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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>Le sombre bilan de l'Instance &#233;quit&#233; et r&#233;conciliation</title>
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		<dc:date>2008-04-19T12:18:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator>Adelhamid Amine</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Au Maroc, une commission initi&#233;e par le roi en exercice est cens&#233;e rendre justice aux victimes des exactions commises sous le r&#232;gne Hassan II. Mais pour les responsables, l'impunit&#233; demeure. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'essayerai ici d'exposer la politique du pouvoir face aux violations des droits humains (qui est, en fait, celle du palais, que le gouvernement se contente de suivre dans le domaine, comme sur toutes les questions sensibles), en distinguant son approche avant la cr&#233;ation de l'Instance &#233;quit&#233; et r&#233;conciliation (IER) et apr&#232;s.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-Espace-Associatif-" rel="directory"&gt;Espace Associatif&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au Maroc, une commission initi&#233;e par le roi en exercice est cens&#233;e rendre justice aux victimes des exactions commises sous le r&#232;gne Hassan II. Mais pour les responsables, l'impunit&#233; demeure. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'essayerai ici d'exposer la politique du pouvoir face aux violations des droits humains (qui est, en fait, celle du palais, que le gouvernement se contente de suivre dans le domaine, comme sur toutes les questions sensibles), en distinguant son approche avant la cr&#233;ation de l'Instance &#233;quit&#233; et r&#233;conciliation (IER) et apr&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Adelhamid Amine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1999, le long combat des d&#233;fenseurs des droits humains&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'en 1990, des centaines de disparus sont s&#233;questr&#233;s, avec autant de prisonniers politiques et de citoyens contraints &#224; l'exil. &#192; cette &#233;poque, le pouvoir nie les disparitions et m&#234;me l'existence de prisonniers politiques, alors consid&#233;r&#233;s comme des criminels de droit commun. Les droits humains sont alors per&#231;us comme subversifs et leurs d&#233;fenseurs comme des personnes voulant nuire &#224; la renomm&#233;e du pays. Les membres d'Amnesty International en mission au Maroc sont fil&#233;s, harcel&#233;s et parfois pers&#233;cut&#233;s. Des lib&#233;rations pr&#233;matur&#233;es de d&#233;tenus politiques peuvent avoir lieu par le biais de gr&#226;ces royales qui jouent le r&#244;le de soupape pour d&#233;tendre l'atmosph&#232;re politique ; voil&#224; tout ce que peut, &#224; ce moment, conc&#233;der le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1990, on constate un changement dans l'attitude &#224; l'&#233;gard du dossier des droits humains &#8211; en rapport avec les luttes des forces d&#233;mocratiques locales et les changements &#224; l'&#233;chelle internationale : chute du Mur de Berlin et de l'Union sovi&#233;tique, offensive de la d&#233;mocratie lib&#233;rale et mont&#233;e en force du mouvement mondial des droits humains. C'est alors qu'au Maroc, le pouvoir abandonne son attitude hostile aux droits humains pour &#233;pouser un discours et des mesures en phase avec ceux-ci : cr&#233;ation du Conseil consultatif des droits de l'homme (CCDH), d'un minist&#232;re et reconnaissance de ces droits dans le pr&#233;ambule de la Constitution de septembre 1992. Ces changements positifs, au niveau l&#233;gislatif, s'accompagnent de la lib&#233;ration de centaines de d&#233;tenus politiques, du retour de la plupart des exil&#233;s et de la r&#233;apparition d'une bonne partie des disparus (Tazmamart, Kalaa Mgouna, etc.). Pour couronner le tout, un gouvernement d'alternance a &#233;t&#233; mis en place en mars 1998. Apparemment, Hassan II tenait &#224; &#171; clore &#187; le dossier des droits de l'homme avant sa mort qu'il sentait proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'accession au tr&#244;ne de Mohamed VI (23 juillet 1999), les mesures de lib&#233;ralisation se poursuivent avec un renforcement du discours favorable aux droits humains ; une instance ind&#233;pendante d'arbitrage est mise en place pour l'indemnisation des victimes de violations graves et quelque 4 000 personnes en b&#233;n&#233;ficient. Tout cela n'emp&#234;che pas les victimes de ces violations graves des droits humains, l'AMDH et l'ensemble du mouvement marocain des droits humains, d'exprimer son insatisfaction quant au cours g&#233;n&#233;ral du dossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche r&#233;ductrice du pouvoir se r&#233;v&#232;le peu satisfaisante, comme en t&#233;moignent ces trois manifestations majeures d'une volont&#233; d'aller