle parvient &#224; retenir, jour apr&#232;s jour, ses sympathisants en leur assurant ravitaillement et informations (par le biais de la cha&#238;ne ASTV, propri&#233;t&#233; de M. Sondhi Limthongkul, l'un de ses cinq dirigeants, et par celui des intervenants qui se relaient sans interruption sur la sc&#232;ne centrale), et qu'elle semble ind&#233;logeable par la force, sauf &#224; provoquer un bain de sang. Quiconque passe un peu de temps avec le service de s&#233;curit&#233; &#8211; et avec toute personne de l'Alliance &#8211; se convainc de sa d&#233;termination et de son efficacit&#233;, d&#233;concertant m&#233;lange de bouddhisme militant et de discipline militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PPP appara&#238;t donc affaibli. Pourtant, il n'a pas, loin s'en faut, perdu la confiance de toute la population. Si la personnalit&#233; de M. Samak faisait moins r&#234;ver que celle de son pr&#233;d&#233;cesseur, M. Thaksin, dont il a repris les orientations et un temps tent&#233; de pr&#233;parer le retour, il savait user de ses talents d'orateur pour composer, par le canal de m&#233;dias acquis &#224; son gouvernement, un personnage public proche du peuple, particuli&#232;rement des paysans du Nord et du Nord-Est qui constituent le gros de son &#233;lectorat, et m&#234;me des classe d&#233;favoris&#233;es de Bangkok. Le PPP, en effet, reprend les politiques qui font hurler la classe moyenne tha&#239;landaise : couverture des dettes des paysans, octroi de microcr&#233;dits, assistance m&#233;dicale &#224; tr&#232;s bas prix pour tous, par exemple. L'APD n'y voit que &#171; client&#233;lisme &#187; et &#171; populisme &#187;. S'il est probable que les affairistes qui gouvernent le pays n'ont cure, moralement, de la valetaille qui leur octroie ses voix, la myopie de l'Alliance quant aux b&#233;n&#233;fices r&#233;els que ces mesures entra&#238;nent pour la population sid&#232;re. L'analyste Pravit Rojanaphruk le lui reprochait par exemple ainsi, le vendredi 5 septembre, dans le quotidien anglophone The Nation : &#171; Est-ce que les pauvres, urbains ou ruraux, qui forment le plus grand nombre des votants doivent revenir aux temps f&#233;odaux et accepter les r&#232;gles d'un petit groupe satisfait de lui et soi-disant bienveillant ? (...) Si l'APD se fait le champion de ce gouvernement de quelques-uns &#8211; qui pourrait facilement d&#233;g&#233;n&#233;rer en un gouvernement des &#233;lites d'entre les &#233;lites &#8211;, alors il n'existe aucune place r&#233;elle, &#233;lectorale ou politique, pour ces pauvres, urbains ou ruraux, dans le projet de &#8220;nouvelle politique&#8221; [expression qui condense le programme, vague, de l'Alliance] (...). Le drame actuel [le conflit gouvernement-APD] n'est rien d'autre qu'une lutte des classes entre deux groupes d'&#233;lites oppos&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mosa&#239;que h&#233;t&#233;roclite&lt;br class='autobr' /&gt;
L'APD est souvent pr&#233;sent&#233;e comme une mosa&#239;que paradoxale de royalistes, de syndicalistes et de repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile. Leur d&#233;testation de M. Thaksin et de M. Samak, qui les rassemble, provient en bonne partie du sentiment, politiquement peu f&#233;cond, d'avoir &#233;t&#233; grug&#233;s. M. Chamlong Srimuang, l'un des cinq dirigeants de l'APD, a &#233;t&#233; le mentor de M. Thaksin dans les ann&#233;es 1990 ; M. Sondhi, propri&#233;taire de la cha&#238;ne ASTV, a fait des affaires avec l'ancien premier ministre (sur le background de l'Alliance, lire &#171; Le PAD, un mouvement h&#233;t&#233;roclite et anti-d&#233;mocratique &#187;, par Arnaud Dubus, Radio France Internationale, 27 