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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>Mainmise des militaires sur les richesses </title>
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		<dc:date>2008-02-26T23:06:29Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ayesha SIDDIQA </dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Malgr&#233; la lev&#233;e de l'&#233;tat d'urgence le 15 d&#233;cembre par le pr&#233;sident pakistanais Pervez Moucharraf, les &#233;lections l&#233;gislatives du 8 janvier se d&#233;rouleront sous haute surveillance. Car, au-del&#224; des conflits politiques et des attentats &#8211; au moins sept cent soixante morts en 2007 &#8211;, l'&#233;tat-major est bien d&#233;cid&#233; &#224; conserver le contr&#244;le du pouvoir. D'autant que l'arm&#233;e a acquis, au cours des ann&#233;es, un r&#244;le &#233;conomique grandissant dont les officiers sup&#233;rieurs tirent d'importants revenus auxquels ils ne sont pas pr&#234;ts &#224; renoncer.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-L-arc-des-crises-" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; la lev&#233;e de l'&#233;tat d'urgence le 15 d&#233;cembre par le pr&#233;sident pakistanais Pervez Moucharraf, les &#233;lections l&#233;gislatives du 8 janvier se d&#233;rouleront sous haute surveillance. Car, au-del&#224; des conflits politiques et des attentats &#8211; au moins sept cent soixante morts en 2007 &#8211;, l'&#233;tat-major est bien d&#233;cid&#233; &#224; conserver le contr&#244;le du pouvoir. D'autant que l'arm&#233;e a acquis, au cours des ann&#233;es, un r&#244;le &#233;conomique grandissant dont les officiers sup&#233;rieurs tirent d'importants revenus auxquels ils ne sont pas pr&#234;ts &#224; renoncer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;cemment, un journal pakistanais a publi&#233; une enqu&#234;te montrant que les milieux d'affaires pr&#233;f&#232;rent un r&#233;gime dirig&#233; par des militaires [1]. Qui s'en &#233;tonnera ? Comme les autres &#233;lites, les grands capitalistes de ce pays s'accommodent tr&#232;s bien de ce que l'un des piliers du pouvoir soit l'arm&#233;e. Celle-ci s'estime d'ailleurs investie d'une mission : &#171; mettre au pas &#187; des civils frondeurs et suppos&#233;s moins patriotes qu'elle. C'est ce qu'elle a voulu faire de nouveau, le 3 novembre, lorsque le pr&#233;sident Pervez Moucharraf a suspendu la constitution et d&#233;cr&#233;t&#233; l'&#233;tat d'urgence (Emergency Plus). Le g&#233;n&#233;ral a pr&#233;tendu qu'il s'agissait de maintenir l'int&#233;grit&#233; de l'Etat contre des extr&#233;mistes religieux et des terroristes. En fait, cette d&#233;cision visait &#224; pr&#233;server l'extraordinaire pouvoir politique, et surtout &#233;conomique, de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si les forces arm&#233;es constituent le plus grand parti politique du pays, on sait moins qu'elles sont aussi une puissance &#233;conomique pesant 6 % du produit national brut (PNB), si ce n'est plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du Pakistan abonde en coups d'Etat. Mais c'est la premi&#232;re fois qu'un g&#233;n&#233;ral aura r&#233;cidiv&#233; en la mati&#232;re. M. Moucharraf s'est empar&#233; du pouvoir le 12 octobre 1999 en &#233;vin&#231;ant le chef d'un gouvernement civil, M. Nawaz Sharif. En novembre dernier, il n'eut &#224; &#233;carter personne mais simplement &#224; instaurer l'&#233;tat d'urgence, reconnaissant ainsi son propre &#233;chec dans la direction du pays. Il a r&#233;vis&#233; la loi militaire de 1952, de sorte que les militaires puissent arr&#234;ter des civils et les traduire devant des conseils de guerre sans mandat judiciaire. Les proc&#232;s se d&#233;rouleront m&#234;me &#224; huis clos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident pr&#233;tend que ces pouvoirs sp&#233;ciaux visent &#224; faciliter le combat contre le terrorisme et l'extr&#233;misme religieux : depuis quelques mois, les