plus en avant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; cr&#233;ation en novembre 1999 du Forum marocain pour la v&#233;rit&#233; et la justice (FMVJ ), o&#249; s'organisent les victimes de violations graves ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; une premi&#232;re liste (non exhaustive) de responsables de ces violations est &#233;tablie par l'AMDH et adress&#233;e en octobre 2000 au ministre de la Justice et au Parlement, en demandant successivement l'ouverture d'une enqu&#234;te judiciaire puis d'une enqu&#234;te parlementaire, conform&#233;ment &#224; l'article 42 de la Constitution ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; tenue le 9-11 novembre 2001 d'un Colloque national sur les violations graves des droits humains, &#224; l'initiative de l'AMDH, l'OMDH [1] et du FMVJ, regroupant l'essentiel des forces vives et d&#233;mocratiques du pays, et qui a adopt&#233; par consensus un certain nombre de recommandations constituant &#224; ce jour le programme minimal en ce qui concerne le r&#232;glement du dossier des violations graves des droits humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces recommandations peuvent &#234;tre r&#233;sum&#233;es comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; v&#233;rit&#233; sur le destin des disparus, avec lib&#233;ration des vivants parmi eux et retour des d&#233;pouilles et des certificats de d&#233;c&#232;s &#224; leurs familles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; v&#233;rit&#233; sur l'ensemble des violations graves des droits humains li&#233;es &#224; la r&#233;pression politique durant les d&#233;cennies pass&#233;es depuis l'ind&#233;pendance, ce qui exige la formation d'une Instance nationale ind&#233;pendante pour la v&#233;rit&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; reconnaissance par l'&#201;tat de ses responsabilit&#233;s dans le domaine des violations graves et pr&#233;sentation d'excuses officielles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; r&#233;habilitation des victimes, et r&#233;paration avec une juste indemnisation mat&#233;rielle et morale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; r&#233;habilitation de la soci&#233;t&#233; et pr&#233;servation de la m&#233;moire en commen&#231;ant par l'inviolabilit&#233; des lieux de d&#233;tention secr&#232;te ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; mise en place de r&#233;formes constitutionnelles, juridiques et institutionnelles pour emp&#234;cher le retour dans l'avenir des violations graves ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; organisation dans un avenir proche d'un s&#233;minaire sur la lutte contre l'impunit&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; mise en place d'une Instance de suivi des recommandations constitu&#233;e par l'AMDH, l'OMDH et le FMVJ charg&#233;e de mettre en pratique les recommandations ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En synth&#232;se, pour l'AMDH, le traitement d&#233;mocratique du dossier doit &#234;tre fond&#233; sur cinq points cardinaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la v&#233;rit&#233; : nous avons le devoir de r&#233;v&#233;ler l'ampleur des violations, leurs r&#233;sultats et conditions, tout en fixant les responsabilit&#233;s dans leur perp&#233;tration : responsabilit&#233; de l'&#201;tat et des appareils impliqu&#233;s (institution monarchique, arm&#233;e, gendarmerie, diff&#233;rents corps et services de la police, minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, gouverneurs et autres agents de l'autorit&#233;, appareil judiciaire, etc.), mais aussi les responsabilit&#233;s individuelles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la fin de l'impunit&#233; et la poursuite judiciaire des responsables ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; l'&#233;quit&#233;, qui exige : a) la r&#233;paration des torts caus&#233;s par ces violations, qu'il s'agisse de r&#233;paration individuelle (financi&#232;re, sant&#233;, r&#233;insertion sociale, etc.) ou collective (pour les communaut&#233;s et les r&#233;gions les plus touch&#233;es par la r&#233;pression) ; b) la pr&#233;servation de la m&#233;moire &#8211; notamment en ce qui concerne les lieux de d&#233;tention &#8211; qui requiert les excuses officielles et publiques de l'&#201;tat aux victimes, et &#224; la soci&#233;t&#233; dans son ensemble ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la prise de mesures constitutionnelles, l&#233;gislatives, r&#233;glementaires, &#233;ducatives, pour barrer la voie au retour (&#171; plus jamais &#231;a &#187;), ce qui peut se traduire par l'&#233;dification des bases de l'&#201;tat de droit ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; le traitement simultan&#233; des violations graves li&#233;es aux crimes &#233;conomiques (pillage et dilapidation des biens publics, corruption, privil&#232;ges