<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.alterinter.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="en">
	<title>Alternatives International</title>
	<link>https://www.alterinter.org/</link>
	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
	<language>en</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.alterinter.org/spip.php?id_auteur=1275&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Alternatives International</title>
		<url>https://www.alterinter.org/local/cache-vignettes/L144xH42/siteon0-c616d.png?1749672047</url>
		<link>https://www.alterinter.org/</link>
		<height>42</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="en">
		<title>Hezbollah : itin&#233;raires crois&#233;s</title>
		<link>https://www.alterinter.org/?Hezbollah-itineraires-croises</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.alterinter.org/?Hezbollah-itineraires-croises</guid>
		<dc:date>2008-03-17T13:31:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator> Nicolas Qualander</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; L'Islam n'est pas plus incapable qu'une autre id&#233;ologie de s'adapter ou d'&#234;tre adapt&#233;e &#224; des r&#233;alit&#233;s nouvelles. Les peuples musulmans, avec ou sans l'islam, peuvent progresser ou r&#233;trograder, leurs gouvernements &#234;tre totalitaires ou lib&#233;raux, leurs masses ouvertes &#224; de multiples courants de pens&#233;e ou fanatiquement attach&#233;s au conformisme envers des dogmes anciens ou nouveaux. Cela d&#233;pendra de bien des facteurs, dont l'h&#233;ritage culturel musulman, beaucoup plus vari&#233; qu'on ne le cro&#238;t, n'est qu'un &#233;l&#233;ment qui est loin d'&#234;tre le plus fort. La partie n'est pas jou&#233;e, elle n'est pas perdue d'avance. &#187; (1)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-L-arc-des-crises-" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'Islam n'est pas plus incapable qu'une autre id&#233;ologie de s'adapter ou d'&#234;tre adapt&#233;e &#224; des r&#233;alit&#233;s nouvelles. Les peuples musulmans, avec ou sans l'islam, peuvent progresser ou r&#233;trograder, leurs gouvernements &#234;tre totalitaires ou lib&#233;raux, leurs masses ouvertes &#224; de multiples courants de pens&#233;e ou fanatiquement attach&#233;s au conformisme envers des dogmes anciens ou nouveaux. Cela d&#233;pendra de bien des facteurs, dont l'h&#233;ritage culturel musulman, beaucoup plus vari&#233; qu'on ne le cro&#238;t, n'est qu'un &#233;l&#233;ment qui est loin d'&#234;tre le plus fort. La partie n'est pas jou&#233;e, elle n'est pas perdue d'avance. &#187; (1)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La tendance renvers&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de juillet et ao&#251;t 2006, qui ont vu le projet isra&#233;lien de mise au pas de la r&#233;sistance libanaise &#233;chouer, font figure de s&#233;isme politique. Il faudra bien du temps pour mesurer combien les cadres historiques de r&#233;f&#233;rences politiques ont &#233;t&#233; boulevers&#233;s par cette guerre des trente-trois jours. Isra&#235;l souffre aujourd'hui d'une crise politique, militaire, morale et symbolique : pour la premi&#232;re fois, l'arm&#233;e isra&#233;lienne a subi une d&#233;faite d'ampleur. Elle restait pourtant l'un des fondements politiques de sa puissance, et tenait jusque-l&#224; une place centrale dans l'organisation m&#234;me de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec militaire s'est combin&#233; avec une d&#233;faite politique certaine : celle d'Isra&#235;l, bien s&#251;r, qui n'a pu r&#233;duire &#224; n&#233;ant l'appareil politico-militaire de Hezbollah (Parti de Dieu), mais aussi celle des &#201;tats-Unis, qui n'ont pu imposer &#224; la Communaut&#233; internationale et au gouvernement libanais le d&#233;ploiement de troupes de l'OTAN, dont le mandat aurait &#233;t&#233; de d&#233;sarmer la milice populaire chi'ite. La r&#233;solution 1701, pourtant lourde de danger pour la r&#233;sistance libanaise, appara&#238;t comme un cadre &#224; minima pour les puissances occidentales, la France compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Liban se retrouve depuis l'automne 2004 au c&#339;ur du red&#233;ploiement colonial occidental : la r&#233;solution 1559, exigeant le retrait syrien du Liban et le d&#233;sarmement de toutes les milices libanaises, conjointement r&#233;dig&#233;e par la France et les &#201;tats-Unis, a consid&#233;rablement divis&#233; la classe politique libanaise, et a cr&#233;&#233; de nouvelles divisions communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Forces du 14 mars, constitu&#233;es pour l'essentiel des Forces libanaises de Samir Geagea, chr&#233;tiennes, du Parti socialiste progressiste de Walid Jounblatt, druze, du Courant du Futur de Saad Hariri, sunnite, mais aussi du Mouvement de la Gauche d&#233;mocratique, une scission du Parti communiste libanais, se sont retrouv&#233;es &#234;tre depuis deux ans les principaux appuis de l'offensive politique occidentale au Liban : demandant le retrait des troupes syriennes, elles plaidaient &#233;galement pour le d&#233;sarmement de la r&#233;sistance libanaise au sud, satisfaisant ainsi indirectement aux revendications isra&#233;liennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Coalition du 8 mars, men&#233;e par le Hezbollah, trouvant sa base sociale majoritaire dans la communaut&#233; chi'ite, mais soutenue &#233;galement par des forces pro- syriennes trouvant leurs appuis dans une partie des communaut&#233;s sunnites et chr&#233;tiennes, r&#233;pondit &#224; cette offensive en r&#233;affirmant la dimension arabe du Liban, et la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;server une ligne politique allant &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts am&#233;ricano-isra&#233;liens dans la r&#233;gion. Cela signifiait aussi pour elle de garder intact le partenariat strat&#233;gique de Hezbollah avec l'Iran et la Syrie. Pendant deux ans, le Parti communiste libanais tenta de trouver une ligne politique anti-imp&#233;rialiste &#233;quilibr&#233;e, soutenant clairement la r&#233;sistance islamique au sud-Liban, plaidant pour le maintien des armes de cette derni&#232;re, mais demandant n&#233;anmoins le retrait total des troupes syriennes, et ne taisant pas ses critiques sur le caract&#232;re dictatorial du r&#233;gime baathiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur cette bi-polarisation du champ politique libanais qu'am&#233;ricains, fran&#231;ais et isra&#233;liens comptaient pour affaiblir l'organisation chi'ite, devenue, depuis 2000 et le retrait unilat&#233;ral des troupes isra&#233;liennes du sud-Liban le centre n&#233;vralgique des aspirations populaires arabes &#224; une r&#233;sistance anti-coloniale cons&#233;quente. L'ambition d'&#233;craser la r&#233;sistance libanaise, outre le fait qu'elle aurait &#233;t&#233; un pr&#233;lude certain &#224; une attaque g&#233;n&#233;ralis&#233;e contre l'Iran et la Syrie, correspondait aussi &#224; une volont&#233; d'en finir pour longtemps avec toute perspective d'opposition r&#233;elle aux plans am&#233;ricains de Grand Moyen-Orient, et aux vis&#233;es expansionnistes isra&#233;liennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors, c'&#233;tait l&#224; sous-estimer la capacit&#233; de Hezbollah a assurer le lien