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	<title>Alternatives International</title>
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	<description>We are social and political movements struggling against social injustices, neoliberalism, imperialism and war. We are building solidarity between social movements at the local, national and international level. More...</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>Apr&#232;s Fidel</title>
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		<dc:date>2008-02-19T17:21:27Z</dc:date>
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		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator> Janette Habel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La passation de pouvoirs &#171; provisoire &#187; annonc&#233;e &#224; Cuba en juillet 2006 a toutes les chances de durer. L'&#232;re post-Fidel Castro a bel et bien commenc&#233;. M&#234;me si Ra&#250;l Castro, fr&#232;re du fondateur du r&#233;gime r&#233;volutionnaire, a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; en tant que garant de la continuit&#233; institutionnelle, une v&#233;ritable rel&#232;ve des g&#233;n&#233;rations est &#224; court terme in&#233;vitable. Face aux graves difficult&#233;s du d&#233;veloppement &#233;conomique, face aux in&#233;galit&#233;s et &#224; la corruption, face enfin &#224; la menace toujours r&#233;elle d'une ing&#233;rence &#233;tasunienne, la future direction aura du mal &#224; asseoir sa l&#233;gitimit&#233;. Le charisme paternaliste du leader historique ne fait plus recette, mais comment sera-t-il possible d'inventer un paradigme institutionnel plus d&#233;mocratique tout en conservant ce qui reste des acquis sociaux ? Pour Janette Habel, principale sp&#233;cialiste fran&#231;aise du syst&#232;me politique cubain, les risques que court la direction post-castriste sont loin d'&#234;tre n&#233;gligeables.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.alterinter.org/?-Mondialisation-et-resistances-" rel="directory"&gt;Mondialisation et r&#233;sistances&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La passation de pouvoirs &#171; provisoire &#187; annonc&#233;e &#224; Cuba en juillet 2006 a toutes les chances de durer. L'&#232;re post-Fidel Castro a bel et bien commenc&#233;. M&#234;me si Ra&#250;l Castro, fr&#232;re du fondateur du r&#233;gime r&#233;volutionnaire, a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; en tant que garant de la continuit&#233; institutionnelle, une v&#233;ritable rel&#232;ve des g&#233;n&#233;rations est &#224; court terme in&#233;vitable. Face aux graves difficult&#233;s du d&#233;veloppement &#233;conomique, face aux in&#233;galit&#233;s et &#224; la corruption, face enfin &#224; la menace toujours r&#233;elle d'une ing&#233;rence &#233;tasunienne, la future direction aura du mal &#224; asseoir sa l&#233;gitimit&#233;. Le charisme paternaliste du leader historique ne fait plus recette, mais comment sera-t-il possible d'inventer un paradigme institutionnel plus d&#233;mocratique tout en conservant ce qui reste des acquis sociaux ? Pour Janette Habel, principale sp&#233;cialiste fran&#231;aise du syst&#232;me politique cubain, les risques que court la direction post-castriste sont loin d'&#234;tre n&#233;gligeables.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Cuba est un syst&#232;me unique sur lequel il faut prendre garde de ne plaquer aucune analyse toute faite [1]. &#187;Loin d'&#234;tre un lieu commun, cette affirmation de Pierre de Charentenay devrait &#234;tre la r&#232;gle de toute analyse du syst&#232;me politique castriste en place depuis pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle. &#192; l'heure o&#249; l'apr&#232;s castrisme est d'actualit&#233;, les commentateurs qui ne cessent de brocarder le &#171; goulag tropical &#187; gagneraient &#224; s'en inspirer. La succession de Fidel Castro (il a eu 80 ans le 13 ao&#251;t 2006) &#233;tait &#233;voqu&#233;e &#224; Cuba plusieurs mois avant l'intervention chirurgicale ayant entra&#238;n&#233; la passation de pouvoirs &#171; provisoire &#187; en faveur de Ra&#250;l Castro. L'apr&#232;s Fidel Castro a fait l'objet de commentaires publics depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e 2006 par son successeur d&#233;sign&#233; et par le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res Felipe P&#233;rez Roque. Le 26 juillet 2006, anniversaire du d&#233;but de la R&#233;volution, cinq jours avant l'annonce de son op&#233;ration, Fidel Castro ironisait &#224; destination des &#201;tats-Unis : &#171; Que les petits voisins du Nord ne se pr&#233;occupent pas, je ne pr&#233;tends pas exercer mes fonctions jusqu'&#224; 100 ans... &#187; Phrase pr&#233;monitoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reconnaissant qu'il n'est pas &#233;ternel, le commandant en chef qui exerce un pouvoir sans partage depuis pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle a bris&#233; un tabou, celui de sa succession. La rel&#232;ve est donc &#224; l'ordre du jour. Mais alors que Ra&#250;l Castro est consacr&#233; seul h&#233;ritier dans la Constitution, Fidel Castro a reconnu que le probl&#232;me &#233;tait &#171; g&#233;n&#233;rationnel [2] &#187; . C'est la g&#233;n&#233;ration de la R&#233;volution qui est en train de dispara&#238;tre. Certes, son fr&#232;re cadet doit &#234;tre le garant de la continuit&#233; de &#171; l'apr&#232;s Fidel &#187;, mais l'&#233;cart de 5 ans qui le s&#233;pare de son a&#238;n&#233; met en &#233;vidence le caract&#232;re provisoire de cette solution et ne rassure pas ceux qui craignent que la disparition du Commandant en chef n'ouvre la crise et ne d&#233;bouche sur le chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions de la soci&#233;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, &#171; les contradictions de la soci&#233;t&#233; cubaine sont &#233;videntes et inqui&#233;tantes [3] &#187;. Fidel Castro n'est plus &#233;cout&#233; comme il l'&#233;tait dans le pass&#233; et sa l&#233;gitimit&#233; s'est &#233;mouss&#233;e. Son discours est d&#233;cal&#233; par rapport aux probl&#232;mes quotidiens qu'affrontent la majorit&#233; des Cubains. Depuis l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique, la population a d&#251; supporter les effets terribles de seize ans de crise, la &#171; p&#233;riode sp&#233;ciale en temps de paix &#187; comme on dit &#224; La Havane. L'effondrement &#233;conomique cons&#233;cutif &#224; l'implosion de l'Union sovi&#233;tique a &#233;branl&#233; la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. On mesure mal en Europe la gravit&#233; de la crise sociale qui a affect&#233; l'&#238;le. Adopt&#233;e en 1993, la dollarisation qui a s&#233;vi jusqu'en 2004 a modifi&#233; la hi&#233;rarchie salariale ant&#233;rieure, assez &#233;galitaire. La dualit&#233; mon&#233;taire et le taux de change entre le dollar et le peso ont profond&#233;ment affect&#233; les Cubains travaillant dans le secteur public, dont les revenus sont en pesos. Faute d'investissements, les transports se sont d&#233;grad&#233;s, l'&#233;tat des logements (en nombre tr&#232;s insuffisant) est d&#233;sastreux, l'alimentation est tr&#232;s ch&#232;re dans les supermarch&#233;s ou sur les march&#233;s paysans libres et la libreta (le carnet de rationnement) ne permet de se nourrir que pendant 10 &#224; 12 jours. Les coupures de courant de plusieurs heures repr&#233;sentaient encore il y a peu une nuisance insupportable, avant l'installation r&#233;cente dans toute l'&#238;le, sous l'impulsion de Fidel Castro, de groupes &#233;lectrog&#232;nes. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les infrastructures (les canalisations d'eau entre autres) sont en tr&#232;s mauvais &#233;tat. Cette d&#233;t&#233;rioration des conditions de vie a eu lieu dans un contexte mondial difficile. La Havane, ayant perdu ses proches alli&#233;s, s'est trouv&#233;e isol&#233;e sur le plan international, confront&#233;e aux politiques n&#233;olib&#233;rales en plein essor sur le continent latino-am&#233;ricain dans les ann&#233;es 1990. Pour faire face &#224; la crise, Fidel Castro dut accepter avec r&#233;ticence des r&#233;formes &#233;conomiques marchandes (l&#233;galisation du dollar, autorisation des march&#233;s libres paysans autrefois interdits, activit&#233;s priv&#233;es, coop&#233;ratives dans l'agriculture, investissements &#233;trangers, d&#233;veloppement du tourisme, etc.). Ces r&#233;formes, bien que limit&#233;es, allaient introduire des in&#233;galit&#233;s tr&#232;s importantes entre les Cubains, opposant ceux n'ayant pas acc&#232;s au billet vert et ceux y ayant acc&#232;s gr&#226;ce aux envois (remesas) de leur famille &#224; l'&#233;tranger ou aux retomb&#233;es du tourisme. Ces in&#233;galit&#233;s furent tr&#232;s mal support&#233;es ; la promotion sociale dont les couches les plus pauvres avaient b&#233;n&#233;fici&#233; depuis la R&#233;volution [4] fut remise en question, m&#234;me si les Cubains b&#233;n&#233;ficiaient toujours de la gratuit&#233; de la sant&#233; et de l'&#233;ducation. D&#233;sormais, le dollar &#233;tait roi ind&#233;pendamment des comp&#233;tences professionnelles. &#171; La pyramide sociale s'&#233;tait invers&#233;e &#187; et avec elle les &#171; valeurs &#187; et l'&#233;thique de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre raison d&#233;mographique a aggrav&#233; le malaise : l'&#233;cart culturel et politique s'est creus&#233; entre la g&#233;n&#233;ration de la R&#233;volution et la majorit&#233; de la population, n&#233;e apr&#232;s 1959. Non seulement la jeunesse n'a pas connu la dictature de Batista, mais elle n'a connu que la crise, et les conqu&#234;tes sociales - &#233;ducation et sant&#233; gratuites, plein emploi -, sans cesse rappel&#233;es par Fidel Castro, ne suffisent pas &#224; r&#233;pondre &#224; ses aspirations. Elle souhaite voyager, mais elle ne le peut pas. L'acc&#232;s &#224; Internet est sous contr&#244;le. Les d&#233;bouch&#233;s professionnels qui lui sont offerts ne correspondent souvent pas aux qualifications acquises. La langue de bois qui r&#232;gne dans les m&#233;dias rend l'information r&#233;barbative. La formation et le niveau culturel &#233;lev&#233;s des nouvelles g&#233;n&#233;rations, conquis gr&#226;ce &#224; la R&#233;volution, se heurtent d&#233;sormais au carcan impos&#233; par Fidel Castro. Aujourd'hui, les jeunes veulent disposer des biens de consommation jusqu'alors inaccessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;cart g&#233;n&#233;rationnel a une autre cons&#233;quence. Le commandant en chef, dont les talents oratoires fascinaient les foules et qui pouvait parler des heures devant des auditoires attentifs, est d&#233;sormais victime du syndrome du patriarche. Son charisme s'est routinis&#233; (Max Weber). Il arrive que l'on zappe ses interventions. M&#234;me si le blason du castrisme s'est redor&#233; sur le continent latino-am&#233;ricain, ses succ&#232;s ext&#233;rieurs ne suffisent pas &#224; compenser l'usure de son image dans l'&#238;le. Et ce m&#234;me s'il est vrai que les d&#233;sastres provoqu&#233;s par le lib&#233;ralisme sur le continent - 50 % de pauvres ou d'indigents y vivent avec moins de deux dollars (voire un dollar) par jour - font relativiser la situation des Cubains les plus d&#233;munis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise &#233;conomique, les r&#233;formes et la br&#232;che ouverte dans le secteur public ont provoqu&#233; une recrudescence de la corruption. Le march&#233; noir prosp&#232;re, aliment&#233; par les vols dans le secteur d'&#201;tat. L'essor des activit&#233;s priv&#233;es dans un syst&#232;me o&#249; l'extr&#234;me centralisation &#233;tatique ne parvient pas &#224; r&#233;pondre aux besoins de la vie quotidienne a