ill&#233;gaux, etc.) et de celles d&#233;coulant de la r&#233;pression &#8211; car la r&#233;pression politique avait aussi pour r&#244;le d'avaliser et de normaliser les crimes &#233;conomiques. Cette simultan&#233;it&#233; permettrait en outre de d&#233;gager des ressources importantes pour l'&#201;tat, qui serviraient notamment &#224; financer la r&#233;paration des victimes individuelle et la r&#233;paration collective et communautaire &#8211; au lieu de puiser dans ses propres ressources budg&#233;taires, sanctionnant ainsi, et de surcro&#238;t, le commun des citoyens qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; victime, directement ou indirectement, de violations graves de toutes sortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche limit&#233;e de l'Instance &#233;quit&#233; et r&#233;conciliation&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux ann&#233;es apr&#232;s le colloque de novembre 2001, &#224; la suite des pressions exerc&#233;es par les d&#233;fenseurs des droits humains, une nouvelle approche du dossier des violations est initi&#233;e par le pouvoir, et c'est le d&#233;marrage du processus IER :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 6 novembre 2003 : le roi a approuv&#233; une recommandation du Conseil consultatif des droits de l'homme (CCDH) visant &#224; mettre en place l'Instance &#233;quit&#233; et r&#233;conciliation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 7 janvier 2004 : cr&#233;ation de l'IER et d&#233;marrage de ses travaux ; Driss Benzekri, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du CCDH, est nomm&#233; pr&#233;sident de l'IER ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 12 avril 2004 : approbation des statuts de l'IER ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 30 novembre 2005 : ach&#232;vement des travaux de l'IER et pr&#233;sentation du rapport final au roi ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 6 janvier 2006 : r&#233;ception par le roi des victimes, de l'IER et de plusieurs dignitaires de l'&#201;tat, des responsables de partis politiques et d'organisations repr&#233;sentatives de la soci&#233;t&#233; civile pour annoncer la validation des travaux de l'IER et demander au CCDH &#8211; avec la collaboration de toutes les autorit&#233;s publiques &#8211; de mettre en &#339;uvre les recommandations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'annonce de la d&#233;cision de cr&#233;er l'IER sur la base de la plateforme &#233;labor&#233;e par le CCDH et approuv&#233;e par le roi, l'Association marocaine des droits de l'homme a annonc&#233; sa position :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) la cr&#233;ation de l'IER est une initiative positive, puisqu'elle permet la r&#233;ouverture officielle du dossier des violations graves, alors m&#234;me que celui-ci avait &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme clos par le pouvoir ; cette r&#233;ouverture est d'autant plus souhaitable qu'elle va se r&#233;aliser sur la base de la notion de r&#233;paration, bien plus large que celle de l'indemnisation mat&#233;rielle des victimes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) l'approche de l'IER comporte toutefois des insuffisances essentielles qui ne permettront assur&#233;ment pas la cl&#244;ture du dossier des violations graves une fois les travaux de l'IER achev&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* le champ des violations &#224; traiter par l'IER tel qu'il ressort de sa plateforme constitutive est r&#233;duit &#224; deux types : disparitions forc&#233;es et arrestations arbitraires (l'IER devra, dans la pratique, et sous la pression des critiques, &#233;largir ce champ &#224; d'autres types de violations) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* les violations graves commises apr&#232;s 1999 n'ont pas &#233;t&#233; prises en compte par l'IER, puisque le domaine d'investigation historique a &#233;t&#233; fix&#233; comme allant de l'ind&#233;pendance &#224; l'intronisation de Mohamed VI. C'est &#233;videmment une d&#233;cision politique, qui voulait signifier que nous &#233;tions pass&#233;s en 1999 d'une p&#233;riode de violations graves et syst&#233;matiques &#224; une p&#233;riode de respect des normes de l'&#201;tat de droit &#8211; o&#249;, &#224; la rigueur, il pouvait subsister des bavures, mais pas de violations graves comme syst&#232;me de gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en novembre 2003, au moment de l'annonce de la cr&#233;ation de l'IER, nous avons fait face &#224; une nouvelle vague de violations graves des droits humains : des milliers d'arrestations apr&#232;s le 16 mai 2003, l'enl&#232;vement et la d&#233;tention dans des centres secrets, la torture syst&#233;matique, des proc&#232;s in&#233;quitables pour des centaines de membres pr&#233;sum&#233;s de la &#171; Salafiya Jihadiya [2] &#187;, des jugements iniques, etc. ; outre l'emprisonnement, la