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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>UNE DEFERLANTE COMMUNE, AU DELA DES SPECIFICITES NATIONALES</title>
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		<dc:date>2008-04-17T13:15:11Z</dc:date>
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		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mai 68 en France a &#233;t&#233; l'&#233;picentre d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire qui a &#233;t&#233; largement mondiale. Comme tout &#233;v&#233;nement, il s'inscrit dans plusieurs temporalit&#233;s ; son irruption n'est pas exactement pr&#233;visible et ouvre de nouveaux possibles. La p&#233;riode de 1965 &#224; 1973 a &#233;t&#233; celle des grands bouleversements. Elle s'inscrit dans une p&#233;riode plus longue qui va du d&#233;but des ann&#233;es soixante, marqu&#233;es par la d&#233;colonisation, au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt avec le triomphe du n&#233;olib&#233;ralisme qui ouvre une nouvelle phase de la mondialisation. Cet &#233;v&#233;nement am&#232;ne &#224; relire la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, il r&#233;ordonne les faits et leurs interpr&#233;tations, donne un sens aux &#233;volutions et en r&#233;v&#232;le la charge subversive.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-L-altermondialisme-" rel="directory"&gt;L'altermondialisme&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mai 68 en France a &#233;t&#233; l'&#233;picentre d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire qui a &#233;t&#233; largement mondiale. Comme tout &#233;v&#233;nement, il s'inscrit dans plusieurs temporalit&#233;s ; son irruption n'est pas exactement pr&#233;visible et ouvre de nouveaux possibles. La p&#233;riode de 1965 &#224; 1973 a &#233;t&#233; celle des grands bouleversements. Elle s'inscrit dans une p&#233;riode plus longue qui va du d&#233;but des ann&#233;es soixante, marqu&#233;es par la d&#233;colonisation, au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt avec le triomphe du n&#233;olib&#233;ralisme qui ouvre une nouvelle phase de la mondialisation. Cet &#233;v&#233;nement am&#232;ne &#224; relire la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, il r&#233;ordonne les faits et leurs interpr&#233;tations, donne un sens aux &#233;volutions et en r&#233;v&#232;le la charge subversive.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux &#233;volutions, inscrites dans la dur&#233;e, se nouent en Mai 68. D'abord, un mouvement social et soci&#233;tal d'une exceptionnelle ampleur. Ce mouvement combine une internationale &#233;tudiante intempestive qui sert de d&#233;tonateur, en fonction des situations, aux luttes sociales et politiques et un mouvement ouvrier, qui occupe toujours une place strat&#233;gique, et qui dans sa jonction avec les luttes &#233;tudiantes va donner son sens aux &#233;v&#233;nements. Ensuite, un renouvellement de la pens&#233;e du monde et de ses repr&#233;sentations. Ce renouvellement entrem&#234;le de nouveaux et puissants courants d'id&#233;es ; il donne naissance &#224; un intense bouillonnement artistique et culturel. Ces &#233;volutions infl&#233;chissent la recomposition g&#233;opolitique du monde qui accompagne la fin de la d&#233;tente. Elle s'organise autour des soubresauts de la d&#233;colonisation, de la crise de l'empire sovi&#233;tique et de la construction du nouveau bloc dominant compos&#233; des Etats-Unis, de l'Europe et du Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 1968 en France n'a pas &#233;clat&#233; par surprise dans un ciel serein. D&#232;s avant le Mai fran&#231;ais, des universit&#233;s sont occup&#233;es dans de nombreux pays. De m&#234;me, les d&#233;bats et le renouvellement de la pens&#233;e sont engag&#233;s depuis 1960. C'est la forme de la convergence avec les luttes ouvri&#232;res qui va marquer le caract&#232;re embl&#233;matique de la situation fran&#231;aise qui ne sera comparable de ce point de vue qu'au &#171; mai rampant &#187; italien. Dans cet expos&#233;, le mouvement en France ne sera abord&#233; que par r&#233;f&#233;rence au mouvement international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une internationale &#233;tudiante imp&#233;tueuse chemine sur la sc&#232;ne mondiale. D&#232;s 1960 un mouvement &#233;tudiant, forme explicite d'un plus large mouvement de la jeunesse, &#233;merge dans plusieurs r&#233;gions et met en avant plusieurs questions nouvelles. Les guerres coloniales travaillent ces mouvements et les radicalisent. Elles agitent les pays engag&#233;s dans des interventions qui font appel &#224; la conscription avec des jeunes qui passent plusieurs ann&#233;es dans l'arm&#233;e. En France avec la guerre d'Alg&#233;rie (de 1954 &#224; 1962), aux Etats-Unis avec la guerre du Vietnam (des premiers raids a&#233;riens en 1965 &#224; la chute de Saigon en 1975), au Portugal avec les colonies portugaises (jusqu'&#224; la &#171; r&#233;volution des &#339;illets &#187; en 1974). Dans chacun de ces pays, les mouvements contre la guerre sont soutenus par de larges fractions de la jeunesse et reconstruisent des liens interg&#233;n&#233;rationnels. Dans de tr&#232;s nombreux autres pays, la solidarit&#233; avec les mouvements contre la guerre contribue &#224; &#233;tendre un mouvement international &#233;tudiant. Ces mouvements partent de la compr&#233;hension de ce que repr&#233;sente le mouvement historique de la d&#233;colonisation. Ils se radicalisent dans l'affrontement avec les forces de l'ordre, dont l'intervention durcit les contradictions entre les institutions universitaires et les autorit&#233;s politiques. Ces mouvements portent aussi une critique de plus en plus forte de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s caract&#233;ris&#233;es comme coloniales, autoritaires, hi&#233;rarchis&#233;es et moralisatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement &#233;tudiant se bat pour sa reconnaissance, son ind&#233;pendance et ses orientations. Il couvre l'Europe et les Etats-Unis Par exemple, en France, d&#232;s 1962, l'UNEF cherche un second souffle, dans le refus de la s&#233;lection et la d&#233;fense de la condition &#233;tudiante, apr&#232;s la radicalisation exceptionnelle de l'engagement pour la paix en Alg&#233;rie. A partir de 1965, l'agitation &#233;tudiante allemande s'&#233;tend de Berlin &#224; toute la RFA, d&#233;non&#231;ant les interdictions de rassemblement et la limitation du temps des &#233;tudes. En 1965, a lieu &#224; Madrid la marche silencieuse contre le contr&#244;le gouvernemental des &#233;lections du syndicat &#233;tudiant officiel. En 1966, en Grande-Bretagne, a lieu la cr&#233;ation de la Radical Student Alliance contre la direction jug&#233;e r&#233;formiste du syndicat &#233;tudiant. En d&#233;cembre 1967, les manifestations &#233;tudiantes contre la fermeture de la facult&#233; de sciences &#233;conomiques de Madrid s'&#233;tendent &#224; Barcelone, Salamanque et au reste de l'Espagne. De puissantes manifestations ont lieu &#224; Londres et l'Universit&#233; de Leicester est occup&#233;e en f&#233;vrier 1968, mettant en question les formes de repr&#233;sentation des &#233;tudiants. En mars 1968, la fermeture de