entre la construction d'une r&#233;sistance militaire forte et le d&#233;veloppement d'alliances politiques larges, capables d'outrepasser la logique de bi-polarisation politique et confessionnelle. La construction du consensus national est chez Hezbollah un leitmotiv. La guerre des trente-trois jours a vu se combiner la r&#233;sistance politico-militaire de Hezbollah, un front politique large de soutien &#224; la r&#233;sistance, et une r&#233;sistance sociale n'ayant pas comme seules bases la communaut&#233; chi'ite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis f&#233;vrier 2006, le Hezbollah s'est engag&#233; dans une logique de partenariat politique avec le Courant patriotique libre du g&#233;n&#233;ral Aoun, organisation chr&#233;tienne farouchement anti-syrienne &#224; l'origine, aujourd'hui alli&#233;e au Hezbollah pour faire contrepoids au bloc Hariri avec lequel elle est en rivalit&#233; et oppos&#233;e d&#233;sormais &#224; une ligne de collaboration politique avec l'occident. Le soutien d'une partie de la communaut&#233; chr&#233;tienne pendant le conflit s'est av&#233;r&#233; &#234;tre central, l'objectif strat&#233;gique &#233;tant d'&#233;viter toute polarisation confessionnelle qui viendrait amoindrir les capacit&#233;s de la r&#233;sistance au sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, un Front national de la r&#233;sistance se mit rapidement en place au mois de juillet 2006 : il regroupait le Hezbollah, le Parti communiste libanais, qui dans son appel du 29 juillet appelait &#224; &#171; reprendre les armes &#187;, le Parti du peuple de Najih Wakim, une organisation nationaliste arabe de gauche, &#224; majorit&#233; chr&#233;tienne grecque-orthodoxe, la Troisi&#232;me force de l'ancien premier ministre S&#233;lim Hoss, et d'autres forces nationalistes arabes ou de gauche plus petites. Il y eut donc constitution d'un front politique d&#233;passant les seuls partis pro- syriens : le courant de Aoun pers&#233;v&#233;ra dans sa politique de solidarit&#233; avec le Hezbollah, tandis qu'une coordination militaire s'&#233;tablit au sud et &#224; Baalbeck, dans l'est du pays, entre la r&#233;sistance islamique et les groupes arm&#233;es issus du Parti communiste et de Amal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un large r&#233;seau multi- confessionnel d'Organisations non-gouvernementales, avec une base g&#233;n&#233;rationnelle particuli&#232;rement jeune, par exemple regroup&#233;e dans une structure nomm&#233;e as-Samidoun, s'orienta dans un travail social de solidarit&#233; avec les r&#233;fugi&#233;s libanais sur une ligne politique de soutien &#224; la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut donc une interaction entre d'une part, la soci&#233;t&#233; de r&#233;sistance populaire hezbollahi constitu&#233;e de ses branches politiques, militaires (la r&#233;sistance islamique) et sociales (le r&#233;seau de fondations destin&#233;es aux Martyrs, aux bless&#233;s et aux r&#233;fugi&#233;s) et, d'autre part, une r&#233;sistance politique et sociale large d&#233;passant les clivages communautaires et associant notamment sunnites et chr&#233;tiens. Elle contribua &#224; l'&#233;chec du plan am&#233;ricano-isra&#233;lien, qui ne sut pas trouver au Liban m&#234;me les appuis politiques dont il avait besoin pour briser la r&#233;sistance. Il s'agit l&#224; d'une rupture d'avec le cadre des ann&#233;es 1970 et 1980, o&#249; Isra&#235;l avait pu s'appuyer sur une partie de la communaut&#233; chr&#233;tienne maronite pour intervenir au Liban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance est donc renvers&#233;e, et la longue succession des d&#233;faites arabes, celle &#171; qui courbe les esprits et les c&#339;urs &#187; (2), semble pouvoir &#234;tre rompue. Les &#233;v&#233;nements de juillet et ao&#251;t 2006 ont par ailleurs r&#233;v&#233;l&#233; les contradictions et les singularit&#233;s de Hezbollah, qui se distingue d&#233;sormais de l'ensemble de la galaxie islamiste : sa capacit&#233; &#224; d&#233;velopper des alliances larges, sur le long terme, avec des structures politiques s&#233;culi&#232;res et &#224; d&#233;passer certains clivages confessionnels propres &#224; la Nation libanaise l'obligent &#224; des r&#233;ajustements strat&#233;giques d'ampleur. Comme le souligne l'historien et &#233;conomiste libanais Georges Corm, &#171; le discours patriotique et nationaliste de cette r&#233;sistance libanaise devrait, &#224; la longue, infl&#233;chir les diff&#233;rentes rh&#233;toriques islamistes pour les faire sortir de leur aspect d&#233;lirant et les faire entrer dans les diff&#233;rentes r&#233;alit&#233;s nationales, locales et panarabes. &#187;. (3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une histoire plurielle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hezbollah est d'embl&#233;e un mouvement &#224; la crois&#233;e des chemins : sa longue gestation, de 1982 &#224; la publication de l'Appel aux d&#233;sh&#233;rit&#233;s en 1985, est l'effet combin&#233; de trois &#233;v&#233;nements centraux au Moyen-Orient, qui se t&#233;lescopent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, l'invasion du Liban par Isra&#235;l en 1982 et l'occupation du sud-Liban depuis 1979. Deuxi&#232;mement, les effets de la R&#233;volution iranienne de 1979 sur le paysage politique arabe. Troisi&#232;mement, l'affirmation politique des communaut&#233;s chi'ites au cours des ann&#233;es 1960 et 1970, que cela soit au Liban avec le Mouvement des d&#233;sh&#233;rit&#233;s de l'imam Moussa Sadr ou en Irak avec le parti chi'ite islamiste ad-Da'wa de Muhammad Baqir as-Sadr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;chec historiques du nationalisme arabe nass&#233;rien et baathiste, symbolis&#233; par la d&#233;faite arabe de 1967 face &#224; Isra&#235;l, ainsi que par l'alignement du pr&#233;sident &#233;gyptien Anouar as-Sadate sur les am&#233;ricains et les isra&#233;liens, la r&#233;volution iranienne de 1979 fait alors office de symbole pour le monde arabe : combinant une rh&#233;torique anti-imp&#233;rialiste et tiers-mondiste &#224; une &#233;tatisation d'un islam lu de mani&#232;re fondamentaliste, la R&#233;volution iranienne fait basculer nombres de jeunes militants de gauche ou nationalistes vers l'islamisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que bon nombre de cadres mao&#239;stes, notamment ceux d'une aile gauche du Fatah palestinien, la Katiba at-Tullabiya, la Brigade &#233;tudiante, vont peu &#224; peu passer &#224; l'islam, et en partie au Hezbollah. Ces m&#234;mes brigades &#233;tudiantes ont souffert par ailleurs de la confessionnalisation de la guerre civile libanaise, qui a &#233;galement touch&#233; la gauche. Elles refuseront ainsi de participer aux massacres et aux pillages du village chr&#233;tien de Damour en 1978, orchestr&#233;s en partie par le Parti socialiste progressiste : &#171; Courant marxiste proche du mao&#239;sme, regroupant principalement des militants palestiniens et libanais, il s'est illustr&#233; par ses faits d'armes contre l'arm&#233;e isra&#233;lienne au sud- Liban depuis 1976, mais surtout durant la premi&#232;re invasion isra&#233;lienne en 1978. Ce courant se caract&#233;risait &#233;galement par une certaine vivacit&#233; intellectuelle, l'abondance de ses d&#233;bats et questionnements. En qu&#234;te