torture et la condamnation scandaleuse du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral adjoint de la section de l'AMDH de Safi, l'emprisonnement arbitraire du journaliste Ali Lamrabet, sans parler des dizaines de prisonniers politiques qui continuaient &#224; &#234;tre incarc&#233;r&#233;s depuis de nombreuses ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) La lutte contre l'impunit&#233; a &#233;t&#233; clairement &#233;cart&#233;e par l'IER, puisque la plateforme constitutive a annonc&#233;, contrairement aux fondements du droit, que la lutte contre l'impunit&#233; n'aurait pas lieu puisqu'elle serait synonyme de vengeance et de rancune, et source d'anarchie (&#171; fitna &#187; dans le texte arabe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) En ce qui concerne la v&#233;rit&#233;, on savait d&#232;s le d&#233;part, plateforme constitutive &#224; l'appui, que seules des semi-v&#233;rit&#233;s &#233;taient recherch&#233;es &#224; cause du champ d&#233;lib&#233;r&#233;ment limit&#233; des violations graves et de la mise &#224; l'&#233;cart de la p&#233;riode post&#233;rieure &#224; 1999, o&#249; toute recherche de responsabilit&#233;s individuelles quant &#224; la perp&#233;tration des violations graves a &#233;t&#233; bloqu&#233;e. &#192; cause de toutes ces faiblesses majeures &#8211; et d'autres, moins importantes &#8211;, l'AMDH a estim&#233; que l'IER offrait une r&#233;ponse insuffisante aux revendications minimales du mouvement des droits humains. De ce fait, nous avons d&#233;cid&#233;, avec nos partenaires au sein du mouvement des droits humains &#8211; et notamment au sein de l'Instance de suivi des recommandations du colloque national sur les violations graves &#8211; de ne pas nous impliquer en interne dans le processus IER, et de nous en tenir &#224; l'accompagnement propositionnel et critique de ses activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres insuffisances ont pu appara&#238;tre lors de l'activit&#233; de l'IER qui, malheureusement, n'ont fait que conforter nos critiques formul&#233;es &#224; l'encontre de sa plateforme constitutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La faible collaboration de l'IER avec le mouvement des droits humains, dont la force et la dynamique sont incontestables au Maroc. Pourtant, les sp&#233;cialistes de la justice transitionnelle, dont rel&#232;ve le processus IER, ne cessent d'insister sur la n&#233;cessaire collaboration des instances de v&#233;rit&#233; et d'&#233;quit&#233;, l&#224; o&#249; elles se trouvent, avec le mouvement de d&#233;fense des droits humains comme une condition n&#233;cessaire au succ&#232;s de la mission de ces instances ; au Maroc, l'IER n'a pas manqu&#233; d'exprimer ses r&#233;serves vis-&#224;-vis du mouvement des droits humains dans son ensemble et les contacts avec l'Instance de suivi des recommandations du colloque ont plut&#244;t &#233;t&#233; formels ; sans parler de l'hostilit&#233; d&#233;clar&#233;e de certains membres de l'IER &#224; l'endroit de l'AMDH ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Le faible int&#233;r&#234;t des citoyens pour l'exp&#233;rience IER et pour le dossier des violations graves est aussi probl&#233;matique : si les victimes concern&#233;es et leurs familles, la presse ind&#233;pendante, une frange d'intellectuels, des partis politiques, ont suivi l'actualit&#233; et les d&#233;bats dans ce domaine, on peut regretter que l'IER (et, derri&#232;re elle, le pouvoir) n'ait pas fait l'effort n&#233;cessaire pour que ce dossier devienne une affaire nationale ; m&#234;me les auditions publiques organis&#233;es officiellement par l'IER &#8211; qui constituent pourtant un moment fort de son activit&#233; &#8211; n'ont pas eu le rayonnement et l'impact n&#233;cessaires ; ce sont quelques centaines de milliers de personnes qui ont partiellement suivi ces s&#233;ances, au lieu des millions et des millions auxquels on pouvait s'attendre si une volont&#233; politique existait. Quant aux huit auditions publiques organis&#233;es par l'AMDH (sous le mot d'ordre &#171; T&#233;moignages en toute libert&#233; pour la v&#233;rit&#233; &#187;), si elles ont connu un grand succ&#232;s aupr&#232;s du public concern&#233; directement par le dossier, elles ont, en revanche, simplement &#233;t&#233; ignor&#233;es par les m&#233;dias publics officiels, ce qui a, bien &#233;videmment, r&#233;duit leur impact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) L'IER ne s'est pas donn&#233;e les moyens n&#233;cessaires (juridiques, politiques et pratiques) pour parvenir &#224; la v&#233;rit&#233;, ne serait-ce que dans son aspect descriptif, des &#233;v&#233;nements ; les dirigeants de l'IER, qui n'ont cess&#233; de d&#233;clarer qu'ils b&#233;n&#233;ficiaient de l'appui royal, se sont finalement r&#233;solus &#224; &#233;crire dans leur rapport que certains responsables s&#233;curitaires ont refus&#233; de collaborer