l'Universit&#233; de S&#233;ville entra&#238;ne une agitation &#224; Madrid, Saragosse et m&#234;me &#224; l'Universit&#233; de l'Opus dei de Navarre &#224; Bilbao. En avril, quatre jours d'&#233;meute &#224; Madrid, sont suivis par S&#233;ville, Bilbao et Alicante. Les barricades dans Madrid forcent le gouvernement espagnol &#224; annoncer des r&#233;formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations contre la guerre au Vietnam durcissent et unifient les mouvements &#233;tudiants. Elles mettent directement en cause les autorit&#233;s am&#233;ricaines, aux Etats-Unis, puis en Europe, au Japon, et dans le reste du monde. A l'automne 1964, le Free Speech Movement &#224; Berkeley va &#234;tre &#224; l'origine du Vietnam Day Commitee. D&#233;but 1965 commencent les premiers autodaf&#233;s de livrets militaires aux Etats-Unis et les premi&#232;res manifestations sur Washington organis&#233;es par le SDS (Students for a Democratic Society) cr&#233;&#233; en 1962. En &#233;t&#233; 1965, les premiers &#171; teach in &#187; sont tenus &#224; Oxford et &#224; la &#171; London School of Economics &#187; et &#224; l'&#233;t&#233; 1966, Bertrand Russell lance le Tribunal sur le Vietnam qui se r&#233;unit en mai 1967 &#224; Stockholm en s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re. En 1966 ont lieu les premi&#232;res grandes manifestations &#224; Berlin. En octobre 1967, &#224; Washington, les membres du syndicat &#233;tudiant, le SDS, forcent les barrages autour du Pentagone. Malgr&#233; les fleurs plant&#233;es par les hippies dans les canons des fusils de soldats, les militaires dispersent violemment les manifestants. En janvier 1968, les &#233;tudiants japonais &#224; l'appel de la Zengakuren, manifestent contre l'escale de l'US Entreprise, 300 manifestants sont arr&#234;t&#233;s. En f&#233;vrier 1968, les manifestations anti-am&#233;ricaines se d&#233;roulent dans plus de dix villes de RFA. En mars 1968, &#224; Rome et &#224; Londres, les marches sur l'Ambassade des Etats-Unis entra&#238;nent des heurts violents avec la police. Les lyc&#233;ens manifestent massivement &#224; Tokyo. En Espagne, les &#233;tudiants manifestent pour la paix au Vietnam et contre les bases militaires. En avril 1968, l'occupation de l'Universit&#233; Columbia &#224; New York &#233;largit l'espace des confrontations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements &#233;tudiants servent de d&#233;tonateurs, en fonction des situations, aux luttes politiques et sociales. Les mouvements &#233;tudiants s'engagent dans une r&#233;flexion active et mouvement&#233;e qui les am&#232;ne d'une contestation des institutions universitaires et de leur r&#244;le &#224; une prise en charge d'une critique radicale de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s. Dans plusieurs cas avant 1968, les mouvements &#233;tudiants sont en prise directe sur les situations politiques et enclenchent les r&#233;actions en cha&#238;ne qui vont &#233;branler les pouvoirs sous leurs diff&#233;rentes formes. C'est le cas &#224; Prague, &#224; Varsovie et &#224; Belgrade, avec la remise en cause du syst&#232;me sovi&#233;tique. C'est le cas &#224; Madrid, comme &#224; Ath&#232;nes ou &#224; Lisbonne, avec la remise en cause des r&#233;gimes dictatoriaux europ&#233;ens. C'est le cas &#224; Mexico et dans de tr&#232;s nombreux pays avec la mise en &#233;vidence des relations entre les situations sociales et les subordinations g&#233;opolitiques. C'est le cas aux Etats-Unis avec la convergence entre le mouvement &#233;tudiant et le mouvement contre les discriminations et le racisme. C'est le cas de la jonction entre les mouvements &#233;tudiants et les luttes ouvri&#232;res particuli&#232;rement en Italie et en France, et &#224; un degr&#233; moindre en Espagne. Apr&#232;s 1968, dans de tr&#232;s nombreux pays vont se d&#233;velopper des mouvements qui, &#224; partir des situations sp&#233;cifiques, vont s'&#233;largir aux diff&#233;rentes questions qui deviennent explicites en 1968 : la primaut&#233; des luttes sociales et la remise en question des rapports de pouvoir et de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements &#233;tudiants se radicalisent et abordent de front les questions politiques. En 1962, aux Etats-Unis, la d&#233;claration du SDS porte sur le malaise g&#233;n&#233;rationnel, les pays du Sud, la guerre froide et la bombe. En 1965, la FUNY (Free University of New York) est cr&#233;&#233;e. Les heurts avec la police accompagnent les protestations d'&#233;tudiants africains et allemands &#224; Berlin Ouest, contre un film accus&#233; de racisme. De 1965 &#224; 1967, les provos vont lib&#233;rer l'imagination &#224; Amsterdam et explorer les multiples pistes &#233;cologiques, f&#233;ministes, libertaires, solidaires. En 1966, a lieu le premier s&#233;minaire d'&#233;tudiants entre l'Association des &#233;tudiants allemands (AstA) et la FGEL (F&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale des Etudiants en Lettres) de France. En juillet 1967, AstA rend publique, en pr&#233;sence d'Herbert Marcuse, une &#171; nomenclature provisoire des s&#233;minaires de l'Universit&#233; critique &#187;. En novembre 1967 est cr&#233;&#233;e l'Anti-Universit&#233; &#224; Londres. Apr&#232;s les manifestations violentes &#224; Shinijuku, Tokyo, les grandes compagnies japonaises annoncent qu'aucun des &#233;tudiants arr&#234;t&#233;s ne sera embauch&#233;. En novembre 1967, en Italie, l'occupation des universit&#233;s de Trente et de Turin, s'&#233;tend &#224; d'autres villes. En mars 1968, dans l'occupation des facult&#233;s des Beaux-Arts, les Gardes rouges de Turin exigent l'&#233;lection des professeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re dramatique, les &#233;v&#232;nements aux Etats-Unis vont continuellement servir de r&#233;f&#233;rence &#224; l'agitation internationale. D&#232;s ao&#251;t 1965, les &#233;meutes &#233;clatent dans le quartier de Watts &#224; Los Angeles. En octobre 66, la cr&#233;ation des Black Panthers &#224; Oakland ouvre une phase de r&#233;volte frontale. Les dirigeants des Black Panthers sont arr&#234;t&#233;s en janvier 1968 &#224; San Francisco. L'assassinat de Martin Luther King le 5 avril 1968 stup&#233;fie le monde entier ; il est suivi d'&#233;meutes dans cent-dix villes am&#233;ricaines avec des milliers de bless&#233;s et des dizaines de morts. Le 13 mai 1968 est marqu&#233; par l'arriv&#233;e de la marche des pauvres &#224; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause, concomitante, du syst&#232;me sovi&#233;tique dans ses p&#233;riph&#233;ries europ&#233;ennes, va accentuer le caract&#232;re universel de la contestation. Octobre 1967 est marqu&#233; par une manifestation &#233;tudiante spontan&#233;e &#224; Prague. En janvier 1968, &#224; Varsovie, 50 &#233;tudiants sont arr&#234;t&#233;s et Adam Michnik est exclu de l'universit&#233; pour avoir manifest&#233; contre l'interdiction d'une pi&#232;ce jug&#233;e antisovi&#233;tique. En mars, les manifestations d'&#233;tudiants &#224; Varsovie s'&#233;tendent. Les universit&#233;s polonaises se mettent en gr&#232;ve et les heurts violents avec la police s'&#233;tendent &#224; Cracovie et Posnan. L'occupation de l'Ecole Polytechnique de Varsovie souligne