favoris&#233; le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie informelle : plombiers, m&#233;caniciens, peintres, coiffeurs, vendeurs ambulants etc., exercent leur activit&#233; tout en sauvegardant leur affiliation &#224; une entreprise d'&#201;tat afin de pr&#233;server leurs droits sociaux. C'est aussi dans leur entreprise qu'ils se procurent les mat&#233;riaux n&#233;cessaires &#224; l'exercice de leur activit&#233; priv&#233;e. Le dernier exemple est celui des vols massifs d'essence - avec la complicit&#233; des pompistes - dans les stations service. D&#233;couvertes en 2005 par une armada de jeunes travailleurs sociaux mobilis&#233;e par Fidel Castro, les pertes engendr&#233;es par ces vols seraient de l'ordre de dizaines de millions de dollars. Il n'est pas difficile d'imaginer les profits retir&#233;s par les revendeurs - les m&#234;mes pouvant d'ailleurs &#234;tre des r&#233;volutionnaires convaincus. La &#171; double morale &#187; &#224; Cuba est r&#233;pandue et justifi&#233;e par l'impossibilit&#233; de vivre &#171; normalement &#187;, car comme le disent de nombreux cubains, pour survivre dans ces conditions, &#171; il faut voler ou quitter le pays &#187; - ou bien s'&#233;crouler [5]. En r&#233;sum&#233;, les tensions &#233;conomiques, sociales, politiques, d&#233;mographiques imposent un changement d'orientation. Mais dans quelle direction ? Les sch&#233;mas de la transition espagnole ou chilienne souvent donn&#233;s en exemple par certains officiels europ&#233;ens ou am&#233;ricains impliquent un d&#233;mant&#232;lement du syst&#232;me &#233;conomique et politique. Au contraire, les changements attendus par de nombreux secteurs de la population s'inscrivent encore dans le cadre du syst&#232;me, m&#234;me si d'autres estiment qu'il a fait faillite et qu'il faut instaurer une &#233;conomie de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les successeurs de Fidel Castro, les difficult&#233;s sont de plusieurs ordres. En premier lieu, il faut am&#233;liorer le niveau de vie. Quelles r&#233;formes &#233;conomiques faut-il adopter ? Au prix de quelles tensions sociales ? Il faudra ensuite d&#233;finir &#224; moyen terme une nouvelle l&#233;galit&#233; institutionnelle s'appuyant sur une participation populaire effective. Il n'existe aucune possibilit&#233; de perp&#233;tuer le syst&#232;me politique existant une fois Fidel Castro disparu. Enfin, il faudra op&#233;rer ces changements &#233;conomiques et politiques dans un contexte conflictuel, sous la menace d'ing&#233;rence de l'administration de George W. Bush.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recentralisation &#233;conomique, la fin des r&#233;formes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ra&#250;l Castro assume - provisoirement peut-&#234;tre - la direction du pays dans une conjoncture particuli&#232;re. Apr&#232;s plus d'une d&#233;cennie de r&#233;formes &#233;conomiques marchandes, Fidel Castro a remis en cause ces derni&#232;res ann&#233;es l'ouverture intervenue en pleine crise dans les ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'automne 2004, les transactions en dollars n'ont plus cours. Le billet vert a &#233;t&#233; remplac&#233; depuis par le peso convertible (CUC) pour l'ensemble des transactions en esp&#232;ces sur l'&#238;le [6]. Mais ce CUC - qui est paritaire avec le dollar sur l'&#238;le -n'est pas convertible &#224; l'ext&#233;rieur. L'autre peso, le peso usuel, s'&#233;change au taux de 26 pesos pour un dollar et reste encore la monnaie courante pour les salaires. Quant aux entreprises d'&#201;tat qui d&#233;tiennent des comptes en pesos convertibles, elles ne peuvent plus les alimenter en cash par des dollars. Il en est de m&#234;me pour les soci&#233;t&#233;s commerciales &#224; capitaux 100 % cubains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 1er janvier 2005, un Compte unique des revenus en devises de l'&#201;tat a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, sur lequel tous les revenus en devises convertibles re&#231;us par la Caisse centrale doivent &#234;tre d&#233;pos&#233;s. Les b&#233;n&#233;fices re&#231;us dans le cadre d'entreprises mixtes par les partenaires cubains doivent &#234;tre eux aussi revers&#233;s sur ce compte unique. En d'autres termes, les entreprises (et les banques) ont besoin d'obtenir l'agr&#233;ment du Comit&#233; d'approbation pour disposer des ressources n&#233;cessaires &#224; leurs activit&#233;s. Cette centralisation accrue va renforcer les contr&#244;les financiers en limitant l'autonomie des entreprises. Il s'agit d'une remise en cause des r&#233;formes ant&#233;rieures. Le syst&#232;me de gestion mis en place pr&#233;c&#233;demment pr&#233;conisait en effet l'autofinancement des entreprises d'&#201;tat, chaque entit&#233; devant couvrir ses d&#233;penses avec ses revenus propres et g&#233;n&#233;rer des b&#233;n&#233;fices. L'am&#233;lioration des conditions de travail des travailleurs d&#233;pendant des revenus des entreprises, les plus rentables ont parfois favoris&#233; leurs salari&#233;s sans se soucier d'&#233;quit&#233; par rapport &#224; d'autres. Des cas de corruption de cadres, notamment dans les entreprises de tourisme, ont impliqu&#233; des responsables gouvernementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation dont h&#233;rite Ra&#250;l Castro est paradoxale. L'embellie &#233;conomique que conna&#238;t le pays gr&#226;ce aux prix &#233;lev&#233;s du nickel, aux revenus du tourisme en progression (2 300 000 visiteurs environ cette ann&#233;e), aux &#233;changes b&#233;n&#233;fiques avec le Venezuela et la Chine, n'a pas att&#233;nu&#233; les difficult&#233;s des Cubains qui travaillent dans le secteur d'&#201;tat (environ 75 % de la population active) ou de ceux dont la survie d&#233;pend de maigres retraites. Ce sont eux qui ont support&#233; le poids de la crise, qui ont &#233;t&#233; les plus affect&#233;s par les r&#233;formes &#233;conomiques et les