aux investigations. Quid alors de l'appui royal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;sultats tr&#232;s insatisfaisants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport pr&#233;sent&#233; au roi le 30 novembre 2005 n'a &#233;t&#233; que tr&#232;s faiblement diffus&#233;. Il a fallu attendre juillet 2006 pour voir la publication de la premi&#232;re version en arabe ; notons &#233;galement que les r&#233;sultats des travaux de l'IER ont &#233;t&#233; tr&#232;s peu m&#233;diatis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur, en tout cas beaucoup moins qu'&#224; l'&#233;tranger&#8230; Pour ce qui concerne les investigations de l'IER, elles ont &#233;t&#233; bien modestes : elle a re&#231;u 22 000 dossiers dans les d&#233;lais ; d'apr&#232;s une de ses sources, 30 000 autres sont parvenus apr&#232;s la cl&#244;ture des d&#233;lais fix&#233;s ; sur l'ensemble de ces dossiers, 17 000 environ ont &#233;t&#233; trait&#233;s. Qu'en est-il alors des r&#233;sultats obtenus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des v&#233;rit&#233;s tr&#232;s partielles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la v&#233;rit&#233;, l'IER a d&#233;clar&#233; que 742 cas de pr&#233;sum&#233;s disparus ont &#233;t&#233; &#233;lucid&#233;s et que 66 cas restaient en suspens. Outre le fait que ce nombre est bien faible par rapport aux milliers de victimes dont le sort est rest&#233; inconnu, on notera que l'IER ne s'est m&#234;me pas donn&#233; la peine de publier la liste des 742 et des 66 pour que l'opinion publique puisse savoir de qui, et de quoi, il s'agit. En outre, il a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; que les investigations continueront pour atteindre la v&#233;rit&#233; sur les 66 cas restants ; mais rien n'a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; jusqu'ici par le CCDH qui a la charge de ce dossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force donc est de constater que l'IER n'est arriv&#233; qu'&#224; des v&#233;rit&#233;s limit&#233;es et partielles et que des dossiers entiers et des affaires importantes sont rest&#233;s sans r&#233;ponse : v&#233;rit&#233;s partielles sur les dossiers de la r&#233;pression et des soul&#232;vements populaires de mars 1965 et de juin 1981 &#224; Casablanca, de janvier 1984 dans les villes du Nord, du 14 d&#233;cembre 1990 &#224; F&#232;s, mais black-out total sur la r&#233;pression du Rif de 1958-1959 et sur les victimes de l'&#171; op&#233;ration Ecouvillon &#187; [3] de 1958 &#8211; qui avait pour objectif de liquider l'arm&#233;e de lib&#233;ration marocaine bas&#233;e au Sud. Une autre affaire rest&#233;e sans suite a eu lieu, en 1971, dans le Gharb : la r&#233;volte des Oulad Khalifa, r&#233;prim&#233;e dans le sang. Un colon fran&#231;ais avait vendu ses terres &#224; plusieurs paysans issus de cette tribu, avec l'aval du minist&#232;re de l'Agriculture ; mais ce bien leur fut arbitrairement repris pour &#234;tre attribu&#233; &#224; deux grands propri&#233;taires, l'un n'&#233;tant que le pr&#234;te-nom de la famille royale. Quand les paysans, non sans l&#233;gitimit&#233;, s'&#233;lev&#232;rent contre cette injustice, la r&#233;ponse du pouvoir fut sanglante : les gendarmes tir&#232;rent sur la tribu r&#233;unie, hommes, femmes et enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de r&#233;v&#233;lations non plus sur des dossiers embl&#233;matiques comme celui de l'enl&#232;vement et de l'assassinat de Mehdi Ben Barka et de Houcine Manouzi, ou ceux de la torture &#224; mort de Zeroual et Tahani, de l'attentat contre Omar Benjelloun, ou encore du PF3, ce centre de d&#233;tention secr&#232;te o&#249; sont enterr&#233;s de nombreux cadavres de disparus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de v&#233;rit&#233; claire non plus sur la d&#233;limitation des responsabilit&#233;s dans les violations graves. Le rapport de l'IER a &#233;voqu&#233; les responsabilit&#233;s &#233;tatiques et non &#233;tatiques, ce qui revient &#224; diluer la responsabilit&#233; de l'&#201;tat et de ses appareils politico-s&#233;curitaires. Le rapport de l'IER n'a pas os&#233; r&#233;v&#233;ler la responsabilit&#233; des diff&#233;rentes institutions et appareils d'&#201;tat : quid du r&#244;le de l'institution monarchique et du roi Hassan II en personne ? Et qu'en est-il du r&#244;le de l'arm&#233;e, de la Direction g&#233;n&#233;rale des &#233;tudes et de la documentation (DGED, services secrets marocains), des membres de la Direction g&#233;n&#233;rale de surveillance du territoire (DGSN), du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, des gouverneurs et autres autorit&#233;s locales, de la justice qui a jou&#233; un sale r&#244;le en blanchissant les violations graves commises par ailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la v&#233;rit&#233; sur les responsabilit&#233;s individuelles, elle est rest&#233;e hors d'atteinte, puisque sa recherche a &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;e d&#232;s le d&#233;part par la plateforme constitutive de l'IER.