<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Alternatives International</title>
	<link>http://www.alterinter.org/</link>
	<description>Alternatives International est un r&#233;seau d'organisations
&#233;tablies au Niger, en Afrique du Sud, en Inde, au Br&#233;sil,
au Maroc, en Isra&#235;l, en Palestine, en France et au Canada.
[ Pour en savoir plus... ]</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>Alternatives International</title>
		<url>http://www.alterinter.org/local/cache-vignettes/L144xH30/siteon0-a5635.jpg</url>
		<link>http://www.alterinter.org/</link>
		<height>30</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Liban : les desseins imp&#233;riaux &#224; l'&#233;preuve du r&#233;el </title>
		<link>http://www.alterinter.org/article354.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.alterinter.org/article354.html</guid>
		<dc:date>2006-09-27T11:51:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert ACHCAR</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le monde a assist&#233;, en juillet-ao&#251;t 2006, &#224; une guerre d'Isra&#235;l contre le Hezbollah et contre le Liban tout entier, en m&#234;me temps qu'une offensive d'envergure &#224; Gaza contre le Hamas, mouvement majoritaire au Parlement palestinien. Pour mieux comprendre la port&#233;e de ces &#233;v&#233;nements &#224; partir des complexit&#233;s propres au terrain libanais, mais aussi dans leur contexte r&#233;gional et international, Mouvements a voulu consulter Gilbert Achcar, politologue et militant d'origine libanaise, enseignant &#224; l'Universit&#233; de Paris VIII et chercheur associ&#233; au Centre Marc Bloch (Berlin). Son Choc des barbaries (2e &#233;d. 10/18, 2004) a &#233;t&#233; traduit dans plusieurs langues et son livre de dialogues avec Noam Chomsky, Perilous Power, para&#238;t prochainement (Penguin, Londres, pour l'&#233;dition originale &#8211; Fayard, Paris, pour l'&#233;dition fran&#231;aise).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.alterinter.org/rubrique4.html" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le monde a assist&#233;, en juillet-ao&#251;t 2006, &#224; une guerre d'Isra&#235;l contre le Hezbollah et contre le Liban tout entier, en m&#234;me temps qu'une offensive d'envergure &#224; Gaza contre le Hamas, mouvement majoritaire au Parlement palestinien. Pour mieux comprendre la port&#233;e de ces &#233;v&#233;nements &#224; partir des complexit&#233;s propres au terrain libanais, mais aussi dans leur contexte r&#233;gional et international, Mouvements a voulu consulter Gilbert Achcar, politologue et militant d'origine libanaise, enseignant &#224; l'Universit&#233; de Paris VIII et chercheur associ&#233; au Centre Marc Bloch (Berlin). Son Choc des barbaries (2e &#233;d. 10/18, 2004) a &#233;t&#233; traduit dans plusieurs langues et son livre de dialogues avec Noam Chomsky, Perilous Power, para&#238;t prochainement (Penguin, Londres, pour l'&#233;dition originale &#8211; Fayard, Paris, pour l'&#233;dition fran&#231;aise).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mouvements : Le Hezbollah (Parti de Dieu), acteur-cl&#233; de la guerre qui vient d'avoir lieu, occupe d&#233;sormais une place centrale dans le conflit isra&#233;lo-arabe et sur tout l'&#233;chiquier strat&#233;gique moyen-oriental. Examinons cette organisation, si tu veux bien, dans son contexte libanais et r&#233;gional. Dans tes commentaires r&#233;cents, tu soulignes les atouts politiques du Hezbollah, sa l&#233;gitimit&#233; acquise au Liban et bien au-del&#224; gr&#226;ce &#224; sa r&#233;sistance contre l'occupation isra&#233;lienne, son r&#244;le de coordinateur d'un impressionnant r&#233;seau de distribution d'aide sociale, son habilet&#233; en tant qu'appareil dans le paysage politique libanais, sa capacit&#233; &#224; trouver un soutien bien au-del&#224; de la communaut&#233; chi'ite. Il y aurait aujourd'hui, au Liban, une puissante dynamique d'union qui inclut et renforce le Hezbollah en tant qu'acteur-cl&#233; du syst&#232;me politique. Mais il y aurait &#233;galement beaucoup &#224; dire sur son discours politico-religieux, sur sa tendance &#224; confessionnaliser, voire &#224; ethniciser le conflit avec Isra&#235;l. Les mouvements anti-guerre et anti-imp&#233;rialistes de gauche rencontrent aujourd'hui un acteur souvent mal connu, que certains n'h&#233;sitent pas &#224; saluer en &#171; alli&#233; &#187;, tandis que d'autres restent plus circonspects, voire m&#233;fiants. C'est une organisation complexe et en pleine mutation. Quelle analyse en fais-tu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gilbert Achcar : Remontons d'abord aux origines : le Hezbollah est n&#233; au croisement de l'onde de choc de la r&#233;volution iranienne (1979) et de la situation cr&#233;&#233;e au Liban par l'invasion isra&#233;lienne de 1982. La r&#233;volution iranienne a donn&#233; une impulsion formidable &#224; l'int&#233;grisme islamique dans le monde musulman en l'aidant &#224; occuper le terrain laiss&#233; vide par l'&#233;chec des nationalismes plus ou moins progressistes et de la gauche radicale &#8211; le terrain des luttes contre la domination occidentale et ses alli&#233;s despotiques locaux (la r&#233;volution iranienne, rappelons-le, a renvers&#233; le r&#233;gime du Chah, un des principaux alli&#233;s des Etats-Unis au Moyen-Orient). Le Hezbollah naquit &#224; partir d'une radicalisation dans le milieu des chi'ites libanais, le milieu le plus r&#233;ceptif &#224; l'influence de la r&#233;volution iranienne par affinit&#233; confessionnelle. Parmi les chi'ites, il se trouvait d&#233;j&#224; un autre mouvement communautaire, le Mouvement des d&#233;sh&#233;rit&#233;s (Amal), non int&#233;griste, mais &#233;galement fond&#233; par une figure religieuse, Moussa Sadr, &#171; disparu &#187; lors d'une visite en Libye en 1978. L'invasion isra&#233;lienne de 1982 pr&#233;cipita une radicalisation au sein d'Amal et l'&#233;mergence d'une aile se r&#233;clamant de la r&#233;volution iranienne. Celle-ci se construisit avec l'aide directe de T&#233;h&#233;ran, en investissant le terrain de la lutte contre l'occupation. Les fonds iraniens, intelligemment utilis&#233;s, servirent au Hezbollah &#224; mettre sur pied un r&#233;seau d'aide sociale et &#224; se construire ainsi une basse de masse au sein de la communaut&#233; chi'ite. Le Hezbollah a men&#233; au d&#233;part un combat farouche contre ses concurrents en milieu chi'ite. L'une des forces qu'il consid&#233;ra comme un rival &#224; abattre fut le Parti communiste libanais, dont l'implantation chi'ite &#233;tait importante et qui avait pris l'initiative de la r&#233;sistance anti-isra&#233;lienne. Avec les communistes, le combat ne fut pas seulement id&#233;ologique : le Hezbollah est fortement soup&#231;onn&#233; d'avoir &#233;t&#233; derri&#232;re l'assassinat de plusieurs des personnalit&#233;s communistes chi'ites les plus en vue. Apr&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es marqu&#233;es par une concurrence impitoyable, le Hezbollah a &#233;tabli un modus vivendi avec les autres organisations pr&#233;sentes en milieu chi'ite (Amal, Parti communiste libanais, Parti national social syrien, etc.). Et lorsqu'en l'an 2000, Isra&#235;l choisira, contraint, d'&#233;vacuer la derni&#232;re portion du territoire libanais occup&#233; en 1982, le Hezbollah revendiquera le prestige de cette victoire &#8211; &#224; juste titre, certes, mais en occultant aussi le r&#244;le non n&#233;gligeable des autres courants, la&#239;ques ou de gauche, dans la r&#233;sistance. Au fil des ans, le Hezbollah a op&#233;r&#233; une mutation, son statut de parti de masse l'emportant progressivement sur son r&#244;le d'organisation de la r&#233;sistance arm&#233;e, jusqu'&#224; devenir dominant. Reprenant le concept forg&#233; par Annie Kriegel pour le parti communiste fran&#231;ais, un sociologue libanais a d&#233;crit le Hezbollah comme une &#171; contre-soci&#233;t&#233; &#187;. &#192; l'instar des partis ouvriers de masse, le mouvement chi'ite a organis&#233; des services sociaux de tout genre. Il a investi le champ politique et institutionnel &#224; partir des ann&#233;es 90, devenant l'une des forces majeures de la sc&#232;ne politique libanaise. Le parti dispose aujourd'hui d'une fraction parlementaire et de deux ministres. C'est la force de loin la plus populaire dans la communaut&#233; chi'ite, la plus nombreuse des communaut&#233;s libanaises : sa l&#233;gitimit&#233; para&#238;t donc inattaquable. Tout ce que je viens de dire n'est pas en contradiction avec le fait que l'id&#233;ologie originelle du Hezbollah est int&#233;griste. Mais l'int&#233;grisme islamique est multiple et diff&#233;renci&#233; : entre une organisation de masse comme le Hezbollah et un r&#233;seau terroriste &#171; substitutiste &#187; comme Al-Qaida, il y a la m&#234;me diff&#233;rence qu'il pouvait y avoir entre le Parti communiste italien et les Brigades rouges, se r&#233;clamant pourtant tous deux du &#171; communisme &#187;. Washington et Isra&#235;l qualifient le Hezbollah d'&#171; organisation terroriste &#187; et l'accusent d'avoir men&#233; des op&#233;rations dites &#171; terroristes &#187; &#8211; y compris contre des cibles civiles au Liban ou &#224; l'&#233;tranger, m&#234;me si c'est loin d'&#234;tre prouv&#233; et le Hezbollah le conteste. Mais en tout &#233;tat de cause, cela fait tr&#232;s longtemps qu'il n'y a pas eu une seule op&#233;ration &#171; terroriste &#187;, au sens d'une op&#233;ration visant d&#233;lib&#233;r&#233;ment des civils, imputable, ou m&#234;me imput&#233;e, au parti.
Bien qu'il maintienne un bras arm&#233; important, que l'on a vu &#224; l'&#339;uvre dans la r&#233;cente guerre, la lutte arm&#233;e &#8211; m&#234;me la plus l&#233;gitime &#8211; est devenue une activit&#233; secondaire pour le Hezbollah, en comparaison de ses activit&#233;s de parti politique. Apr&#232;s l'&#233;vacuation de 2000, les op&#233;rations militaires sporadiques du parti se sont inscrites dans la guerre de basse intensit&#233; qui s'est poursuivie avec Isra&#235;l. Mais le Hezbollah a conclu en 1996 un accord avec le gouvernement isra&#233;lien visant &#224; &#233;pargner les civils, et il a mieux respect&#233; cet accord que ce dernier. L'op&#233;ration du 12 juillet qu'Isra&#235;l a saisi comme pr&#233;texte pour lancer son agression prenait d'ailleurs pour cible des soldats, et non des civils. Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a soulign&#233; dans un discours le fait que son organisation n'avait commenc&#233; &#224; bombarder le nord d'Isra&#235;l &#8211; &#224; l'aveuglette, vu le type de missiles dont ils disposent &#8211; qu'en riposte aux bombardements isra&#233;liens qui visaient d&#233;lib&#233;r&#233;ment des zones civiles. Une autre sp&#233;cificit&#233; du Hezbollah par rapport &#224; la gamme de l'int&#233;grisme islamique tient &#224; la sp&#233;cificit&#233; du Liban : puisque c'est un pays multiconfessionnel o&#249; les chi'ites, tout en &#233;tant la communaut&#233; la plus nombreuse, ne sont pas majoritaires au point de briguer un exercice exclusif du pouvoir, et puisqu'une partie importante de la population n'est pas m&#234;me musulmane, le Hezbollah a renonc&#233; &#224; appliquer son programme int&#233;griste de &#171; r&#233;publique islamique &#187; au Liban. Il se revendique toujours id&#233;ologiquement du mod&#232;le iranien, mais il se contente d'&#234;tre au Liban une force politique communautaire, pleinement impliqu&#233;e dans le jeu politique interconfessionnel &#8211; aujourd'hui par le biais d'une alliance avec le g&#233;n&#233;ral Michel Aoun, principale figure au sein de la communaut&#233; chr&#233;tienne maronite. Comme la quasi-totalit&#233; des courants int&#233;gristes musulmans, le Hezbollah ne remet nullement en question l'ordre socio-&#233;conomique n&#233;olib&#233;ral en vigueur au Liban. Il est vain d'essayer de le peindre en rouge comme certains sont tent&#233;s de le faire &#224; l'extr&#234;me gauche. Ce n'est pas le r&#244;le des progressistes de soutenir le Hezbollah. Leur r&#244;le est de s'opposer &#224; l'agression isra&#233;lienne, de d&#233;fendre la souverainet&#233; du Liban face &#224; tous les Etats qui empi&#232;tent sur cette souverainet&#233; &#8211; Isra&#235;l et les Etats-Unis, mais aussi la Syrie qui fut farouchement combattue par la gauche libanaise et les Palestiniens en 1976. Les progressistes qui veulent soutenir la r&#233;sistance libanaise contre l'agression isra&#233;lienne doivent soutenir les forces progressistes libanaises, toujours pr&#233;sentes. Ainsi, le Parti communiste libanais a perdu plusieurs de ses membres au combat contre la derni&#232;re agression isra&#233;lienne. La situation est somme toute assez classique : l'histoire a connu maintes luttes de lib&#233;ration nationale men&#233;es par des organisations conservatrices sur le plan social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : Que penser de la rh&#233;torique antisioniste du Hezbollah qui d&#233;rive vers un antis&#233;mitisme tr&#232;s explicite ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G.A. : C'est le m&#234;me probl&#232;me qu'il y a avec le r&#233;gime iranien et les d&#233;clarations n&#233;gationnistes grotesques de son pr&#233;sident. Cela emp&#234;che-t-il de s'opposer &#224; toute action militaire des Etats-Unis contre l'Iran ? Absolument pas. Il ne s'agit nullement de s'identifier avec toute direction, quelle qu'elle soit, qui exprime une souverainet&#233; nationale ou une r&#233;sistance nationale &#224; un moment donn&#233;, mais bien de s'opposer aux agressions imp&#233;riales &#8211; c'est en cela que consiste la position de principe. Pour le reste, c'est aux peuples eux-m&#234;mes de trouver leur chemin. Il faut &#233;viter deux &#233;cueils : le premier consiste &#224; ne juger une force que par son id&#233;ologie et aboutir &#224; des discours du type de celui que Bush a tenu r&#233;cemment sur l'&#171; islamo-fascisme &#187;. L'autre &#233;cueil consiste &#224; ne voir dans le Hezbollah que sa d&#233;fense de la souverainet&#233; nationale, une pratique anti-imp&#233;rialiste, qui aurait pour originalit&#233; d'avoir un vernis religieux sans importance. Or, le Hezbollah est une organisation dot&#233;e d'une vision des rapports sociaux et de genre qui est d&#233;termin&#233;e par son int&#233;grisme religieux : elle est donc bien ancr&#233;e &#224; droite sur ces terrains-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : Quels effets ce conflit va-t-il produire sur la soci&#233;t&#233; libanaise, compte tenu du syst&#232;me communautaire et de toute une s&#233;rie d'oppositions qui se superposent et parfois brouillent le paysage politique : pro contre anti-syriens ; groupes sociologiquement dominants (sunnites, maronites, druzes peut-&#234;tre) contre groupes domin&#233;s (chi'ites, r&#233;fugi&#233;s palestiniens) ; partisans d'un certain s&#233;cularisme contre &#171; fous de dieu &#187; ; partisans d'un Liban pro-occidental ou &#171; neutre &#187; contre panislamistes ou panarabistes, etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G.A. : Le Liban, depuis qu'il existe en tant qu'Etat ind&#233;pendant (avec ou sans guillemets), est le terrain de conflits r&#233;gionaux et internationaux qui le d&#233;passent. C'&#233;tait l'un des th&#233;&#226;tres de ce que Malcolm Kerr a appel&#233; la &#171; Guerre froide arabe &#187;, ainsi que de la Guerre froide tout court En 1958, la premi&#232;re guerre civile dans l'histoire du Liban ind&#233;pendant r&#233;sulta du choc entre, d'une part, l'impact du nass&#233;risme &#233;gyptien avec son appel &#224; l'unification de la nation arabe inaugur&#233;e par l'union syro-&#233;gyptienne, et, d'autre part, le rejet de cette perspective par une fraction de la population libanaise, notamment parmi les chr&#233;tiens, et son soutien &#224; la doctrine Eisenhower et au pacte de Bagdad, c'est-&#224;-dire &#224; l'insertion