d'une th&#233;orie r&#233;volutionnaire adapt&#233;e au contexte civilisationel arabo-musulman, ces militants vont &#234;tre conduits &#224; une red&#233;couverte de l'islam. &#187; (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; de la frange mao&#239;ste et gauchisante, de nombreux courants participent &#224; la formation du Hezbollah : les membres libanais du parti islamiste irakien en exil ad-Da'wa, favorables &#224; l'&#233;dification d'un &#201;tat islamique par la prise du pouvoir. Des groupes comme l'Union libanaise des &#233;tudiants musulmans ou le Rassemblement des Oul&#233;mas de la Bekaa. Les partisans de l'Imam Muhammad Hussein Fadlallah, religieux chi'ite particuli&#232;rement populaire officiant dans la banlieue sud de Beyrouth et dont les th&#232;ses sont &#224; la crois&#233;e du revivalisme islamique et d'une forme de tiers-mondisme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Fadlallah qui, parmi les premiers, en 1988, th&#233;orisera l'impossibilit&#233; pratique de l'&#201;tat islamique au Liban, et qui avancera &#224; l'&#233;poque le concept de &#171; Dawlat al-Insan &#187;, &#171; l'&#201;tat humaniste &#187;, fond&#233; sur la d&#233;confessionnalisation du syst&#232;me politique libanais. Enfin, la cr&#233;ation de Hezbollah est li&#233;e organiquement &#224; la scission qui affecte le mouvement chi'ite Amal. Amal, acronyme de D&#233;tachement de la r&#233;sistance libanaise, est la branche arm&#233;e du Mouvement des d&#233;sh&#233;rit&#233;s de l'Imam Moussa Sadr, d&#233;c&#233;d&#233; en 1978. A l'origine, en 1974, le Mouvement des d&#233;sh&#233;rit&#233;s se veut le parti de l'affirmation des chi'ites en tant que communaut&#233; politique. Les chi'ites sont en effet l'un des groupes confessionnels parmi les plus pauvres du Liban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont sous-repr&#233;sent&#233;s politiquement, regroup&#233;s essentiellement dans le sud du Liban, mais aussi dans l'est, autour de la ville de Baalbeck, et dans la banlieue sud de Beyrouth. Il n'y a pas d'orientation id&#233;ologique claire dans Amal, qui regroupe indistinctement des chi'ites allant de la droite la plus conservatrice &#224; l'extr&#234;me-gauche. Toujours est-il qu'en 1982, pr&#232;s de 500 militants regroup&#233;s autour de Hussein al-Mussawi, quittent Amal et cr&#233;ent Amal-islamique, qui constituera l'une des colonnes vert&#233;brales de Hezbollah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils contestent tant la ligne s&#233;culi&#232;re du nouveau dirigeant de Amal, Nabih Berri, que son retournement contre la r&#233;sistance palestinienne et libanaise, &#224; partir de 1982. La nouvelle formation b&#233;n&#233;ficia alors de l'entra&#238;nement militaire et de la coop&#233;ration politique des Gardes de la r&#233;volution islamique iraniens, install&#233;s principalement dans la plaine de la Bekaa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la nature profond&#233;ment hybride de Hezbollah, reposant sur les deux bases de l'islamisme chi'ite et de la question nationale : il h&#233;rite de cadres politiques qui ne sont pas tous issus de la matrice islamique, mais qui se sont tourn&#233;s vers une lecture politique de l'islam &#224; partir de l'&#233;chec de la gauche et du nationalisme, et sur une r&#233;appropriation d'un terreau culturel chi'ite qu'ils consid&#232;rent comme parfaitement mobilisable dans la lutte contre l'occupation. La proclamation de l'Appel aux d&#233;sh&#233;rit&#233;s, dans la mosqu&#233;e de Bir al'abd, au sud de Beyrouth, le 16 f&#233;vrier 1985, t&#233;moigne ainsi de cette double nature de Hezbollah : parti &#339;uvrant &#224; la lib&#233;ration des territoires occup&#233;s par Isra&#235;l, il reconna&#238;t &#233;galement son affiliation politique et id&#233;ologique &#224; Khomeyni et &#224; l'Iran, qui a donn&#233; son approbation au texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel plaide pour un &#201;tat islamique sur le mod&#232;le iranien, mais renonce toutefois &#171; &#224; l'imposer par la force &#187;. Il appelle ainsi &#224; &#171; pr&#233;server le Liban de toute d&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'Est ou de l'Ouest &#187;, &#224; &#171; d&#233;faire l'occupant sioniste &#187; et &#224; &#233;tablir &#171; un syst&#232;me politique &#233;manant du libre choix populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'attaque alors aux militants du Parti communiste libanais engag&#233;s dans le Front national de la r&#233;sistance libanaise, et est probablement responsable de la mort de deux de ses plus brillants intellectuels : Hussein Mroue et Mahdi Amil. En m&#234;me temps, il se retrouve oppos&#233; &#224; la Syrie et &#224; son principal alli&#233; Amal, lorsque celui-ci engage la Guerre des camps contre l'OLP, en 1985. Il prend alors explicitement parti pour les droits des palestiniens au Liban, quitte &#224; se mettre &#224; dos le r&#233;gime de Damas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que peu &#224; peu que le profil nationaliste de Hezbollah prend l'ascendant sur son aspect int&#233;griste : son int&#233;gration au syst&#232;me parlementaire libanais, suite aux Accords de paix de Taef en 1990 en est l'un des signes majeurs. Seul parti politique autoris&#233; &#224; garder ses armes, il prend de facto le leadership politique et militaire de la r&#233;sistance dans le sud occup&#233; : c'est pourquoi il ressent &#224; ce moment la n&#233;cessit&#233; de composer avec le reste du spectre politique libanais, la construction d'un consensus national pour prot&#233;ger la r&#233;sistance &#233;tant une condition sine qua non de son existence en tant qu'organisation politico-militaire. C'est au cours des ann&#233;es 1990 que son nouveau secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Hassan Nasrallah, impulse une ligne plus ouverte, et renonce officiellement &#224; la perspective d'un &#201;tat islamique au Liban. Il y a donc un rapport &#233;troit entre son ouverture progressive aux autres composantes politiques et sociales libanaises et sa propulsion au titre de premier parti de la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations avec les organisations de gauche et nationalistes reprennent &#224; cette &#233;poque, et le Hezbollah appelle &#224; une Conf&#233;rence de soutien &#224; la r&#233;sistance &#224; l'H&#244;tel Bristol, &#224; Beyrouth, le 18 ao&#251;t 1997, qui regroupera 27 organisations politiques de gauche et nationalistes. Dans le domaine militaire, la cr&#233;ation de la Brigade libanaise de r&#233;sistance &#224; l'occupation permet, &#224; partir de 1996, &#224; de jeunes militants d'autres confessions ou d'autres orientations politiques de participer aux activit&#233;s de r&#233;sistance au sud au c&#244;t&#233; de la R&#233;sistance islamique, la branche militaire de Hezbollah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenant pr&#232;s de 2000 membres, les Brigades regroupent alors 38 % de sunnites, 25 % de chi'ites, 17 % de chr&#233;tiens et 20 % de druzes, alors que la composition de Hezbollah reste exclusivement chi'ite. Enfin, Hezbollah participe en 1994 &#224; la cr&#233;ation de la Conf&#233;rence nationaliste et islamique, structure pan-arabe regroupant organisations islamistes, nationalistes et de gauche, destin&#233;e &#224; trouver des