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impunit&#233; pour les responsables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'impunit&#233;, qui a &#233;t&#233; rejet&#233;e d&#232;s le d&#233;part par l'IER, on aurait pu esp&#233;rer &#8211; mais en vain &#8211; une recommandation de cette instance visant &#224; &#233;carter, m&#234;me sans les nommer, les responsables des violations graves des postes que certains d'entre eux d&#233;tiennent encore au niveau de l'&#201;tat. On aurait pu esp&#233;rer &#233;galement une recommandation visant &#224; restituer &#224; ce dernier les richesses accumul&#233;es de mani&#232;re indue, parall&#232;lement aux violations graves commises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera toutefois qu'un grand progr&#232;s a &#233;t&#233; enregistr&#233; sur la question de l'impunit&#233; &#224; la fin des travaux de l'IER, puisqu'elle a pr&#233;conis&#233; la mise en place d'une strat&#233;gie de lutte contre l'impunit&#233;, ce qui revient &#224; r&#233;habiliter cette notion qui a &#233;t&#233; bien d&#233;nigr&#233;e au d&#233;part, lors de la plateforme constitutive de l'IER. R&#233;parations et indemnit&#233;s financi&#232;res : la portion congrue Du point de vue de l'&#233;quit&#233;, on constate d'abord, en termes d'indemnisation financi&#232;re, qu'il y a eu, selon le CCDH, 11 706 cas d'indemnisation au total entre IER (8 071) et Instance d'arbitrage ind&#233;pendant (3 635) ; dans cet ensemble, il y a 9 481 cas d'indemnisation des victimes elles-m&#234;mes et 2 215 cas d'indemnisation des ayants droit des victimes d&#233;c&#233;d&#233;es. Le montant de l'indemnisation s'&#233;l&#232;ve au total &#224; 1 567 millions de dirhams (environ 140 millions d'euros), dont 608 vers&#233;s par l'IER et 959 par l'Instance d'arbitrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que des milliers de victimes de violations graves n'ont pas &#233;t&#233; indemnis&#233;es, soit parce qu'elles n'ont pas d&#233;pos&#233; de dossier aupr&#232;s de l'IER, soit parce qu'elles l'ont livr&#233; hors d&#233;lai ou que les cas ont &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s ext&#233;rieurs au champ de violations graves relevant du ressort de l'IER. C'est le cas, par exemple, des &#233;l&#232;ves sous-officiers d'Ahermoumou qui ont &#233;t&#233; enr&#244;l&#233;s par le colonel M'hamed Ababou dans le coup d'&#201;tat du 10 juillet 1971, puis emprisonn&#233;s et radi&#233;s de l'arm&#233;e, m&#234;me apr&#232;s avoir &#233;t&#233; reconnus non coupables ; ou des dizaines de citoyens enlev&#233;s &#224; Casablanca pour &#171; nettoyer la ville de ses d&#233;linquants &#187; qui ont &#233;t&#233; emmur&#233;s &#224; Tagounit, &#224; l'extr&#234;me sud du Maroc, sans proc&#232;s, dans l'ill&#233;galit&#233; et l'inhumanit&#233; la plus abjecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le montant global de l'indemnisation reste bien maigre, en comparaison avec les torts subis par des milliers de victimes. On pourra, &#224; titre d'exemple, comparer ce montant aux chiffres bien plus importants d&#233;bours&#233;s par l'&#201;tat pour renflouer des institutions bancaires : Cr&#233;dit immobilier et h&#244;telier (CIH), Caisse nationale de cr&#233;dit agricole (CNCA), etc., dont les fonds ont &#233;t&#233; dilapid&#233;s par de hauts dignitaires de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la localisation des d&#233;pouilles des victimes de la r&#233;pression, et leur retour aux familles, un progr&#232;s partiel a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;, dans la mesure o&#249; quelques dizaines de tombes ont &#233;t&#233; identifi&#233;es &#224; Casablanca, Kalaa Mgouna, F&#232;s, etc. Cependant, il n'y a pas eu d'identification scientifique par analyse compar&#233;e d'ADN et on ne peut qu'&#234;tre surpris du retard accumul&#233; dans ce domaine. Il est admis que les d&#233;lais pour obtenir les r&#233;sultats de l'analyse ADN sont de six semaines ; or, au Maroc, apr&#232;s plus d'une ann&#233;e &#8211; et parfois pr&#232;s de deux &#8211; &#224; compter du pr&#233;l&#232;vement, il n' y a toujours pas de r&#233;sultat. Tout cela devient tr&#232;s suspect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la couverture m&#233;dicale des victimes, on note que beaucoup d'entre elles ne peuvent en b&#233;n&#233;ficier (le CCDH avance le chiffre de 12 000, bien en de&#231;&#224; des besoins). En outre, la formule trouv&#233;e est celle de l'int&#233;gration &#224; l'Assurance maladie obligatoire (AMO), qui ne permet le remboursement tardif que d'une partie des frais de sant&#233; (quelque 60 %), au moment o&#249; les principaux concern&#233;s, dont l'&#226;ge est avanc&#233; et la sant&#233; d&#233;grad&#233;e, ne peuvent ni attendre le remboursement