du Liban dans le dispositif strat&#233;gique anglo-am&#233;ricain &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale. Cette premi&#232;re guerre civile s'&#233;tait sold&#233;e par un compromis installant au pouvoir le g&#233;n&#233;ral Fouad Ch&#233;hab, qui gouverna sur un mode bonapartiste. Ce compromis a &#233;clat&#233; en 1967 sous l'impact de la guerre isra&#233;lo-arabe, dans laquelle le Liban n'a pas &#233;t&#233; impliqu&#233; directement, mais dont il a subi les cons&#233;quences puisqu'elle a men&#233; &#224; la radicalisation des Palestiniens. Le Liban &#233;tant, apr&#232;s la Jordanie, le pays qui accueille le plus grand nombre de r&#233;fugi&#233;s palestiniens, cela a naturellement eu des cons&#233;quences, amplifi&#233;es par la radicalisation d'une fraction des Libanais, tandis qu'une autre fraction se jetait de nouveau dans les bras de Washington. C'est cette situation qui aboutit en 1975 au d&#233;clenchement d'une guerre civile qui fut &#233;galement une guerre r&#233;gionale et internationale sur le sol libanais. Apr&#232;s avoir d'abord soutenu la gauche et l'OLP, la Syrie envoya son arm&#233;e en 1976 pour secourir les forces de la droite chr&#233;tienne, avec la b&#233;n&#233;diction de Washington et un feu vert isra&#233;lien. Mais cette entente syro-am&#233;ricaine se brisa au bout d'un an avec un nouveau retournement des positions &#8211; un vrai &#171; casse-t&#234;te &#187; pour un observateur non familier. La guerre civile fut conclue en 1990 par le r&#233;tablissement de la m&#234;me entente. En effet, lorsque l'Irak envahit le Kowe&#239;t en ao&#251;t 1990, le dictateur syrien Hafez al-Assad se joignit &#224; la coalition men&#233;e par Washington dans la guerre contre Bagdad. Cela ouvrit la voie &#224; un renouvellement du compromis syrien-saoudien-am&#233;ricain qui permit de stabiliser &#224; nouveau la situation au Liban et se traduisit dans les ann&#233;es 90 par l'installation de Rafic Hariri au centre de la sc&#232;ne politique libanaise. Proche collaborateur de la famille r&#233;gnante saoudienne, Hariri a gouvern&#233; en accord avec les Syriens et avec la pr&#233;sence de leur arm&#233;e dont personne ne r&#233;clamait le d&#233;part imm&#233;diat, puisque l'Etat libanais &#233;tait &#224; reconstruire et qu'il lui fallait provisoirement une &#171; arm&#233;e d'emprunt &#187;. C'est avec la deuxi&#232;me guerre d'Irak en 2003 que cet accord va se rompre de nouveau. Le successeur de Hafez al-Assad, son fils Bachar, adopta une attitude de rejet cat&#233;gorique de l'invasion am&#233;ricaine, pr&#233;cipitant la rupture avec les Am&#233;ricains et les Saoudiens. Hariri entra alors en conflit avec le pr&#233;sident de la r&#233;publique prosyrien. Une fois l'invasion de l'Irak derri&#232;re eux, les Etats-Unis se tourn&#232;rent contre la Syrie en s'&#233;vertuant &#224; la sortir du Liban, d'o&#249; la r&#233;solution 1559 du Conseil de S&#233;curit&#233; des Nations-Unies (2004). Dans cette affaire, la France, contrairement &#224; son attitude &#224; propos de l'Irak, a collabor&#233; pleinement avec les Etats-Unis. Dans le premier cas, des int&#233;r&#234;ts contradictoires animaient Paris et Washington quant aux vis&#233;es sur le p&#233;trole irakien. Au Liban en 2004, en revanche, il y eut une &#171; convergence concurrentielle &#187; d'int&#233;r&#234;ts entre Paris et Washington, au sens o&#249; Paris courtise tr&#232;s activement le royaume saoudien, &#171; royaume prot&#233;g&#233; &#187; des Etats-Unis, et, en m&#234;me temps, un des principaux clients des industries d'armement fran&#231;aises. Cela est refl&#233;t&#233; par la grande &#171; amiti&#233; &#187; entre Chirac et les Hariri, les amis des Saoudiens. La r&#233;solution 1559 demande le retrait des troupes syriennes du Liban et le d&#233;sarmement du Hezbollah. Dans l'optique &#233;tats-unienne, il s'agissait de casser ce que Washington et ses alli&#233;s arabes appellent le &#171; croissant chi'ite &#187; &#8211; expression du roi jordanien &#8211; c'est-&#224;-dire cet axe r&#233;gional qui a pour &#233;picentre T&#233;h&#233;ran, passe par les chi'ites en Irak, le r&#233;gime syrien (qui n'est pas chi'ite) et le Hezbollah, et auquel il faut ajouter le Hamas palestinien sunnite. Le retrait des troupes syriennes eut lieu en 2005, mais non gr&#226;ce &#224; la r&#233;solution 1559, &#224; laquelle la Syrie opposa une fin de non-recevoir avec l'appui du gouvernement prosyrien alors en place &#224; Beyrouth. En fait, le retrait fut pr&#233;cipit&#233; par la mobilisation de masse qui suivit l'assassinat de Hariri en f&#233;vrier 2005, cr&#233;ant au Liban une situation intenable pour Damas. Ces &#233;v&#233;nements provoqu&#232;rent en m&#234;me temps de nouvelles tensions confessionnelles dans le pays, apr&#232;s des ann&#233;es d'accalmie. Elles prirent la forme de deux manifestations g&#233;antes et contradictoires en mars 2005 : d'une part, une alliance large ou se retrouv&#232;rent les principales forces chr&#233;tiennes, sunnites et druzes, et de l'autre, l'essentiel des forces chi'ites et des forces minoritaires prosyriennes des autres communaut&#233;s. La tension baissa cependant avec les &#233;lections qui suivirent le d&#233;part des troupes syriennes et furent men&#233;es par une grande coalition allant des forces anti-syriennes, dites du 14 mars (date de leur manifestation g&#233;ante) aux forces chi'ites, dont le Hezbollah. Ce n'&#233;tait, certes, qu'un mariage de raison pour la r&#233;partition des si&#232;ges parlementaires. Seules rest&#232;rent exclus de la grande coalition les prosyriens non chi'ites et le g&#233;n&#233;ral Aoun. Un &#233;v&#233;nement tr&#232;s important dans ce contexte fut le revirement de ce dernier apr&#232;s les &#233;lections. Aoun avait men&#233; une &#171; guerre de lib&#233;ration &#187; contre la Syrie, jusqu'&#224; son d&#233;part en exil en 1990. Damas ayant de nouveau nou&#233; un accord avec Washington cette ann&#233;e-l&#224;, il se retrouva compl&#232;tement isol&#233; et dut partir en exil en France, pour ne rentrer au Liban qu'apr&#232;s le d&#233;part des troupes syriennes. Quelques mois plus tard, &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale, il nouait une alliance avec les forces prosyriennes, y compris le Hezbollah, expliquant en substance : &#171; Maintenant que l'arm&#233;e syrienne est partie, je suis pour des relations amicales avec notre voisin syrien &#187;. Aoun a beau jeu de rejeter toute surench&#232;re anti-syrienne, car les autres forces politiques &#8211; dont les t&#233;nors du 14 mars, &#224; l'exception du chr&#233;tien d'extr&#234;me droite Geagea &#8211; ont collabor&#233; avec Damas. Son calcul, c'est que l'alliance avec les chi'ites, communaut&#233; la plus nombreuse, ainsi que sa propre popularit&#233;, tr&#232;s forte en milieu maronite, lui permettront d'acc&#233;der &#224; la pr&#233;sidence. Cela pr&#233;sente au moins l'avantage d'emp&#234;cher que la ligne de fracture oppose les deux principales communaut&#233;s libanaises, les chi'ites et les maronites, constitu&#233;es en blocs majoritaires homog&#232;nes, ce qui favoriserait une dynamique de renouveau de la guerre civile confessionnelle. La fracture passe d&#233;sormais au sein m&#234;me de la communaut&#233; maronite entre Aoun et les &#171; Forces libanaises &#187; de Geagea. La communaut&#233; sunnite est &#233;galement divis&#233;e, bien que de mani&#232;re nettement plus in&#233;gale. Les autres communaut&#233;s &#8211; chi'ites, druzes &#8211; le sont beaucoup moins. &lt;strong&gt;M. : Les strat&#232;ges isra&#233;liens ont d&#251; mal comprendre cette dynamique de recomposition.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G.A. : Le calcul d'Isra&#235;l &#233;tait de pousser la majorit&#233; gouvernementale libanaise &#224; agir contre le Hezbollah, pensant que les bombardements cr&#233;eraient les conditions politiques appropri&#233;es. Or, la brutalit&#233; m&#234;me de l'agression, les bombardements, le blocus, la prise en otage de l'ensemble du pays, ont eu l'effet inverse de souder la population, de faire taire les voix qui critiquaient le Hezbollah. La popularit&#233; du Hezbollah s'est accrue, non seulement chez les chi'ites o&#249; il est plus h&#233;g&#233;monique que jamais, mais m&#234;me au-del&#224;, dans l'ensemble de la population libanaise, m&#234;me si les tensions confessionnelles peuvent encore reprendre le dessus. Aujourd'hui les man&#339;uvres politiques ont commenc&#233; au Liban pour un remaniement minist&#233;riel permettant la participation du mouvement d'Aoun, rest&#233; jusqu'ici dans l'opposition. Nasrallah, le chef du Hezbollah, qui fait preuve d'intelligence politique, prend soin de ne pas exacerber les tensions confessionnelles. Il tient un discours d'unit&#233; nationale et garde un profil relativement bas, malgr&#233; le prestige de son organisation. Il valorise beaucoup l'alliance avec Aoun.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : Serait-ce pour ce genre de raison qu'il a d&#233;clar&#233;, fin ao&#251;t, que s'il avait pu conna&#238;tre d'avance l'ampleur de la r&#233;ponse isra&#233;lienne, il se serait abstenu de l'op&#233;ration du 12 juillet&lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G.A. : Cette d&#233;claration est dans le m&#234;me esprit du discours qu'il tient depuis l'adoption de la r&#233;solution 1701 par le Conseil de s&#233;curit&#233;. C'est un discours beaucoup moins fanfaron que celui qu'il a pu avoir au d&#233;but des op&#233;rations isra&#233;liennes &#8211; un discours de victoire, tr&#232;s d&#233;plac&#233; au vu de la violence isra&#233;lienne. Nasrallah a mod&#233;r&#233; son discours, mais en maintenant, bien s&#251;r, des lignes rouges. Le Hezbollah n'acceptera de se d&#233;faire de son bras arm&#233; que si certaines conditions sont remplies : lib&#233;ration de la r&#233;gion dite des fermes de Chebaa qu'Isra&#235;l occupe depuis 1967, mise en place d'un gouvernement et d'une arm&#233;e dispos&#233;s &#224; d&#233;fendre la souverainet&#233; nationale (ce qui n'est pas le cas de l'arm&#233;e libanaise actuelle, il est vrai). &#171; Tant que ces conditions ne seront pas remplies, nous ne d&#233;sarmerons pas, dit le Hezbollah en substance, mais nous ne ferons rien non plus pour donner un pr&#233;texte &#224; Isra&#235;l pour continuer l'occupation du pays. Nous allons donc cacher nos armes dans la zone de la Finul, au sud du fleuve Litani, mais nous ne les rendrons pas. &#187; C'est &#233;galement ce qui a &#233;t&#233; n&#233;goci&#233; pour le moment, c&#244;t&#233; europ&#233;en, pour les troupes de la Finul (Force int&#233;rimaire des Nations unies pour le Liban) : les armes visibles seront confisqu&#233;es, mais la Finul ne cherchera pas &#224; d&#233;sarmer activement le Hezbollah (perquisitions, etc.). Ce compromis ne pla&#238;t pas &#224; Washington, et encore moins &#224; Isra&#235;l, qui essayent d&#233;j&#224; de faire monter les tensions et poussent &#224; des mesures plus &#233;nergiques. Mais l'actuelle majorit&#233; gouvernementale au Liban pr&#233;f&#232;re une solution politique. Vu le degr&#233; d'implantation du Hezbollah et ce qu'il vient de d&#233;montrer, toute tentative de le d&#233;sarmer par la force d&#233;clencherait une nouvelle guerre civile d&#233;vastatrice &#224; un prix terriblement &#233;lev&#233; en vies humaines et sans garantie de succ&#232;s. Le pays est &#224; la recherche d'un compromis. Toute la question est de savoir si un modus vivendi durable pourra &#234;tre trouv&#233;. C'est loin d'&#234;tre s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : Quelle est ta lecture politique de la force multinationale qui se met en place et comment expliques-tu les h&#233;sitations initiales de la France pour jouer un r&#244;le central dans le d&#233;ploiement de cette force ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G.A. : La r&#233;solution 1701 (ao&#251;t 2006) est une deuxi&#232;me copie r&#233;vis&#233;e, apr&#232;s un premier projet franco-am&#233;ricain. Au d&#233;but de la crise, Washington a bloqu&#233; pendant plusieurs semaines toute tentative de n&#233;gocier une r&#233;solution au Conseil de s&#233;curit&#233;, cherchant &#224; laisser du temps &#224; Isra&#235;l. C'est seulement lorsqu'il devint clair que la strat&#233;gie militaire isra&#233;lienne n'aboutissait pas que Washington d&#233;bloqua le processus onusien, cherchant d&#233;sormais &#224; prolonger par une intervention internationale l'action qu'Isra&#235;l n'avait pas r&#233;ussi &#224; mener &#224; bout : le d&#233;sarmement du Hezbollah. Le premier projet de r&#233;solution franco-am&#233;ricain allait assez loin dans cette direction en se fondant sur le chapitre VII de la Charte des Nations unies qui permet le recours &#224; la force. Le Hezbollah s'y est oppos&#233; r&#233;solument et le gouvernement libanais a r&#233;percut&#233; sa position, si bien que le premier projet est tomb&#233; &#224; l'eau. Paris, sollicit&#233; pour fournir la colonne vert&#233;brale de la force internationale, a affirm&#233; clairement, de son c&#244;t&#233;, qu'il n'&#233;tait pas question d'aller au Liban sans accord politique avec les diff&#233;rentes parties (voir l'entretien de J. Chirac au Monde, 27 juillet 2006). L'argument &#233;tait : &#171; Qu'on ne nous demande pas de faire le travail qu'Isra&#235;l n'a pas r&#233;ussi &#224; faire ! &#187; Il y a eu, on le sait, une mise en garde au pouvoir politique de la part de l'arm&#233;e fran&#231;aise, qui n'a gu&#232;re envie d'aller faire le coup de feu au Liban. L'arm&#233;e fran&#231;aise r&#233;clamait donc un accord politique pr&#233;alable &#224; son d&#233;ploiement, pour &#233;viter de se retrouver dans un coupe-gorge. La r&#233;solution 1701 invoque le chapitre VI plut&#244;t que le chapitre VII : il s'agit de mettre en place une force d'interposition, de &#171; maintien de la paix &#187;, et non une force d'imposition. On y trouve n&#233;anmoins des formulations ambigu&#235;s qui rel&#232;vent plut&#244;t d'une mission d&#233;finie au titre du chapitre VII. Washington et Paris ont c&#233;d&#233; sur le projet de cr&#233;er une nouvelle force, acceptant de se placer dans le cadre de l'Unifil tout en &#233;largissant son mandat. Cette force est cens&#233;e pr&#234;ter main-forte &#224; l'arm&#233;e libanaise. Paris affirme : &#171; Nous soutiendrons l'arm&#233;e libanaise au besoin, mais ne ferons pas les choses &#224; sa place. &#187; Washington et Isra&#235;l font cependant pression sur leurs alli&#233;s en faveur d'une confrontation avec le Hezbollah, tandis que les Fran&#231;ais, le gouvernement libanais et, derri&#232;re eux, les Saoudiens, sont peu enclins &#224; l'&#233;preuve de force par peur de subir une d&#233;faite. Il est vrai que le Hezbollah n'a que quelques milliers de combattants entra&#238;n&#233;s, mais il a une formidable capacit&#233; de mobilisation et a fait la preuve d'une efficacit&#233; et d'une d&#233;termination redoutables : quelques dizaines de combattants &#224; Bint-Jbeil ont mis en &#233;chec l'arm&#233;e isra&#233;lienne, pendant plusieurs jours, malgr&#233; son avantage consid&#233;rable en nombre et en moyens. La popularit&#233; du Hezbollah est maintenant renforc&#233;e par le r&#244;le qu'il joue dans l'aide &#224; la reconstruction des zones ravag&#233;es, avec l'aide de l'Iran, de sorte que le d&#233;sastre subi par les chi'ites ne peut pas &#234;tre exploit&#233; contre lui. L'aide g&#233;n&#233;reuse prodigu&#233;e par le Hezbollah fait qu'il jouit au contraire d'une gratitude populaire accroissant son prestige.