points d'accord tactiques et programmatiques entre les diff&#233;rents groupes autrefois oppos&#233;s. Elle se r&#233;unit encore, tous les quatre ans. Lorsqu'en mai 2000, le premier ministre isra&#233;lien Ehud Barak prend la d&#233;cision de retirer unilat&#233;ralement ses troupes du sud-Liban, Hezbollah en tire les dividendes politiques : une large partie des libanais consid&#232;re alors que sans la r&#233;sistance du Hezbollah, le retrait isra&#233;lien n'aurait jamais eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; l'instar d'autres mouvements islamistes, le Hezbollah a construit progressivement une h&#233;g&#233;monie au sein de la population libanaise, qui en fait un acteur social autant que politique. Son travail s'oriente en effet dans quatre domaines : le politique, le militaire, le social et le culturel. Sa direction politique rel&#232;ve d'une structure complexe, compos&#233; de trois organes : un bureau politique, un comit&#233; ex&#233;cutif, et un majlis ash-Shoura (Assembl&#233;e consultative), &#224; quoi s'ajoutent plusieurs commandements locaux. La R&#233;sistance islamique, sa branche militaire, comprend entre 3 000 et 15 000 miliciens, selon les estimations, ce &#224; quoi il faudrait ajouter ses propres r&#233;seaux de renseignements. Elle fait figure de gu&#233;rilla, mais les op&#233;rations de juillet et ao&#251;t 2006 ont montr&#233; qu'elle faisait &#233;galement office d'embryon d'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, et qu'elle &#233;tait capable de soutenir un combat au sol de longue dur&#233;e (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de r&#233;sistance s'appuie &#233;galement tant sur un appareil m&#233;diatique - la t&#233;l&#233;vision al-Manar et la radio an-Nour - que sur un ensemble d'institutions sociales et caritatives palliant les manques de l'&#201;tat libanais, et que le Hezbollah qualifie lui-m&#234;me, de fait, de &#171; services publics &#187; : le Jihad al-Binaa, consacr&#233; &#224; la reconstruction des villages et quartiers d&#233;truits, approvisionne en outre en eau la banlieue sud de Beyrouth ; l'Organisation islamique de la sant&#233; g&#232;re plusieurs dizaines de dispensaires ; l'institution ash-shahid, prend en charge les familles ayant perdu des proches au combat ou sous les bombardements, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette h&#233;g&#233;monie politique, sociale et culturelle de Hezbollah dans la soci&#233;t&#233; libanaise est paradoxalement une h&#233;g&#233;monie sans domination, dans la mesure o&#249; cela ne semble plus s'inscrire dans une strat&#233;gie de prise du pouvoir politique et d'&#233;crasement des forces politiques qui lui sont oppos&#233;es. Le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; de r&#233;sistance est par ailleurs indissociable de l'aide financi&#232;re apport&#233; par l'Iran au Hezbollah, d'un montant inconnu, mais estim&#233;e &#224; plusieurs dizaines de millions de dollars par an. Cependant, l'organisation chi'ite a ses propres ressources financi&#232;res autonomes, venant essentiellement de ses campagnes de souscription aupr&#232;s de donateurs libanais et &#233;trangers, venant notamment du Golfe et de la diaspora libanaise en Afrique, de la collecte annuelle de la Zakat (aum&#244;ne), ainsi que des revenus g&#233;n&#233;r&#233;s par ses investissements dans des projets immobiliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contradictions et convergences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Ali Fayyed, membre du Bureau politique de Hezbollah, et responsable du Centre consultatif pour l'&#233;tude et la recherche, le Think tanks du mouvement libanais, &#171; le Hezbollah a une dimension nationale, panarabe et islamique. La quatri&#232;me dimension est une dimension chi'ite. Cette dimension est une dimension purement doctrinale et id&#233;ologique. Ces dimensions se sont illustr&#233;es &#224; diff&#233;rents niveaux. Sa dimension nationale s'est illustr&#233;e sans ses relations avec les autres composantes libanaises. Sa dimension arabe s'est illustr&#233;e dans ses relations avec la Syrie et avec d'autres forces politiques arabes. Sa dimension islamique s'est illustr&#233;e par ses relations avec l'Iran. Les points de convergence avec les autres forces sont essentiellement la cause palestinienne et la lutte contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. &#187; (6) La pluralit&#233; d'identit&#233;s politiques revendiqu&#233;es par Hezbollah m&#234;me pose cependant question, car elle engendre un certain nombre de contradictions, caract&#233;ristiques des organisations islamo-nationalistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Hezbollah a fait des t&#226;ches de la lib&#233;ration nationale son leitmotiv principal : encore aujourd'hui, son attachement obstin&#233; et l&#233;gitime &#224; la question des territoires occup&#233;s par Isra&#235;l, &#224; savoir les Fermes de Chebaa et les Collines de Kfar Chouba, sa d&#233;fense des droits des palestiniens, font de lui l'une des principales organisations moyen-orientales ayant une pratique politique tout enti&#232;re orient&#233;e vers des objectifs nationaux et anti-coloniaux : n&#233;anmoins, le Hezbollah reste une organisation confessionnelle chi'ite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il lui faut donc assumer le fait que sa base sociale et militante reste exclusivement chi'ite, et qu'un non- chi'ite ne peut pas adh&#233;rer &#224; Hezbollah. Certes, il existe des cercles de sympathisants proches de Hezbollah : les Brigades libanaise de r&#233;sistance &#224; l'occupation en furent un exemple. Son groupe parlementaire a des d&#233;put&#233;s chr&#233;tiens et sunnites. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cela reste limit&#233;. Le Hezbollah se retrouve donc symboliquement propuls&#233;, dans l'imaginaire populaire et politique, au rang de premi&#232;re organisation arabe de r&#233;sistance, sa popularit&#233; d&#233;passe de loin les clivages confessionnels et politiques propres au monde arabe, alors m&#234;me que sa structure et sa composition m&#234;me restent purement chi'ites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Hezbollah pr&#244;ne officiellement l'abolition du syst&#232;me confessionnel et communautaire libanais, et ce depuis sa premi&#232;re participation aux &#233;lections l&#233;gislatives. D&#233;j&#224;, son programme &#233;lectoral de 1992 posait comme double priorit&#233; &#171; la lib&#233;ration du Liban de l'occupation sioniste et l'abolition du confessionnalisme politique &#187;. R&#233;clamant la cr&#233;ation d'un &#171; seul district &#233;lectoral au Liban &#187;, le programme &#233;lectoral de 1992 demandait &#233;galement &#171; l'abolition, au niveau administratif, du recrutement bas&#233; sur un niveau sectaire ou confessionnel &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce syst&#232;me qui favorise en partie le client&#233;lisme et la corruption, l'ensemble de la vie politique et sociale libanaise &#233;tant fond&#233; sur un m&#233;canisme de r&#233;partition des postes &#224; responsabilit&#233;s et des si&#232;ges d'&#233;lus sur la base des quotas confessionnels. Hors, encore une fois, le paradoxe est le suivant : le Hezbollah, qui a fait de l'abolition du syst&#232;me communautaire libanais l'un des points angulaires de son programme politique, en reste n&#233;anmoins l'un de ses principaux b&#233;n&#233;ficiaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'a pas ainsi engag&#233; de bataille frontale contre le communautarisme politique, n'h&#233;sitant pas &#224; reconduire &#224; leur poste o&#249; &#224; appeler &#224; voter pour les tenants du sectarisme confessionnel, notamment lors des derni&#232;res &#233;lections l&#233;gislatives libanaises, au printemps 2005. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; encore l'un des principaux reproches que lui adresse le Parti communiste libanais, qui s'est rapproch&#233; de Hezbollah sur de nombreuses autres questions. Pour Khaled Hadad&#233;, Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PCL, la relation avec Hezbollah est ambigu&#235;, car &#171; Hezbollah a deux visages : un visage positif qui est la r&#233;sistance, et un autre visage qui est celui de son appartenance religieuse et confessionnelle islamique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si aujourd'hui Hezbollah est d&#233;fait, ce sera la r&#233;sistance de Hezbollah qui sera d&#233;faite. La dimension confessionnelle sera intacte, et ce sera un p&#244;le d'attraction pour la reconstruction confessionnelle du Liban. Nous avons pu &#234;tre inquiets auparavant, mais nous le sommes moins maintenant, car le fait que Hezbollah r&#233;siste et se maintienne le fera &#233;voluer vers une plus grande ouverture dans les questions internes libanaises. Nous n'avons pas pu encore &#233;laborer avec Hezbollah une vision commune de la soci&#233;t&#233; libanaise. Aux derni&#232;res &#233;lections, ils se sont alli&#233;s au Parti de Walid Jounblatt, au Parti de Hariri et de la majorit&#233; actuelle, et aux Forces libanaises. Le seul qui s'est pr&#233;sent&#233; contre eux dans le sud, c'est le Parti communiste. Mais je pense et j'esp&#232;re que la situation actuelle am&#232;nera Hezbollah &#224; &#233;voluer y compris dans sa vision de l'organisation interne de la soci&#233;t&#233; libanaise, et dans un sens de r&#233;forme des institutions. &#187; (7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Son orientation socio-&#233;conomique oscille entre plusieurs tendances. D'une part, il est entr&#233; dans le gouvernement Siniora, en 2005, alors que ce dernier se situe dans la continuit&#233; n&#233;olib&#233;rale de la p&#233;riode Hariri, l'ancien Premier ministre libanais assassin&#233;, et qui n'eut de cesse d'accorder le Liban aux sir&#232;nes du FMI et de la Banque Mondiale. D'autre part, il a engag&#233; ses forces dans la manifestation pour la d&#233;fense des services publics, le 10 mai 2006, aux c&#244;t&#233;s du Courant patriotique libre du G&#233;n&#233;ral Michel Aoun et du Parti communiste libanais, et a contribu&#233; au succ&#232;s de la mobilisation, qui a r&#233;uni pour la premi&#232;re fois plusieurs centaines de milliers de personnes. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'appuyant sur une base sociale pauvre, il se situe officiellement dans la ligne de l'&#201;tat social fort, de type keyn&#233;sien, et de politique g&#233;n&#233;rale de redistribution des richesses nationales. Pour Ali Fayyad, &#171; l'&#201;tat devrait avoir un r&#244;le dans la protection des classes populaires. La pens&#233;e &#233;conomique islamique n'accepte pas l'&#233;conomie de march&#233;, sans contrainte. Elle n'est pas non plus favorable &#224; l'&#233;conomie &#233;tatiste, tel qu'on l'a vu dans les pays de l'est. Disons que l'esprit de l'&#201;tat providence est proche de l'esprit du mod&#232;le islamique, c'est l'id&#233;e d'un &#201;tat social fort et d'un march&#233; r&#233;gul&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des trois phases du capitalisme : le lib&#233;ralisme, l'&#201;tat providence et le n&#233;olib&#233;ralisme sauvage, la phase de l'&#201;tat providence est la plus proche de la n&#244;tre. (...) Nous voulons un &#201;tat qui a un parti pris pour les pauvres, contre les multinationales, contre les institutions &#233;conomiques internationales, contre la logique d'accumulation productiviste et capitaliste sans limite &#187; (8). Selon Ali Fayyed, le Hezbollah souhaite ainsi s'inscrire dans une certaine forme d'anti-n&#233;olib&#233;ralisme. C'est par ailleurs le seul mouvement islamique &#224; participer au Forums sociaux mondiaux, depuis 2003, et &#224; traduire et &#224; faire circuler les textes des FSM au sein de sa direction. Son Centre de recherche a par ailleurs fait traduire en arabe les textes de la th&#233;ologie de la lib&#233;ration sud-am&#233;ricaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'h&#233;site cependant pas &#224; collaborer avec des forces politiques qui lui sont oppos&#233;es en tout point, que cela soit sur la question de l'occupation, ou sur celle de la r&#233;forme politique et sociale de l'&#201;tat libanais. La s&#339;ur de Rafiq Hariri, Bahia, a &#233;t&#233; &#233;lue sur ses listes &#233;lectorales, alors qu'elle est oppos&#233;e &#224; Hezbollah, tant politiquement qu'&#233;conomiquement, et qu'elle est la repr&#233;sentante type de la bourgeoisie libanaise. Une question reste donc pos&#233;e : le Hezbollah sortira-t-il de la pratique classique des mouvements islamiques, qui ne voient la question sociale que sous l'angle du travail de charit&#233;, o&#249; parviendra-t-il &#224; avoir une pratique politique orient&#233;e vers ceux qu'il pr&#233;tend d&#233;fendre, &#224; savoir les classes les plus d&#233;sh&#233;rit&#233;es, qui constituent par ailleurs sa base sociale ? Cela impliquerait alors pour le Hezbollah de rompre politiquement avec certains de ses alli&#233;s d'hier, et de d&#233;finir plus distinctement ses alliances politiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
On oublie par ailleurs trop souvent que, tout au long des ann&#233;es 2004 et 2005, et suite &#224; l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafiq al Hariri, l'affrontement entre les Forces du 14 mars, anti-syriennes et pro-occidentales, et le Hezbollah et ses alli&#233;s, recoupait aussi un clivage social, qui perdurera dans l'avenir : &#171; Les partisans de la famille Hariri regroupent aujourd'hui la branche ultra-lib&#233;rale de la soci&#233;t&#233; libanaise, c'est-&#224;-dire le monde des affaires toutes communaut&#233;s confondues, hostiles par principe &#224; tout &#201;tat fort et redistributeur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du c&#244;t&#233; des partisans de la pr&#233;sence syrienne, pourtant, c'est bien l'&#201;tat fort et redistributeur qu'appellent de leurs v&#339;ux les partis chi'ites Hezbollah et Amal, le parti la&#239;que du Baath d'ob&#233;dience syrienne &#187; (9). La ligne de fracture ouverte apr&#232;s la mort de Rafiq al-Hariri ne tourne donc pas seulement autour de la question nationale, des armes de la r&#233;sistance et du r&#244;le de la Syrie. Elle est bien plus large, et recoupe la question sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'une des derni&#232;res contradictions reste bien s&#251;r celle des appuis ext&#233;rieurs de Hezbollah : li&#233; tactiquement &#224; la Syrie, qui voit dans le Hezbollah un moyen s&#251;r de continuer &#224; faire pression sur Isra&#235;l et les chancelleries occidentales, notamment concernant la question du Golan occup&#233;, l'organisation