la centralit&#233; du mouvement. En juin 1968, &#224; Belgrade, l'occupation des facult&#233;s de philosophie et de sociologie proclame : &#171; Nous en avons assez de la bourgeoisie rouge &#187;. C'est en Tch&#233;coslovaquie que le mouvement prendra toute son ampleur. En mars 1968, une assembl&#233;e de 20 000 jeunes approuve le manifeste de la jeunesse pragoise. Un article de Vaclav Havel &#171; Au sujet de l'opposition &#187;, en avril, en souligne la signification. A Prague, le 1er mai, un immense cort&#232;ge marque le soutien &#224; Alexandre Dubcek et au secr&#233;tariat du parti. Le 20 ao&#251;t 1968, c'est l'invasion de la Tch&#233;coslovaquie ; les chars sovi&#233;tiques imposent la normalisation. L'&#233;branlement du printemps de Prague et ses revendications d&#233;mocratiques fissurent en profondeur le bloc sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril et mai 1968, le mouvement va s'acc&#233;l&#233;rer en Europe de l'Ouest, s'&#233;tendre et s'approfondir. Les occupations des universit&#233;s sont nombreuses et virulentes. En avril 1968, Rudi Dutschke, dirigeant du SDS allemand est bless&#233; dans un attentat ; l'&#233;largissement du mouvement englobe les lyc&#233;ens et les jeunes travailleurs. Des heurts violents ont lieu &#224; Berlin Ouest, Hambourg, Munich, Hanovre. En Italie, l'agitation s'&#233;tend &#224; Pise, Milan, Florence, Rome, Naples, Venise, Catane, Palerme et Trente. Les &#233;v&#232;nements en France &#224; partir du 13 mai 1968 vont doper le mouvement international. Le 29 mai 1968, &#224; Rome, les barricades sont construites avec des voitures renvers&#233;es. Le rectorat est occup&#233; &#224; Bruxelles. Les occupations se multiplient en Grande Bretagne en novembre. Le 24 janvier 1969 &#224; Madrid la crise universitaire conduit &#224; la proclamation de l'&#233;tat d'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre europ&#233;en n'est pas le seul en cause. Le Mexique va occuper une place importante. En juillet 1968, &#224; Mexico, alors que se pr&#233;parent les jeux olympiques, une manifestation favorable &#224; Cuba, organis&#233;e par les &#233;tudiants, est violemment r&#233;prim&#233;e. En ao&#251;t, 300 000 manifestants d&#233;filent &#224; Mexico. En septembre, 3 000 personnes sont arr&#234;t&#233;es et la police occupe la Cit&#233; Universitaire et l'Universit&#233; Autonome. Des barrages sont &#233;rig&#233;s &#224; Tlateloco, sur la place des Trois-Cultures, avec la solidarit&#233; de la population. Le 2 octobre, les chars donnent l'assaut, les morts se comptent par dizaines. Un appel &#224; boycotter les jeux olympiques, avec l'appui de Bertrand Russell, est largement relay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de tr&#232;s nombreux pays, les affrontements se multiplient. En Egypte, les manifestations en avril et mai 1968, centr&#233;es sur la Palestine, vont se prolonger dans le mouvement &#233;tudiant de 1972 qui va interpeller la politique de Sadate. Les manifestations &#233;tudiantes prennent de l'ampleur au Pakistan. A Alger, les &#233;tudiants vont amener l'infl&#233;chissement de la politique de Boumediene. Au S&#233;n&#233;gal, les manifestations &#233;tudiantes sont vives d&#232;s 1968. Omar Blondin Diop, un des fondateurs du mouvement du 22 mars en France, sera assassin&#233; en 1973, &#224; Dakar, dans sa cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jonction du mouvement &#233;tudiant avec les luttes sociales et le mouvement ouvrier va donner son sens &#224; la p&#233;riode. Les mouvements &#233;tudiants, quand ils mettent en &#233;vidence les fractures ouvertes des soci&#233;t&#233;s, bouleversent les situations politiques. Le syst&#232;me &#233;ducatif et universitaire est au centre des contradictions sociales, de par le r&#244;le qu'il joue tant dans la reproduction de la soci&#233;t&#233; que dans sa transformation. Il rencontre les questionnements de la petite bourgeoisie intellectuelle sensible &#224; l'&#233;volution politique des r&#233;gimes et &#224; la garantie des libert&#233;s. Nicos Poulantzas insistera sur le r&#244;le de ces couches sociales dans une &#171; sortie pacifique &#187; du fascisme en Espagne, en Gr&#232;ce et au Portugal. Mais, ce sont les luttes sociales dans la production, et particuli&#232;rement les luttes ouvri&#232;res qui donnent &#224; un mouvement sa port&#233;e r&#233;elle. C'est avec les grandes gr&#232;ves et leur g&#233;n&#233;ralisation que commencent la confrontation ; et l'implication des syndicats doit &#234;tre gagn&#233;e pour passer &#224; un niveau sup&#233;rieur et envisager une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d&#233;termin&#233;e et offensive. Le mouvement ouvrier est toujours en position strat&#233;gique, m&#234;me s'il ne r&#233;sume pas l'ensemble du mouvement social. La jonction entre les luttes &#233;tudiantes et les luttes ouvri&#232;res donne au mouvement une dimension soci&#233;tale et facilite une mobilisation d'une large part de la soci&#233;t&#233;. La jonction entre les mouvements &#233;tudiants et les luttes ouvri&#232;res, le passage &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, en France et en Italie, a caract&#233;ris&#233; Mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La modernisation industrielle &#224; partir des ann&#233;es cinquante ne va pas sans contestations. Le compromis fordiste implique la soumission au taylorisme et &#224; la militarisation du travail baptis&#233;e organisation scientifique du travail. La productivit&#233; int&#232;gre la production de technologies dans les cha&#238;nes de production. Le mouvement syndical s'affirme comme mouvement antisyst&#233;mique et multiplie les gr&#232;ves. La croissance fond&#233;e sur le march&#233; int&#233;rieur instaure la consommation en mode de r&#233;gulation et en facteur d'int&#233;gration des couches populaires et de r&#233;gulation sociale. L'Etat providence prend en charge le salaire indirect et assure, &#224; travers les services publics, la sant&#233;, l'&#233;ducation, les retraites. La d&#233;mocratisation s'appuie sur le syst&#232;me &#233;ducatif et l'affirmation de l'&#233;galit&#233; des chances et du m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un profond bouleversement social accompagne cette r&#233;volution des proc&#232;s de production. La nouvelle classe ouvri&#232;re dans les secteurs en pointe s'&#233;largit aux nouvelles couches salari&#233;es, les techniciens, cadres et ing&#233;nieurs. A l'autre bout de la cha&#238;ne, la d&#233;qualification du travail concerne de nouvelles couches sociales, les femmes, les jeunes urbains, les migrants ruraux et les immigr&#233;s &#233;trangers. Entre les deux, les ouvriers qualifi&#233;s, stables, perp&#233;tuent une repr&#233;sentation du mouvement syndical ancr&#233;e dans l'histoire du mouvement ouvrier. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le milieu &#233;tudiant est engag&#233; dans une mutation. Le double mouvement de technicisation des m&#233;thodes et de contr&#244;le et d'encadrement des ouvriers ainsi que l'int&#233;gration sociale entra&#238;nent une massification des &#233;tudiants. En France, en 1968, le nombre d'&#233;tudiants qui a doubl&#233; en huit ans atteint 500 000. D'un autre c&#244;t&#233;, la prol&#233;tarisation, m&#234;me relative, de ces couches int&#233;gr&#233;es dans le proc&#232;s de production, entre en contradiction avec l'avenir promis &#224; la petite bourgeoisie. Cette contradiction trouve un &#233;cho dans la difficile condition &#233;tudiante, accentu&#233;e par la crise urbaine et du logement, et rencontre les th&#232;ses situationnistes sur la mis&#232;re en milieu &#233;tudiant. Le mouvement &#233;tudiant s'&#233;largit aux universitaires, particuli&#232;rement aux jeunes assistants, et aux lyc&#233;ens. Le mouvement &#233;tudiant rejette le r&#244;le qui est assign&#233; aux futurs cadres et remet en cause la hi&#233;rarchie, l'autorit&#233;, et la reproduction des &#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays en industrialisation rapide, les tensions sociales s'exacerbent. Les syndicats sont sensibles &#224; l'agitation. En 1967, des repr&#233;sentants d'IG Metall participent au rassemblement &#233;tudiant &#224; Berlin Ouest. Les syndicats sont partag&#233;s entre la m&#233;fiance vis &#224; vis d'un mouvement &#233;tudiant qui n'est pas avare en critiques acerbes et les opportunit&#233;s ouvertes. En Espagne, les Commissions Ouvri&#232;res partagent l'agitation &#233;tudiante. C'est en France et en Italie que la jonction est la plus spectaculaire. En Italie, d&#232;s novembre 1967, c'est en solidarit&#233; avec les ouvriers de Fiat que manifestent les &#233;tudiants qui accompagnent les occupations des universit&#233;s de Trente et de Turin et qui s'&#233;tendent &#224; Milan, Rome et Naples. On y voit d&#233;j&#224; la diversit&#233; des groupes de diff&#233;rentes ob&#233;diences (Gardes Rouges, Uccelli, autonomes, situationnistes, trotskistes, mao&#239;stes) qui agitent le mouvement &#233;tudiant sans qu'aucun d'entre eux ne puisse pr&#233;tendre le diriger. En 1968, l'agitation monte dans les universit&#233;s et dans les usines. Le PCI se prononce contre un mouvement &#233;tudiant autonome mais organise plusieurs tables rondes sur la r&#233;volte de la jeunesse. En mai 1968, il propose un nouveau bloc historique incluant &#233;tudiants et ouvriers. En novembre, une vague de gr&#232;ves &#233;clate, les lyc&#233;ens rejoignent les &#233;tudiants et l'agitation sociale. Le 5 d&#233;cembre 1968, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est d&#233;clar&#233;e &#224; Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le retard pris dans l'industrialisation, du fait des guerres coloniales, entra&#238;ne une modernisation &#224; marche forc&#233;e. Les syndicats, malgr&#233; leurs divisions se joignent au mouvement. Les occupations d'usine sont des moments extraordinaires de reconnaissance sociale. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, effective et avec sa charge symbolique, conduit le mouvement &#224; son paroxysme. La victoire &#233;lectorale massive des partis de droite n'abolit pas le rapport de forces sociales. Les n&#233;gociations de Grenelle, m&#234;me contest&#233;es, d&#233;bouchent sur les meilleurs accords gagn&#233;s depuis le Front Populaire en 1936. La force propulsive du mouvement social n'est pas &#233;puis&#233;e. Elle va se d&#233;cliner dans diff&#233;rentes formes de comit&#233;s et d'assembl&#233;es ouvri&#232;res et paysannes. Elle va se retrouver en 1973 dans la &#171; lutte des LIP &#187; qui met en avant l'autogestion. Elle va marquer les luttes paysannes avec le d&#233;veloppement du mouvement des paysans travailleurs initi&#233; par Bernard Lambert et les marches du Larzac. Elle va donner naissance &#224; un grand nombre de formes collectives d'&#233;mancipation sociale et &#224; des nouveaux mouvements sociaux comme les nouveaux mouvements f&#233;ministes, les mouvements de consommateurs, les mouvements homosexuels, les premiers mouvements &#233;cologistes et un large &#233;ventail de mouvements de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un renouvellement de la pens&#233;e du monde et de ses repr&#233;sentations marque Mai 68. Depuis la fin ann&#233;es cinquante, et quelquefois, d&#232;s 1947, de nouveaux et puissants courants d'id&#233;es cheminent dans le monde. Ces id&#233;es jaillissent dans certains endroits, en fonction des lieux, des moments et des situations. Elles se concentrent fortement &#224; partir de 1965. Elles sont port&#233;es par la recherche d'une critique radicale et d'une th&#233;orie critique. Mai 68 n'a pas fait l'unanimit&#233; des intellectuels. On n'oubliera pas la col&#232;re de Raymond Aron pour qui il s'agit, dans sa r&#233;action la plus mesur&#233;e d'un simple et tragique &#171; psychodrame&#187;. Nous mettrons l'accent sur les id&#233;es qui ont construit ce mouvement intellectuel, m&#234;me si certains qui les ont port&#233;es un moment sont revenus dessus ult&#233;rieurement. Soulignons ici quelques uns des th&#232;mes qui vont marquer Mai 68 et ses suites. Les noms cit&#233;s plus &#224; titre d'illustration, rappellent quelques personnes qui ont formalis&#233; et explicit&#233;, parmi beaucoup d'autres, ce courant. La crise des universit&#233;s sur le sens et sur le nombre des &#233;tudiants, et les r&#233;ponses en termes d'autonomie relative et d'&#233;changes internationaux, a consid&#233;rablement aid&#233; &#224; l'&#233;mergence, la maturation et la diffusion de ce courant. Elle a accentu&#233; la perm&#233;abilit&#233; des universit&#233;s, notamment aux questions et r&#233;flexions port&#233;es par les intellectuels des mouvements sociaux, particuli&#232;rement des intellectuels ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision critique se nourrit des analyses des soci&#233;t&#233;s industrielles et de leurs nouveaux paradigmes, le fordisme, le keyn&#233;sianisme, l'Etat-providence, le social-lib&#233;ralisme et la social-d&#233;mocratie. Elle attache une grande importance aux recompositions de la classe ouvri&#232;re &#224; travers les significations des nouvelles luttes ouvri&#232;res, comme le soulignent de tr&#232;s nombreux travaux dont ceux de Daniel Moth&#233;, Serge Mallet, Emma Goldschmidt. Elle ouvre de nouvelles perspectives avec le repositionnement des paysans-travailleurs par Bernard Lambert. Elle s'enrichit des analyses de la nature de l'Etat, avec notamment Pierre Naville. En Italie, une production d'id&#233;es impressionnante fleurit, avec notamment le journal Il Manifesto cr&#233;&#233; par Luciana Castellina, Lucio Magri et Rossana Rossanda. Cette critique met en cause la civilisation technicienne, le productivisme, la soci&#233;t&#233; de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;vision du marxisme, particuli&#232;rement occidental, se nourrit de la critique du stalinisme et des d&#233;rives du sovi&#233;tisme. Elle a &#233;t&#233; relanc&#233;e par la rupture sino-sovi&#233;tique et les explorations nombreuses, notamment cubaine et vietnamienne. Les analyses du totalitarisme et de la bureaucratie s'affinent. Elle est port&#233;e par les intellectuels tch&#232;ques et polonais et quelques grandes voix sovi&#233;tiques, dont Sakharov. A Belgrade, Milovan Djilas tente une analyse de classe du communisme r&#233;el. L'analyse des capitalismes d'Etat ou de parti sont d&#233;battus par Charles Bettelheim et Paul Sweezy. Aux Etats-Unis, plusieurs &#233;conomistes, dont Harry Magdoff, d&#233;cryptent l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. La r&#233;vision du marxisme est aussi &#224; l'&#339;uvre dans les pays d&#233;colonis&#233;s, sur le syst&#232;me international et les nouveaux r&#233;gimes. Samir Amin et Andr&#233; Gunder Frank revisitent l'espace, mondial, et le temps, long, du capitalisme. Aux Etats-Unis, Immanuel Wallerstein analyse le capitalisme historique et travaille avec Fernand Braudel, George Duby et bien d'autres &#224; la refondation de la m&#233;thode historique de l'Ecole des Annales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;marche deviendra une &#233;vidence de Mai 68, la n&#233;cessit&#233; d'une pens&#233;e unitaire du totalitarisme bureaucratique et des soci&#233;t&#233;s occidentales qui s'affichent lib&#233;rales. Elle a &#233;t&#233; travaill&#233;e de 1949 &#224; 1967 par Socialisme ou Barbarie, et notamment Cornelius Castoriadis, Claude Lefort et Jean Fran&#231;ois Lyotard, et par la revue Arguments, cr&#233;&#233;e notamment par Edgar Morin et Kostas Axelos. La critique unitaire des deux types de r&#233;gimes, &#233;largie aux nouveaux Etats d&#233;colonis&#233;s, a montr&#233; au-del&#224; de leurs diff&#233;rences, l'unit&#233; du capitalisme priv&#233; et des syst&#232;mes bureaucratiques et de leurs mod&#232;les de d&#233;veloppement. Ils ouvriront aussi quelques pistes qui seront reprises en Mai 68, celle des libert&#233;s, de la cr&#233;ativit&#233; et de l'autogestion ouverte. Cette discussion n'est pas un long fleuve tranquille, elle est pleine de passions et de d&#233;chirements. Elle se d&#233;cline en une multitude de courants ennemis, h&#233;t&#233;rodoxes, trotskistes et mao&#239;stes divers, gu&#233;varistes, libertaires et situationnistes, r&#233;formistes radicaux, &#8230; qui ferrailleront avec ferveur sur l'analyse de la p&#233;riode, les strat&#233;gies de conqu&#234;te du pouvoir, la construction du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme reste une question d'actualit&#233;. Au 19&#232;me si&#232;cle, le marxisme avait r&#233;ussi &#224; jeter un pont entre la pens&#233;e scientifique dans ses diff&#233;rents d&#233;veloppements et le mouvement social alors r&#233;sum&#233; dans le mouvement ouvrier. Le dogmatisme a rompu ce lien. Et pourtant, c'est &#224; partir du marxisme que se fait le renouvellement. Immanuel Wallerstein avance que, comme la pens&#233;e scolastique est sortie du christianisme &#224; partir du langage de l'Eglise, le d&#233;passement du marxisme se fera dans le langage du marxisme qui s'est impos&#233; comme la cl&#233; de compr&#233;hension de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le structuralisme a pris la suite de l'existentialisme qui continue &#224; cheminer. Sartre a pes&#233; sur la culture du mouvement et s'est retrouv&#233; pleinement dans les suites de Mai 68 ; il a, parmi bien des apports, transmis au mouvement sa r&#233;f&#233;rence aux situations et &#224; la libert&#233; situationnelle. Simone de Beauvoir va &#234;tre un rep&#232;re dans de nombreux domaines ; particuli&#232;rement, mais pas seulement, pour la nouvelle g&#233;n&#233;ration du f&#233;minisme. Sa parole retrouve une nouvelle jeunesse avec la d&#233;couverte du Deuxi&#232;me Sexe, &#233;crit en 1949, par les nouvelles g&#233;n&#233;rations de jeunes femmes et hommes, qui saisissent toute la port&#233;e de la tranquille et p&#233;n&#233;trante affirmation : on ne na&#238;t pas femme, on le devient. Le structuralisme a renouvel&#233; et explor&#233; les sciences sociales. L'&#233;conomie politique a &#233;t&#233; boulevers&#233;e &#224; travers le magist&#232;re d'Althusser &#224; commencer par Lire le Capital, avec notamment Etienne Balibar et avec l'Ecole de la R&#233;gulation ; l'anthropologie structurale, &#224; la suite de Claude L&#233;vi Strauss, avec Emmanuel Terray et Claude Meillassoux et tant d'autres ; la sociologie avec Bourdieu et Passeron (Les H&#233;ritiers en 1964 et la Reproduction en 1970) ; la psychanalyse avec le magist&#232;re de Lacan et de l'Ecole Freudienne. Dans le chambardement g&#233;n&#233;ral des disciplines, notons-en quelques unes en situation strat&#233;gique : les sciences du droit, confront&#233;es &#224; l'ouragan libertaire ; les sciences de l'&#233;ducation qui sont dans l'&#339;il du cyclone et que travaille le renouveau de la linguistique avec notamment Noam Chomsky et Umberto Eco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 va achever le pont entre le marxisme et le continent de la psychanalyse. Herbert Marcuse jouera un r&#244;le &#233;minent par ses travaux sur Freud ; Eros et civilisation date de 1955 et l'Homme Unidimensionnel de 1964. Il affirme &#171;la possibilit&#233; d'un d&#233;veloppement non r&#233;pressif de la libido, dans les conditions d'une civilisation arriv&#233;e &#224; maturit&#233; &#187;. Il assure une certaine continuit&#233; avec l'Ecole de Francfort, son influence est grande sur l'extr&#234;me gauche allemande, directement et &#224; travers Rudi Dutschke ; il est pr&#233;sent sur tous les fronts qui bougent. Il faut aussi rappeler la red&#233;couverte de William Reich, et les r&#233;&#233;ditions de La fonction de l'orgasme (premi&#232;re &#233;dition 1927) et de La psychologie de masse du fascisme (premi&#232;re &#233;dition 1934).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 met en sc&#232;ne l'aspiration &#224; l'autonomie individuelle. Elle implique de lutter contre l'ali&#233;nation qui est un des ma&#238;tre-mots de Mai 68. La prise de conscience de l'ali&#233;nation r&#233;sulte d'une critique radicale de la vie quotidienne. Elle avance qu'une pens&#233;e politique commune pourrait na&#238;tre d'une remise en question radicale du quotidien. J&#252;rgen Habermas, fortement impliqu&#233; dans les mouvements allemands rappelle la th&#233;orie critique de l'Ecole de Francfort sur les syst&#232;mes d'&#233;ducation, l'imp&#233;rialisme et la r&#233;volution socialiste, la culture et le syst&#232;me capitaliste, la psychologie et la soci&#233;t&#233;. Antonio Gramsci retrouve droit de cit&#233; avec ses analyses &#233;clairantes de la culture et du politique qui va inspirer de nouvelles propositions comme celle par exemple du mouvement politique de masse. Henri Lefebvre analyse et critique la vie quotidienne, la ville et l'urbanisation, la sociologie des mutations, la critique de la modernit&#233;. La critique des situationnistes, qui vont jouer &#224; travers l'Internationale Situationniste, un r&#244;le important dans la pr&#233;paration des &#233;v&#233;nements et dans la diffusion internationale, sera ravageuse. Trois pamphlets pr&#233;monitoires vont para&#238;tre en 1967 : La Soci&#233;t&#233; du spectacle de Guy Debord ; Le Trait&#233; de savoir vivre &#224; l'usage des jeunes g&#233;n&#233;rations de Raoul Vaneigem et De la mis&#232;re en milieu &#233;tudiant de Mustapha Khayati. Ils vont ouvrir des pistes nouvelles notamment sur la soci&#233;t&#233; spectaculaire marchande, la soci&#233;t&#233; de consommation, la nature et le r&#244;le des m&#233;dias Pour eux, la vie quotidienne est litt&#233;ralement colonis&#233;e. L'aspiration &#224; l'autonomie individuelle va de pair avec l'&#233;volution