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : L'intervention isra&#233;lienne contre le Hezbollah et contre toute la soci&#233;t&#233; libanaise &#233;tait con&#231;ue depuis longtemps, on le sait maintenant. L'enl&#232;vement des deux soldats isra&#233;liens &#233;tait un simple pr&#233;texte. Comment expliquer le timing du d&#233;clenchement des op&#233;rations c&#244;t&#233; isra&#233;lien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G.A. : Isra&#235;l a mis au point sa strat&#233;gie depuis 2004, en effet, en concertation avec Washington &#8211; cela est maintenant bien connu. Il s'agissait de frapper un grand coup contre le Hezbollah et de cr&#233;er en m&#234;me temps les conditions pour que le gouvernement libanais finisse la t&#226;che. Pour r&#233;aliser ce plan, il fallait un pr&#233;texte politique, comme l'a reconnu r&#233;cemment le chef de l'&#233;tat-major isra&#233;lien. L'op&#233;ration du Hezbollah du 12 juillet a fourni ce pr&#233;texte permettant &#224; Isra&#235;l d'invoquer la &#171; l&#233;gitime d&#233;fense &#187;. Ce ne sont donc pas les Isra&#233;liens qui ont d&#233;cid&#233; du timing, mais plut&#244;t le Hezbollah. Nasrallah a maintenant admis que ce fut une erreur. Dans son premier discours apr&#232;s le d&#233;but des combats, il avait r&#233;v&#233;l&#233; que l'op&#233;ration du Hezbollah avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e depuis plusieurs mois, le but &#233;tant de prendre des otages pour les &#233;changer contre les prisonniers libanais encore d&#233;tenus en Isra&#235;l. Ce qu'il n'a pas dit, c'est qu'il s'agissait, par la m&#234;me occasion, de confirmer la l&#233;gitimit&#233; nationale du Hezbollah. Mais c'&#233;tait, en effet, un acte fort mal jug&#233; (je l'ai dit avec d'autres depuis le tout d&#233;but), parce qu'il &#233;tait clair qu'Isra&#235;l allait s'en saisir comme pr&#233;texte pour une op&#233;ration de grande envergure. Les Isra&#233;liens avaient d&#233;j&#224; saisi le pr&#233;texte de la capture du soldat Shalit pour frapper fort &#224; Gaza ; comment penser qu'ils n'allaient pas faire de m&#234;me, sinon bien plus, face au Hezbollah ? L'erreur de jugement est &#233;vidente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : Quel est le r&#244;le de Hamas, organisation sunnite, dans cet &#171; axe chi'ite &#187; devenu la hantise des Etats-Unis et de leurs alli&#233;s arabes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G.A. : L'alliance avec le Hamas est une pi&#232;ce ma&#238;tresse de la strat&#233;gie iranienne. Certes, le Hamas n'est pas une &#171; marionnette &#187; de l'Iran &#8211; bien moins encore que le Hezbollah. Mais ses r&#233;f&#233;rences sunnites constituent un grand avantage pour T&#233;h&#233;ran dans la confrontation avec les r&#233;gimes arabes alli&#233;s &#224; Washington. Ces derniers, tous sunnites, ont essay&#233; de contrer l'avanc&#233;e iranienne en attisant le facteur confessionnel, en stigmatisant les chi'ites. L'Iran r&#233;pond en faisant de la surench&#232;re islamiste. Le Hamas, &#233;tant le repr&#233;sentant le plus prestigieux de l'int&#233;grisme islamique sunnite de par sa situation en Palestine, fournit &#224; T&#233;h&#233;ran un puissant atout. Les Fr&#232;res musulmans &#233;gyptiens, qui constituent la principale branche de la matrice int&#233;griste sunnite dont le Hamas est issu et une force populaire majeure dans leur propre pays, prennent de plus en plus des positions de soutien &#224; l'Iran. Dans la r&#233;cente guerre, la tentative du Caire, de Riyad, et d'Amman, de d&#233;noncer le Hezbollah et Hamas comme des aventuristes a &#233;t&#233; un &#233;chec total dans l'opinion publique du monde arabe, sunnite dans sa vaste majorit&#233;, qui s'enflamme pour les deux organisations alli&#233;es &#224; T&#233;h&#233;ran.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. : Dans un article r&#233;cent, tu parles du &#171; navire en perdition des desseins imp&#233;riaux &#233;tats-uniens &#187;, mais en m&#234;me temps tu reconnais, pour prendre une autre m&#233;taphore, qu'une b&#234;te bless&#233;e peut encore faire beaucoup de mal. Cette guerre en constitue un bon exemple, puisque son inspiration &#233;tait en grande partie am&#233;ricaine. Certains, autour de Bush, auraient &#233;t&#233; m&#234;me tent&#233;s par l'id&#233;e de s'attaquer, ou de pousser les Isra&#233;liens &#224; s'attaquer, &#224; la Syrie. Jusqu'o&#249; peut aller l'administration Bush au Moyen-Orient dans la situation actuelle ? Compte tenu des multiples difficult&#233;s auxquelles elle se heurte sur le dossier nucl&#233;aire iranien, as-tu l'impression qu'une op&#233;ration militaire d'envergure se pr&#233;pare r&#233;ellement, sous pr&#233;texte de dissuader l'Iran, unilat&#233;ralement s'il le faut, de poursuivre son programme d'enrichissement de l'uranium ? En somme, par quelles voies myst&#233;rieuses passe la rationalit&#233; strat&#233;gique de l'administration Bush ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;G.A. : Pour filer les deux m&#233;taphores, le navire des desseins imp&#233;riaux &#233;tats-uniens est effectivement en perdition : il n'a pas coul&#233;, certes, mais il prend l'eau, du moins au Moyen-Orient (ne g&#233;n&#233;ralisons pas outre mesure). Cette r&#233;gion constitue toutefois l'axe strat&#233;gique prioritaire de l'offensive imp&#233;riale de l'administration Bush, et il est &#233;vident qu'elle est en difficult&#233; : en Irak, l'occupation s'embourbe et n'arrive pas &#224; contr&#244;ler la situation. Le Pentagone est enfin confront&#233; &#224; une r&#233;alit&#233; qui aurait d&#251; &#234;tre &#233;vidente d&#232;s le d&#233;but, &#224; savoir que la technologie militaire avanc&#233;e peut permettre de d&#233;truire tout ce qu'on veut, mais elle ne permet pas, &#224; elle seule, de contr&#244;ler des populations. Le Pentagone est confront&#233; &#224; une crise des ressources humaines. Il a beaucoup de mal &#224; recruter des soldats. Contrairement &#224; tout ce qu'on a pu dire, le fameux &#171; syndrome vietnamien &#187; est encore bien vivace, et il s'est m&#234;me accentu&#233; avec la guerre en Irak. L'&#171; hyperpuissance &#187; am&#233;ricaine n'est pas toute-puissante. Son v&#233;ritable talon d'Achille, c'est la population am&#233;ricaine : elle sera d&#233;terminante pour vaincre l'empire. Nul ne pourra pas le faire de l'ext&#233;rieur, par &#171; encerclement &#187; &#8211; c'est impensable. L'autre m&#233;taphore est tout aussi valable, celle de l'animal bless&#233;. Les Etats-Unis sont en train de perdre sur plusieurs terrains : situation en Irak qui n'arr&#234;te pas de se d&#233;grader, perte de la cr&#233;dibilit&#233; dissuasive conventionnelle, revers cuisant au Liban. Il est clair que l'Iran ne craint pas une invasion am&#233;ricaine aujourd'hui, parce qu'il sait pertinemment que les Etats-Unis n'en ont pas les moyens. Ils ont les moyens technologiques de d&#233;truire tout l'Iran, certes, mais ils n'ont pas les moyens d'occuper le pays, puisqu'ils n'arrivent m&#234;me pas &#224; contr&#244;ler l'Irak &#224; la population bien plus r&#233;duite et qui, au d&#233;part, &#233;tait gouvern&#233; par un r&#233;gime, celui de Saddam Hussein, dont la base sociale &#233;tait bien plus maigre que celle du r&#233;gime iranien. Quant &#224; une agression contre la Syrie, certains milieux, notamment parmi les n&#233;oconservateurs, la souhaitent. Mais ni le noyau de l'administration Bush (tant Rumsfeld que Condoleezza Rice) ni les Isra&#233;liens n'en veulent. Ils consid&#232;rent, &#224; juste titre, qu'un renversement du r&#233;gime syrien cr&#233;erait une situation plus dangereuse qu'elle ne leur serait utile. Les Isra&#233;liens disent clairement qu'ils ne veulent pas d'un nouvel Irak &#224; leurs fronti&#232;res, notamment sur la plus calme de leurs fronti&#232;res, la ligne de d&#233;marcation avec la Syrie. Puisqu'il n'y a pas d'alternative fiable au r&#233;gime de Damas, et puisque l'exp&#233;rience irakienne montre que ce type d'aventure peut vite d&#233;g&#233;n&#233;rer, ils ne sont pas tent&#233;s d'y aller aujourd'hui. La &#171; sagesse &#187; pr&#233;dominante, appuy&#233;e par les Europ&#233;ens, consiste plut&#244;t &#224; dire : &#171; Il faut essayer de d&#233;tacher la Syrie de l'Iran, en maniant le b&#226;ton et la carotte, mais en prenant langue. &#187; Par contre, en ce qui concerne l'Iran, je crois qu'il y a un risque fort, non pas d'invasion, mais de frappes &#8211; sans la participation des Europ&#233;ens, car je vois mal l'Europe pr&#234;ter main-forte &#224; une op&#233;ration de ce genre, terroris&#233;e qu'elle est par ses cons&#233;quences probables. Il faut pour cela, en effet, une tr&#232;s forte dose d'aventurisme imp&#233;rial comme seuls certains membres et amis de l'administration Bush &#8211; les nouveaux Docteurs Folamour &#8211; peuvent avoir. Le gros de la classe politique am&#233;ricaine aujourd'hui voit surtout les risques &#233;normes inh&#233;rents &#224; une telle op&#233;ration. Il peut y avoir la tentation de lancer les Isra&#233;liens contre l'Iran, comme ils ont &#233;t&#233; incit&#233;s &#224; agir contre le Hezbollah. Mais tous sont oblig&#233;s de compter jusqu'&#224; mille avant de se lancer, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils savent que les moyens de riposte de l'Iran sont consid&#233;rables. En Irak notamment, il suffirait que les Iraniens d&#233;cident de d&#233;clencher une insurrection chi'ite g&#233;n&#233;ralis&#233;e contre les Etats-Unis pour rendre leur situation, d&#233;j&#224; difficile, compl&#232;tement intenable. N&#233;anmoins, on ne peut pas exclure enti&#232;rement une agression contre l'Iran : la b&#234;te bless&#233;e&#8230; Puis il y a la question des prochaines &#233;lections am&#233;ricaines (novembre 2006). Les R&#233;publicains risquent de perdre le contr&#244;le du Congr&#232;s. Ils pourraient croire qu'une action contre l'Iran s'av&#233;rerait payante pour eux. L'administration Bush ira-t-elle jusqu'&#224; la folie irresponsable de frappes militaires contre l'Iran ? Se contentera-t-elle de sanctions, dont on sait d'avance qu'elles seraient inefficaces ? Cela reste &#224; voir, mais, en tout &#233;tat de cause, cette administration a d&#233;j&#224; m&#233;rit&#233; bel et bien le titre d'&#233;quipage le plus maladroit jamais arriv&#233; aux commandes du navire imp&#233;rial &#233;tats-unien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Propos recueillis le 28 ao&#251;t par Jim Cohen, avec la collaboration de Dimitri Nicola&#239;dis
Publi&#233; dans la revue Mouvements, n&#176; 47, septembre -octobre 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contre la r&#233;solution 1701, contre l'envoi de troupes de l'OTAN</title>
		<link>http://www.alterinter.org/article327.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.alterinter.org/article327.html</guid>
		<dc:date>2006-09-07T12:47:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert ACHCAR</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;L'Organisation des Nations unies, sa Charte en particulier, sont un pr&#233;cieux acquis historique &#8211; loin d'&#234;tre parfaits, certes, mais entre le possible et le souhaitable, il faut les pr&#233;server tout en cherchant &#224; les am&#233;liorer. C'est bien pourquoi la violation croissante des principes et r&#232;gles de fonctionnement stipul&#233;s par la lettre de la Charte, ainsi que la d&#233;rogation grandissante &#224; son esprit, doivent &#234;tre vigoureusement condamn&#233;es.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.alterinter.org/rubrique4.html" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Organisation des Nations unies, sa Charte en particulier, sont un pr&#233;cieux acquis historique &#8211; loin d'&#234;tre parfaits, certes, mais entre le possible et le souhaitable, il faut les pr&#233;server tout en cherchant &#224; les am&#233;liorer. C'est bien pourquoi la violation croissante des principes et r&#232;gles de fonctionnement stipul&#233;s par la lettre de la Charte, ainsi que la d&#233;rogation grandissante &#224; son esprit, doivent &#234;tre vigoureusement condamn&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Liban a &#233;t&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, un terrain privil&#233;gi&#233; de la d&#233;rive favoris&#233;e par la fin du syst&#232;me tr&#232;s particulier de &#171; l'&#233;quilibre des pouvoirs &#187; que s'imposaient mutuellement les deux superpuissances de la Guerre froide jusqu'en 1990. La r&#233;solution 1559 (2004) du Conseil de s&#233;curit&#233; au sujet du Liban est &#224; la fois une violation flagrante de la Charte de l'ONU et un monument d'hypocrisie. Adopt&#233;e sans saisine du CS par le gouvernement libanais, elle proclame son attachement &#224; la souverainet&#233; du Liban tout en s'ing&#233;rant dans ses affaires int&#233;rieures en d&#233;rogation &#224; l'article 2, point 7, de la Charte, qui prohibe toute intervention &#171; dans des affaires qui rel&#232;vent essentiellement de la comp&#233;tence nationale d'un Etat &#187;. Il faudrait, d'ailleurs, une dose extraordinaire de na&#239;vet&#233; pour croire un seul instant &#224; l'attachement des membres permanents du CS &#224; la souverainet&#233; d'un Etat autre que le leur. La r&#233;solution 1559 &#8211; et le fait qu'elle ait &#233;t&#233; adopt&#233;e en 2004, et pas avant, le montre bien &#8211; s'inscrit de mani&#232;re &#233;vidente dans l'action des Etats-Unis contre l'Iran dans la foul&#233;e de leur occupation de l'Irak, en visant deux des alli&#233;s de T&#233;h&#233;ran : le r&#233;gime syrien et le Hezbollah libanais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;solution 1701 du 11 ao&#251;t 2006 rel&#232;ve de cette m&#234;me action de fa&#231;on tout aussi flagrante. Elle a &#233;t&#233; adopt&#233;e apr&#232;s plusieurs semaines de blocage du CS par Washington pour laisser &#224; Isra&#235;l le temps de poursuivre son agression. Son iniquit&#233; saute aux yeux lorsqu'elle s'abstient de condamner l'agression criminelle d'Isra&#235;l pour n'&#233;voquer que &#171; l'attaque du Hezbollah contre Isra&#235;l &#187; et les &#171; hostilit&#233;s au Liban et en Isra&#235;l &#187; (sic). Elle fait preuve d'une hypocrisie flagrante en demandant &#224; Isra&#235;l de cesser ses &#171; op&#233;rations militaires offensives &#187;, sans m&#234;me exiger la lev&#233;e imm&#233;diate du blocus qu'il impose au Liban &#8211; comme si un blocus n'&#233;tait pas une op&#233;ration militaire &#233;minemment offensive. L'iniquit&#233; est tout aussi flagrante lorsque la nouvelle Finul &#8211; qui, remarquablement, ne se d&#233;ploie que sur le territoire du pays occup&#233; &#8211; est cens&#233;e emp&#234;cher que sa zone de d&#233;ploiement ne soit utilis&#233;e pour &#171; des activit&#233;s hostiles de n'importe quelle sorte &#187;. La r&#233;solution 1701 ne souffle mot de la protection du territoire libanais contre les agressions r&#233;p&#233;t&#233;es d'Isra&#235;l, puissance occupante au Liban 18 ann&#233;es durant (sans parler de la portion de territoire occup&#233;e depuis 1967).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour se faire une id&#233;e du caract&#232;re tr&#232;s biais&#233; de ce que pr&#233;voit la Finul dans l'esprit des Etats europ&#233;ens qui en fournissent la colonne vert&#233;brale, il n'est qu'&#224; lire l'entretien accord&#233; au journal Le Monde (31 ao&#251;t 2006) par Jean-Marie Gu&#233;henno, le chef des op&#233;rations de maintien de la paix de l'ONU. Il se passe de commentaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Pourriez-vous &#234;tre amen&#233;s &#224; user de la force contre le Hezbollah ?
Nous pouvons &#234;tre amen&#233;s &#224; le faire &#224; l'&#233;gard de tout &#233;l&#233;ment qui emp&#234;cherait notre libert&#233; de mouvement ou repr&#233;senterait une menace pour la population ou pour la paix. [&#8230;]
Que ferait la Finul en cas de raid de l'arm&#233;e isra&#233;lienne sur le Liban ?
Malheureusement, depuis la cessation des hostilit&#233;s, il y a eu plus de violations isra&#233;liennes que de violations du fait d'&#233;l&#233;ments arm&#233;s libanais. [&#8230;]
Pourrait-elle &#234;tre amen&#233;e &#224; utiliser la force contre Isra&#235;l dans cette hypoth&#232;se ?