attentats-suicides et autres attaques contre les militaires se sont multipli&#233;s. Mais le g&#233;n&#233;ral Moucharraf en veut surtout &#224; la plus haute instance judiciaire du pays, accus&#233;e d'avoir fait lib&#233;rer soixante et un &#171; terroristes &#187; arr&#234;t&#233;s par les services de renseignement, encourageant ainsi l'extr&#233;misme. Quant &#224; la d&#233;cision prise par cette m&#234;me Cour supr&#234;me de convoquer, dans certains cas, de hauts responsables de la police, elle a &#233;t&#233; jug&#233;e &#171; d&#233;moralisante &#187; pour les forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une institution qui a chang&#233; de nature&lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;ral Moucharraf ne l'avouera pas, mais la lutte contre le terrorisme n'est qu'un pr&#233;texte pour restreindre l'ind&#233;pendance des magistrats et les libert&#233;s ordinaires. Les militants arm&#233;s qui combattent les forces de s&#233;curit&#233; dans les zones tribales du Waziristan nord et du Waziristan sud sont apparus avec l'appui des services de renseignement. Et, s'ils continuent de prosp&#233;rer, la faute n'en incombe pas au pouvoir judiciaire, mais &#224; leur importance strat&#233;gique pour l'arm&#233;e : le 5 septembre 2006, celle-ci avait d'ailleurs conclu un accord avec eux et d&#233;cid&#233; de se retirer des zones qu'ils contr&#244;laient [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence vise prioritairement &#224; renforcer l'emprise des militaires sur l'Etat et la soci&#233;t&#233;. Apr&#232;s des ann&#233;es d'asservissement, la Cour supr&#234;me avait commenc&#233; &#224; d&#233;fendre ses pr&#233;rogatives et affirm&#233; sa volont&#233; de s'affranchir de l'autorit&#233; militaire. Le 8 mars 2007, le g&#233;n&#233;ral Moucharraf a limog&#233; le pr&#233;sident de cette Cour. Le mouvement des avocats, mouvement la&#239;que issu des couches moyennes, s'est mobilis&#233;, avec succ&#232;s, pour le sauver. Il revendique maintenant une lib&#233;ralisation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arracher le pays &#224; la dictature militaire, la plupart des observateurs comptent soit sur le Parti du peuple pakistanais (PPP) de Mme Benazir Bhutto, soit sur... l'arm&#233;e elle-m&#234;me. Revenue au pays apr&#232;s un accord conclu avec M. Moucharraf &#8211; qui la mettait &#224; l'abri de poursuites judiciaires pour faits de corruption &#8211;, Mme Bhutto pr&#233;tend maintenant s'opposer au tr&#232;s impopulaire limogeage des juges ; elle a d&#233;nonc&#233; l'&#233;tat d'urgence (qui a &#233;t&#233; lev&#233; le 15 d&#233;cembre). Le soutien populaire dont jouit son parti reste assez large, mais nombreux sont ceux qui &#233;prouvent &#224; son &#233;gard un certain malaise en raison des scandales attach&#233;s &#224; son nom et qui redoutent qu'une fois de plus elle ne change de position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est surtout difficile de croire que quiconque ait les moyens de d&#233;fier la dictature tant l'arm&#233;e reste l'institution la plus puissante du pays. Pourrait-elle jouer un r&#244;le dans le renversement du g&#233;n&#233;ral Moucharraf ? Par le pass&#233;, elle a destitu&#233; trois g&#233;n&#233;raux impopulaires, y compris deux chefs d'&#233;tat-major. Le premier dictateur militaire, le g&#233;n&#233;ral Ayub Khan, a &#233;t&#233; limog&#233; en 1969 apr&#232;s s'&#234;tre autoproclam&#233; mar&#233;chal : son impopularit&#233; &#233;tait si grande qu'il avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; contraint d'abandonner la direction de l'arm&#233;e &#8211; ce que M. Moucharraf vient de faire. En 1971, l'&#233;tat-major a oblig&#233; le chef des arm&#233;es, le g&#233;n&#233;ral Yahya Khan, &#224; remettre le pouvoir entre les mains d'un civil, Zulfikar Ali Bhutto. Enfin, le g&#233;n&#233;ral Mohammad Zia ul-Haq, le troisi&#232;me dictateur du Pakistan, est mort dans un myst&#233;rieux accident d'avion en ao&#251;t 1988. Il