nationaliste chi'ite reste par ailleurs li&#233;e politiquement et id&#233;ologiquement &#224; l'Iran. Mais l&#224; aussi, les choses se r&#233;v&#232;lent plus compliqu&#233;es : le Hezbollah entretient des rapports avec toutes les composantes du r&#233;gime iranien, des r&#233;formistes de Khatami aux conservateurs les plus durs. Surtout, les quartiers et villages Hezbollah ne peuvent en rien &#234;tre compar&#233;s &#224; l'Iran : il n'y a plus d'imposition par Hezbollah d'un mod&#232;le islamique dans les quartiers, et on voit dans la banlieue sud de Beyrouth femmes voil&#233;es et femmes non-voil&#233;es se c&#244;toyer en toute tranquillit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout comme il est courant dans les zones tenues par Hezbollah de faire valoir sa diff&#233;rence : le Parti communiste libanais, comme Amal, ont une existence politique reconnue dans le sud-Liban. Le &#171; Hezbollahland &#187; n'est en aucun cas une parcelle de territoire iranien au Liban. Ses institutions sociales et caritatives sont ouvertes &#224; l'ensemble des communaut&#233;s libanaises. Le Hezbollah n'est plus un parti de r&#233;pression sociale et anti-d&#233;mocratique, et cela en raison de son pragmatisme qui veut qu'il construise le consensus national autour de lui pour prot&#233;ger les armes de la r&#233;sistance. Sa collaboration politique et militaire au sud avec le Parti communiste libanais, dans le cadre du Front de la r&#233;sistance, en juillet et ao&#251;t 2006, en t&#233;moigne &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconnaissant officiellement la Marja'ya (10) du conservateur iranien Khameney, il n'en reste pas moins que les militants du Parti de Dieu restent proches des positions plus ouvertes de l'Imam Fadlallah, qui reste oppos&#233; &#224; nombre de th&#232;ses iraniennes, notamment celle du wilayat al-faquih, la th&#233;orie du Juriste-guide impos&#233; arbitrairement par Khomeyni, et qui veut assurer &#224; la direction iranienne le leadership politique sur l'ensemble du monde chi'ite. Il y a donc un &#233;cart grandissant entre la pratique de Hezbollah, son profil interne, et son affiliation externe, iranienne. &#171; Le Hezbollah suit officiellement Khamenei en qui il voit le marja' du parti, et il entretient des relations chaleureuses avec l'Iran depuis les ann&#233;es 1980, &#233;poque o&#249; ce pays a contribu&#233; &#224; armer et &#224; entra&#238;ner la milice qui allait devenir le Hezbollah. Il se consulte r&#233;guli&#232;rement avec les dirigeants iraniens (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Iran a par ailleurs continu&#233; &#224; aider militairement la R&#233;sistance islamique, fournissant notamment des roquettes de son arsenal. Ces relations, toutefois, ne signifient nullement que l'Iran dicte en quoi que ce soit la politique du Hezbollah ni ses prises de position, ni qu'il soit en mesure de contr&#244;ler les actions de ce parti. Par ailleurs, les efforts iraniens visant &#224; infuser dans les milieux chi'ites libanais une identit&#233; pan-chi'ite irano-centr&#233;e se sont heurt&#233;s &#224; leur identit&#233; arabe et n'ont fait que renforcer le nationalisme libanais du Hezbollah lui-m&#234;me. &#187; (11) Les liens avec l'Iran semblent &#234;tre aujourd'hui plus pratiques et strat&#233;giques qu'id&#233;ologiques. Encore religieux, mais plus s&#251;rement politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recompositions politiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre de 33 jours confirme la centralit&#233; politique du Hezbollah au Moyen-Orient. Ouverte en 2000, suite au retrait des troupes isra&#233;liennes, elle prend d&#233;sormais une acuit&#233; particuli&#232;re, car elle traduit les diff&#233;rents modes de recompositions politiques au Moyen-Orient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant islamiste se retrouve aujourd'hui oblig&#233; de rev&#234;tir les habits complexes du nationalisme, ce qui le met face &#224; de r&#233;elles contradictions : en endossant des pans entiers des objectifs historiques des mouvements de lib&#233;ration nationale, il est d&#233;sormais contraint de r&#233;ajuster son programme, ses objectifs, et son corpus programmatique m&#234;me. La nationalisation du mouvement islamique, ou la formation de mouvements nationaux d'inspiration religieuse, a &#233;t&#233; concr&#233;tis&#233;&#233; tant par la victoire de Hamas aux &#233;lections l&#233;gislatives de janvier 2006 que par la victoire symbolique et politique de Hezbollah en juillet et ao&#251;t 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison avec le mouvement islamique des ann&#233;es 1980 est donc difficilement tenable : depuis les ann&#233;es 1990, on assiste tant &#224; une islamisation du discours nationaliste qu'&#224; une nationalisation et une arabisation du discours islamiste ; de plus, les cadres de collaboration entre la gauche, les nationalistes et les islamistes se sont multipli&#233;s, du fait de la non-r&#233;solution par ces trois courants de la question nationale dans le monde arabe. Il y a aujourd'hui une transversalit&#233; accrue entre ces trois courants, qui n'existait pas par le pass&#233;. Les discours de Nasrallah, pendant le conflit, faisaient plus de place aux questions libanaises et arabes, qu'&#224; celles d'une hypoth&#233;tique Oumma musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d&#233;sormais une circulation dynamique, des passages syst&#233;matiques, entre une nouvelle forme de pan- arabisme anti-colonial, un nationalisme territorial (palestinien, libanais), et un islam politique mobilis&#233; comme une arme culturelle dans le cadre de la lutte contre l'occupation. Le Hezbollah situe lui-m&#234;me son discours &#224; l'intersection de plusieurs identit&#233;s : confessionnelle - chi'ite, nationale-libanaise, transnationale-arabe, religieuse-islamique. Nass&#233;rien de gauche et r&#233;dacteur en chef d'un des principaux quotidiens libanais, al-Akhbar, Joseph Samaha estime que &#171; si on voit maintenant la situation, si on fait l'&#233;tat des lieux dans le monde arabe, les arabes aujourd'hui ont une grande demande d'un courant national, ou patriotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s la d&#233;faite du courant nationaliste arabe, on a cru &#224; un certain moment que la gauche pouvait remplir ce vide. Et elle ne l'a pas fait. Ce sont graduellement les islamistes qui ont rempli ce vide, avec toutes les transformations qu'ils ont connues, dans les ann&#233;es 1990, avec la fin de l'Union sovi&#233;tique, avec la fin de la guerre d'Afghanistan, avec le changement de la politique am&#233;ricaine, et avec les cadres qui venaient du mouvement de gauche et du mouvement nationaliste arabe. (...) Comme je connais pas mal le Hezbollah, ses cadres, chaque fois qu'on discute avec eux, on a l'impression que ce sont des nationalistes, et plus : que la mati&#232;re premi&#232;re, que la mati&#232;re premi&#232;re aurait pu &#234;tre, que la mati&#232;re premi&#232;re pourrait &#234;tre, celle d'un grand mouvement de gauche. &#187; (12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc plus un nationalisme en recomposition que la simple mont&#233;e de l'islamisme que le Hezbollah exprime : la nouvelle transversalit&#233; entre l'islam et le nationalisme d'une part, le changement