Je pense qu'Isra&#235;l, qui tient &#224; ce que le droit international s'affirme, &#224; ce que responsabilit&#233; et souverainet&#233; aillent de pair au Liban, assumera ses responsabilit&#233;s dans le respect du droit international. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;solution 1701 est pleine de formulations d&#233;lib&#233;r&#233;ment ambigu&#235;s de sorte &#224; permettre une interpr&#233;tation allant dans le sens d'une mission de combat relevant de facto du Chapitre VII de la Charte, que Washington et Paris invoquaient directement dans leur projet de r&#233;solution distribu&#233; le 5 ao&#251;t et rejet&#233; par le Hezbollah et le gouvernement libanais. Devant ces objections, Washington et Paris ont abandonn&#233; l'id&#233;e d'une nouvelle force internationale au Liban, s'en tenant &#224; la Finul d&#233;j&#224; en place. Toutefois, le mandat de cette derni&#232;re est profond&#233;ment alt&#233;r&#233;, non seulement dans le sens indiqu&#233; ci-dessus, mais aussi quant &#224; sa zone d'activit&#233; puisque la Finul II est autoris&#233;e &#224; se d&#233;ployer le long de la fronti&#232;re libano-syrienne et &#224; contr&#244;ler les acc&#232;s a&#233;riens et maritimes du Liban.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En somme, l'esprit de cette r&#233;solution est de traiter le Liban comme s'il &#233;tait l'agresseur ! Elle rel&#232;ve, en ce sens, d'une tentative de continuer la guerre isra&#233;lienne au Liban d'une autre fa&#231;on, qui pourra impliquer des op&#233;rations de guerre &#224; courte ou moyenne &#233;ch&#233;ance. C'est pourquoi elle doit &#234;tre vigoureusement d&#233;nonc&#233;e et rejet&#233;e par toute personne attach&#233;e &#224; l'esprit de la Charte des Nations unies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit pas de rejeter la pr&#233;sence m&#234;me de la Finul le long de la fronti&#232;re libano-isra&#233;lienne. La Finul est en place depuis 1978 et accept&#233;e par l'ensemble des forces politiques libanaises. En d&#233;pit de son inefficacit&#233; &#233;vidente quant &#224; la protection du Liban contre les empi&#232;tements d'Isra&#235;l sur sa souverainet&#233;, et son inaction face &#224; l'invasion du Liban par Isra&#235;l en 1982 et son occupation du Liban sud 18 ann&#233;es durant, elle est un t&#233;moin pr&#233;cieux de ces violations de souverainet&#233;. Ce dont il s'agit, c'est 1) de rejeter l'alt&#233;ration profonde et dangereuse du mandat de la Finul que constitue la r&#233;solution 1701, et 2) de s'opposer &#224; l'utilisation de la Finul II et de la couverture onusienne afin de continuer la guerre pour les objectifs communs d'Isra&#235;l, de Washington et de Paris au Liban. Ce qui est en train de se tramer, c'est la r&#233;p&#233;tition d'une pratique symptomatique des temps nouveaux : l'utilisation de l'ONU comme feuille de vigne pour des op&#233;rations militaires men&#233;es par Washington avec l'OTAN et autres alli&#233;s, comme c'est le cas en Afghanistan depuis d&#233;cembre 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En bonne logique, une force d'interposition doit &#234;tre compos&#233;e de troupes de pays neutres. Or, Washington et Paris ne sont nullement neutres dans le conflit libanais. Aucune force alli&#233;e de Washington ne saurait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme neutre dans un conflit entre l'un des principaux alli&#233;s de Washington et un autre Etat. C'est le cas des forces de tous les pays membres de l'OTAN, alli&#233;s de la fa&#231;on la plus formelle aux Etats-Unis. C'est pourquoi tous ceux et celles qui tiennent &#224; la paix au Moyen-Orient et s'inqui&#232;tent des projets &#233;tats-uniens dans cette partie du monde doivent s'opposer &#233;nergiquement &#224; l'envoi et &#224; la pr&#233;sence au Liban de troupes de pays membres de l'OTAN. Un mouvement de protestation en ce sens est enclench&#233; dans les pays en question, de l'Allemagne &#224; la Turquie, en passant par la France, l'Italie et l'Espagne. Il s'agit de l'exercice d'un devoir d'autant plus n&#233;cessaire qu'Isra&#235;l s'arroge le &#171; droit du plus fort &#187; de refuser la participation &#224; la Finul de certains pays musulmans candidats &#224; l'envoi de troupes, en invoquant le fait qu'ils ne sont pas neutres dans le conflit isra&#233;lo-arabe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre des 33 jours et la r&#233;solution 1701 du Conseil de S&#233;curit&#233;</title>
		<link>http://www.alterinter.org/article303.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.alterinter.org/article303.html</guid>
		<dc:date>2006-08-21T11:15:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert ACHCAR</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La r&#233;solution adopt&#233;e par le Conseil de S&#233;curit&#233; des Nations unies le 11 ao&#251;t 2006 n'a pleinement satisfait ni Isra&#235;l ni Washington ni le Hezbollah. Cela ne signifie pas qu'elle est &#171; juste et &#233;quilibr&#233;e &#187;, mais seulement qu'elle est l'expression temporaire d'une impasse militaire. Le Hezbollah n'est pas parvenu &#224; infliger une d&#233;faite militaire majeure &#224; Isra&#235;l &#8212; possibilit&#233; exclue de toute fa&#231;on par la disproportion des forces en pr&#233;sence, tout comme il avait &#233;t&#233; impossible &#224; la r&#233;sistance vietnamienne d'infliger une d&#233;faite militaire majeure aux Etats-Unis. Mais Isra&#235;l non plus n'est pas parvenu &#224; infliger au Hezbollah une d&#233;faite militaire majeure&#8212; ou m&#234;me quelque d&#233;faite que ce soit, en r&#233;alit&#233;. En ce sens, le Hezbollah est sans doute aucun le v&#233;ritable vainqueur sur le plan politique et Isra&#235;l le v&#233;ritable vaincu de cette guerre de 33 jours d&#233;clench&#233;e le 12 juillet, et aucun discours d'Ehud Olmert ou de George W. Bush ne pourra contredire cette v&#233;rit&#233; flagrante (1).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.alterinter.org/rubrique4.html" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;solution adopt&#233;e par le Conseil de S&#233;curit&#233; des Nations unies le 11 ao&#251;t 2006 n'a pleinement satisfait ni Isra&#235;l ni Washington ni le Hezbollah. Cela ne signifie pas qu'elle est &#171; juste et &#233;quilibr&#233;e &#187;, mais seulement qu'elle est l'expression temporaire d'une impasse militaire. Le Hezbollah n'est pas parvenu &#224; infliger une d&#233;faite militaire majeure &#224; Isra&#235;l &#8212; possibilit&#233; exclue de toute fa&#231;on par la disproportion des forces en pr&#233;sence, tout comme il avait &#233;t&#233; impossible &#224; la r&#233;sistance vietnamienne d'infliger une d&#233;faite militaire majeure aux Etats-Unis. Mais Isra&#235;l non plus n'est pas parvenu &#224; infliger au Hezbollah une d&#233;faite militaire majeure&#8212; ou m&#234;me quelque d&#233;faite que ce soit, en r&#233;alit&#233;. En ce sens, le Hezbollah est sans doute aucun le v&#233;ritable vainqueur sur le plan politique et Isra&#235;l le v&#233;ritable vaincu de cette guerre de 33 jours d&#233;clench&#233;e le 12 juillet, et aucun discours d'Ehud Olmert ou de George W. Bush ne pourra contredire cette v&#233;rit&#233; flagrante (1).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Afin de comprendre ce qui est en jeu, il est n&#233;cessaire de r&#233;sumer les objectifs de l'offensive d'Isra&#235;l, endoss&#233;s par les Etats-Unis. Le but central que visait l'attaque isra&#233;lienne &#233;tait, bien s&#251;r, la destruction du Hezbollah. Isra&#235;l chercha &#224; atteindre cet objectif &#224; travers la combinaison de trois moyens principaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le premier moyen consistait &#224; porter un coup fatal au Hezbollah en menant une campagne de bombardement &#171; post-h&#233;ro&#239;que &#187; &#8212; autrement dit, d'une grande l&#226;chet&#233; &#8212; en tirant profit de la &#171; sup&#233;riorit&#233; &#233;crasante et asym&#233;trique &#187; de la force de frappe isra&#233;lienne. La campagne visait &#224; couper le Hezbollah de ses lignes de ravitaillements, d&#233;truire une bonne partie de son infrastructure militaire (stock de fus&#233;es, lance-missiles, etc.), &#233;liminer un grand nombre de ses combattants, et d&#233;capiter le mouvement en assassinant Hassan Nasrallah et d'autres dirigeants de l'organisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le second moyen utilis&#233; consistait &#224; retourner contre le Hezbollah sa base de masse parmi les chiites libanais, Isra&#235;l d&#233;signant &#224; cette fin le parti comme responsable de leur trag&#233;die et ce au moyen d'une campagne fr&#233;n&#233;tique de guerre psychologique. Cela supposait, bien entendu, qu'Isra&#235;l inflige aux chiites libanais un d&#233;sastre &#224; grande &#233;chelle par une campagne extensive de bombardements criminels rasant d&#233;lib&#233;r&#233;ment des villages et des quartiers en totalit&#233;, et tuant des centaines et des centaines de civils. Ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois qu'Isra&#235;l avait recours &#224; ce genre de stratag&#232;me, qui constitue un crime de guerre classique. Quand l'OLP &#233;tait active au Liban sud, dans ce qui &#233;tait surnomm&#233; le &#171; Fatahland &#187; avant la premi&#232;re invasion isra&#233;lienne en 1978, Isra&#235;l avait pour habitude de pilonner lourdement les zones habit&#233;es autour des points d'o&#249; des projectiles &#233;taient lanc&#233;s contre son territoire, m&#234;me si ceux-ci &#233;taient lanc&#233;s depuis des terrains vagues. &#192; l'&#233;poque, ce stratag&#232;me avait r&#233;ussi &#224; ali&#233;ner &#224; l'OLP une partie importante de la population du Liban sud, facilit&#233; par le fait que des directions r&#233;actionnaires repr&#233;sentaient encore une force majeure dans la r&#233;gion et que les combattants palestiniens pouvaient facilement &#234;tre rejet&#233;s comme des intrus en raison de leur comportement g&#233;n&#233;ralement d&#233;sastreux. Cette fois-ci, &#233;tant donn&#233; le statut incomparablement meilleur dont jouit le Hezbollah parmi la population chiite, Isra&#235;l a pens&#233; qu'il pouvait atteindre le m&#234;me r&#233;sultat tout simplement en augmentant de fa&#231;on spectaculaire l'&#233;tendue et la brutalit&#233; de la punition collective.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le troisi&#232;me moyen consistait &#224; perturber massivement et gravement la vie de l'ensemble des Libanais, en les prenant en otage au moyen d'un blocus a&#233;rien, maritime et terrestre afin d'inciter la population, en particulier les communaut&#233;s autres que chiites, contre le Hezbollah et cr&#233;er ainsi un climat propice &#224; une action militaire de l'arm&#233;e libanaise contre l'organisation chiite. C'est la raison pour laquelle, au d&#233;but de l'offensive, les responsables isra&#233;liens ont d&#233;clar&#233; qu'ils ne souhaitaient voir aucune force, except&#233; l'arm&#233;e libanaise, se d&#233;ployer au Liban sud, rejetant en particulier la perspective d'une force internationale et d&#233;nigrant celle qui &#233;tait d&#233;j&#224; en place : l'Unifil. Ce projet &#233;tait en fait l'objectif poursuivi par Washington et Paris depuis qu'ils avaient &#339;uvr&#233; ensemble &#224; produire la r&#233;solution 1559 du Conseil de S&#233;curit&#233; de l'ONU en septembre 2004, qui appelait au retrait des troupes syriennes du Liban et au &#171; d&#233;mant&#232;lement et d&#233;sarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises &#187;, c'est-&#224;-dire le Hezbollah et les organisations palestiniennes dans les camps de r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Washington cr&#251;t qu'une fois les troupes syriennes retir&#233;es du Liban, l'arm&#233;e libanaise, &#233;quip&#233;e et form&#233;e principalement par le Pentagone, serait capable de &#171; d&#233;manteler et d&#233;sarmer &#187; le Hezbollah &#187;. L'arm&#233;e syrienne se retira effectivement du Liban en avril 2005, non pas en raison de la pression de Washington et Paris, mais &#224; cause des bouleversements politiques et de la mobilisation de masse qui avaient r&#233;sult&#233; de l'assassinat, en f&#233;vrier de la m&#234;me ann&#233;e, de l'ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri, un alli&#233; tr&#232;s proche de la classe dirigeante saoudienne. L'&#233;quilibre des forces en pr&#233;sence dans le pays, &#224; la lumi&#232;re des manifestations et contre-manifestations gigantesques que l'assassinat avaient provoqu&#233;es, n'a pas permis &#224; la coalition alli&#233;e aux Etats-Unis d'envisager un r&#232;glement de la question du Hezbollah par la force. Elle fut m&#234;me oblig&#233;e de participer aux &#233;lections parlementaires du mois de mai suivant dans le cadre d'une grande coalition comprenant le Hezbollah et de gouverner ensuite le pays avec un gouvernement de coalition incluant deux ministres membres de l'organisation chiite. Ce r&#233;sultat d&#233;cevant d&#233;cida Washington &#224; donner son feu vert &#224; Isra&#235;l pour son intervention militaire. Il ne fallait plus que trouver un pr&#233;texte ad&#233;quat, qui fut fourni par l'op&#233;ration men&#233;e par le Hezbollah le 12 juillet de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'aune de l'objectif central et des trois moyens d&#233;crits plus haut, l'offensive isra&#233;lienne a &#233;t&#233; un &#233;chec total et flagrant. Le plus &#233;vident, c'est que le Hezbollah n'a pas &#233;t&#233; d&#233;truit, loin de l&#224;. Le parti a maintenu l'essentiel de sa structure politique et de sa force militaire, s'offrant m&#234;me le luxe de bombarder le nord d'Isra&#235;l jusqu'au dernier moment pr&#233;c&#233;dant le cessez-le-feu du matin du 14 ao&#251;t. Il n'a pas &#233;t&#233; coup&#233; de sa base de masse, parvenant plut&#244;t &#224; l'&#233;tendre consid&#233;rablement, non seulement parmi les chiites libanais mais &#233;galement au sein des autres communaut&#233;s religieuses libanaises, sans parler de l'immense prestige que cette guerre lui a valu, surtout dans la r&#233;gion arabe et dans le reste du monde musulman. Et pour compl&#233;ter le tableau, tout cela a conduit &#224; une &#233;volution de la balance des forces au Liban dans une direction qui est &#224; l'exact oppos&#233; de ce que Washington et Isra&#235;l souhaitaient : le Hezbollah est sorti de la bataille beaucoup plus fort et plus craint encore par ses adversaires d&#233;clar&#233;s ou non d&#233;clar&#233;s, les amis des Etats-Unis et du royaume saoudien. Le gouvernement libanais a essentiellement pris le parti du Hezbollah durant les combats, faisant de la protestation contre l'agression isra&#233;lienne sa priorit&#233; (2).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nul besoin d'insister davantage sur l'&#233;chec tr&#232;s flagrant d'Isra&#235;l : il suffit de lire l'avalanche de commentaires critiques tr&#232;s r&#233;v&#233;lateurs &#233;manant de sources isra&#233;liennes. L'une des critiques les plus vives a &#233;t&#233; exprim&#233;e par Moshe Arens, trois fois ministre de la &#171; d&#233;fense &#187; d'Isra&#235;l, expert incontestable en la mati&#232;re. Il a &#233;crit un petit article dans Haaretz qui en dit long :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ils [Ehud Olmert, Amir Peretz et Tzipi Livni ] ont eu quelques jours de gloire lorsqu'ils ont cru que le bombardement du Liban par l'arm&#233;e de l'air isra&#233;lienne mettrait en pi&#232;ces le Hezbollah et nous apporterait une victoire sans peine. Mais alors que la guerre qu'ils ont dirig&#233;e si maladroitement s'&#233;puisait&#8230; ils se sont progressivement d&#233;gonfl&#233;s. Ici et l&#224;, ils ont encore l&#226;ch&#233; quelques d&#233;clarations belliqueuses, mais ils ont commenc&#233; &#224; chercher une porte de sortie &#8212; un moyen de se sortir de la tournure prise par des &#233;v&#233;nements qu'ils ont &#233;t&#233; manifestement incapables de ma&#238;triser. Ils ont cherch&#233; &#224; se raccrocher &#224; une chim&#232;re, et quelle meilleure chim&#232;re que le Conseil de S&#233;curit&#233; des Nations unies. Nul besoin de r&#233;aliser une victoire militaire contre le Hezbollah. Que les Nations unies d&#233;clarent un cessez-le-feu, et Olmert, Peretz, et Livini pourront simplement d&#233;clarer victoire, que vous y croyez ou non&#8230; La guerre qui, selon nos dirigeants, &#233;tait suppos&#233;e r&#233;tablir la capacit&#233; de dissuasion d'Isra&#235;l, a r&#233;ussi &#224; la d&#233;truire en un mois. &#187; (3)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arens dit vrai : lorsque Isra&#235;l s'est av&#233;r&#233; de plus en plus &#234;tre incapable d'atteindre l'un quelconque des buts qu'il s'&#233;tait fix&#233;s au d&#233;but de sa nouvelle guerre, il a commenc&#233; &#224; chercher une porte de sortie. Tandis qu'il compensait son &#233;chec par une escalade dans la fureur destructrice et vengeresse d&#233;vers&#233;e sur le Liban, ses commanditaires am&#233;ricains chang&#232;rent d'attitude &#224; l'ONU. Apr&#232;s avoir gagn&#233; du temps pour Isra&#235;l en bloquant toute tentative de formuler une r&#233;solution du Conseil de S&#233;curit&#233; appelant &#224; un cessez-le-feu &#8212; un des cas les plus graves de paralysie de l'institution intergouvernementale en ses 61 ann&#233;es d'existence &#8212; Washington a d&#233;cid&#233; de prendre la rel&#232;ve en continuant la guerre d'Isra&#235;l par des moyens diplomatiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En changeant d'attitude, Washington s'est rapproch&#233; de nouveau de Paris sur le dossier libanais. Ayant en commun avec les Etats-Unis, ses concurrents, le d&#233;sir de tirer profit de la richesse des Saoudiens, notamment en leur vendant du mat&#233;riel militaire (4), Paris prend r&#233;guli&#232;rement et de fa&#231;on opportuniste le parti des Saoudiens &#224; chaque fois qu'&#233;mergent des tensions entre les projets de Washington et les soucis de ses plus anciens clients et prot&#233;g&#233;s du Moyen-Orient. La nouvelle guerre men&#233;e par Isra&#235;l au Liban a fourni une telle occasion : d&#232;s que l'agression criminelle d'Isra&#235;l s'est av&#233;r&#233;e contre-productive du point de vue de la famille r&#233;gnante saoudienne, terrifi&#233;e par la perspective d'une d&#233;stabilisation croissante du Moyen-Orient qui pourrait &#234;tre fatale &#224; ses int&#233;r&#234;ts, les Saoudiens ont r&#233;clam&#233; la cessation du conflit et la recherche de solutions de rechange.