est donc possible d'envisager que l'arm&#233;e r&#233;pondra aux v&#339;ux de la population en trouvant le moyen de renverser M. Moucharraf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'arm&#233;e peut aussi, en fin de compte, opter pour la r&#233;pression. Car cette institution a chang&#233; fondamentalement de nature &#8211; les militaires sont devenus d'importants acteurs &#233;conomiques, et elle a des int&#233;r&#234;ts &#224; prot&#233;ger aussi dans ce secteur. Gr&#226;ce au g&#233;n&#233;ral Moucharraf, le corps des officiers sup&#233;rieurs est parvenu &#224; drainer les ressources de la nation bien au-del&#224; des budgets de la d&#233;fense nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chasser M. Moucharraf n'est pas le seul objectif de l'actuel combat pour la libert&#233; et la d&#233;mocratie qui se d&#233;roule dans les rues du Pakistan. Il s'agit aussi de renforcer le pouvoir judiciaire et celui des autres institutions civiles, de forger des instruments propres &#224; d&#233;fier le pouvoir militaire, ce qui n'est &#233;videmment pas du go&#251;t de la plupart des g&#233;n&#233;raux. L'&#233;tat-major n'entend se dessaisir d'aucun des pouvoirs qu'il d&#233;tient, directement ou indirectement, depuis 1958.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Ayub Khan, le premier &#224; avoir accapar&#233; le pouvoir politique, n'a &#233;t&#233; contraint &#224; d&#233;missionner qu'en 1969, laissant sa place &#224; un autre g&#233;n&#233;ral, Yahya Khan. Ce dernier a &#233;t&#233; limog&#233; &#224; son tour en 1971 apr&#232;s que l'Inde eut inflig&#233; aux forces pakistanaises une d&#233;faite humiliante, qui a abouti &#224; l'ind&#233;pendance du Bangladesh &#8211; jusque-l&#224; province orientale du Pakistan &#8211;, minant l'autorit&#233; morale des militaires et affaiblissant leur capacit&#233; &#224; r&#233;gner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'arm&#233;e a alors choisi de faciliter l'arriv&#233;e au pouvoir de Bhutto, c'est parce que celui-ci, tout en pr&#244;nant un &#171; socialisme islamique &#187;, partageait le programme nationaliste et droitier des militaires. Largement contest&#233;e, sa politique a ramen&#233; ceux-ci au pouvoir en juillet 1977. Ces quelques ann&#233;es d'interlude n'ont toutefois pas renforc&#233; la d&#233;mocratie. D'abord parce que les militaires continuaient, en sous-main, &#224; diriger le pays ; ensuite parce que d'importants secteurs des &#233;lites civiles sont rest&#233;s fid&#232;les &#224; l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#233;n&#233;raux pr&#233;tendent devoir intervenir pour sauver le pays de l'imp&#233;ritie des responsables politiques. Or leur premi&#232;re intervention (loi martiale de 1958) n'&#233;tait motiv&#233;e que par la soif du pouvoir, et celles qui l'ont suivie &#233;taient mues par un m&#233;lange d'ambitions politiques et &#233;conomiques. Aujourd'hui, la junte militaire est devenue l'un des principaux arbitres de la redistribution des richesses du pays, au b&#233;n&#233;fice notamment des officiers sup&#233;rieurs et de leurs alli&#233;s civils. Ce pouvoir &#233;conomique leur conf&#232;re une visibilit&#233; sociale &#224; laquelle les soldats professionnels ne peuvent g&#233;n&#233;ralement pas pr&#233;tendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de se promener dans les rues des principales villes pour prendre conscience de la place des militaires. On voit, bien s&#251;r, de nombreux monuments repr&#233;sentant diff&#233;rents types de missiles balistiques tr&#244;ner au centre de la plupart des villes, grandes et petites. Mais le passant pourra aussi acheter sur les march&#233;s locaux quantit&#233; de biens de consommation provenant d'entreprises que l'arm&#233;e contr&#244;le. Celles-ci ne produisent pas seulement des chars d'assaut, des avions ou des canons, mais aussi des c&#233;r&#233;ales, du porridge, de l'eau de Javel, de l'eau min&#233;rale, du b&#233;ton, de l'engrais chimique ou