g&#233;n&#233;rationnel symbolis&#233; par la mort de Yasser Arafat et la mont&#233;e en puissance de cadres n'exc&#233;dant pas les cinquante ans (le Premier ministre Isma&#235;l Hanniye en Palestine, Hassan Nasrallah au Liban), le fait &#233;galement que le leadership symbolique du nationalisme arabe passe du sunnisme au chi'isme, tout cela exprime un changement de p&#233;riode dont toutes les cons&#233;quences ne peuvent encore &#234;tre tir&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement qualitatif des mouvements islamistes symbolis&#233; par Hezbollah invite ainsi &#224; ne pas tirer d'analogies excessives avec le cadre des ann&#233;es 1970 et 1980, notamment avec l'Iran de Khomeyni : alors que la r&#233;volution iranienne s'est d&#233;velopp&#233;e dans un pays &#224; majorit&#233; musulmane, dans une p&#233;riode de pouss&#233;e forte du fondamentalisme islamique, la p&#233;riode ouverte par les ann&#233;es 1990 et 2000 marque la mont&#233;e de l'islamisme dans des espaces o&#249; il est oblig&#233; de composer avec un tissu social, politique et confessionnel qui le pousse &#224; accepter un certain consensus d&#233;mocratique, et &#224; composer avec d'autres forces : &#171; au Liban et en Irak, les chi'ites sont une courte majorit&#233; avec un complexe important de minorit&#233;s, et en Palestine le Hamas n'est que l'une des quatre plus importantes factions. Hezbollah doit partager le pouvoir et composer avec les sunnites, les chr&#233;tiens et les druzes, et, dans la m&#234;me logique, en Irak, les chi'ites doivent partager le pouvoir et composer avec les sunnites et les chr&#233;tiens ; en Palestine, le Hamas doit partager le pouvoir et composer avec le Fatah, le Djihad islamique, le FPLP et le FDLP. Dans ce cadre, les islamistes au Liban, en Palestine et en Irak sont exactement les oppos&#233;s des islamistes en Iran (...). La formidable diversit&#233; d&#233;mographique du Liban, de l'Irak et de la Palestine travaille beaucoup au d&#233;veloppement d'une soci&#233;t&#233; pluraliste et d'une culture politique cosmopolite. &#187; (13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'Hezbollah doit lui-m&#234;me &#234;tre compris dans un cadre &#224; la fois libanais et arabe : car ce sont la r&#233;alit&#233; sociale et multi- confessionnelle du Liban et l'arabit&#233; profonde de sa popularit&#233; qui lui imposent ses aggiornamentos pratiques et th&#233;oriques, de m&#234;me que c'est le tissu social, d&#233;mocratique et s&#233;culariste historique de la soci&#233;t&#233; palestinienne qui force le Hamas &#224; s'int&#233;grer au nationalisme politique de mani&#232;re consensuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait donc de ne peindre le Hezbollah ni en rouge, ni en brun (14), mais bien de saisir l'ensemble de ses contradictions et potentialit&#233;s, en tant que mouvement nationaliste d'inspiration religieuse. Car, comme l'&#233;crit Gilbert Achcar, &#171; la croissance du courant int&#233;griste, dans beaucoup sinon la plupart des cas, n'est pas d'abord l'expression d'un basculement &#224; droite de la soci&#233;t&#233;, comme le fut la mont&#233;e du fascisme en Europe (....) mais peut &#234;tre d'abord l'expression d'une radicalisation de la lutte nationale et d&#233;mocratique, d&#233;voy&#233;e et d&#233;form&#233;e (...). &#187; (15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements islamistes sont souvent compris comme ayant une base de masse compos&#233;e tant des classes moyennes et petites bourgeoises radicalis&#233;es que des classes les plus populaires et les plus opprim&#233;es. Avec une base sociale constitu&#233;e des classes rurales pauvres du sud et de l'est et des couches sociales pr&#233;caris&#233;es et urbanis&#233;es du sud de Beyrouth, il serait ainsi bien difficile de soutenir d&#233;cemment qu'Hezbollah repr&#233;sente les int&#233;r&#234;ts des &#233;lites libanaises. D'autant plus qu'en d&#233;pit de sa fortune colossale, le mouvement chi'ite s'est plut&#244;t distingu&#233; par le mode de vie simple et probe de ses dirigeants, et par leur renonciation aux privil&#232;ges mat&#233;riels, fait qui participe largement &#224; leur cr&#233;dit politique et qui se distingue de la corruption end&#233;mique des grandes familles politiques libanaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la principale critique de gauche qui peut &#234;tre adress&#233;e &#224; Hezbollah dans la p&#233;riode actuelle, c'est bien de ne pas mettre en ad&#233;quation la question nationale et la question sociale, alors que justement il dit &#234;tre le repr&#233;sentant des d&#233;sh&#233;rit&#233;s du Liban. Par deux fois, en 2000 et en 2005, il a finalement tendu la main aux &#233;lites libanaises chr&#233;tiennes et sunnites, alors que ces derni&#232;res n'ont eu de cesse, &#224; terme, de lui tirer dans le dos et de renouveler leur alliance avec l'occident, de demander son d&#233;sarmement et de capituler totalement sur les revendications nationales libanaises. Le PCL et la gauche nationale pensent ainsi que Hezbollah a dissip&#233; en partie les fruits de la victoire cons&#233;cutive au retrait isra&#233;lien, de 2000 &#224; 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils souhaitent le voir engager le combat une bonne fois pour toute contre le syst&#232;me confessionnel libanais qui est partie int&#233;grante du mode de domination n&#233;o-colonial du Liban. Toute la question &#233;tant de savoir si un mouvement tel que le Hezbollah, en vertu de ses profondes &#233;volutions, en est capable. Car lui-m&#234;me est divis&#233;, entre une tendance conservatrice plus ou moins issue des anciens cadres du parti Da'wa, encore attach&#233;s &#224; une vision conservatrice et r&#233;actionnaire des rapports sociaux, et une tendance plus jeune, plus ouverte, s'&#233;tant plus form&#233;e dans le cadre de la lutte contre l'occupation et de la question nationale que dans celui de la matrice int&#233;griste historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours de Hassan Nasrallah du 22 septembre 2006 semble effectivement dessiner une critique f&#233;roce du gouvernement libanais, appelant &#224; un nouveau gouvernement et &#224; une corr&#233;lation entre un &#201;tat juste et protecteur et une r&#233;sistance forte. La question de l'&#233;volution de Hezbollah est pos&#233;e par Nasrallah lui-m&#234;me : &#171; J'imagine qu'il sera possible, sur la base de l'exp&#233;rience de cette derni&#232;re guerre, de repenser beaucoup des id&#233;es et du programme de Hezbollah. (...) Cette donn&#233;e nouvelle laissera assur&#233;ment une marque tr&#232;s profonde sur la mentalit&#233; de Hezbollah, sur sa compr&#233;hension des choses, sur son fonctionnement, sur son action et sur ses relations. &#187; (16)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, depuis la fin de la guerre, le Hezbollah et les forces ayant soutenu la R&#233;sistance, de Michel Aoun au PCL, tentent de trouver une traduction et un d&#233;bouch&#233; politique interne &#224; la dynamique de r&#233;sistance nationale, en discutant ensemble d'un programme minimal de transition vers un &#201;tat combinant r&#233;sistance et d&#233;veloppement social. Ce qui suppose n&#233;cessairement, pour le PCL, l'abolition du syst&#232;me confessionnel et des quotas. Nul ne sait encore si ces discussions aboutiront, mais