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paris s'est imm&#233;diatement prononc&#233; en faveur de cette attitude et Washington a fini par suivre, mais seulement apr&#232;s avoir donn&#233; &#224; l'agression isra&#233;lienne quelques jours de plus pour essayer de marquer quelques points et sauver sa face sur le plan militaire. Le premier projet de r&#233;solution pr&#233;par&#233; par les deux capitales a circul&#233; aux Nations unies le 5 ao&#251;t. C'&#233;tait une tentative flagrante de parvenir diplomatiquement &#224; ce qu'Isra&#235;l n'avait pas r&#233;ussi &#224; accomplir militairement. Tout en proclamant un &#171; soutien fort &#187; &#224; la souverainet&#233; du Liban, le projet appelait n&#233;anmoins &#224; la r&#233;ouverture de ses ports et a&#233;roports uniquement &#171; &#224; des fins strictement civiles de fa&#231;on v&#233;rifiable &#187; et pr&#233;voyait l'instauration d'un &#171; embargo international sur la vente ou la fourniture d'armes ou de mat&#233;riel connexe au Liban, except&#233; ce qui est autoris&#233; par son gouvernement &#187; &#8212; en d'autres termes, un embargo sur le Hezbollah.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le projet franco-am&#233;ricain r&#233;affirmait la r&#233;solution 1559, tout en appelant &#224; une autre r&#233;solution qui aurait autoris&#233; &#171; en vertu du chapitre VII de la Charte, le d&#233;ploiement d'une force internationale mandat&#233;e par les Nations unies pour aider les forces arm&#233;es et le gouvernement du Liban &#224; &#233;tablir un environnement s&#251;r et contribuer &#224; la mise en pratique d'un cessez-le-feu permanent et d'une solution &#224; long terme &#187;. Cette formulation est si vague qu'elle ne pouvait que d&#233;signer, en r&#233;alit&#233;, une force internationale autoris&#233;e &#224; entreprendre des op&#233;rations militaires (chapitre VII de la Charte de l'ONU) en vue de l'application de la r&#233;solution 1559 par la force, en alliance avec l'arm&#233;e libanaise. De plus, aucune disposition ne limitait cette force &#224; la zone au sud du fleuve Litani, qui, d'apr&#232;s le projet de r&#233;solution, devait &#234;tre une zone sans armement du Hezbollah &#8212; la zone qu'Isra&#235;l a revendiqu&#233;e comme espace de s&#233;curit&#233; apr&#232;s avoir &#233;chou&#233; &#224; se d&#233;barrasser du Hezbollah dans le reste du Liban. Cela signifiait que la force des Nations unies aurait pu &#234;tre appel&#233;e &#224; intervenir contre l'organisation chiite dans le reste du Liban.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce projet cependant n'&#233;tait absolument pas autoris&#233; par ce qu'Isra&#235;l avait pu accomplir sur le terrain et il fut d&#233;jou&#233; par cons&#233;quent. Le Hezbollah s'y opposa fermement, faisant savoir clairement qu'il n'admettrait aucune force internationale autre que la Finul, la force onusienne d&#233;ploy&#233;e le long de la fronti&#232;re du Liban avec Isra&#235;l (la &#171; ligne bleue &#187;) depuis 1978. Le gouvernement libanais se fit l'&#233;cho de l'opposition du Hezbollah et demanda la modification du projet, soutenu en ch&#339;ur par les Etats arabes y compris les clients des Etats-Unis. Washington n'eut alors d'autre choix que de r&#233;viser le projet, qui, de toute fa&#231;on, n'aurait pas &#233;t&#233; avalis&#233; par le Conseil de S&#233;curit&#233;. De plus, l'alli&#233; de Washington dans cette affaire, Jacques Chirac, dont le pays est pressenti pour fournir la majeure partie de la force internationale et la diriger, avait lui-m&#234;me d&#233;clar&#233; publiquement deux semaines apr&#232;s le d&#233;but des combats qu'aucun d&#233;ploiement ne serait possible sans accord pr&#233;alable avec le Hezbollah (5).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le projet fut donc r&#233;vis&#233; et ren&#233;goci&#233;, tandis que Washington demandait &#224; Isra&#235;l de brandir la menace d'une offensive terrestre majeure et de commencer &#224; la mettre &#224; ex&#233;cution en guise de pression pour que Washington puisse obtenir les meilleures conditions possibles de son point de vue. Afin de faciliter un accord menant &#224; un cessez-le-feu qui devenait de plus en plus urgent pour des raisons humanitaires, le Hezbollah accepta le d&#233;ploiement de 15.000 soldats libanais au sud du Litani et assouplit sa position g&#233;n&#233;rale. C'est ainsi que la r&#233;solution 1701 put passer au Conseil de S&#233;curit&#233; le 11 ao&#251;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La concession principale faite par Washington et Paris a consist&#233; &#224; abandonner le projet de cr&#233;er une force multinationale ad hoc r&#233;gie par le chapitre VII. &#192; la place, la r&#233;solution autorise &#171; l'accroissement de la force de la FINUL jusqu'&#224; un maximum de 15.000 soldats &#187;, r&#233;organisant ainsi et gonflant consid&#233;rablement la force existante. L'astuce principale consistait, cependant, &#224; red&#233;finir le mandat de cette force de fa&#231;on &#224; ce qu'elle puisse &#171; assister les forces arm&#233;es libanaises en prenant des mesures &#187; pour &#171; l'&#233;tablissement entre la Ligne Bleue et le fleuve Litani d'une zone libre de tout personnel arm&#233;, &#233;quipement ou armement autres que ceux du gouvernement libanais et de la FINUL &#187;. La FINUL peut maintenant, &#233;galement, &#171; entreprendre toute action n&#233;cessaire dans les zones de d&#233;ploiement de ses forces et selon ce qu'elle consid&#232;re relever de ses capacit&#233;s, pour s'assurer que sa zone d'op&#233;ration n'est pas utilis&#233;e pour des activit&#233;s hostiles de quelque nature que ce soit &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Combin&#233;es, les deux formulations pr&#233;c&#233;dentes se rapprochent beaucoup d'un mandat sous chapitre VII ou, en tout cas, pourraient ais&#233;ment &#234;tre interpr&#233;t&#233;es de cette fa&#231;on. De plus, le mandat de la FINUL est &#233;tendu de fait par la r&#233;solution 1701 au-del&#224; de ses &#171; zones de d&#233;ploiement &#187; puisqu'elle peut maintenant &#171; aider le gouvernement libanais &#224; sa demande &#187; dans ses efforts pour &#171; s&#233;curiser ses fronti&#232;res et autres points d'entr&#233;e afin d'emp&#234;cher l'entr&#233;e au Liban d'armes ou de mat&#233;riel connexe &#187; &#8212; une phrase qui ne se r&#233;f&#232;re certainement pas aux fronti&#232;res du Liban avec Isra&#235;l, mais bien &#224; sa fronti&#232;re avec la Syrie, qui s'&#233;tend du nord au sud du pays. Ce sont ces points-ci qui repr&#233;sentent les principaux pi&#232;ges contenus dans la r&#233;solution 1701, et non la formulation concernant le retrait de l'arm&#233;e d'occupation isra&#233;lienne sur laquelle beaucoup de commentaires se sont concentr&#233;s, puisque ce retrait est d&#233;termin&#233; en tout cas par la force dissuasive du Hezbollah et non par une quelconque r&#233;solution onusienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Hezbollah d&#233;cida de donner son feu vert &#224; l'approbation par le gouvernement libanais de la r&#233;solution 1701. Hassan Nasrallah pronon&#231;a un discours le 12 ao&#251;t, dans lequel il expliqua la d&#233;cision du parti de donner son accord pour le d&#233;ploiement mandat&#233; par les Nations unies. Son discours comprenait une &#233;valuation de la situation beaucoup plus sobre que dans certains de ses discours pr&#233;c&#233;dents, ainsi qu'une bonne dose de sagesse politique. &#171; Aujourd'hui, dit Nasrallah, nous sommes devant les r&#233;sultats naturels raisonnables et possibles de la grande fermet&#233; que les Libanais ont exprim&#233;e &#224; partir de leurs diverses positions &#187;. Cette sobri&#233;t&#233; &#233;tait n&#233;cessaire, car une revendication de victoire pr&#233;somptueuse, comme celles qu'ont faites &#224; bon compte les supporters du Hezbollah &#224; Damas ou T&#233;h&#233;ran, aurait oblig&#233; Nasrallah &#224; ajouter, comme le roi Pyrrhus de la Gr&#232;ce antique, &#171; Encore une victoire comme celle-ci et je serai perdu &#187;. Le chef du Hezbollah a prudemment et explicitement refus&#233; d'entrer dans une pol&#233;mique sur les r&#233;sultats de la guerre, soulignant que &#171; notre vraie priorit&#233; &#187; est de stopper l'agression, de r&#233;cup&#233;rer les territoires occup&#233;s et de &#171; r&#233;aliser la s&#233;curit&#233; et la stabilit&#233; dans notre pays, ainsi que le retour des r&#233;fugi&#233;s et des personnes d&#233;plac&#233;es &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nasrallah d&#233;finit la position de son mouvement comme suit : respecter le cessez-le-feu, coop&#233;rer pleinement avec &#171; tout ce qui peut faciliter le retour des r&#233;fugi&#233;s et personnes d&#233;plac&#233;es chez eux, dans leurs maisons et tout ce qui peut faciliter les op&#233;rations humanitaires et de secours &#187;. En m&#234;me temps, il affirma que son mouvement est dispos&#233; &#224; poursuivre le combat l&#233;gitime contre l'arm&#233;e isra&#233;lienne aussi longtemps qu'elle demeurerait en territoire libanais, tout en proposant de respecter les accords de 1996 en vertu desquels les op&#233;rations des deux camps seraient restreintes aux cibles militaires et &#233;pargneraient les civils. &#192; cet &#233;gard, Nasrallah a insist&#233; sur le fait que son mouvement n'a commenc&#233; &#224; pilonner le nord d'Isra&#235;l qu'en r&#233;action aux bombardements isra&#233;liens du Liban &#224; la suite de l'op&#233;ration du 12 juillet, et que c'est Isra&#235;l qu'il faut bl&#226;mer pour avoir, le premier, &#233;tendu la guerre aux populations civiles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nasrallah exposa ensuite une position au sujet de la r&#233;solution 1701 qui pourrait &#234;tre d&#233;crite de la fa&#231;on la plus pr&#233;cise comme une approbation avec beaucoup de r&#233;serves, en attente de v&#233;rification dans la mise en pratique. Il exprima une protestation contre le caract&#232;re injuste de la r&#233;solution qui s'est abstenue dans ses pr&#233;ambules de condamner Isra&#235;l pour son agression et ses crimes de guerre, en ajoutant cependant qu'elle aurait pu &#234;tre bien pire encore et manifestant son appr&#233;ciation pour les efforts diplomatiques ayant permis d'&#233;viter cela. Son argument central fut de souligner le fait que le Hezbollah consid&#232;re nombre de probl&#232;mes trait&#233;s par la r&#233;solution comme &#233;tant des affaires int&#233;rieures libanaises devant &#234;tre discut&#233;es et r&#233;gl&#233;es par les Libanais eux-m&#234;mes. Il mit l'accent &#224; ce propos sur la pr&#233;servation de l'unit&#233; et de la solidarit&#233; nationales libanaises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les circonstances donn&#233;es, la position de Nasrallah &#233;tait la plus correcte possible. Le Hezbollah a d&#251; faire des concessions pour faciliter la fin de la guerre. Comme toute la population libanaise &#233;tait prise en otage par Isra&#235;l, toute attitude intransigeante aurait eu des cons&#233;quences humanitaires d&#233;sastreuses en plus des r&#233;sultats &#233;pouvantables de la furie meurtri&#232;re et destructrice d'Isra&#235;l. Le Hezbollah sait parfaitement que le v&#233;ritable enjeu tient beaucoup moins aux termes d'une r&#233;solution du Conseil de S&#233;curit&#233; qu'&#224; son interpr&#233;tation et son application effectives, et que ce sont la situation et le rapport des forces sur le terrain qui sont d&#233;terminants &#224; cet &#233;gard. En r&#233;ponse aux fanfaronnades de Georges W. Bush et d'Ehud Olmert au sujet de leur victoire que traduirait, selon eux, la r&#233;solution 1701, il suffit de citer la r&#233;ponse anticip&#233;e de Moshe Arens dans l'article d&#233;j&#224; mentionn&#233; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La rh&#233;torique appropri&#233;e a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; fuser. Quelle importance si le monde entier voit cet arrangement diplomatique, auquel Isra&#235;l a adh&#233;r&#233; alors qu'il recevait encore sa dose quotidienne de missiles, comme la d&#233;faite inflig&#233;e &#224; Isra&#235;l par quelques milliers de combattants du Hezbollah ? Et quelle importance si personne ne croit qu'une force &#8220;raffermie&#8221; de la Finul d&#233;sarmera le Hezbollah, et que le Hezbollah, avec des milliers de missiles encore dans son arsenal et vraiment raffermi par sa victoire en un mois contre la puissante arm&#233;e isra&#233;lienne, va maintenant devenir un partenaire pour la paix ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &#171; continuation de la guerre par d'autres moyens &#187; a d&#233;j&#224; d&#233;but&#233; en force au Liban. Quatre questions principales sont en jeu, ici expos&#233;es dans l'ordre inverse de leur priorit&#233;. La premi&#232;re, sur le plan int&#233;rieur libanais, est le sort du cabinet. La majorit&#233; parlementaire existante au Liban est le r&#233;sultat d'&#233;lections men&#233;es sous le couvert d'une loi &#233;lectorale d&#233;fectueuse et d&#233;formatrice, impos&#233;e par l'ancien r&#233;gime domin&#233; par les Syriens. L'une de ses cons&#233;quences majeures a &#233;t&#233; la d&#233;formation de la repr&#233;sentation de l'&#233;lectorat chr&#233;tien, avec une forte sous-repr&#233;sentation du mouvement conduit par le G&#233;n&#233;ral Michel Aoun qui, apr&#232;s les &#233;lections, a nou&#233; une alliance avec le Hezbollah. De plus, la r&#233;cente guerre a profond&#233;ment alt&#233;r&#233; le moral politique de la population libanaise et la l&#233;gitimit&#233; de la majorit&#233; parlementaire actuelle est fortement discutable de ce fait. Bien entendu, un changement de gouvernement en faveur du Hezbollah et de ses alli&#233;s alt&#233;rerait radicalement le sens de la r&#233;solution 1701 dans la mesure o&#249; son interpr&#233;tation d&#233;pend beaucoup de l'attitude du gouvernement libanais. &#192; cet &#233;gard, un des principaux soucis est d'&#233;viter le d&#233;rapage vers une nouvelle guerre civile au Liban : c'est ce que Hassan Nasrallah avait en t&#234;te lorsqu'il souligna l'importance de &#171; l'unit&#233; nationale &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me question, qui concerne &#233;galement les affaires int&#233;rieures libanaises, est l'effort de reconstruction. Hariri et ses alli&#233;s saoudiens avaient construit leur influence politique au Liban en dominant les efforts de reconstruction qui avaient fait suite &#224; la guerre de 15 ans achev&#233;e en 1990. Cette fois, ils seront confront&#233;s &#224; une forte concurrence men&#233;e par le Hezbollah, soutenu par l'Iran et avec l'avantage de ses liens &#233;troits avec la population libanaise chiite, principale cible de la guerre vengeresse d'Isra&#235;l. Comme l'analyste militaire tr&#232;s connu Ze'ev Schiff l'a &#233;crit dans Haaretz : &#171; Beaucoup d&#233;pendra aussi de qui aidera &#224; la reconstruction du Liban sud. Si c'&#233;tait l'&#339;uvre du Hezbollah, la population chiite du Liban sud serait l'oblig&#233;e de T&#233;h&#233;ran. Cela devrait &#234;tre emp&#234;ch&#233;. &#187; (6) Ce message a &#233;t&#233; re&#231;u cinq sur cinq &#224; Washington, Riyad et Beyrouth et aujourd'hui m&#234;me des articles sonnent l'alarme &#224; ce sujet dans les principaux journaux aux Etats-Unis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La troisi&#232;me question est naturellement celle du d&#233;sarmement du Hezbollah dans la zone d&#233;limit&#233;e au Liban sud pour le d&#233;ploiement de l'arm&#233;e libanaise et de la FINUL r&#233;organis&#233;e. Le maximum que le Hezbollah est dispos&#233; &#224; conc&#233;der &#224; cet &#233;gard, c'est de &#171; cacher &#187; ses armes au sud du Litani, c'est-&#224;-dire &#233;viter de les exposer et les stocker dans des lieux secrets. Tout pas allant au-del&#224;, sans m&#234;me mentionner le d&#233;sarmement du Hezbollah dans l'ensemble du Liban, est li&#233; par l'organisation &#224; une s&#233;rie de conditions qui vont de la r&#233;cup&#233;ration par le Liban des fermes de Chebaa, occup&#233;es par Isra&#235;l depuis 1967, &#224; l'&#233;mergence d'un