des tricots. En r&#233;alit&#233;, les forces arm&#233;es semblent plus aptes &#224; fabriquer des biens de consommation que des syst&#232;mes d'armement. Elles poss&#232;dent m&#234;me une banque destin&#233;e &#224; r&#233;colter de l'argent frais. Les militaires sont actifs dans les trois grands secteurs de l'&#233;conomie &#8211; agriculture, services et industrie manufacturi&#232;re. Si leurs capitaux sont impliqu&#233;s dans l'&#233;conomie l&#233;gale, on les trouve aussi, directement ou indirectement, dans les secteurs informels et ill&#233;gaux. De toutes les institutions de l'Etat, ce sont les forces arm&#233;es qui s'arrogent la part la plus importante de la richesse nationale. Ce pouvoir leur conf&#232;re un net avantage sur les autres forces politiques et renforce leur position face aux autres acteurs de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mainmise de l'arm&#233;e sur une partie importante des ressources nationales remonte aux premi&#232;res ann&#233;es de l'ind&#233;pendance (1947), laquelle a d&#233;bouch&#233; sur la premi&#232;re guerre avec l'Inde et a conduit le gouvernement &#224; r&#233;server 75 % du budget &#224; la d&#233;fense nationale. Depuis, les forces arm&#233;es s'arrogent en moyenne 30 % du PNB, chiffre qui inclut les retraites et certaines autres d&#233;penses non directement militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le budget de la d&#233;fense ne repr&#233;sente pas la totalit&#233; de l'&#233;conomie militaire, qui comporte aussi des investissements juteux dans le secteur priv&#233;. La structure de cette &#233;conomie est extr&#234;mement complexe et, dans une large mesure, ses ramifications sont difficiles &#224; d&#233;busquer. L'&#233;tat-major utilise d'innombrables techniques pour exploiter les ressources nationales avec l'aide de personnels &#224; la retraite ou en activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Propri&#233;taires de restaurants, de boulangeries...&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;conomie militaire op&#232;re &#224; trois niveaux. Au premier plan : les entreprises &#224; la direction desquelles on trouve des militaires en activit&#233;, un peu sur le mod&#232;le chinois ou indon&#233;sien. Au Pakistan, ce niveau concerne d'abord trois grandes entreprises : la Frontier Works Organization (FWO), la plus importante soci&#233;t&#233; du b&#226;timent et des travaux publics, est sp&#233;cialis&#233;e dans la construction d'autoroutes, de barrages, etc. ; la National Logistics Cell (NLC), la plus puissante soci&#233;t&#233; de transports, charg&#233;e de la collecte des p&#233;ages d'autoroute, participe aussi &#224; de grands projets de construction ; la Special Communications Organization (SCO) s'occupe de t&#233;l&#233;communications dans le nord du pays et au Cachemire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces soci&#233;t&#233;s se servent de leurs liens avec l'arm&#233;e pour obtenir des subventions gouvernementales et des contrats. Par exemple, la majorit&#233; des march&#233;s pour la construction de nouvelles routes est accord&#233;e &#224; la FWO et &#224; la NLC, r&#233;put&#233;es moins corrompues et plus efficaces que les soci&#233;t&#233;s civiles. En sillonnant le pays par la route, on d&#233;couvre de nombreuses affiches chantant les louanges de la FWO et de l'arm&#233;e. Ce ne sont pas des publicit&#233;s ordinaires : elles invitent l'usager &#224; f&#233;liciter cette soci&#233;t&#233; militaire d'avoir si bien construit une si belle route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles campagnes triomphalistes sont destin&#233;es &#224; camoufler la mont&#233;e de l'incomp&#233;tence et de la corruption au sein de ces organisations, qui n'ont pas de comptes &#224; rendre. Par exemple, un pont construit par la NLC &#224; Karachi s'est effondr&#233; moins d'une semaine apr&#232;s son inauguration, provoquant la mort de sept personnes. C'est &#224; la