des m&#339;urs, la lib&#233;ration des corps et la r&#233;volution sexuelle. La sexualit&#233; rend compr&#233;hensible l'ali&#233;nation, elle concr&#233;tise la mis&#232;re du monde moderne et souligne la violence de la raret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspiration &#224; l'autonomie, l'individualit&#233; affirm&#233;e n'est pas contraire &#224; la solidarit&#233; sociale, &#224; l'&#233;mancipation et &#224; l'engagement collectif. D'autant que Mai 68 affirme comme le dit tr&#232;s justement Kristin Ross, la passion de l'&#233;galit&#233;, d'une &#233;galit&#233; massivement revendiqu&#233;e et inscrite dans le pr&#233;sent. Mai 68 n'a pas &#233;t&#233; la cause de l'individualisme sacralis&#233; et de la contre-r&#233;volution lib&#233;rale ; c'est la r&#233;action conservatrice &#224; Mai 68 qui en a &#233;t&#233; la promotrice. Mai 68 a r&#233;affirm&#233; la compatibilit&#233;, en fonction des situations, de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233; ; c'est la r&#233;action conservatrice qui l'a d&#233;tourn&#233;e en &#171; droits de l'homisme &#187; raccourcis et qui a rabattu la d&#233;mocratie sur le march&#233; et la politique sur la gestion. Mai 68 affirme la libert&#233; non pas malgr&#233; les injustices, mais n&#233;cessaire pour lutter contre elles. La haine de Mai 68 est toujours vivante pour les dominants qui consid&#232;rent comme un saccage tout questionnement de la morale, du travail, de l'autorit&#233;, de l'Etat et de la Nation qui remet en cause la reproduction des rapports sociaux dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique de l'autoritarisme et de la hi&#233;rarchie va &#233;clairer violemment la question du pouvoir et des rapports de domination. Foucault va d&#233;voiler la nature de ces rapports &#224; travers l'h&#244;pital et la prison. Toutes les approches des ann&#233;es soixante convergent pour d&#233;construire les syst&#232;mes coercitifs et les id&#233;ologies arbitraires. Les rapports de domination ne sont pas naturels et sont historiquement construits ; leur l&#233;gitimit&#233; est sujette &#224; caution. La critique des rapports de domination interpelle l'Histoire et s'exacerbe avec le d&#233;chirement du voile pudique qui recouvrait la r&#233;alit&#233; des colonisations. La politisation de la vie quotidienne, de la sexualit&#233;, des rapports Homme/Femme se traduit contradictoirement par le refus des formes quotidiennes de domination et par un d&#233;sir de r&#233;volution compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Mai 68, un nouveau cours a pris naissance. Insistons sur un seul aspect, la r&#233;flexion sur l'action quotidienne, la liaison nouvelle du travail intellectuel, pas seulement universitaire, avec l'action sociale et politique. Les nouvelles approches laissant place au changement de pratique sociale vont caract&#233;riser de nombreux domaines, celui de la sociologie, &#224; l'exemple de Bourdieu, de la psychanalyse &#224; l'exemple de Deleuze et Guattari, et aussi de la psychologie, de l'enseignement, de la m&#233;decine, etc. Le refus des formes d'autorit&#233; et de la fatalit&#233; redonne une place aux femmes et aux hommes dans la construction de leur histoire. De nouvelles formes de militantisme se d&#233;ploient, &#224; l'exemple de Foucault avec la cr&#233;ation d&#232;s 70, du GIP (Groupe d'Information sur les Prisons). Mai 68 a r&#233;v&#233;l&#233; la pens&#233;e d'intellectuels, non seulement pour l'ext&#233;rieur, mais encore et surtout pour eux-m&#234;mes ; l'&#233;v&#233;nement a modifi&#233; pour certains d'entre eux la pens&#233;e et le comportement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un intense bouillonnement artistique et culturel caract&#233;risera l'explosion de Mai 68. Mai 68 va faire converger deux approches en g&#233;n&#233;ral divergentes. La critique sociale, celle des in&#233;galit&#233;s et des injustices, rencontre la critique artistique de l'ali&#233;nation dans le travail et la vie quotidienne. La culture est entendue comme le bien commun de tous. Elle met en avant la volont&#233; de se r&#233;approprier sa vie et son corps. La critique de la vie quotidienne et des m&#233;dias s'accompagne, et ouvre, de nouvelles approches de l'analyse soci&#233;tale, de la mode par exemple ou des stars. La jeunesse en r&#233;volte se donne &#224; voir dans les &#233;normes rassemblements hippies et dans les concerts g&#233;ants de Rock qui accompagnent les manifestations contre la guerre au Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Ecoles des Beaux-Arts et les Facult&#233;s d'Architecture sont des hauts lieux de l'agitation dans le monde. En Italie, en France et en Grande-Bretagne. Dans l'Ecole des Beaux-Arts occup&#233;e &#224; Paris, l'atelier d'affiches redonne des lettres de noblesse &#224; l'art pictural qui va &#233;clore dans de nombreux pays du Nord et du Sud. L'architecture va croiser fonction sociale et geste architectural, cr&#233;ation collective et formalisation individuelle, d&#233;marche populaire dans les quartiers et ghettos de luxe enferm&#233;s dans les circonvolutions du post-modernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature s'attaque &#224; la forme. George Perec &#233;crit Les Choses en 1965. La litt&#233;rature r&#233;volutionnaire est une tentation permanente. Tel Quel, lanc&#233; par Philippe Sollers d&#232;s 1960, publie Barthes, Foucault, Derrida, Eco, Todorov&#8230; En 1968, le groupe d&#233;fend le parti d'une litt&#233;rature d'avant-garde, offerte &#224; la r&#233;volte, qui combinerait marxisme et freudisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma et le th&#233;&#226;tre entrent en r&#233;volution de mille mani&#232;res dans le monde. Toutes les recherches &#233;parses sont sublim&#233;es dans des instants. L'occupation de l'Od&#233;on et le Festival d'Avignon envahi traduisent une terrible impatience. Le succ&#232;s de &#171; La Chinoise &#187; de Jean-Luc Godard para&#238;t &#224; posteriori pr&#233;monitoire. L'occupation du festival de Cannes le 31 mai 1968 sonne comme un d&#233;fi &#233;ph&#233;m&#232;re. La marchandisation de la culture et des productions artistiques et les feux de la parade m&#233;diatique bornent un chemin totalitaire. Mais Mai 68 a r&#233;v&#233;l&#233; une fragilit&#233; dans l'h&#233;g&#233;monie qui combine commande d'Etat et capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 a renou&#233; avec les accents du surr&#233;alisme. La po&#233;sie permet d'explorer cet impensable, cet irr&#233;alisme, cette improbabilit&#233;. Les murs de 68 d&#233;bordent de l'imagination d'un rejet des rapports de domination, r&#234;ve d'un monde lib&#233;r&#233; de la tentation du pouvoir. Les slogans de Mai 68 qui ont fleuri sur les murs se lisent &#224; deux degr&#233;s. Au premier abord, la provocation d'une lib&#233;ration iconoclaste et jubilatoire de l'expression ; la libert&#233; de la parole s'engouffre et enivre. Au second abord une question inattendue et difficilement &#233;puisable. Prenons, par exemple, un des slogans les plus contest&#233;s &#171; jouissez sans entraves &#187;. Il peut-&#234;tre compris au premier degr&#233; comme le comble de l'&#233;gocentrisme. Il peut aussi interpeller sur la