gouvernement et d'une arm&#233;e capables de d&#233;fendre la souverainet&#233; du pays contre Isra&#235;l et d&#233;termin&#233;s &#224; le faire. Cette question repr&#233;sente le premier probl&#232;me majeur sur lequel l'application de la r&#233;solution 1701 pourrait tr&#233;bucher, puisque aucun pays au monde n'est actuellement en position de d&#233;sarmer le Hezbollah par la force, t&#226;che &#224; laquelle la plus formidable arm&#233;e moderne du Moyen-Orient, et l'une des principales puissances militaires du monde, a compl&#232;tement failli. Cela signifie que toute force d&#233;ploy&#233;e au sud du Litani, qu'elle soit libanaise ou mandat&#233;e par l'ONU, devra accepter l'offre du Hezbollah, avec ou sans d&#233;guisement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La quatri&#232;me question est, bien s&#251;r, celle de la composition et de la mission des nouveaux contingents de la FINUL. Le plan initial de Washington et Paris &#233;tait de refaire au Liban ce qui a lieu en Afghanistan o&#249; une force suppl&#233;tive de l'OTAN, avec une feuille de vigne onusienne, m&#232;ne la guerre de Washington. Mais la r&#233;sistance militaire aussi bien que politique du Hezbollah a contrecarr&#233; ce plan. Washington et Paris ont tout de m&#234;me cru qu'il pourrait l'ex&#233;cuter, graduellement et sous camouflage, jusqu'&#224; ce que les conditions politiques soient r&#233;unies au Liban pour une &#233;preuve de force opposant l'OTAN et ses alli&#233;s locaux au Hezbollah. Effectivement, les pays cens&#233;s envoyer les principaux contingents sont tous membres de l'OTAN : avec la France, l'Italie et la Turquie sont en attente, tandis que l'Allemagne et l'Espagne sont sollicit&#233;es avec insistance pour les suivre. Cependant le Hezbollah n'est pas dupe. Il est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre pour dissuader la France d'ex&#233;cuter son plan d'envoyer des troupes d'&#233;lite, soutenues par son unique porte-avion mouillant en M&#233;diterran&#233;e au large des c&#244;tes libanaises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur la derni&#232;re question, le mouvement anti-guerre dans les pays de l'OTAN pourrait aider grandement la r&#233;sistance nationale libanaise et la cause de la paix au Liban en se mobilisant contre l'exp&#233;dition de forces de pays membres de l'OTAN, contribuant ainsi &#224; dissuader les gouvernements de ces pays d'aider Washington et Isra&#235;l dans leur sale boulot. Ce dont le Liban a besoin, c'est d'une force v&#233;ritablement neutre de maintien de la paix &#224; sa fronti&#232;re sud et, surtout, que l'on permette &#224; son peuple de r&#233;gler ses probl&#232;mes internes par des moyens politiques pacifiques. Toute autre voie conduirait au renouvellement de la guerre civile libanaise au moment o&#249; le Moyen-Orient, et le monde entier en l'occurrence, ont d&#233;j&#224; beaucoup de difficult&#233; &#224; faire face aux cons&#233;quences de la guerre civile que Washington a d&#233;clench&#233;e et qu'il continue d'alimenter en Irak.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(1) Sur les implications r&#233;gionales et mondiales de ces &#233;v&#233;nements, voir mon article &#171; Le navire en perdition des desseins imp&#233;riaux &#233;tats-uniens &#187;, mis en ligne le 7 ao&#251;t 2006 sur Znet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(2) Comme l'a dit un observateur isra&#233;lien dans un article au titre fort r&#233;v&#233;lateur : &#171; Ce fut une erreur de penser que la pression militaire pourrait g&#233;n&#233;rer un processus qui am&#232;nerait le gouvernement libanais &#224; d&#233;sarmer le Hezbollah. &#187; Efraim Inbar, &#171; Prepare for the next round &#187;, Jerusalem Post, 15 ao&#251;t 2006.&#8207;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(3) Moshe Arens, &#171; Let the devil take tomorrow &#187;, Haaretz, 13 ao&#251;t 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(4) Tant les Etats-Unis que la France ont conclu d'importants contrats d'armement avec les Saoudiens en juillet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(5) Interview accord&#233;e au journal Le Monde, 27 juillet 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(6) Ze'ev Schiff, &#171; Delayed ground offensive clashes with diplomatic timetable &#187;, Haaretz, 13 ao&#251;t 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le navire qui coule</title>
		<link>http://www.alterinter.org/article301.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.alterinter.org/article301.html</guid>
		<dc:date>2006-08-19T09:08:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert ACHCAR</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Chaque jour qui passe voit davantage de ceux qui ont soutenu le projet imp&#233;rial de l'administration Bush au Moyen Orient quitter son bateau en perdition. Il ne fait plus aucun doute que ce que beaucoup avaient pr&#233;dit depuis longtemps est en train de devenir tout &#224; fait vrai : l'administration Bush sera certainement retenue par l'histoire comme l'&#233;quipage le plus maladroit qui ait jamais pilot&#233; l'empire am&#233;ricain.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.alterinter.org/rubrique4.html" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chaque jour qui passe voit davantage de ceux qui ont soutenu le projet imp&#233;rial de l'administration Bush au Moyen Orient quitter son bateau en perdition. Il ne fait plus aucun doute que ce que beaucoup avaient pr&#233;dit depuis longtemps est en train de devenir tout &#224; fait vrai : l'administration Bush sera certainement retenue par l'histoire comme l'&#233;quipage le plus maladroit qui ait jamais pilot&#233; l'empire am&#233;ricain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; La d&#233;faite du Hezbollah serait une grosse perte pour l'Iran non seulement du point de vue psychologique, mais aussi du point de vue strat&#233;gique. L'Iran perdrait son relais au Liban. Il perdrait ses principaux moyens de d&#233;stabiliser et de s'introduire au c&#339;ur du Moyen-Orient. L'&#233;v&#232;nement apporterait la d&#233;monstration que l'Iran est all&#233; au-del&#224; de ses capacit&#233;s en essayant de s'affirmer comme la superpuissance de la r&#233;gion. Les &#201;tats-Unis ont fait beaucoup pour permettre &#224; Isra&#235;l de triompher et pour que tout cela ait lieu. Ils ont compt&#233; sur la capacit&#233; d'Isra&#235;l &#224; remplir cette t&#226;che et ont &#233;t&#233; d&#233;&#231;us. Le Premier Ministre Ehud Olmert n'a su montrer ni fermet&#233; ni d&#233;termination dans sa direction des &#233;v&#233;nements&#8230;Sa recherche d'une victoire &#224; bon compte a mis en danger non seulement l'op&#233;ration au Liban mais aussi la confiance de l'Am&#233;rique en Isra&#235;l. &#187;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Charles Krauthammer, Washington Post, 4 ao&#251;t 2006&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Mais le gouvernement doit maintenant admettre ce que quiconque, moi-m&#234;me compris, a cru en l'importance de r&#233;ussir en Irak doit admettre : qu'il s'agisse de raisons li&#233;es &#224; Bush ou aux Arabes, ce succ&#232;s n'a pas eu lieu et nous ne pouvons plus continuer &#224; sacrifier de nouvelles vies&#8230; Mais l'autre meilleure option est de quitter l'Irak. Parce que la pire option, celle que ch&#233;rit l'Iran, c'est que nous restions en Irak, en continuant &#224; saigner et &#224; nous exposer au risque d'une attaque de l'Iran au cas o&#249; nous frapperions ses installations nucl&#233;aires... Il nous faut traiter avec l'Iran et la Syrie &#224; partir d'une position de force et pour cela nous avons besoin de constituer une coalition large. Plus longtemps nous maintiendrons une strat&#233;gie unilat&#233;rale qui ne fonctionne pas en Irak, plus difficile sera la construction d'une telle coalition, et plus forts deviendront les ennemis de la libert&#233;. &#187;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Thomas Friedman, New York Times, 4 ao&#251;t 2006&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bush et ses acolytes ont d&#233;j&#224; &#233;tabli leur renom dans la m&#233;moire collective comme les fossoyeurs des ambitions imp&#233;riales &#233;tats-uniennes de l'apr&#232;s-Guerre froide : ils ont accompli l'incomparable prouesse d'avoir gaspill&#233; les conditions exceptionnellement favorables que l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien a connues depuis le d&#233;but de l'effondrement de l'autre colosse mondial en 1989. Ils ont rat&#233; l'occasion historique unique que le m&#234;me Krauthammer cit&#233; plus haut avait qualifi&#233;e en 1990 de &#171; moment unipolaire &#187;. Mais ils n'en ont pas tir&#233; profit parce qu'ils &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment inspir&#233;s par la m&#234;me arrogance imp&#233;riale qui caract&#233;rise Krauthammer, Friedman et leurs semblables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'article principal d'une parution r&#233;cente du magazine Time, publi&#233; avant le d&#233;but de la nouvelle guerre d'Isra&#235;l au Liban, annon&#231;ait &#171; La fin de la diplomatie du cow-boy &#187;, en constatant le fait &#233;vident que &#171; la doctrine Bush a &#233;chou&#233; &#224; l'endroit principal o&#249; les &#201;tats-Unis ont cherch&#233; &#224; la mettre en &#339;uvre &#187; : &#171; Bien que personne &#224; la Maison Blanche ne remette en question de fa&#231;on ouverte la d&#233;cision de Bush de faire la guerre en Irak, quelques collaborateurs reconnaissent maintenant que cela a co&#251;t&#233; cher en ressources militaires, soutien du public et cr&#233;dibilit&#233; &#224; l'&#233;tranger. L'administration en paye tous les jours la facture alors qu'elle essaye de faire face &#224; d'autres crises. La poursuite de la politique &#233;trang&#232;re offensive telle que con&#231;ue dans la doctrine Bush est devenue presque impossible au moment o&#249; les &#201;tats-Unis essayent de trouver le moyen de se d&#233;gager du probl&#232;me irakien. &#192; travers le monde, tant les alli&#233;s que les adversaires des &#201;tats-unis sont en train de prendre note, et souvent de tirer profit, des difficult&#233;s de la superpuissance. Si le renversement de Saddam Hussein avait marqu&#233; l'apog&#233;e de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine, les trois derni&#232;res ann&#233;es ont t&#233;moign&#233; d'une &#233;rosion progressive de la capacit&#233; de Washington de plier le monde &#224; sa volont&#233;. &#187; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Mike Allen et Romesh Ratnesar, &#171; The End of Cowboy Diplomacy &#187;, Time, 17 (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plus s&#233;rieux grief des auteurs &#233;tait expos&#233; comme suit :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Tel qu'il est en train de se v&#233;rifier, l'Irak pourrait s'av&#233;rer &#234;tre non seulement le premier mais aussi le dernier laboratoire de la guerre pr&#233;ventive. Au lieu de dissuader les dirigeants de T&#233;h&#233;ran ou de Pyongyang, les difficult&#233;s de l'occupation am&#233;ricaine peuvent avoir plut&#244;t encourag&#233; ces r&#233;gimes dans leur effort pour l'obtention d'armes nucl&#233;aires tout en limitant la capacit&#233; militaire des &#201;tats-Unis &#224; les en dissuader. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce constat tr&#232;s amer &#233;tait accompagn&#233; dans l'article de Time par le m&#234;me espoir que partageait la vaste chorale des alli&#233;s, prot&#233;g&#233;s et autres clients des &#201;tats-Unis : pour eux tous, &#224; l'exception notable du gouvernement isra&#233;lien, le fait que les n&#233;o-conservateurs les plus &#233;minents du gouvernement Bush aient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s avait nourri l'espoir qu'une nouvelle orientation salutaire de la politique &#233;trang&#232;re du gouvernement &#233;tait en gestation. Le remaniement qui accompagna le second mandat de George W. Bush malgr&#233; le d&#233;part du &#171; r&#233;aliste en chef &#187; Colin Powell qui, de toute fa&#231;on, avait une influence tr&#232;s limit&#233;e dans l'administration, paraissait vraiment confirmer le &#171; cr&#233;puscule des n&#233;o-conservateurs &#187; que quelques clintoniens avaient annonc&#233; deux ans auparavant. [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Stefan Halper et Jonathan Clarke, &#171; Twilight of the Neocons &#187;, Washington (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutefois, ce que les auteurs de Time ont annonc&#233; comme signalant la fin de la &#171; diplomatie de cow-boy &#187; &#8212; &#171; une r&#233;orientation strat&#233;gique est &#233;vidente dans l'influence croissante de la secr&#233;taire d'&#233;tat Condoleezza Rice &#187; &#8212; s'est r&#233;v&#233;l&#233;, &#224; peine publi&#233;, n'&#234;tre rien de plus qu'un v&#339;u pieux &#224; la lumi&#232;re des &#233;v&#233;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s par la suite, lorsque Isra&#235;l lan&#231;a son agression la plus brutale. Il s'av&#233;ra que la diplomatie de cow-boy avait seulement &#233;t&#233; remplac&#233;e par une diplomatie de cow-girl, essentiellement pareille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est vrai que Condoleezza Rice a fait de son mieux pour maquiller la face de la politique &#233;trang&#232;re de l'administration Bush, mais sans aucun changement significatif en substance. Pilier de cette administration depuis le d&#233;but, Rice partage la m&#234;me folie des grandeurs, les m&#234;mes ambitions d&#233;mesur&#233;es qui caract&#233;risent le reste de l'&#233;quipe. Plac&#233;e &#224; la t&#234;te du d&#233;partement d'&#201;tat pour le second mandat de Bush, la mission de Rice consistait avant tout &#224; colmater les nombreuses fuites du navire de la politique &#233;trang&#232;re de l'administration : c'&#233;tait, bel et bien, une mission impossible. Le navire est en train de sombrer inexorablement dans les eaux sombres de la mar&#233;e noire irakienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'hyperpuissance &#187; am&#233;ricaine capable de renverser n'importe quelle autre arm&#233;e r&#233;guli&#232;re de la plan&#232;te &#8212; l'hyperpuissance dont les d&#233;penses militaires d&#233;passent le total de celles des plus de 200 &#201;tats qui constituent le reste du monde, et dont le budget militaire d&#233;passe &#224; lui seul le PIB de tous les autres pays &#224; l'exception de 14 d'entre eux &#8212; a prouv&#233;, une fois de plus dans l'histoire contemporaine, qu'elle est incapable de ma&#238;triser des populations rebelles. Pour ce faire, tout les gadgets meurtriers sophistiqu&#233;s que poss&#232;de le Pentagone ne servent pas &#224; grand chose. Pour contr&#244;ler des populations, il faut des troupes : c'est un genre d'industrie dans lequel la main-d'&#339;uvre est difficilement rempla&#231;able par des machines. C'est, d'ailleurs, la raison pour laquelle les dictatures sont relativement plus &#224; l'aise dans ce domaine, car elles peuvent mobiliser leurs populations &#224; leur gr&#233; et n'ont pas peur de payer un prix &#233;lev&#233; en vies de soldats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis se sont av&#233;r&#233;s incapables de contr&#244;ler le Vietnam alors que le taux des troupes d'occupation aux habitants locaux &#233;tait bien plus &#233;lev&#233; qu'en Irak. N&#233;anmoins, la puissance militaire &#233;tats-unienne est aujourd'hui beaucoup plus grande qu'au temps du Vietnam sous tous les aspects, sauf celui qui est essentiel pour le succ&#232;s d'une occupation : les troupes. Les effectifs militaires des &#201;tats-Unis ont &#233;t&#233; radicalement r&#233;duits depuis le Vietnam et la fin de la Guerre froide. Inspir&#233; par un esprit typique du capitalisme de l'&#226;ge de l'automation, le Pentagone a cru qu'il pouvait remplacer les ressources humaines peu fiables par un armement sophistiqu&#233; (la dite &#171; r&#233;volution dans les affaires militaires &#187;). C'est ainsi qu'il est entr&#233; dans l'&#226;ge des guerres &#171; post-h&#233;ro&#239;ques &#187; comme les a bien qualifi&#233;es un analyste des questions militaires.Edward Luttwak, &#171; A Post-Heroic Military Policy &#187;, [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Edward Luttwak, &#171; A Post-Heroic Military Policy &#187;, Foreign Affairs, vol. 75, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;] En effet, les &#201;tats-Unis n'ont pas eu de peine &#224; vaincre l'arm&#233;e irakienne de Saddam Hussein de fa&#231;on &#171; post-h&#233;ro&#239;que &#187;. Contr&#244;ler la population irakienne de mani&#232;re &#171; post-h&#233;ro&#239;que &#187; s'est toutefois r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre une &#233;preuve totalement diff&#233;rente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis n'ont cess&#233; de perdre leur contr&#244;le sur l'Irak depuis le d&#233;ploiement de leur force d'occupation en 2003. Ils ont &#233;t&#233; confront&#233;s, d'abord, &#224; l'&#233;mergence d'une r&#233;bellion arm&#233;e dans les territoires arabes sunnites du pays, qui s'est av&#233;r&#233;e impossible &#224; ma&#238;triser avec le nombre limit&#233; des troupes d'occupation &#233;tats-uniennes disponibles. Car, si une arm&#233;e d'invasion est incapable d'exercer