ao&#251;t 2008). Selon eux, l'immense fortune du magnat des t&#233;l&#233;communications devait le tenir &#224; l'&#233;cart de la corruption, end&#233;mique en Tha&#239;lande. C'est le contraire qui s'est produit : M. Thaksin en a rajout&#233; dans le lien quasi mafieux entre le politique et l'&#233;conomique. Les m&#234;mes disent &#224; pr&#233;sent vouloir d&#233;manteler jusqu'&#224; la racine le &#171; syst&#232;me Thaksin &#187;, qui gangr&#232;ne le processus d&#233;mocratique. Mais ils mettent en avant ce qu'ils qualifient de valeurs &#233;thiques, tels les principes du bouddhisme theravada, la confiance dans l'&#233;ducation et une foi in&#233;branlable en la &#171; Tha&#239;lande &#233;ternelle &#187;, royaliste, fortement stratifi&#233;e socialement, voire militariste et nationaliste. Un cocktail qui peut devenir explosif, comme quand il s'agit de savoir &#224; qui appartient le temple de Preah Vihar (disput&#233; depuis des si&#232;cles entre la Tha&#239;lande et le Cambodge), ou imbuvable, comme lorsque la cha&#238;ne ASTV (lire &#171; Free media amplifies Thai protests &#187;, Asia Times Online, par Marwaan Macan-Markar, 6 septembre 2008) distille des informations &#224; la limite de la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions politiques de l'APD soul&#232;vent des r&#233;ticences au sein de la &#171; communaut&#233; internationale &#187;, notamment parce qu'elles mettent en question le syst&#232;me &#233;lectoral. &#171; Nous appelons &#224; aller au-del&#224; du syst&#232;me parlementaire, autrement dit la &#8220;d&#233;mocratie des quatre secondes&#8221; [celles du vote], autrement dit le culte qui consiste &#224; utiliser les &#233;lections pour tout r&#233;gler. Le pouvoir des repr&#233;sentants sera r&#233;duit, tandis que le r&#244;le et le pouvoir du peuple sera accru &#187;, &#233;crivait fin juin M. Suriyasai Katasila, porte-parole de l'APD, sans pr&#233;ciser comment&#8230; Et d'ajouter : &#171; Personne ne peut nier que la d&#233;mocratie repr&#233;sentative ou parlementaire a &#233;t&#233; ridiculis&#233;e de par le monde, limit&#233;e et rendue incapable de faire face aux crises mondiales o&#249; le capital diabolique contr&#244;le tout. Le mouvement international et mondial de d&#233;veloppement d&#233;mocratique a donc commenc&#233; &#224; se pencher sur une r&#233;forme du syst&#232;me d&#233;mocratique, pour y renforcer la participation du peuple. &#187; (Pour le texte int&#233;gral et une critique, voir &#171; Suriyasai's &#8220;New Politics of the PAD challenge&#8221; and a critique &#187;, Pratachai.com, 3 juillet 2008.) Concr&#232;tement, l'Alliance souhaite limiter, au nom de la lutte contre le client&#233;lisme et la corruption, le nombre de s&#233;nateurs et de parlementaires ; une proportion importante de ceux-ci (au moins la moiti&#233;) serait non plus &#233;lue, mais d&#233;sign&#233;e (sans qu'on sache par qui) parmi des personnes choisies &#171; pour leur comp&#233;tence, leur moralit&#233; et leur discernement &#187; (voir par exemple &#171; Seeking a new political order post-Samak &#187;, par Nattaya Chetchotiros, Bangkok Post, 4 septembre 2008). Toll&#233; g&#233;n&#233;ral, puisqu'il s'agit rien moins que d'&#244;ter du pouvoir au peuple dans son ensemble pour le transf&#233;rer vers le &#171; peuple &#187; &#233;duqu&#233; &#8211; et sur quels crit&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recul d&#233;mocratique ne choque pas toutes les oreilles tha&#239;landaises. Le prestige de la royaut&#233; et celui du bouddhisme theravada, consid&#233;rables, font passer chez certains l'id&#233;e qu'une bonne gouvernance venue d'en haut peut r&#233;guler de fa&#231;on harmonieuse