FWO, soci&#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1966 pour b&#226;tir l'autoroute du Karakorum entre le Pakistan et la Chine, qu'a &#233;t&#233; attribu&#233;e la construction &#224; Rawalpindi d'une voie de dix kilom&#232;tres. Ce contrat d'un montant de 18,8 milliards de roupies pakistanaises (211 millions d'euros) a &#233;t&#233; adjug&#233; sans concours public et son co&#251;t est consid&#233;r&#233; comme exorbitant. Tandis que pour la construction de cette route la FWO touche 1,8 milliard de roupies (21 millions d'euros) au kilom&#232;tre, elle d&#233;laisse ce qui devrait &#234;tre sa principale activit&#233;, l'entretien et la r&#233;paration de la route du Karakorum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de ces trois entreprises, les militaires poss&#232;dent aussi des centaines d'affaires plus petites, telles que des stations-service, des boulangeries, des &#233;piceries, des restaurants et m&#234;me des salons de beaut&#233;. Ces soci&#233;t&#233;s puisent dans les deniers de l'Etat et &#233;chappent &#224; tout contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite un deuxi&#232;me niveau d'activit&#233;s qui concerne les cinq grandes filiales de l'establishment militaire : la Fauji Foundation, consacr&#233;e &#224; la gestion des services sociaux des trois armes et administr&#233;e par le minist&#232;re de la d&#233;fense ; l'Army Welfare Trust (AWT), la Bahria Foundation et la Saheen Foundation, d&#233;pendant respectivement de l'arm&#233;e de terre, de l'arm&#233;e de l'air et de la marine de guerre ; enfin la Pakistan Ordnance Factories. Ces fondations g&#232;rent plus de cent entreprises importantes, dont les activit&#233;s vont de la production de b&#233;ton, d'engrais, de c&#233;r&#233;ales et de m&#233;dicaments &#224; l'aviation civile, en passant par des banques, des compagnies d'assurance, des agences immobili&#232;res et des &#233;tablissements scolaires. La part des militaires dans l'industrie lourde s'&#233;l&#232;ve &#224; 33 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des officiers sup&#233;rieurs rechignent &#224; admettre de tels liens. Selon eux, il s'agit de soci&#233;t&#233;s priv&#233;es qui n'embauchent que des militaires &#224; la retraite. Ces filiales font penser &#224; la structure de la fondation militaire turque Oyak, qui g&#232;re des centaines de petites entreprises par le biais de fonds de pension. Mais, au Pakistan, ces activit&#233;s signifient plus qu'une innocente reconversion d'officiers &#224; la retraite. Ici, l'influence politique des militaires sert &#224; b&#226;tir un empire commercial qui est tout sauf transparent. Alors qu'elles b&#233;n&#233;ficient discr&#232;tement des subventions de l'Etat, les principes de responsabilit&#233; financi&#232;re et les proc&#233;dures de contr&#244;le qui incombent &#224; l'ensemble des services publics ne s'appliquent pas &#224; ces entreprises. Plusieurs audits publi&#233;s par le contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des finances donnent une id&#233;e du co&#251;t de ce pillage des ressources nationales. Par exemple, Askari Aviation, filiale de l'AWT sp&#233;cialis&#233;e dans la location d'h&#233;licopt&#232;res, utilise des appareils de l'arm&#233;e de l'air sans rien reverser &#224; l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, c'est la part du capital militaire la moins opaque ! Le poids financier de ces fondations s'&#233;l&#232;ve &#224; quelque 250 milliards de roupies (2,8 milliards d'euros), et la transparence relative des soci&#233;t&#233;s qui en d&#233;pendent s'explique par leur statut. Une dizaine de leurs filiales &#233;tant cot&#233;es en bourse, leur comptabilit&#233; est plus visible que celle des deux autres niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me niveau est le plus opaque et permet des profits accrus aux membres de la fratrie militaire. Des officiers &#224; la retraite ou en activit&#233; re&#231;oivent de l'Etat, &#224; titre de retraites ou d'avantages sociaux, des