ni payer les 40 % restants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant du nombre de victimes b&#233;n&#233;ficiaires de l'insertion sociale (814 cas selon le CCDH) et du r&#232;glement de la situation administrative (502 cas), il reste lui aussi bien en de&#231;&#224; des besoins, quand on conna&#238;t la situation d&#233;plorable de la plupart des victimes. Mais la recommandation de l'IER donne de l'importance &#224; la r&#233;paration collective et communautaire, ce qui est salutaire. Dans la pratique, on constate toutefois que les moyens allou&#233;s &#224; cette t&#226;che sont extr&#234;mement faibles par rapport aux besoins, et ce ne sont pas les 3 millions d'euros affect&#233;s par l'Union europ&#233;enne qui permettront de faire face aux cons&#233;quences atroces des violations graves subies par les populations du Rif, du Moyen-Atlas, de Figuig et Rachidia, de F&#232;s, de Ouarzazate, Zagora, Casablanca, etc. En fait, il faudrait un montant mille fois sup&#233;rieur pour commencer &#224; r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts humains, &#233;conomiques, sociaux, culturels et politiques de la r&#233;pression dans ces r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni m&#233;moire ni pardon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la pr&#233;servation de la m&#233;moire, un certain nombre de mesures positives ont &#233;t&#233; recommand&#233;es. Mais la volont&#233; politique n&#233;cessaire au succ&#232;s dans ce domaine n'existe pas encore, surtout quand on constate le contraire : l'&#201;tat d&#233;mant&#232;le plut&#244;t cette m&#233;moire en d&#233;truisant &#8211; ou en d&#233;figurant &#8211; certains hauts lieux de la r&#233;pression (Tazmamart, prison Laalou et PF3 &#224; Rabat, entre autres exemples).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est du pardon, qui doit &#234;tre demand&#233; officiellement et publiquement aux victimes de la r&#233;pression et &#224; la soci&#233;t&#233;, on peut souligner que l'IER, qui pourtant avait recommand&#233; cette mesure, a estim&#233;, sans fournir plus d'explication, qu'il incombera au Premier ministre de formuler cette demande de pardon. Deux remarques s'imposent &#224; ce sujet : premi&#232;rement, celui qui est constitutionnellement, politiquement et moralement habilit&#233; pour cette tache n'est autre que le roi lui-m&#234;me, puisqu'il est le chef de l'&#201;tat ; deuxi&#232;mement, la demande m&#234;me de pardon de la part du Premier ministre tarde &#224; venir, et des voix parmi les thurif&#233;raires du pouvoir pensent que cette demande d'excuses est d&#233;pass&#233;e et qu'il serait &#171; outrecuidant &#187; d'exiger plus que ce qui a &#233;t&#233; fait jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des recommandations importantes ont &#233;t&#233; faites par l'IER pour que les violations graves ne se r&#233;p&#232;tent plus. Il s'agit essentiellement du renforcement de la protection constitutionnelle des droits humains (notamment par la stipulation, au niveau constitutionnel, de la priorit&#233; des conventions internationales sur la l&#233;gislation interne), de la ratification d'un certain nombre de conventions (deuxi&#232;me protocole facultatif, annexe au Pacte sur les droits civils et politiques concernant l'abrogation de la peine de mort, convention de Rome relative &#224; l'adh&#233;sion &#224; la Cour p&#233;nale internationale), et de la lev&#233;e des r&#233;serves sur les conventions ratifi&#233;es &#8211; cas notamment de la Convention sur l'&#233;limination de toutes les formes de discrimination (EDAW), du renforcement de l'arsenal juridique en faveur de libert&#233;s individuelles et collectives, de la p&#233;nalisation des violations graves des droits humains, de la mise en place d'une strat&#233;gie de lutte contre l'impunit&#233;. Ce qui implique une remise &#224; niveau de la politique et de la l&#233;gislation p&#233;nale, qui rende la justice marocaine ind&#233;pendante, avec une bonne gouvernance dans le domaine s&#233;curitaire et la promotion des droits humains, &#224; travers l'&#233;ducation et la sensibilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces recommandations, prises s&#233;par&#233;ment et globalement, sont positives et leur application peut contribuer &#224; la protection et &#224; la promotion des droits humains. C'est bien pour cela que l'AMDH et l'ensemble des mouvements des droits humains critiquent le retard quant &#224; leur application et sont d&#233;cid&#233;s &#224; continuer le combat pour leur mise en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, l'AMDH estime que ces recommandations sont insuffisantes pour la mise en place des m&#233;canismes d'&#233;dification de l'&#201;tat de droit et d'une soci&#233;t&#233; de citoyen(ne)s, libres, &#233;gaux et solidaires, seul rempart contre les violations graves dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Constitution