disparit&#233;s de pouvoir d'achat qu'elles ont entra&#238;n&#233;es. Ils b&#233;n&#233;ficient peu de l'am&#233;lioration macro-&#233;conomique. En revanche, de nouvelles cat&#233;gories sociales, de &#171; nouveaux riches &#187; selon la terminologie officielle, ont &#233;merg&#233; : petits artisans et entrepreneurs priv&#233;s dont l'essor a co&#239;ncid&#233; avec la lib&#233;ralisation des ann&#233;es 1990, propri&#233;taires de petits restaurants (paladares) qui ne peuvent servir plus de 12 couverts &#224; la fois, petits paysans qui vendent sur les march&#233;s leurs produits agricoles &#224; des prix tr&#232;s &#233;lev&#233;s. Ils ont profit&#233; des p&#233;nuries pour offrir les biens ou les services que l'&#201;tat n'a jamais assur&#233;s alors que le statut de la petite production marchande a toujours &#233;t&#233; diabolis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la &#233;ni&#232;me offensive lanc&#233;e par Fidel Castro en 2005 contre la corruption est vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Parall&#232;lement, Fidel Castro m&#232;ne une campagne id&#233;ologique pour mobiliser la population : &#171; la bataille d'id&#233;es &#187;. Mais cette &#171; bataille &#187; reste une abstraction pour des Cubains englu&#233;s dans les difficult&#233;s quotidiennes et qui, &#224; des degr&#233;s divers, ont tous recours au march&#233; noir pour survivre. D'autant que la propri&#233;t&#233; d'&#201;tat n'est pas per&#231;ue par le peuple, contrairement au discours officiel, comme sa propri&#233;t&#233;, mais comme une propri&#233;t&#233; qui lui est &#233;trang&#232;re. Les Cubains n'influent en rien sur les choix &#233;conomiques. Outre le fait que la &#171; bataille d'id&#233;es &#187; a un go&#251;t de d&#233;j&#224; vu et rappelle le &#171; processus de rectification &#187; des ann&#233;es 1980, elle suscite l'irritation. &#171; Qu'ils contr&#244;lent les vols d'essence, c'est bien, mais qu'ils ne r&#233;priment pas ceux qui essaient de gagner leur vie [7] ! &#187; s'&#233;crie un vendeur ambulant, &#224; qui l'on vient de confisquer 500 CD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel d&#233;veloppement ? Quelle strat&#233;gie &#233;conomique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie cubaine aurait connu en 2005, selon des chiffres officiels, un taux de croissance de 11,8 %, mais ces donn&#233;es sont contest&#233;es par des organismes internationaux tels que la Commission &#233;conomique pour l'Am&#233;rique latine et les Cara&#239;bes (CEPAL). De nouveaux partenaires strat&#233;giques jouent un r&#244;le capital dans ces progr&#232;s, qui r&#233;sultent en premier lieu de l'aide apport&#233;e par le Venezuela et en second lieu des investissements et des financements chinois. &#192; l'heure o&#249; le baril de p&#233;trole atteint les 80 dollars, Caracas livre environ 100 000 barils par jour &#224; Cuba &#224; des conditions privil&#233;gi&#233;es en contrepartie de l'envoi de milliers de m&#233;decins cubains et d'une coop&#233;ration multiforme, qui inclut, entre autres, la modernisation des h&#244;pitaux et des principaux centres de sant&#233; du Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelles conditions ce petit pays peut-il construire un d&#233;veloppement durable, autonome, face aux &#201;tats-Unis ? &#192; cette question, l'int&#233;gration r&#233;gionale, l'Alternative bolivarienne des Am&#233;riques (ALBA), strat&#233;gie latino-am&#233;ricaine associant d&#233;j&#224; le Venezuela et la Bolivie, veut donner un d&#233;but de r&#233;ponse. Lors de son dernier voyage public et symbolique &#224; Buenos Aires pour le 30e sommet du Mercosur, Fidel Castro, dont la vocation latino-am&#233;ricaniste est ancienne, s'est retrouv&#233; aux c&#244;t&#233;s des pr&#233;sidents des cinq pays membres du march&#233; commun sud-am&#233;ricain (Argentine, Br&#233;sil, Uruguay, Paraguay et depuis peu le Venezuela) et de deux membres associ&#233;s, le Chili et la Bolivie. Ce fut l'occasion pour le dirigeant cubain de signer un accord de coop&#233;ration &#233;conomique avec le Mercosur, consid&#233;r&#233; comme l'un des plus importants pour La Havane depuis quatre d&#233;cennies. En d&#233;cembre 2005, Fidel Castro avait d&#233;j&#224; particip&#233; &#224; un sommet de la CARICOM, le march&#233; commun des Cara&#239;bes, dont les &#201;tats entretiennent pour la plupart de bonnes relations avec La Havane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; latino-am&#233;ricaine est au c&#339;ur de la strat&#233;gie de Fidel Castro et de son alli&#233; Hugo Chavez. L'objectif ? construire la &#171; patria grande &#187;, l'Am&#233;rique latine, et penser le d&#233;veloppement de Cuba dans ce cadre. L'int&#233;gration &#233;nerg&#233;tique de la r&#233;gion est un outil de premi&#232;re importance. En effet, le Venezuela et la Bolivie repr&#233;sentent plus de 65 % des r&#233;serves d'hydrocarbures connues en Am&#233;rique latine. Le plan Petrocaribe sign&#233; en juin 2005 permet aux pays des Cara&#239;bes de b&#233;n&#233;ficier du fioul v&#233;n&#233;zu&#233;lien &#224; des conditions pr&#233;f&#233;rentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au Br&#233;sil, premi&#232;re puissance du sous-continent, il cherche &#224; r&#233;ins&#233;rer Cuba dans la communaut&#233; latino-am&#233;ricaine. En 2004, le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res Celso Amorim avait propos&#233; d'int&#233;grer l'&#238;le dans le groupe de Rio (compos&#233; des ministres des Affaires &#233;trang&#232;res de 19 pays d'Am&#233;rique latine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e selon laquelle l'Am&#233;rique latine est le champ g&#233;opolitique naturel pour Cuba est aussi vieille que la R&#233;volution et n'avait pas disparu lors du rapprochement avec l'URSS, en d&#233;pit de la rupture avec La Havane d&#233;cid&#233;e &#224; cette &#233;poque par l'ensemble