son contr&#244;le sur chaque kilom&#232;tre carr&#233; de territoire habit&#233;, comme le font normalement les forces arm&#233;es locales, il ne reste qu'une m&#233;thode s&#251;re pour se d&#233;barrasser d'une r&#233;bellion arm&#233;e qui se d&#233;place dans son milieu populaire &#171; comme un poisson dans l'eau &#187;, selon l'expression utilis&#233;e jadis par Mao Ts&#233;-Toung : cette m&#233;thode consiste, bien s&#251;r, &#224; vider le bassin. Cela signifie soit commettre un g&#233;nocide, comme l'arm&#233;e russe a commenc&#233; &#224; le faire en Tch&#233;tch&#233;nie, soit d&#233;placer des populations dans des camps de concentration, comme commen&#231;a &#224; le faire l'arm&#233;e coloniale fran&#231;aise en Alg&#233;rie, ou encore une combinaison de ces deux m&#233;thodes, comme les &#201;tats-Unis ont entrepris de faire au Vietnam sans aller jusqu'au bout parce que la population am&#233;ricaine ne l'aurait pas tol&#233;r&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Irak, Washington a &#233;t&#233; confront&#233;, par ailleurs, &#224; un probl&#232;me beaucoup plus grave, devenu &#233;vident au d&#233;but de l'ann&#233;e 2004 : l'administration Bush avait &#233;t&#233; amen&#233;e &#8212; par sa propre ineptie, par les boniments de certains des amis irakiens du Pentagone ou les illusions stupides de certains autres &#8212; &#224; croire qu'elle pourrait gagner la sympathie d'une majeure partie de la communaut&#233; majoritaire en Irak, les Arabes chiites. Ce fut un d&#233;sastre total, car l'influence des organisations int&#233;gristes chiites proches de l'Iran a marginalis&#233; le peu de soutien que les acolytes de Washington ont pu acheter parmi les chiites irakiens. L'administration Bush n'eut plus d'autre option pour son dessein imp&#233;rial que la recette classique &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;, en essayant d'attiser l'antagonisme entre les trois composantes principales de la population irakienne, contrant les chiites par des forces arabes sunnites en alliance avec les Kurdes. Elle a ainsi fini par alimenter le glissement de l'Irak vers la guerre civile, aggravant ainsi le spectacle g&#233;n&#233;ral de son &#233;chec &#224; contr&#244;ler le pays. [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='J'ai d&#233;crit ce processus dans Perilous Power. Un extrait sur l'Irak en 2006 (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne fait pas de doute que la mani&#232;re dont le Gulliver am&#233;ricain a &#233;t&#233; immobilis&#233; par les Lilliputiens irakiens a consid&#233;rablement accru l'audace de l'Iran, cet autre pilier moyen-oriental de ce que George W. Bush a appel&#233; &#171; l'axe du Mal &#187; au d&#233;but de l'offensive d&#233;clench&#233;e dans la foul&#233;e du 11 septembre. L'attitude &#233;minemment d&#233;fiante, voire provocatrice, de l'Iran &#224; l'&#233;gard du colosse am&#233;ricain a &#233;t&#233; rendue possible seulement parce que ce dernier avait prouv&#233; en Irak qu'il avait des pieds d'argile. T&#233;h&#233;ran a r&#233;ussi &#224; d&#233;jouer la tentative des alli&#233;s arabes de Washington d'&#233;tendre le conflit confessionnel irakien au reste de la r&#233;gion arabe de fa&#231;on &#224; isoler le r&#233;gime iranien en tant que chiite, une tactique qui avait fonctionn&#233; avec un certain succ&#232;s apr&#232;s la r&#233;volution iranienne de 1979. T&#233;h&#233;ran l'a contr&#233;e cette fois-ci en surench&#233;rissant sur l'ensemble des r&#233;gimes arabes contre Isra&#235;l, imposant par la m&#234;me occasion son image de champion de la cause panislamique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une clef du succ&#232;s de T&#233;h&#233;ran est l'alliance nou&#233;e avec le Hamas, le mouvement le plus populaire de l'int&#233;grisme islamique sunnite. Cette alliance a &#233;t&#233; renforc&#233;e quand la plus grande section du mouvement des Fr&#232;res Musulmans, dont le Hamas est la branche palestinienne, la section &#233;gyptienne, a d&#233;clar&#233; ouvertement son soutien aux propos anti-isra&#233;liens provocateurs du pr&#233;sident iranien Ahmadinejad. L'accession au pouvoir du Hamas &#224; l'issue des &#233;lections palestiniennes de janvier 2006 a port&#233; un autre coup &#224; la strat&#233;gie r&#233;gionale de Washington. T&#233;h&#233;ran exulta, devan&#231;ant encore une fois tous ses rivaux arabes dans le soutien au nouveau gouvernement palestinien. C'est &#224; ce moment qu'Isra&#235;l entra en sc&#232;ne comme sauveur potentiel de ce qui commen&#231;ait &#224; ressembler de plus en plus &#224; un Titanic imp&#233;rial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une nouvelle fois, en quatre d&#233;cennies d'alliance strat&#233;gique entre le sponsor am&#233;ricain et le champion isra&#233;lien, Washington, toujours confiant dans la vieille r&#233;putation de savoir-faire infaillible des Isra&#233;liens aux prises avec leurs ennemis arabes, l&#226;cha ses ex&#233;cutants pr&#233;f&#233;r&#233;s contre ceux qu'il consid&#232;re comme les ex&#233;cutants de l'Iran, c'est-&#224;-dire le Hamas et le Hezbollah. Ce que l'administration Bush semblait ignorer, c'est que la r&#233;putation d'Isra&#235;l avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; consid&#233;rablement entam&#233;e par son &#233;chec flagrant &#224; contr&#244;ler les territoires palestiniens occup&#233;s en 1967 et plus encore par son retrait du Liban sud en l'an 2000 apr&#232;s 18 ans d'occupation, un retrait semblable &#224; l'&#233;vacuation &#233;tats-unienne de Saigon en 1975. Isra&#235;l a d&#233;j&#224; connu son propre Vietnam au Liban.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et comme le Pentagone apr&#232;s le Vietnam, les strat&#232;ges isra&#233;liens ont adopt&#233; depuis le Liban une &#171; politique militaire post-h&#233;ro&#239;que &#187; s'appuyant bien plus sur leur armement tr&#232;s sup&#233;rieur que sur la capacit&#233; de leurs troupes &#224; combattre au sol. Lorsque Isra&#235;l envahit le Liban en 1982, il combattait principalement les gu&#233;rilleros de l'OLP : au Liban, ces derniers &#233;taient tout sauf &#171; comme un poisson dans l'eau &#187;, s'&#233;tant mis &#224; dos la population libanaise par un comportement arrogant et maladroit. La r&#233;sistance libanaise qui s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; partir de 1982 et dans laquelle le Hezbollah parvint &#224; jouer le r&#244;le majeur, fut tout &#224; fait autre chose : ce fut la premi&#232;re fois que l'arm&#233;e isra&#233;lienne eut affaire &#224; une r&#233;sistance arm&#233;e v&#233;ritablement populaire disposant de lignes de ravitaillement sur un terrain appropri&#233; &#224; la gu&#233;rilla. Isra&#235;l fit face au m&#234;me dilemme que celui qui a &#233;t&#233; d&#233;crit plus haut &#224; propos de l'Irak et, tout comme les &#201;tats-Unis au Vietnam, il fut oblig&#233; d'avaler la potion am&#232;re d'un retrait &#233;quivalent &#224; une d&#233;faite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La croyance d'Isra&#235;l dans l'invincibilit&#233; de son armement sup&#233;rieur, avec une arrogance renforc&#233;e par l'amateurisme en mati&#232;re militaire d'Olmert et Peretz, les capitaines actuels de l'&#233;quipage, ont conduit les Isra&#233;liens &#224; croire qu'ils &#233;taient capables de forcer le Hezbollah &#224; capituler ou pousser les Libanais au bord d'une nouvelle guerre civile, en prenant tout le Liban en otage, d&#233;truisant l'infrastructure civile du pays et d&#233;versant un d&#233;luge de bombes sur les zones &#224; population chiite. Isra&#235;l a d&#233;lib&#233;r&#233;ment ras&#233; quartiers entiers et villages d'une fa&#231;on qui ressemble &#224; certains bombardements de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale &#8212; ou au bombardement de Falloujah en Irak, &#224; une &#233;chelle bien plus grande et par cons&#233;quent beaucoup plus visible. La nouvelle guerre d'Isra&#235;l au Liban a d&#233;ploy&#233; la furie meurtri&#232;re d'un acte de vengeance contre la seule population qui soit jamais parvenue &#224; l'obliger &#224; se retirer inconditionnellement d'un territoire occup&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le comportement criminel des forces arm&#233;es isra&#233;liennes au Liban, au regard des conventions internationales d&#233;finissant les crimes de guerres, a surpass&#233; ceux qui ont &#233;t&#233; commis par les &#201;tats-Unis &#224; grande &#233;chelle dans leurs op&#233;rations militaires post-vietnamiennes, que ce soit en Irak ou dans l'ex-Yougoslavie. En cela, l'attaque d'Isra&#235;l contre le Liban s'apparente &#224; un cas particulier de ce que l'on appelle en anglais &#171; extraordinary rendition &#187;. On sait comment Washington a transf&#233;r&#233; les individus qu'il souhaitait faire &#171; interroger &#187; bien au-del&#224; de la limitation impos&#233;e par les contraintes de la l&#233;gislation am&#233;ricaine, &#224; ceux d'entre ses gouvernements alli&#233;s que rien ne limite dans la sale besogne de la torture. Washington a maintenant confi&#233; &#224; Isra&#235;l la t&#226;che de combattre le Hezbollah, op&#233;ration consid&#233;r&#233;e comme une pi&#232;ce ma&#238;tresse de la contre-offensive r&#233;gionale contre l'Iran, dans l'espoir qu'Isra&#235;l pourrait ex&#233;cuter le sale boulot et remplir sa mission sans rencontrer trop de probl&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Exploitant sans vergogne, encore une fois, l'horrible souvenir du jud&#233;ocide nazi &#8212; une exploitation qui a atteint de nouveaux sommets dans l'ind&#233;cence &#224; l'occasion de cette guerre &#8212; les dirigeants d'Isra&#235;l ont cru qu'ils pourraient ainsi se mettre &#224; l'abri des critiques de la part des puissances occidentales, alias &#171; la communaut&#233; internationale &#187;. Et bien que les ressources de cette exploitation diminuent infailliblement &#224; chaque fois qu'Isra&#235;l franchit un nouveau seuil dans la brutalit&#233;, elle reste efficace malgr&#233; tout : n'importe quel autre &#201;tat qui aurait attaqu&#233; un pays voisin, en commettant d&#233;lib&#233;r&#233;ment des crimes de guerre concentr&#233;s dans le temps de la fa&#231;on dont Isra&#235;l fait actuellement au Liban aurait attir&#233; sur lui des protestations d'une ampleur sans rapport avec les reproches fades ou timides adress&#233;s &#224; Isra&#235;l sur le th&#232;me qu'il en fait un peu trop.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; tout cela, l'agression brutale d'Isra&#235;l n'a pas r&#233;ussi. Au contraire elle s'est d&#233;j&#224; av&#233;r&#233;e &#234;tre ce que Ze'ev Sternhell a d&#233;crit de fa&#231;on euph&#233;mique comme la guerre &#171; la moins r&#233;ussie &#187; d'Isra&#235;l [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Ze'ev Sternhell, &#171; The Most Unsuccessful War &#187;, Haaretz, 2 ao&#251;t (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;] en concluant sur ce constat amer :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Il est effroyable de penser que ceux qui ont d&#233;cid&#233; de s'embarquer dans cette guerre n'ont m&#234;me pas imagin&#233; ses r&#233;sultats et ses cons&#233;quences destructrices dans presque tous les domaines possibles, ses dommages politiques et psychologiques, le coup grave port&#233; &#224; la cr&#233;dibilit&#233; du gouvernement et, oui, le meurtre d'enfants en vain. Le cynisme dont font preuve les porte-parole officiels ou officieux du gouvernement, y compris quelques correspondants militaires, face au d&#233;sastre endur&#233; par les Libanais &#233;tonne m&#234;me quelqu'un comme moi qui a depuis longtemps perdu ses illusions de jeunesse. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Loin de susciter une guerre civile entre les Libanais, l'agression brutale d'Isra&#235;l a seulement r&#233;ussi, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#224; les unir dans un ressentiment commun contre sa violence meurtri&#232;re. Loin d'obliger le Hezbollah &#224; d&#233;poser les armes, elle a transform&#233; l'organisation int&#233;griste chiite en l'ennemi le plus prestigieux qu'Isra&#235;l ait jamais eu depuis qu'il a battu l'Egypte en 1967, m&#233;tamorphosant le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, en h&#233;ros arabe le plus populaire depuis Nasser. Loin de faciliter les efforts de Washington et de ses alli&#233;s arabes visant &#224; aggraver l'antagonisme entre sunnites et chiites, elle a pouss&#233; de nombreux pr&#233;dicateurs sunnites &#233;minents &#224; proclamer ouvertement leur soutien au Hezbollah, y compris des pr&#233;dicateurs de l'int&#233;rieur du royaume saoudien, l'humiliation absolue pour la famille r&#233;gnante. Les Irakiens ont d&#233;nonc&#233; unanimement l'agression isra&#233;lienne, tandis que Moqtada al-Sadr, le plus grand ennemi de Washington et alli&#233; de T&#233;h&#233;ran en Irak, saisissait cette occasion pour organiser une autre manifestation gigantesque, comparable par son ampleur &#224; celle qu'il avait organis&#233;e contre l'occupation le 9 avril 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au moment de la r&#233;daction de cet article, Washington essaye encore de gagner un peu plus de temps pour Isra&#235;l en imposant des conditions inacceptables pour une r&#233;solution du Conseil de S&#233;curit&#233; appelant &#224; un cessez-le-feu. Et les g&#233;n&#233;raux isra&#233;liens, confront&#233;s &#224; l'&#233;chec total de leur campagne de bombardements &#171; post-h&#233;ro&#239;que &#187;, sont engag&#233;s dans une course contre la montre afin de gagner, par une offensive terrestre &#171; post-h&#233;ro&#239;que &#187; d&#233;vastatrice, autant de territoire que possible au Liban sud au co&#251;t le plus bas possible en vies de soldats isra&#233;liens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le mieux qu'ils puissent esp&#233;rer de fa&#231;on r&#233;aliste est de remettre ce territoire &#224; une force internationale accept&#233;e par le Hezbollah. Jacques Chirac, lui-m&#234;me, bien qu'il ait &#233;t&#233; le proche collaborateur de Washington sur la question du Liban depuis 2004, a soulign&#233; que l'accord du Hezbollah est une condition qui doit &#234;tre remplie. Aucun pays au monde, certes, n'est dispos&#233; &#224; essayer d'accomplir au Liban la mission qu'Isra&#235;l m&#234;me n'est pas en mesure de mener &#224; terme. Et l'organisation chiite a d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; qu'elle n'accepterait aucune force militaire ayant un mandat allant au-del&#224; de celui de la Finul d&#233;j&#224; existante, consid&#233;r&#233;e par Isra&#235;l comme une nuisance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quel que soit le r&#233;sultat final de la guerre en cours au Liban, une chose est d&#233;j&#224; claire : au lieu d'aider &#224; renflouer le navire en perdition de l'empire am&#233;ricain, le canot de sauvetage isra&#233;lien a aggrav&#233; son naufrage et est en train de couler avec lui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Mike Allen et Romesh Ratnesar, &#171; The End of Cowboy Diplomacy &#187;, Time, 17 juillet 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Stefan Halper et Jonathan Clarke, &#171; Twilight of the Neocons &#187;, Washington Monthly, mars 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Edward Luttwak, &#171; A Post-Heroic Military Policy &#187;, Foreign Affairs, vol. 75, n&#176; 4, juillet/ao&#251;t 1996.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] J'ai d&#233;crit ce processus dans Perilous Power. Un extrait sur l'Irak en 2006 sera bient&#244;t disponible sur Internet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Ze'ev Sternhell, &#171; The Most Unsuccessful War &#187;, Haaretz, 2 ao&#251;t 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gilbert Achcar est originaire du Liban et enseigne les sciences politiques &#224; l'Universit&#233; de Paris-VIII. Son livre le plus connu Le choc des barbaries est paru en &#233;dition de poche (10/18) en 2004. Un livre de ses dialogues avec Noam Chomsky sur le Moyen-Orient, Perilous Power, &#233;dit&#233; par Stephen R. Shalom, para&#238;tra bient&#244;t en traduction fran&#231;aise aux &#233;ditions Fayard.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Traduction de l'anglais par Val&#233;rie Letellier, r&#233;vis&#233;e par l'auteur&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la premi&#232;re Intifada au succ&#232;s du Hamas</title>
		<link>http://www.alterinter.org/article212.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.alterinter.org/article212.html</guid>
		<dc:date>2006-05-22T21:59:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert ACHCAR</dc:creator>



		<description>Cinzia Nachira : Quelles sont d'apr&#232;s toi les principales diff&#233;rences entre la premi&#232;re et la seconde Intifada ? Gilbert Achcar : A part le nom &#171; Intifada &#187;, qui a &#233;t&#233; repris, il y a tr&#232;s peu de points communs entre ces deux moments de la lutte des Palestiniens de l'int&#233;rieur. La premi&#232;re Intifada a commenc&#233; en d&#233;cembre 1987 sous la forme d'une explosion spontan&#233;e de col&#232;re des Palestiniens de Gaza et s'est &#233;tendue comme une tra&#238;n&#233;e de poudre &#224; la Cisjordanie, donc &#224; l'ensemble des territoires occup&#233;s. (...)