possibilit&#233; de jouir autrement que par la contrainte ou le pouvoir, sur le choix d'un autre chemin que l'entrave pour se d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains reconna&#238;tront dans Mai 68 un &#171; mouvement philosophique de masse &#187; (Jean Paul Doll&#233; et Roland Castro, Vive la R&#233;volution). Deleuze et Guattari, en 1984, analyseront Mai 68 comme un &#233;v&#233;nement pur, libre de toute causalit&#233; normale ou normative, comme &#171; un ph&#233;nom&#232;ne de voyance, comme si une soci&#233;t&#233; voyait tout d'un coup ce qu'elle contenait d'intol&#233;rable et voyait aussi la possibilit&#233; d'autre chose &#187;. Henri Lefebvre &#233;laborera un concept nouveau et f&#233;cond, dans lequel se reconnaissent bien ceux qui ont v&#233;cu ces &#233;v&#232;nements, celui de la &#171; f&#234;te r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 d&#233;bouche sur de nouveaux syst&#232;mes de contradictions et de nouvelles formes de conflits. La d&#233;colonisation amorce sa crise qui se traduit pour les nouveaux Etats par des r&#233;gimes autoritaires et s&#233;curitaires. A partir de 1979, le n&#233;olib&#233;ralisme remet en cause le compromis social du New Deal et engage une nouvelle voie de pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. En 1989, l'implosion de l'Union Sovi&#233;tique ach&#232;ve une crise dont on imaginait mal l'acc&#233;l&#233;ration. Le bloc dominant organise un nouvel ordre international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 a montr&#233; les limites du compromis social du New Deal. Dans les ann&#233;es 60, la productivit&#233; et la croissance du march&#233; int&#233;rieur n'annulent pas la r&#233;alit&#233; des pouvoirs discr&#233;tionnaires et l'absence de d&#233;mocratie dans l'entreprise. L'Etat providence achoppe sur le rejet d'une partie de la jeunesse. Le capitalisme industriel peine &#224; construire les bases sociales de son projet. Le syst&#232;me international repose toujours sur l'&#233;change in&#233;gal et sur l'exploitation des mati&#232;res premi&#232;res et ne permet pas l'extension du mod&#232;le dans le tiers-monde. Le mod&#232;le de d&#233;veloppement n'est pas encore &#233;puis&#233; apr&#232;s 68 et va poursuivre sa croissance pendant une d&#233;cennie. Mais le ver est dans le fruit et sa dynamique ne s'impose plus comme une &#233;vidence. A partir de la fin des ann&#233;es 70, une nouvelle phase de la mondialisation capitaliste commence, la phase n&#233;olib&#233;rale. Le capitalisme financier impose sa logique au capitalisme industriel, l'entreprise est soumise &#224; la dictature des actionnaires. La lutte contre l'inflation succ&#232;de &#224; la recherche du plein emploi et entra&#238;ne le ch&#244;mage et la pr&#233;carisation. Un bloc dominant compos&#233;, autour des Etats-Unis de l'Europe et du Japon, organise un nouvel ordre international autour du G7 qui marginalise les Nations Unies. Il s'appuie sur les institutions internationales &#233;conomiques, le FMI et la Banque Mondiale, commerciales, l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et militaire, l'OTAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 a contribu&#233; &#224; r&#233;v&#233;ler les limites du syst&#232;me sovi&#233;tique. Le mur de Berlin, &#233;difi&#233; en 1961 marque la fin de la d&#233;tente. Il souligne une &#233;volution qui interdit la contestation &#224; l'Ouest de se tourner vers l'Est. La rupture entre la Chine et l'Union Sovi&#233;tique, d&#232;s 1965, annonce la fin d'un monde bipolaire. L'int&#233;r&#234;t soulev&#233; par la voie chinoise jouera son r&#244;le en 1968, mais les &#233;chos de la R&#233;volution Culturelle chinoise lanc&#233;e en 1966, viendra d&#233;sar&#231;onner une grande partie de ceux qui s'y r&#233;f&#232;rent. La stup&#233;fiante et tragique folie meurtri&#232;re Khm&#232;re Rouge compl&#233;tera la d&#233;sillusion. Les &#233;v&#233;nements de 1968, en Pologne et surtout en Tch&#233;coslovaquie &#233;branlent durablement le bloc sovi&#233;tique. Elu en 1976, Jimmy Carter va tenter de remonter la pente du Vietnam et de ses d&#233;m&#234;l&#233;s avec l'Iran de Khomeiny. Il va lancer son offensive qui m&#234;le intimement le march&#233; capitaliste et la d&#233;mocratie r&#233;duite &#224; une id&#233;ologie spectaculaire des droits de l'Homme. En 1980, Reagan contraint l'URSS &#224; la course aux armements, limitant d&#233;finitivement les capacit&#233;s d'&#233;volution interne de la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique. En 1989, sous l'effet de la combinaison de cette offensive ext&#233;rieure et des contradictions internes, dues au manque de libert&#233;s et de d&#233;mocratie, l'implosion de l'Union Sovi&#233;tique ach&#232;ve une crise dont on imaginait mal l'acc&#233;l&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 s'est nourri de la d&#233;colonisation et en a accompagn&#233; la crise. En 1968, la d&#233;colonisation n'est pas achev&#233;e. Les luttes li&#233;es &#224; la guerre d'Alg&#233;rie et &#224; celle du Vietnam ont rythm&#233; le mouvement. Il faut aussi rappeler l'interminable lib&#233;ration de la Palestine toujours inachev&#233;e ; la p&#233;riode est marqu&#233;e par la guerre de 1967, Septembre noir jordanien en 1970, l'attentat de Munich en 1972 et la guerre de 1973. En 1975, les ind&#233;pendances en Angola, Mozambique, et Guin&#233;e Bissau sont intimement li&#233;es &#224; l'av&#232;nement de la d&#233;mocratie au Portugal. Et il faudra attendre 1993 pour voir la fin de l'apartheid et la lib&#233;ration de l &#8216;Afrique du Sud. La crise de la d&#233;colonisation commence alors que la d&#233;colonisation n'est pas encore achev&#233;e. En 1961, le mouvement des non-align&#233;s se r&#233;unit &#224; Belgrade. Le mod&#232;le de d&#233;veloppement qui se d&#233;gage combine une approche mettant l'accent sur un Etat pr&#233;dominant, l'industrie lourde, l'encadrement de la paysannerie et avec un horizon keyn&#233;sien. Il montre ainsi le cousinage entre les approches productivistes occidentales et sovi&#233;tiques. En 1966, la Tricontinentale &#224; la Havane, soulign&#233;e par l'annonce de la mort de Che Guevara, en Bolivie en octobre 1967 donne une r&#233;f&#233;rence &#224; la radicalit&#233; des mouvements. De 1968 &#224; 1972, les mouvements &#233;tudiants r&#233;v&#232;lent l'&#233;volution des r&#233;gimes dans les pays du Sud. Ils d&#233;noncent la nature des Etats et leur incapacit&#233; &#224; remettre en cause le syst&#232;me international. Les violations des droits individuels, les manquements &#224; l'Etat de droit, la n&#233;gation de la d&#233;mocratie en amenuisent les bases sociales. La rupture des alliances de classes des lib&#233;rations nationales affaiblit les Etats. Les crises p&#233;troli&#232;re de 1973 et 1977 semblent montrer la mont&#233;e en puissance du Tiers Monde et des non align&#233;s. En fait, l'offensive du nouveau G7 va inverser la tendance. Cette offensive s'appuie sur les contradictions et le discr&#233;dit de nombreux r&#233;gimes autoritaires et r&#233;pressifs. Elle utilise une nouvelle arme redoutable, la gestion de la crise de la dette pr&#233;par&#233;e et utilis&#233;e comme une mani&#232;re de mettre au pas politiquement, et