des gouvernements latino-am&#233;ricains &#224; l'exception du Mexique. Aujourd'hui, le r&#234;ve bolivarien incarn&#233; par Ch&#225;vez rend un peu plus cr&#233;dible cette perspective. Mais peut-on tout miser sur le Venezuela ? Outre les incertitudes politiques qui p&#232;sent &#224; moyen terme sur l'avenir d'Hugo Ch&#225;vez, certains &#233;conomistes cubains s'interrogent mezzo voce sur la strat&#233;gie suivie. Des d&#233;cisions ayant des cons&#233;quences &#233;conomiques et sociales importantes ont &#233;t&#233; prises par Fidel Castro, dont les &#171; coups de barre &#187; successifs remettent en cause toute tentative pour planifier un d&#233;veloppement &#224; long terme. En exportant ses services de sant&#233; (dont plusieurs dizaines de milliers de m&#233;decins) au Venezuela, en Bolivie et de par le monde, Cuba met &#224; profit la qualification de sa main d'&#339;uvre et semble s'orienter vers une &#233;conomie de services dont on voit cependant mal la p&#233;rennit&#233; dans la mesure o&#249; chaque pays a pour vocation de former ses m&#233;decins et ses enseignants. Des sp&#233;cialistes, qui avaient propos&#233; d'utiliser les d&#233;riv&#233;s du sucre pour diversifier la production sucri&#232;re, critiquent la fermeture de la moiti&#233; des centrales sucri&#232;res et la perte d'un savoir-faire historique alors que les prix du sucre remontent. Le tourisme progresse, mais g&#233;n&#232;re des effets ind&#233;sirables. La coop&#233;ration avec la Chine dans le domaine strat&#233;gique des bio-technologies et le rapprochement des centres de recherche cubains et chinois semblent prometteurs [8], mais les relations sino-cubaines ont toujours connu des hauts et des bas. Certains dirigeants cubains pourraient &#234;tre tent&#233;s par le &#171; mod&#232;le chinois &#187;, mais ce mod&#232;le implique le d&#233;veloppement de contradictions sociales (ch&#244;mage, in&#233;galit&#233;s...) que Cuba ne supporterait pas et surtout, les relations avec les USA sont strictement invers&#233;es : d'une part l'accroissement des &#233;changes avec la Chine, d'autre part le renforcement de l'embargo &#233;tasunien &#224; l'encontre de Cuba. Quoiqu'il en soit, l'am&#233;lioration du niveau de vie se fait attendre. La distribution de chocolat en poudre et la r&#233;partition de cocottes-minute &#224; l'initiative de Fidel Castro apparaissent d&#233;risoires face aux besoins de la population. L'intrusion des travailleurs sociaux dans les foyers pour contr&#244;ler les appareils &#233;lectriques trop consommateurs d'&#233;nergie et remplacer les vieilles ampoules par des &#171; bombillos &#187; (ampoules &#224; basse consommation), a suscit&#233; des protestations. M&#234;me le syst&#232;me de sant&#233; et la qualit&#233; des soins pourtant tr&#232;s performants souffrent du d&#233;part de nombreux m&#233;decins de famille &#224; l'&#233;tranger. Dans les quartier, on entend souvent des commentaires critiques sur l'aide apport&#233;e aux v&#233;n&#233;zu&#233;liens au d&#233;triment de la population locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle l&#233;galit&#233; institutionnelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment passer de la l&#233;gitimit&#233; r&#233;volutionnaire incarn&#233;e par Fidel Castro &#224; une nouvelle l&#233;galit&#233; institutionnelle sans d&#233;manteler les conqu&#234;tes de la R&#233;volution ? Tel est le d&#233;fi. Il n'est pas mince pour une petite &#238;le situ&#233;e &#224; 200 km de la premi&#232;re puissance mondiale. George Bush a d&#233;j&#224; choisi au sein du D&#233;partement d'&#201;tat un &#171; coordinateur &#187; de la transition cubaine et mis sur pied une Commission d'aide &#224; la transition pour un Cuba libre [9] dont le rapport dessine les contours d'un gouvernement de transition, en refusant tout dialogue avec Ra&#250;l Castro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun leader r&#233;volutionnaire n'est rest&#233; aussi longtemps au pouvoir, qui plus est dans un petit &#201;tat soumis au d&#233;but &#224; des agressions militaires puis &#224; un harc&#232;lement &#233;conomique commercial et politique permanent. En Russie comme en Chine ou au Vietnam (nous ne parlons ici que des pays qui ont connu un processus r&#233;volutionnaire autochtone), les partis communistes staliniens, bien que bureaucratis&#233;s et fossilis&#233;s, fonctionnaient comme des institutions structur&#233;es. &#192; Cuba, le PCC n'a pas tenu de congr&#232;s depuis presque 10 ans. Le journal Granma, organe du Comit&#233; central, rend rarement compte des r&#233;unions et des d&#233;cisions du Bureau politique. Apr&#232;s un long silence, la derni&#232;re r&#233;union du Comit&#233; central s'est tenue le 1er juillet 2006. Des membres peuvent &#234;tre exclus par la direction du PCC (dont les votes et les proc&#233;dures ne sont pas connus) et d'autres coopt&#233;s selon des crit&#232;res &#224; g&#233;om&#233;trie variable (&#171; les qualit&#233;s, l'exp&#233;rience, et la trajectoire des camarades &#187;). Le secr&#233;tariat du Bureau politique avait &#233;t&#233; supprim&#233; en 1991, il a &#233;t&#233; r&#233;tabli en 2006. Tout r&#233;cemment, plusieurs limogeages ont affect&#233; de hauts fonctionnaires et un membre du bureau politique du Parti communiste cubain a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 12 ans de prison pour &#171; trafic d'influence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCC sert de rouage administratif et de courroie de transmission, mais il n'est pas un lieu de d&#233;bat. C'est un parti sans r&#233;elle coh&#233;rence id&#233;ologique depuis la chute de l'URSS. &#192; l'exception de certains secteurs - intellectuels et chercheurs marginalis&#233;s -, ses analyses et sa production th&#233;orique sont pauvres. La direction du PCC ex&#233;cutait jusqu'alors les d&#233;cisions prises par le &#171; l&#237;der m&#225;ximo &#187;. Les centres de d&#233;cisions sont concentr&#233;s dans les mains de Fidel Castro, qui court-circuite le Bureau politique. On observe ainsi une sorte de dualit&#233; institutionnelle mat&#233;rialis&#233;e par l'existence d'instances diff&#233;rentes, le groupe d'appui du commandant en chef &#233;tant bien souvent l'inspirateur des d&#233;cisions gouvernementales. Bien que Fidel Castro soit le premier secr&#233;taire du Parti, c'est un &#233;lectron libre qui gouverne en marge des institutions - y compris du PCC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on imaginer que le vide cr&#233;&#233; par la disparition de Fidel Castro puisse &#234;tre combl&#233; durablement par une &#233;quipe de direction collective du PCC ? C'est en effet le PCC que Ra&#250;l Castro a cit&#233; comme &#233;tant le &#171; seul h&#233;ritier digne de Fidel Castro, en tant qu'institution qui regroupe l'avant-garde r&#233;volutionnaire, garantie solide et s&#251;re de l'unit&#233; des Cubains en tout temps &#187; [10]. &#171; 90 % de mon temps est consacr&#233; au Parti communiste de Cuba et la plupart de mes occupations ne sont pas publiques, c'est pour cela que je n'apparais pas beaucoup dans la presse &#187;, d&#233;clarait-il en 2003 [11]. Mais en 1996, lorsque des chercheurs appartenant &#224; un centre prestigieux, le Centre d'&#233;tudes des Am&#233;riques (CEA), li&#233; au PCC, avaient produit des analyses critiques sur l'&#233;tat de la soci&#233;t&#233; cubaine, ils avaient &#233;t&#233; trait&#233;s de &#171; cinqui&#232;me colonne &#187; par Ra&#250;l Castro &#224; la t&#233;l&#233;vision. Les dirigeants du centre furent mut&#233;s, la revue et les &#233;ditions censur&#233;es [12]. Outre Raoul Castro, deux dirigeants aujourd'hui membres du nouveau Secr&#233;tariat (Jos&#233; Ram&#243;n Balaguer, 74 ans, et Jos&#233; Ram&#243;n Machado Ventura, 75 ans) avaient &#233;t&#233; particuli&#232;rement actifs dans cette campagne d'excommunication. Comment penser qu'ils pourront tol&#233;rer des d&#233;bats d'orientation indispensables au sein du parti et dans la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e est, avec le PCC, l'autre pilier institutionnel du pays. D&#233;sormais Premier secr&#233;taire &#171; provisoire &#187; du Parti, Ra&#250;l Castro est ministre des FAR (Forces arm&#233;es r&#233;volutionnaires), une institution sur laquelle on sp&#233;cule beaucoup. Sa coh&#233;sion et sa discipline en font l'une des institutions les plus solides du r&#233;gime [13]. L'arm&#233;e, forte de 50 000 hommes, repr&#233;sente une puissance &#233;conomique majeure qui investit dans le tourisme, l'agriculture, l'industrie, les t&#233;l&#233;communications et contr&#244;le les deux-tiers de l'&#233;conomie [14]. Certains observateurs [15] n'h&#233;sitent pas &#224; affirmer que les FAR sont &#171; les pionniers du capitalisme cubain &#187;. C'est dans l'arm&#233;e que fut exp&#233;riment&#233;e (sous l'impulsion de Ra&#250;l Castro appuy&#233; ensuite par Carlos Lage), &#224; la fin des ann&#233;es 1980 et dans les ann&#233;es 1990, un processus dit de &#171; perfectionnement des entreprises d'&#201;tat &#187;, dans le but d'accro&#238;tre la productivit&#233; du travail. Cette modernisation productive, qui impliquait de r&#233;duire des effectifs pl&#233;thoriques, fut appliqu&#233;e dans les entreprises d'&#201;tat contr&#244;l&#233;es par les FAR. Gr&#226;ce &#224; la discipline inh&#233;rente &#224; l'institution, elle a donn&#233; des r&#233;sultats. Mais g&#233;n&#233;raliser son application &#233;tait dangereux sur le plan social et certains responsables syndicaux de la CTC [16] (Centrale des travailleurs cubains) avaient mis en garde contre ses cons&#233;quences [17]. La r&#233;forme semble avoir &#233;t&#233; abandonn&#233;e. &#192; la t&#234;te des grandes entreprises figurent des anciens commandants de l'arm&#233;e rebelle aussi bien que des jeunes officiers ayant acquis une formation &#233;conomique dans des &#233;coles de gestion europ&#233;ennes. Mais si le travail de l'arm&#233;e est de gagner de l'argent, comme l'affirme Frank Mora, professeur au National War College &#224; Washington [18], une partie importante de ces gains est affect&#233;e &#224; la d&#233;fense du pays ant&#233;rieurement financ&#233;e pour l'essentiel par Moscou (une partie de l'aide militaire sovi&#233;tique &#233;tait gratuite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les FAR sont tr&#232;s respect&#233;es. Elles revendiquent un double h&#233;ritage : celui des mambis, les combattants des guerres d'ind&#233;pendance, et celui de l'Arm&#233;e rebelle luttant dans la Sierra Maestra contre la dictature de Batista. Elles ne constituent pas un appareil r&#233;pressif dont la fonction serait d'&#233;touffer la dissidence. Ce r&#244;le est d&#233;volu au minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, &#224; ses services secrets et &#224; sa police (c'est &#224; celle-ci qu'incombe le maintien de l'ordre et si le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur est sous contr&#244;le des militaires, le recrutement des policiers ob&#233;it &#224; d'autres crit&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5e Pl&#233;num du Comit&#233; central pr&#233;sid&#233; par Fidel Castro le 1er juillet 2006 avait consacr&#233; ses travaux au renforcement du parti et de la d&#233;fense. &#192; ce propos, Fidel Castro avait r&#233;affirm&#233; la n&#233;cessit&#233; de &#171; consolider l'invuln&#233;rabilit&#233; militaire &#187; du pays. Le Comit&#233; central avait adopt&#233; le rapport pr&#233;sent&#233; par Ra&#250;l Castro sur l'&#233;tat de pr&#233;paration de l'arm&#233;e, bas&#233; sur une conception d&#233;fensive de la guerre populaire de r&#233;sistance contre une intervention militaire am&#233;ricaine. Apr&#232;s l'intervention de la coalition am&#233;ricano-britannique en Irak en mars 2003, effectu&#233;e sans l'aval du Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU, Fidel Castro impulsa des exercices strat&#233;giques intitul&#233;s &#171; Bastion 2004 &#187;, man&#339;uvres militaires d'une ampleur in&#233;gal&#233;e depuis 18 ans, justifi&#233;es par le nouveau contexte international. Lors du Comit&#233; central, Ra&#250;l Castro a soulign&#233; les efforts d&#233;ploy&#233;s par &#171; un grand nombre d'entreprises civiles et militaires nationales &#187; (plus de 1 000 directions d'entreprises &#233;taient pr&#233;sentes) pour moderniser les &#233;quipements et l'armement tout en indiquant que &#171; les d&#233;bats ne s'&#233;taient pas limit&#233;s aux questions techniques ou militaires mais qu'ils avaient inclus les aspects li&#233;s au d&#233;veloppement &#233;conomique et social ayant un impact direct consid&#233;rable sur la d&#233;fense [19] &#187;. La loi de D&#233;fense nationale r&#233;affirme le caract&#232;re d&#233;fensif de la strat&#233;gie adopt&#233;e. &#171; La mission fondamentale des FAR est de combattre l'agresseur d&#232;s les premiers instants avec tout le peuple, de mener la guerre tout le temps n&#233;cessaire, en toutes circonstances, jusqu'&#224; la victoire. &#187; (art.34.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les FAR ne sont pas une institution politique, en ce sens qu'elles sont subordonn&#233;es au PCC, pr&#233;sent &#224; chaque &#233;chelon de l'arm&#233;e. Les officiers sont nombreux au Bureau politique et au gouvernement, mais l'&#233;tat-major n'est pas une instance o&#249; l'on d&#233;cide des orientations pour le pays. Toute intervention en ce sens mettrait en p&#233;ril l'instrument consid&#233;r&#233; comme un atout essentiel pour se prot&#233;ger du p&#233;ril majeur : l'intervention des &#201;tats-Unis. Cependant, le r&#244;le &#233;conomique de l'arm&#233;e peut produire en son sein des diff&#233;renciations susceptibles d'engendrer des divergences politiques, en particulier sur le degr&#233; de lib&#233;ralisation &#233;conomique. Le partage du travail entre Ra&#250;l et Fidel Castro (&#224; Fidel la strat&#233;gie, &#224; Ra&#250;l l'organisation) pr&#233;servait l'unit&#233; des FAR mais cette synth&#232;se familiale arrive &#224; son terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inquiet, soucieux de continuit&#233;, Fidel Castro avait en juin 2002 fait modifier la Constitution pour y inscrire &#224; l'encre ind&#233;l&#233;bile &#171; le caract&#232;re irr&#233;vocable du socialisme &#187;. Trois ans plus tard, en d&#233;pit de cette pr&#233;caution constitutionnelle, Fidel Castro a mis en garde le 17 novembre 2005 contre les risques d'implosion du syst&#232;me. Mais le sch&#233;ma qu'il a pr&#233;vu fait reposer la succession institutionnelle sur Ra&#250;l Castro relay&#233; par le PCC, ce qui n'est pas viable &#224; long terme. Comme toujours, le chef militaire a m&#233;connu les besoins d&#233;mocratiques croissants d'une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment renouvel&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; terme, de nouvelles institutions devront &#233;merger. Une t&#226;che difficile lorsqu'il faudra &#224; la fois mettre en &#339;uvre une nouvelle politique &#233;conomique et d&#233;finir un projet d&#233;mocratique alternatif, tout en pr&#233;servant les conqu&#234;tes de la r&#233;volution. Le rapport charismatique et paternaliste du leader avec le peuple, substitut d&#233;mocratique, devrait laisser la place progressivement &#224; un nouveau paradigme institutionnel. Tol&#233;rera-t-on ce processus de l'autre c&#244;t&#233; du d&#233;troit de Floride ? Rien n'autorise &#224; le penser. Certes, l'exil est divis&#233; entre ceux dont l'obsession est de r&#233;cup&#233;rer &#224; tout prix leurs propri&#233;t&#233;s et les &#171; mod&#233;r&#233;s &#187; tels Marifeli P&#233;rez-Stable, qui rejette l'id&#233;e &#171; qu'une administration responsable de l'intervention en Irak puisse conseiller un Cuba d&#233;mocratique [20] &#187;. Mais comme l'observe un ancien ambassadeur de l'UE au Mexique et &#224; Cuba : &#171; Si j'&#233;tais cubain, j'aurais peur, car leur futur passera par les &#201;tats-Unis [21]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la crise est strat&#233;gique, les nouveaux dirigeants pourront-ils se contenter d'ajustements tactiques ? Pour Heinz Dieterich, &#171; le vieux paradigme socialiste ne soutiendra pas la R&#233;volution cubaine confront&#233;e &#224; un double vide, l'&#233;puisement d'un projet historique fondateur et la disparition de la g&#233;n&#233;ration h&#233;ro&#239;que &#187;. Il faut &#171; construire un socialisme du XXIe si&#232;cle. Si la R&#233;volution ne prend pas des mesures imm&#233;diates afin que la population comprenne que son niveau de vie va s'am&#233;liorer et que la soci&#233;t&#233; sera plus d&#233;mocratique, il y aura peu de forces dans le monde pour la sauver [22] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle, la d&#233;fense de la R&#233;volution a impos&#233; restrictions, privations, d&#233;chirures familiales. Imputer cela exclusivement au r&#233;gime, ou &#224; Fidel Castro, c'est omettre les agressions, le terrorisme d'&#201;tat, le harc&#232;lement incessant - encore accru ces derni&#232;res ann&#233;es - de l'administration am&#233;ricaine. On ne peut pas expliquer la r&#233;sistance du peuple cubain par la r&#233;pression. Non que cette r&#233;pression n'existe pas, mais elle est plus limit&#233;e que celle qui r&#233;gnait en URSS, en Tch&#233;coslovaquie, en Pologne, o&#249; elle n'emp&#234;cha pas l'&#233;mergence des Vaclav Havel, Lech Walesa et autres Andrei Sakharov. Le r&#233;gime ne r&#233;sisterait pas &#224; un Tien An Men. Mais si les Cubains ont r&#233;sist&#233; dans leur majorit&#233; par conviction, pour sauvegarder leur ind&#233;pendance et leurs conqu&#234;tes sociales m&#234;me amoindries, s'ils se sont reconnus dans le discours du