milliards de roupies, sous forme de terres agricoles, de terrains en ville (lire &#171; Nouveaux f&#233;odaux &#187;) ou d'autres avantages en nature. On leur trouve aussi des emplois dans le civil. Ces avantages ne sont pas r&#233;partis &#233;quitablement &#8211; l'&#233;lite des officiers en est la principale b&#233;n&#233;ficiaire. Un g&#233;n&#233;ral &#224; la retraite, par exemple, aura droit &#224; du personnel de maison, &#224; un majordome ou &#224; un chauffeur. Mais il s'agit l&#224; de menus avantages. Les plus importants, ce sont les dons immobiliers. Tous les officiers sup&#233;rieurs poss&#232;dent six ou sept propri&#233;t&#233;s dans diff&#233;rentes parties du pays. Le g&#233;n&#233;ral Moucharraf en dispose d'une petite dizaine, toutes de grande valeur, acquises gr&#226;ce &#224; son appartenance &#224; l'arm&#233;e. Les officiers les plus scrupuleux, eux, se contentent d'une ou deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a les centaines de postes offerts aux officiers par les diff&#233;rents services de l'Etat, par les soci&#233;t&#233;s sous contr&#244;le militaire ou par le secteur priv&#233;. Depuis que M. Moucharraf a pris le pouvoir, quelque mille deux cents officiers ont &#233;t&#233; engag&#233;s par le secteur public &#224; des postes-cl&#233;s. Par exemple, sur les douze compagnies d'&#233;lectricit&#233; du pays, neuf sont dirig&#233;es par des militaires. Des officiers sup&#233;rieurs sont &#233;galement nomm&#233;s ambassadeur ou m&#234;me vice-chancelier d'universit&#233;. Ces emplois viennent s'ajouter &#224; ceux offerts par les soci&#233;t&#233;s militaires dont il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur priv&#233; est friand d'officiers en raison de leurs contacts et de leurs amiti&#233;s au gouvernement. D'autre part, un grand nombre d'officiers sup&#233;rieurs &#224; la retraite se reconvertissent dans les industries d'armement. Certains usent de leur influence pour favoriser leurs propres int&#233;r&#234;ts commerciaux. C'est l&#224; une tradition qui remonte aux ann&#233;es 1960, quand le chef d'&#233;tat-major, le g&#233;n&#233;ral Ayub Khan, a fait de son fils un magnat de l'industrie. Plus r&#233;cemment, des g&#233;n&#233;raux tels Zia ul-Haq et Akhtar Abdul Rehman (chef des services de renseignements au temps de la lutte contre l'invasion sovi&#233;tique de l'Afghanistan) ont des fils milliardaires en dollars. Probl&#232;me : ces capitaux militaires, cens&#233;s avoir une fonction sociale, ont tendance &#224; devenir pr&#233;dateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dans l'ordre des choses qu'une organisation puissante et notoirement opaque use de son influence afin de d&#233;tourner des ressources au b&#233;n&#233;fice de certains individus. L'objectif d&#233;clar&#233; est de faire de la machine militaire une communaut&#233; &#233;troitement unie capable de d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts, surtout financiers, qui sont parfois consid&#233;rables. Aussi ne faut-il pas s'&#233;tonner de voir les militaires, entr&#233;s dans les affaires en raison de leur force politique, &#224; pr&#233;sent &#224; la t&#234;te d'importants int&#233;r&#234;ts, r&#233;pugner &#224; abandonner le pouvoir aux civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Paru dans Le Monde diplomatique &#8212; &#201;dition imprim&#233;e &#8212; janvier 2008 &#8212; Pages 16 et 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Ayesha Siddiqa, analyste militaire pakistanaise, est auteure de Military Inc., Inside Pakistan's Military Economy, Pluto, Londres, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] &#171; Why does corporate Pakistan detest democracy &#187;, Dawn, Karachi, 5 ao&#251;t 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Lire Syed Saleem Shahzad, &#171; Al-Qaida contre les talibans &#187;, Le Monde diplomatique, juillet 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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