la soci&#233;t&#233;. Des classes moyennes de Bangkok sont donc pr&#234;tes &#224; &#233;changer le &#171; plat de lentilles &#187; que constitue, pour elles, le droit de vote, contre le r&#234;ve d'une refondation de la soci&#233;t&#233;, plus morale, qu'elles dirigeraient. Quelle que soit son issue, ce conflit aggravera donc le clivage entre les classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le positionnement des universitaires, depuis trois semaines, est nuanc&#233;. L'argument le plus convaincant contre les m&#233;thodes de l'APD, qui pour l'instant flirtent avec la d&#233;sob&#233;issance civile et qui, &#224; l'avenir, pourraient tourner &#224; l'&#233;litisme, voire &#224; l'autoritarisme, est que l'institution judiciaire tha&#239;landaise fonctionne mieux que jamais. Apr&#232;s tout, M. Thaksin n'a-t-il pas pr&#233;f&#233;r&#233; se d&#233;rober &#224; la justice de son pays ? Le PPP n'est-il pas menac&#233; de dissolution pour fraude &#233;lectorale ? Et, finalement, M. Samak n'a-t-il pas &#233;t&#233; destitu&#233; ? D'autres font valoir que la crise d&#233;clench&#233;e par l'APD a ceci de positif que les militaires ne sont pas intervenus, attestant la solidit&#233; de la soci&#233;t&#233; civile. La d&#233;mocratie, m&#234;me en difficult&#233;, m&#234;me mise en chantier, aurait ainsi atteint une maturit&#233; nouvelle dans un pays o&#249; les coups d'Etat (le dernier en date n'ayant pas deux ans) r&#232;glent g&#233;n&#233;ralement les diff&#233;rends politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs observateurs, comparant l'action actuelle de l'APD &#224; la campagne victorieuse qu'elle a men&#233;e deux ans plus t&#244;t contre M. Thaksin, soulignent que l'Alliance, en d&#233;pit de son credo non violent, n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; durcir son engagement en envahissant, par exemple, les studios de la cha&#238;ne progouvernementale NBT d&#232;s le mardi 26 ao&#251;t ; et en tuant, dans la nuit du 2 septembre. Des liens serr&#233;s avec certaines factions de l'arm&#233;e sont avanc&#233;s pour l'accuser de chercher l'escalade. Car, derri&#232;re l'ang&#233;lisme, l'indignation sinc&#232;re et la bonne foi de la plupart des militants de l'APD, les critiques font valoir que les dirigeants de l'Alliance sont de vieux routiers endurcis pas des d&#233;cennies d'activisme politique, soutenus par des hommes d'affaires soucieux de leurs int&#233;r&#234;ts, voire par une aristocratie pointilleuse sur ses pr&#233;rogatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;viction de M. Samak n'est en tout cas, pour eux, qu'un pr&#233;ambule, et ils annoncent qu'ils refuseront un premier ministre issu des rangs du PPP, lors de l'&#233;lection du mercredi 16 septembre. Ce m&#234;me jour, la Cour supr&#234;me devrait rendre son verdict dans l'affaire de corruption pour laquelle M. Thaksin, qui risque treize ans d'emprisonnement, s'est enfui au Royaume-Uni, le mois dernier. Sa condamnation, probable, et la demande d'extradition qui s'ensuivrait apporteraient de l'eau au moulin de l'APD. Une question plane, en filigrane : l'arm&#233;e, renforc&#233;e par l'autorit&#233; dont fait preuve le g&#233;n&#233;ral Anupong, restera-t-elle dans l'ombre ? Tous les observateurs soulignent qu'elle peut siffler la fin de la partie &#224; n'importe quel moment, par exemple &#224; la demande &#171; muette &#187; du roi Bhumibol Adulyadej. Install&#233; dans sa r&#233;sidence de Hua Hin, station baln&#233;aire sur le golfe de Tha&#239;lande, il est, depuis le d&#233;but de la crise, demeur&#233; en retrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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