force est de constater la capacit&#233; du Hezbollah &#224; se laisser interroger par ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre du Liban fut aussi un r&#233;v&#233;lateur profond de l'alignement politique et id&#233;ologique des &#233;lites bourgeoises ou aristocratiques sur les projets am&#233;ricains. L'invitation de Tony Blair par le gouvernement libanais de Fouad Siniora &#224; peine un mois apr&#232;s la fin du conflit a par ailleurs profond&#233;ment &#233;chaud&#233; Hezbollah. Les ruptures qu'il sera ou non capable d'accomplir, la reconnaissance de ses v&#233;ritables adversaires et de ses r&#233;els alli&#233;s vont &#234;tre des tests d&#233;cisifs dans les mois et les ann&#233;es qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils d&#233;termineront &#233;galement l'avenir de l'islamo-nationalisme et des nouvelles formes de nationalisme arabe, qui se voient d&#233;sormais oblig&#233;s de d&#233;finir leur contenu politique, &#233;conomique et social : &#171; le but d'une politique de gauche est certainement la neutralisation des dynamiques r&#233;actionnaires qui se r&#233;clament de l'islam ; mais elle n'est pas que pure d&#233;nonciation, confrontation, guerre front contre front. (...) Elle est aussi interaction positive, &#233;change de flux dans la controverse, la r&#233;flexion, la pratique. (...) Ainsi, peut- &#234;tre sera mis &#224; jour une dynamique transversale de r&#233;sistance &#224; la modernit&#233; actuelle, une dynamique qui la transgresse et l'outrepasse. Et de laquelle seront parties prenantes des courants populaires se r&#233;clamant d'un Islam en rupture avec ses interpr&#233;tations r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant il est hypocrite d'appeler l'islam &#224; vivre avec son temps, autant il est imp&#233;rieux d'appeler un islam politique ouvert sur l'avenir &#224; d&#233;passer son temps. Mais la le&#231;on vaut aussi pour la gauche. &#187; (17). Toujours est-il qu'il faudra du temps pour saisir ce qui a chang&#233; : un rapport de force symbolique peut &#234;tre r&#233;&#233;quilibr&#233;, un nationalisme pan-arabe en pleine mutation, un monde arabe qui reprend peut-&#234;tre confiance en lui-m&#234;me, des mouvements politiques, qui, quels qu'ils soient, de la gauche aux islamistes, sont soumis d&#233;sormais &#224; de nouvelles questions, &#224; de nouvelles orientations, &#224; de nouvelles strat&#233;gies. Et les r&#232;gles du jeu ont peut &#234;tre chang&#233; : la peur est vaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Maxime Rodinson, L'islam, doctrine de progr&#232;s ou de r&#233;action ?, in Marxisme et monde musulman, &#201;ditions du Seuil, 1972, p. 129.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Rachad abu Shawar, Tous les &#233;l&#233;ments de la victoire, quotidien pan-arabe al-Quds al-arabi, 9 ao&#251;t 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Georges Corm, Entretien, Propos recueillis par Youssef A&#239;t Akdim, Tel Quel online, 24 septembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Walid Charara et Fr&#233;d&#233;ric Domont, Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste, &#201;ditions Fayard, 2004, p 93.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Il faut ajouter &#224; cela l'arsenal de roquettes, donn&#233;es encore &#224; 20 000 selon son Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, ainsi que l'ensemble des missiles &#224; longue et moyenne port&#233;e, fournis par l'Iran, et qui ne font d'habitude pas partie de l'arsenal &#171; classique &#187; des mouvements de gu&#233;rillas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Ali Fayyed, Entretien avec l'auteur, Centre consultatif pour l'&#233;tude et la recherche, Haret Hareik, Beyrouth, 10 f&#233;vrier 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Khaled Hadad&#233;, Entretien avec l'auteur et la D&#233;l&#233;gation internationale de solidarit&#233; avec le Liban, Beyrouth, 2 ao&#251;t 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Ali Fayyed, entretien avec l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Charles Abdallah, Un printemps, oui, mais pour qui ?, in O&#249; va le Liban ?, Revue Confluences M&#233;diterran&#233;e, num&#233;ro 56, hiver 2005- 2006, L'Harmattan, p 32.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. La marja'ya est la direction religieuse chi'ite. Il y a plusieurs marja'ya chez les chi'ites, la plus connue &#233;tant celle de l'Ayatollah Sistani en Irak. Le Hezbollah suit officiellement celle de l'Iran et de l'Ayatollah Khameney, bien que ses militants restent proches de l'Imam libanais Fadlallah, l'un des inspirateurs th&#233;oriques de Hezbollah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Lara Deeb, Une introduction au Hezbollah, &lt;a href=&#034;http://bellaciao.org/fr/article.php3&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://bellaciao.org/fr/article.php3&lt;/a&gt; ?id_article=31950, 4 ao&#251;t 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Joseph Samaha, Entretien avec l'auteur, si&#232;ge d'as-Safir, Hamra, 17 f&#233;vrier 2006. Jospeh Samaha est une importante personnalit&#233; intellectuelle de la gauche nationaliste libanaise et il a dirig&#233; pendant plusieurs ann&#233;es le quotidien de gauche as-Safir. Apr&#232;s un violent conflit politique au sein du Safir, tout au long de l'ann&#233;e 2005, il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; reprendre l'ancien quotidien du PCL, al-Akhbar, pour en faire la nouvelle tribune des id&#233;es de gauche au Liban, mais aussi de tous les courants attach&#233;s &#224; la r&#233;sistance. Le premier num&#233;ro de al-Akhbar est paru en plein conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Hamid Dabashi, Lessons from Lebanon : rethinking national liberation movement, Al-Ahram Weekly, 7-13 septembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Selon l'expression consacr&#233;e de Gilbert Achcar, &#171; ni fascisme, ni progressisme &#187;. A condition de consid&#233;rer aussi, en parall&#232;le, que l'histoire reste ouverte sur des possibles aussi n&#233;gatifs que positifs, selon la conjoncture pr&#233;sente, et de ne pas essentialiser les mouvements islamiques ou nationalistes dans un moyen terme &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Gilbert Achcar, L'orient incandescent. Le Moyen-Orient au miroir marxiste, &#201;ditions Page deux, 2003, p. 250.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Hassan Nasrallah, entretien avec Talal Salman, quotidien as- Safir, Beyrouth, 27 septembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Sadri Khiari et Mohamed Cherif-Ferjani, Trajectoires et paradoxes de l'islam politique. Contre l'orientalisme et l'orientalisme invers&#233;. In Contretemps n&#176; 12, f&#233;vrier 2005, &#201;ditions Textuel, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Qualander, doctorant en &#233;tudes politiques sur le Moyen-Orient, avait fait partie, en tant que repr&#233;sentant de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire (LCR, section fran&#231;aise de la IVe Internationale), de la d&#233;l&#233;gation internationale de solidarit&#233; envoy&#233;e au Liban fin juillet 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru originellement dans Inprecor, novembre 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