actuelle &#8211; non d&#233;mocratique, &#224; caract&#232;re autocratique et semi th&#233;ocratique &#8211; ne peut &#234;tre le cadre de l'&#233;dification de l'&#201;tat de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc n&#233;cessaire de mettre en place une Constitution r&#233;ellement d&#233;mocratique, qui reconnaisse la souverainet&#233; populaire, la priorit&#233; des valeurs et normes des droits humains, l'&#233;galit&#233; homme/femme, le gouvernement en tant que d&#233;tenteur de l'ensemble du pouvoir ex&#233;cutif, le Parlement en tant que pouvoir l&#233;gislatif unique, la justice ind&#233;pendante, la s&#233;paration des trois instances l&#233;gislative, ex&#233;cutive et judiciaire, ainsi que la s&#233;paration entre la religion et l'&#201;tat. Il n'y a nulle trace de ces principes dans les recommandations de l'IER, qui resteront donc sans effet majeur sur l'&#233;dification de l'&#201;tat de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dossier reste ouvert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de r&#232;glement du dossier des violations graves des droits humains par l'&#201;tat dans ses diff&#233;rentes &#233;tapes, y compris celle de l'IER, reste donc incomplet, pas seulement du point de vue de l'AMDH, mais pour l'ensemble des victimes et des mouvements des droits humains, et pour l'&#201;tat lui-m&#234;me qui n'a pu d&#233;clarer sa cl&#244;ture, chargeant le CCDH de continuer &#224; le prendre en charge. Le dossier reste aussi ouvert &#224; cause de r&#233;centes violations des droits &#224; l'occasion de la lutte antiterroriste et de la r&#233;pression des libert&#233;s d'expression : presse, rassemblements, manifestations, activit&#233;s syndicales, d&#233;fense des droits humains p&#226;tissent d'une justice aux ordres, comme les victimes de la r&#233;pression de la migration irr&#233;guli&#232;re. Mais la liste est encore longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'AMDH, l'action pour le r&#232;glement du dossier des violations graves doit continuer dans trois directions et en menant trois combats parall&#232;les en vue de sa mise en &#339;uvre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; le programme de r&#232;glement d&#233;mocratique du dossier fond&#233; sur les cinq points cardinaux cit&#233;s plus haut ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; les recommandations du colloque national sur les violations graves des droits humains de novembre 2001, qui constituent le patrimoine commun du mouvement marocain de d&#233;fense des droits humains ; &#224; cette fin, il faudra sans plus tarder redynamiser l'Instance de suivi des recommandations, &#339;uvrer &#224; son &#233;largissement &#224; d'autres organisations des droits humains ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; les recommandations de l'IER o&#249;, l&#224; encore, l'Instance de suivi (&#233;largie) pourra jouer un r&#244;le d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adelhamid Amine est Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Association marocaine des droits humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e en novembre 2003 &#224; l'initiative du roi Mohamed VI, l'Instance &#233;quit&#233; et r&#233;conciliation (IER) visait &#224; &#233;tablir un bilan des violations des droits de l'homme au Maroc de l'ind&#233;pendance (1955) &#224; la mort du roi Hassan II (1999) et &#224; proposer des r&#233;parations aux victimes. Elle a rendu son rapport au roi le 30 novembre 2005. Pr&#233;sent&#233;e comme une forme de justice transitionnelle, son bilan s'est r&#233;v&#233;l&#233; tr&#232;s d&#233;cevant aux yeux de nombreux militants des droits de l'homme marocains, notamment parce qu'elle avait exclu d'entr&#233;e de jeu toute possibilit&#233; d'identifier les responsables des violations, et a fortiori de les juger. Le vice-pr&#233;sident de l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), Abdelhamid Amine, a publi&#233; en novembre 2007 une analyse critique et argument&#233;e de l'action de l'IER (&#171; L'AMDH et le dossier des violations graves &#187;, Attadamoun-AMDH, n&#176; 115, 24 novembre 2007) , dont nous reproduisons ici les extraits les plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Organisation marocaine des droits humains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; Salafisme combattant &#187;, mouvement apparu en 1991, en Arabie saoudite et en opposition &#224; la famille r&#233;gnante, apr&#232;s l'installation des troupes am&#233;ricaines lors de l'invasion du Kowe&#239;t par l'arm&#233;e irakienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Op&#233;ration commune men&#233;e par la France et l'Espagne pour contrer l'Arm&#233;e de lib&#233;ration nationale au Sahara, qui voulait mener une action en direction de la Mauritanie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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