un par un, les pays du Sud. Le mod&#232;le de d&#233;veloppement impos&#233; repose sur l'ajustement structurel de chaque soci&#233;t&#233; &#224; un march&#233; mondial dont la r&#233;gulation est assur&#233;e par la libert&#233; de circulation des capitaux qui fonde la logique du march&#233; mondial des capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction entre le nouvel &#233;lan et la restauration se prolonge. Apr&#232;s Mai 1968, s'ouvre une p&#233;riode de fortes tensions entre la progression des formes et des id&#233;es qui en sont issues, porteuses de nouvelles modernit&#233;s, et les r&#233;ponses conservatrices des pouvoirs en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions, pr&#233;monitoires et inachev&#233;es, d&#233;bouchent souvent, par leur &#233;chec relatif, sur des r&#233;pressions et des r&#233;cup&#233;rations. L'ordre moral redresse la t&#234;te, en France et dans le monde ; la vertu de l'autorit&#233; est r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; l'infini ; la l&#233;gitimit&#233; des rapports de domination est r&#233;affirm&#233;e. Apr&#232;s les &#233;v&#232;nements r&#233;volutionnaires, s'ouvre souvent une p&#233;riode de reflux, voire de restauration. La soci&#233;t&#233; fran&#231;aise est coutumi&#232;re du fait, comme nous le rappelle la R&#233;volution de 1789, la Commune en 1871, le Front Populaire en 1936. Ainsi de Mai 68 qui verra la fougue des libert&#233;s retourn&#233;e dans l'individualisme, la passion de l'&#233;galit&#233; recycl&#233;e dans l'&#233;litisme, l'amour de l'universel confondu dans l'occidentalisation, l'imagination canalis&#233;e par la marchandisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les impulsions nouvelles continuent &#224; cheminer. Malgr&#233; les proc&#232;s renouvel&#233;s, la haine des bien-pensants et la r&#233;cup&#233;ration d&#233;brid&#233;e des publicitaires, la signification subversive de Mai 68 n'a pas disparu. Les nouveaux mouvements sociaux ont renouvel&#233; les mobilisations, la citoyennet&#233; a reconquis le droit de cit&#233;, le collectif et le social peuvent se nourrir de l'autonomie individuelle, la critique des rapports de domination a ouvert de nouveaux espaces d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68, p&#233;riode de remise en cause radicale, fait remonter &#224; la surface les questions non r&#233;solues des r&#233;volutions pr&#233;c&#233;dentes. Rappelons les interrogations du mouvement de la d&#233;colonisation et notamment la question de la souverainet&#233; populaire et de la nature des Etats-Nations. Rappelons aussi les interrogations n&#233;es de la r&#233;volution de 1917, et notamment la question de la d&#233;mocratie et des libert&#233;s. Rappelons enfin les interrogations n&#233;es des luttes ouvri&#232;res des ann&#233;es 1930 et notamment la question de la d&#233;mocratie dans l'entreprise et du rapport entre les mouvements sociaux et la citoyennet&#233;. Il reste aujourd'hui &#224; s'interroger sur les limites du mod&#232;le keyn&#233;sien, du sovi&#233;tisme et des mod&#232;les issus des lib&#233;rations nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats sur la transformation des soci&#233;t&#233;s, et du monde, sont toujours d'actualit&#233;. L'impens&#233; non r&#233;solu est la question de la d&#233;mocratie qui reste &#224; d&#233;finir. C'est sur cette question que porte l'affrontement. Les Etats-Unis ont mis en avant la d&#233;mocratie intimement li&#233;e au march&#233; capitaliste et l'id&#233;ologie spectaculaire des droits de l'homme. Cette pr&#233;tention cynique ne permet pas de masquer les d&#233;nis de justice qui minent la d&#233;mocratie. Elle rel&#232;ve, comme l'a montr&#233; Jacques Ranci&#232;re, de la haine de la d&#233;mocratie par ceux l&#224;-m&#234;mes qui s'en gargarisent. La d&#233;testation de Mai 68 marque toujours les amoureux de l'ordre et des normes qu'une brise de libert&#233; affole, les classes dominantes qui ont eu si peur et qui sont toujours, depuis, inqui&#232;tes de ne pas voir venir une r&#233;volte inattendue. Les nouveaux conservatismes relancent le d&#233;bat sur Mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau mouvement anti-syst&#233;mique, le mouvement altermondialiste prolonge et renouvelle les ruptures pr&#233;c&#233;dentes, celle de la d&#233;colonisation, celles de la r&#233;volution de 17, celles du mouvement ouvrier des ann&#233;es 30, celle de Mai 68. Sur la lanc&#233;e de Mai 68, il propose : le refus de la fatalit&#233; en affirmant un autre monde possible ; les activit&#233;s de forums sociaux autog&#233;r&#233;es ; la convergence des mouvements sociaux dont beaucoup se sont affirm&#233;s dans cette p&#233;riode ; une alternative &#224; la r&#233;gulation du monde et de chaque soci&#233;t&#233; par le march&#233; mondial des capitaux, celle de l'acc&#232;s aux droits pour tous qui renoue avec la passion de l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de Mai 68 est close, mais les ondes de choc qu'elle a d&#233;clench&#233;es n'ont pas fini de produire leurs effets et leurs contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie restreinte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail a b&#233;n&#233;fici&#233; du soutien pr&#233;cieux d'Elise Massiah&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Genevi&#232;ve DREYFUS-ARMAND, Laurent GERVEREAU (dir.), Mai 68. Les mouvements &#233;tudiants en France et dans le monde, Paris, Biblioth&#232;que de Documentation Internationale Contemporaine, 1988, 304p.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Genevi&#232;ve DREYFUS-ARMAND, Robert FRANCK, Marie-Fran&#231;oise LEVY, Michelle ZANCARINI-FOURNEL (dir.), Les ann&#233;es 68. Le temps de la contestation, Paris/Bruxelles, IHTPE-CNRS / Complexe, coll. &#171; Histoire du temps pr&#233;sent&#187;, 2000, 525p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Georges DUBY (dir.), Atlas Historique Mondial, Paris, Editions Larousse, 2006, 350p.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Christine FAURE, Mai 68. Jour et Nuit, Paris, D&#233;couvertes Gallimard, n&#176;350, 1998, 127p.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Serge MALLET, La nouvelle classe ouvri&#232;re, Paris, Le Seuil, coll. Politique, 1969, 256p.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Al MASSIRA, La r&#233;volte des &#233;tudiants &#233;gyptiens, Paris, Editions Masp&#233;ro, 1972, 84p.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; POLITIS, Mai 68, le bel h&#233;ritage, Paris, Politis n&#176; 962/964, juillet 2007, 48p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Jacques RANCIERE, La haine de la d&#233;mocratie, Paris, Editions La Fabrique, 2005, 112p.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Kristin ROSS, Mai 68 et ses vie ult&#233;rieures (2002), Paris/Bruxelles, Le Monde Diplomatique/ Editions Complexe, 2005, 256p. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Michel TREBITSCH, Voyages autour de la R&#233;volution, Les circulations de la pens&#233;e critique de 1956 &#224; 1968, in Les ann&#233;es 68, le temps de la contestation cit&#233; ci-dessus, 19p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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