commandant en chef, ils demandent aujourd'hui plus de confort, plus de facilit&#233;s mat&#233;rielles. Leur niveau culturel entre en contradiction avec l'infantilisation et l'absence de d&#233;bats d&#233;mocratiques qui ont vid&#233; de leur substance les Organes de pouvoir populaire (OPP). Manuel David Orrio, un ancien journaliste &#171; dissident &#187;, autrefois infiltr&#233; dans les groupes d'opposition interne [23], s'interroge &#224; voix haute : &#171; Le peuple cubain a tol&#233;r&#233; beaucoup de choses de Fidel. En tol&#233;rera-t-il autant de ses successeurs ? &#187; La r&#233;ponse ne fait pas de doute. La maladie de Fidel Castro annonce une autre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTES:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] P. de Charentenay, &#171; &#201;glise et &#201;tat &#224; Cuba &#187;, &#201;tudes, Paris, d&#233;cembre 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] I. Ramonet, Biografia a dos voces, Debate, Espagne, avril 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] J. L. Anderson, El Pais, 4 ao&#251;t 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le malentendu est total sur ce point en Europe. La grande bourgeoisie parasitaire et les classes moyennes ont &#233;t&#233; l&#233;s&#233;es par la R&#233;volution, m&#234;me si, les premi&#232;res ann&#233;es, des secteurs ais&#233;s ont appuy&#233; Fidel Castro pour des raisons id&#233;ologiques au d&#233;triment de leurs int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels. Il en va tr&#232;s diff&#233;remment pour les plus pauvres (les noirs notamment), dont le statut social avait connu une am&#233;lioration importante jusqu'&#224; la crise. Ce sont ces derniers qui jusqu'&#224; une &#233;poque r&#233;cente ont &#233;t&#233; le principal soutien du castrisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] J. L. Anderson, El Pais, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Trois monnaies &#233;taient en circulation &#224; Cuba : le dollar, le peso convertible utilis&#233; dans les magasins sp&#233;ciaux vendant en dollars au taux de un pour un, et le peso traditionnel utilis&#233; pour le paiement des salaires et le march&#233; interne. D&#233;sormais il ne reste que deux monnaies en circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Entretien avec l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Mission &#233;conomique de la Havane, Lettre de La Havane, n&#176; 54, janvier 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] C. Rice Secretary of State, C. Gutierrez, Secretary of Commerce, &#171; Commission for Assistance to a Free Cuba &#187;, Report to the President, juillet 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] .Discours de Ra&#250;l Castro prononc&#233; pour le 45e anniversaire de l'arm&#233;e orientale, le 14/06/2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] El Pais, 02/08/2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Sur cette affaire, cf. J. Habel, &#171; Miser sur l'&#201;glise pour sauver la R&#233;volution cubaine ? &#187;, Le Monde diplomatique, f&#233;vrier 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] H. Klepak Cuba's Military 1990-2005, &#233;d. Palgrave, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Mission &#233;conomique de La Havane, Lettre de La Havane, n&#176; 60, juillet-ao&#251;t 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] The Economist, 05/08/2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Entretiens avec l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Il semble que Fidel Castro ait &#224; ce propos mieux compris que son fr&#232;re les risques qu'il y avait &#224; pratiquer des d&#233;graissages en pleine crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Miami Herald, 06/08/2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] &lt;a href=&#034;http://granma.cubaweb.cu/2006/07/04...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://granma.cubaweb.cu/2006/07/04...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Marifeli P&#233;rez-Stable est vice-pr&#233;sidente du Dialogue interam&#233;ricain, un &#171; think thank &#187; &#224; Washington et professeur &#224; l'Universit&#233; internationale de Floride &#224; Miami&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] J. Lecomte, Le Soir, Bruxelles, 12-13/08/2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Heinz Dieterich El futuro de la revoluci&#243;n cubana, Popular (Espagne), 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Agent secret de l'&#201;tat cubain charg&#233; d'infiltrer les milieux dissidents, Manuel David Orrio s'est d&#233;voil&#233; lors de l'arrestation de 64 journalistes en 2004. Aujourd'hui, il anime un site Internet qui continue d'avoir un caract&#232;re &#171; dissident &#187;. Malgr&#233; les questions que l'on peut se poser sur l'authenticit&#233; de son attitude d'opposant, Orrio ne pratique pas la &#171; langue de bois &#187; officielle. Ses observations sur la soci&#233;t&#233; cubaine d'aujourd'hui ne manquent pas d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Source : cet article fait partie d'un dossier sur l'Am&#233;rique latine publi&#233; en fran&#231;ais dans la revue Mouvements (&lt;a href=&#034;http://www.mouvements.asso.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.mouvements.asso.fr/&lt;/a&gt;), n&#176;47/48, septembre-d&#233;cembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opinions exprim&#233;es et les arguments avanc&#233;s dans cet article demeurent l'enti&#232;re responsabilit&#233; de l'auteur-e et ne refl&#232;tent pas n&#233;cessairement ceux du R&#233;seau d'Information et de Solidarit&#233; avec l'Am&#233;rique Latine (RISAL).&lt;br class='autobr' /&gt; Site h&#233;berg&#233; par DOMAINE PUBLIC, r&#233;alis&#233; avec SPIP, sous LICENCE DE LOGICIEL LIBRE(GPL),&lt;br class='autobr' /&gt;
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