-
&lt;a href="http://www.alterinter.org/rubrique4.html" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cinzia Nachira : Quelles sont d'apr&#232;s toi les principales diff&#233;rences entre la premi&#232;re et la seconde Intifada ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gilbert Achcar : A part le nom &#171; Intifada &#187;, qui a &#233;t&#233; repris, il y a tr&#232;s peu de points communs entre ces deux moments de la lutte des Palestiniens de l'int&#233;rieur. La premi&#232;re Intifada a commenc&#233; en d&#233;cembre 1987 sous la forme d'une explosion spontan&#233;e de col&#232;re des Palestiniens de Gaza et s'est &#233;tendue comme une tra&#238;n&#233;e de poudre &#224; la Cisjordanie, donc &#224; l'ensemble des territoires occup&#233;s. C'&#233;tait un soul&#232;vement v&#233;ritablement populaire, qui a mis en mouvement pratiquement l'ensemble de la population palestinienne, et notamment ses couches pauvres majoritaires, avec une participation remarquable et remarqu&#233;e des femmes. Un soul&#232;vement dont l'unique &#171; arme &#187; furent les pierres on a baptis&#233; la premi&#232;re Intifada &#171; r&#233;volution des pierres &#187; pour bien souligner que c'&#233;tait le seul moyen &#171; violent &#187; dont les Palestiniens disposaient face &#224; l'appareil r&#233;pressif isra&#233;lien. L'arme v&#233;ritable de l'Intifada, c'&#233;tait bien s&#251;r son caract&#232;re populaire, ses manifestations massives, la tr&#232;s forte participation des femmes, autant d'aspects qui ont beaucoup impressionn&#233; la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne et qui ont v&#233;ritablement d&#233;moralis&#233; l'arm&#233;e isra&#233;lienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut un choc moral pour la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne confront&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; de son statut d'occupant, d'oppresseur, dans les territoires envahis en 1967. Il faut mettre cela dans son contexte : depuis 1967, c'est-&#224;-dire durant vingt ans d'occupation, il n'y avait rien eu de comparable. La soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne s'&#233;tait habitu&#233;e &#224; l'occupation, &#224; ces territoires adjacents soumis &#224; son contr&#244;le militaire, mais qui ne posaient pas de probl&#232;me politique majeur. En jetant une lumi&#232;re crue et soudaine sur la r&#233;alit&#233; de l'occupation, la premi&#232;re Intifada a provoqu&#233; une profonde crise politico-morale dans la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne, dont les accords d'Oslo conclus quelques ann&#233;es plus tard furent une cons&#233;quence directe. L'Intifada a convaincu l'&#233;lite du pouvoir isra&#233;lien, l'establishment sioniste, de la n&#233;cessit&#233; d'am&#233;nager une solution afin de se d&#233;barrasser au plus vite du probl&#232;me du contr&#244;le des populations de la Cisjordanie et de Gaza, devenu tr&#232;s lourd &#224; g&#233;rer pour une arm&#233;e isra&#233;lienne fort embarrass&#233;e par le r&#244;le de police anti-&#233;meute qu'elle &#233;tait amen&#233;e &#224; jouer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela contraste d&#233;j&#224; tr&#232;s fortement avec ce qu'on a appel&#233; la &#171; Seconde Intifada &#187;, d&#233;clench&#233;e en septembre 2000 par la provocation d'Ariel Sharon sur l'esplanade des Mosqu&#233;es &#224; J&#233;rusalem. Les &#233;v&#233;nements ont pris tr&#232;s vite l'aspect d'une confrontation violente, dans laquelle le c&#244;t&#233; palestinien et m&#234;me les appareils officiels de l'Autorit&#233; palestinienne, qui n'ont pas tard&#233; &#224; se joindre au soul&#232;vement a fait usage d'armes &#224; feu, ne se contentant plus des pierres de la premi&#232;re Intifada. Cela a permis &#224; Isra&#235;l de pr&#233;senter la &#171; Seconde Intifada &#187; comme une guerre entre deux camps arm&#233;s plut&#244;t qu'un soul&#232;vement populaire r&#233;prim&#233; par l'arm&#233;e isra&#233;lienne, et &#224; partir de cette description de justifier l'emploi de toute la gamme de l'armement isra&#233;lien. Ainsi l'arm&#233;e isra&#233;lienne a pu faire un usage extensif de ses avions et h&#233;licopt&#232;res, ce qui n'&#233;tait pas possible en 1988 face &#224; des manifestants d&#233;sarm&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cinzia Nachira : Est-ce &#224; dire que si les Palestiniens n'avaient pas fait usage de leurs armes &#224; feu, les Isra&#233;liens n'auraient pas r&#233;prim&#233; violemment la seconde r&#233;volte ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gilbert Achcar : Il n'est pas facile pour un &#201;tat comme Isra&#235;l, sous observation internationale, d'utiliser des F-16 pour r&#233;primer des manifestations de lanceurs de pierres. Bien s&#251;r, la r&#233;pression de la premi&#232;re Intifada a &#233;t&#233; violente et il y eut plusieurs morts, mais ce n'est pas comparable avec le niveau de violence atteint lors de la seconde. Il est clair que cela convenait au gouvernement isra&#233;lien de voir le c&#244;t&#233; palestinien utiliser des armes &#224; feu. Cela a permis de l&#233;gitimer aux yeux de la population isra&#233;lienne et de l'opinion publique internationale l'usage de l'ensemble des moyens de l'arm&#233;e isra&#233;lienne, ce qui n'avait pas &#233;t&#233; possible en 1988. C'est une diff&#233;rence majeure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autre diff&#233;rence majeure, c'est que la premi&#232;re Intifada, du fait de son caract&#232;re populaire, avait pu se doter de formes d'auto-organisation. Des comit&#233;s populaires ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s partout dans les villages, dans les quartiers des villes. Ces comit&#233;s organisaient les diff&#233;rents aspects de la vie sous l'occupation devenue particuli&#232;rement violente au cours de l'Intifada. Cette auto-organisation contraste tr&#232;s fortement avec l'absence totale de formes identiques ou similaires lors de la seconde Intifada.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela &#233;tait aussi li&#233; &#224; la nature des directions. En 1988, les directions qui &#233;merg&#232;rent et qui coordonn&#232;rent la lutte palestinienne &#233;taient issues du mouvement de l'int&#233;rieur, &#224; Gaza et en Cisjordanie, et c'&#233;taient des directions au sein desquelles la gauche palestinienne jouait un r&#244;le pr&#233;dominant. Cela se traduisit clairement dans le type de communiqu&#233;s publi&#233;s au cours des premiers mois de l'Intifada en 1987-1988, o&#249; c'est la gauche qui donnait le ton. L&#224; aussi le contraste est tr&#232;s fort. Car la deuxi&#232;me Intifada a &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;e d&#232;s le d&#233;but par l'appareil de l'Autorit&#233; palestinienne. Il s'agit en grande partie de l'appareil de l'OLP issu de l'exil et arriv&#233; en Palestine apr&#232;s les accords d'Oslo, apr&#232;s avoir obtenu l'autorisation des autorit&#233;s isra&#233;liennes de rentrer dans les territoires pour y prendre le contr&#244;le d'une population jug&#233;e incontr&#244;lable. Ainsi, alors que dans la premi&#232;re Intifada les directions &#233;taient issues de l'int&#233;rieur avec une pr&#233;dominance de gauche, dans la seconde, c'est l'appareil de l'OLP, transform&#233; en appareil de l'Autorit&#233; palestinienne, avec ses diff&#233;rentes composantes (y compris avec des composantes issues de l'int&#233;rieur, mais int&#233;gr&#233;es &#224; l'appareil), qui se sont arrog&#233;s un r&#244;le de direction et de repr&#233;sentation du mouvement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les diff&#233;rences sont &#233;normes &#224; tous les niveaux. Rappelons encore le r&#244;le des femmes dans la premi&#232;re et leur absence quasi totale dans la seconde, caract&#233;ris&#233;e par un mouvement arm&#233;, tr&#232;s masculin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout cela a contribu&#233; &#224; ce que la seconde Intifada, loin d'am&#233;liorer le rapport des forces en faveur des Palestiniens, a &#233;t&#233; l'occasion d'une d&#233;t&#233;rioration majeure de leur condition. Sharon a pu arriver au pouvoir en f&#233;vrier 2001 et avancer de mani&#232;re terrible dans la r&#233;alisation de ses desseins propres sans trop se soucier des r&#233;actions internationales, alors que la premi&#232;re Intifada avait atteint ce qui est certainement l'apog&#233;e de l'impact international de la lutte palestinienne. L'&#233;cho de la premi&#232;re Intifada aupr&#232;s de l'opinion publique mondiale a fait pour la cause palestinienne plus que tous les &#233;pisodes de la lutte depuis 1948, plus que tout ce qu'a pu faire l'OLP depuis sa fondation en 1964. Elle a convaincu le pouvoir isra&#233;lien et le pouvoir &#233;tats-unien de la n&#233;cessit&#233; de trouver rapidement une solution de compromis, ce qui a d&#233;bouch&#233; sur Oslo.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les accords d'Oslo &#233;taient, certes, un compromis d&#233;voy&#233;, conclu avec une direction de l'OLP en exil qui a trahi les n&#233;gociateurs issus de l'int&#233;rieur pour conclure des accords secrets dans leur dos. Oslo a cependant b&#233;n&#233;fici&#233; de la pression de l'Intifada, tout en la d&#233;voyant et en suscitant la d&#233;ception et la frustration des n&#233;gociateurs de l'int&#233;rieur. C'&#233;tait un march&#233; de dupes qui a conduit &#224; une impasse tragique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cinzia Nachira : &#192; l'issue de la seconde Intifada, on a beaucoup parl&#233; de l'apparition d'une &#171; soci&#233;t&#233; civile palestinienne &#187;, c'est-&#224;-dire d'organisations qui ne sont pas li&#233;es &#224; l'Autorit&#233; palestinienne. Quel r&#244;le ces organisations ont-elles jou&#233; et peuvent-elles jouer ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gilbert Achcar : Tu fais probablement r&#233;f&#233;rence &#224; ce qu'on appelle les organisations non gouvernementales. Mustafa Barghouti est le repr&#233;sentant le plus en vue de cette mouvance des ONG palestiniennes et il a men&#233; la bataille &#233;lectorale, pr&#233;sidentielle et l&#233;gislative, en obtenant un score qui n'est pas d&#233;shonorant. Les ONG ne sauraient &#234;tre toutefois compar&#233;es &#224; l'auto-organisation &#224; la base de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; palestinienne, que l'on a connue lors de la premi&#232;re Intifada. Il s'agissait alors de comit&#233;s v&#233;ritablement populaires, qui repr&#233;sentaient une v&#233;ritable auto-organisation de la population, et cela, de surcro&#238;t, dans des conditions de lutte difficiles sous l'occupation directe, sous la r&#233;pression. L'arm&#233;e isra&#233;lienne &#233;tait l&#224;, sillonnait les villages et les villes, effectuait de nombreuses arrestations : c'&#233;tait la lutte d'un peuple sous occupation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ONG se sont d&#233;velopp&#233;es par la suite, surtout apr&#232;s Oslo. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qui est l'&#233;quivalent palestinien de ce que l'on voit dans plusieurs autres pays du tiers-monde. Dans ces ONG, il y a le meilleur et le pire... Du c&#244;t&#233; du pire, il y a ce que certains appellent &#171; l'industrie des ONG &#187; : tout un ensemble de privil&#232;ges mat&#233;riels dus au type de financement que plusieurs de ces ONG re&#231;oivent, y compris le financement institutionnel, europ&#233;en ou autre, et qui ont un effet de corruption tr&#232;s fort dans la soci&#233;t&#233; palestinienne, avec parfois des revenus scandaleusement &#233;lev&#233;s de certains dirigeants d'ONG. Mais il y a &#233;videmment, dans la mouvance des ONG, ce qui rel&#232;ve aussi du meilleur : des activit&#233;s tr&#232;s utiles &#224; la soci&#233;t&#233; palestinienne, que ce soit au niveau de services sociaux, de la d&#233;fense des droits humains, des droits des femmes...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces ONG restent cependant un ph&#233;nom&#232;ne marginal, socialement limit&#233; &#224; une frange de la soci&#233;t&#233; palestinienne. Elles ne sont pas capables de faire concurrence aux services sociaux qu'assure le Hamas. En tant que mouvement de masse, le Hamas a organis&#233; une sorte de contre-soci&#233;t&#233; avec tout un ensemble de services qu'il assure au nom de son id&#233;ologie religieuse. Ce mouvement social organis&#233; par le Hamas est nettement plus important que les ONG.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne crois pas que les ONG soient en mesure d'organiser l'ensemble de la soci&#233;t&#233; palestinienne et il serait tr&#232;s r&#233;ducteur de leur r&#233;server le qualificatif de &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187;. Le terme m&#234;me de &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; dans le contexte palestinien est ambigu. O&#249; passe la fronti&#232;re entre l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire l'Autorit&#233; palestinienne, et le non-&#201;tat ? C'est tr&#232;s difficile &#224; dire dans la mesure o&#249; l'Autorit&#233; palestinienne, c'est en m&#234;me temps le Fatah, l'OLP, etc., qui structurent l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. En tout &#233;tat de cause, les partis politiques, les organisations syndicales, le mouvement social organis&#233; par le Hamas avec ses diff&#233;rents embranchements tout cela aussi fait partie de la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; et p&#232;se bien s&#251;r plus lourd que les ONG.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cinzia Nachira : Entre les accords d'Oslo en 1993 et les n&#233;gociations de Camp David en juillet 2000, il y a eu beaucoup de critiques chez les Palestiniens de l'absence quasi absolue de d&#233;mocratie dans les territoires occup&#233;s et dans les institutions palestiniennes, ainsi que de la corruption.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gilbert Achcar : Je crois d'abord qu'il est exag&#233;r&#233; de parler d'absence quasi absolue de d&#233;mocratie. L'Autorit&#233; palestinienne a reproduit le fonctionnement de l'OLP : un fonctionnement autocratique avec Arafat comme autocrate et une multitude d'appareils, parfois en rivalit&#233; les uns avec les autres comme les diff&#233;rents appareils de la &#171; s&#233;curit&#233; &#187;, et en m&#234;me temps une tol&#233;rance pour la diversit&#233; et la pluralit&#233; politiques. Tout cela existait d&#233;j&#224; dans l'OLP et a &#233;t&#233; reproduit dans les territoires apr&#232;s Oslo. Bien s&#251;r, la tol&#233;rance de la diversit&#233; politique, comme le terme l'indique, c'est toujours une tol&#233;rance contr&#244;l&#233;e, qu'on peut restreindre. Il y avait des limites que l'appareil et Arafat en personne imposaient &#224; ce qui pouvait &#234;tre fait et dit. Cela d&#233;pendait &#233;galement des rapports de forces. Ainsi les tentatives de r&#233;primer le Hamas ont commenc&#233; d&#232;s 1994 l'Autorit&#233; palestinienne a tir&#233; sur les manifestants &#224; Gaza en novembre 1994 et fait plusieurs morts. Cette tentative de r&#233;pression violente du mouvement populaire va assez vite appara&#238;tre comme une t&#226;che trop difficile &#224; remplir sans contrepartie r&#233;elle. Arafat va alors renoncer &#224; r&#233;primer frontalement l'opposition, et en particulier le Hamas, en pr&#233;f&#233;rant l'utiliser comme une carte dans ses n&#233;gociations avec les Isra&#233;liens sa seule carte, en r&#233;alit&#233;. Il r&#233;p&#233;tait &#224; ses interlocuteurs am&#233;ricains et isra&#233;liens : &#171; Je peux assurer l'ordre, je peux contr&#244;ler la population, mais pour cela il faut me donner des concessions, quelque chose qui ressemble &#224; un &#201;tat palestinien dans lequel je ferais r&#233;gner l'ordre &#187;. Alors que ces conditions n'&#233;taient pas remplies, il ne se risqua plus &#224; exercer une r&#233;pression majeure, frontale, au-del&#224; de quelques &#233;pisodes limit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Autorit&#233; palestinienne est un appareil autocratique, un appareil dont le fonctionnement n'est pas v&#233;ritablement d&#233;mocratique, mais la soci&#233;t&#233; palestinienne est quand m&#234;me une soci&#233;t&#233; au pluralisme politique r&#233;el, dot&#233;e de quelques institutions o&#249; peut se manifester un certain jeu d&#233;mocratique, comme on l'a vu avec les derni&#232;res &#233;lections. Cela contraste avec ce que l'on conna&#238;t dans la plupart des pays arabes, &#224; l'exception du Liban et maintenant de l'Irak, o&#249; il y a des &#233;lections avec de vrais enjeux et dont les r&#233;sultats ne sont pas connus &#224; l'avance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui est le plus fortement critiqu&#233;, c'est la corruption de l'Autorit&#233; palestinienne. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qui, lui, ressemble beaucoup &#224; ce que l'on trouve dans nombre d'autres pays arabes. Le niveau de corruption de l'appareil bureaucratique palestinien est identique &#224; ce qui existe dans les r&#233;gimes dictatoriaux de la r&#233;gion. Il est tout &#224; fait comparable, par exemple, &#224; celui de la Syrie, mais il est encore plus scandaleux dans la mesure o&#249; c'est un appareil qui contr&#244;le des populations dont une bonne partie vit encore dans des camps de r&#233;fugi&#233;s, dans la mis&#232;re la plus absolue. Le contraste qu'il y a &#224; Gaza entre les palais de certains dirigeants palestiniens, dont Abou Mazen (Mahmoud Abbas) bien connu pour cela, et les camps de r&#233;fugi&#233;s fait scandale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La corruption est un des instruments du gouvernement de l'Autorit&#233; palestinienne. Arafat &#233;tait la cl&#233; de vo&#251;te de cet appareil de corruption. Apr&#232;s avoir gard&#233; pendant longtemps la r&#233;putation de quelqu'un qui restait lui-m&#234;me au-dessus de la corruption, on a vu, au moins &#224; travers son &#233;pouse, qu'il a sombr&#233; &#224; son tour dans la corruption la plus abjecte. Cela vaut pour l'ensemble du gouvernement qu'il a dirig&#233;. L'autocratie palestinienne a utilis&#233; le n&#233;potisme et la corruption plus qu'elle n'a employ&#233; la r&#233;pression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout cela explique en bonne partie la d&#233;saffection profonde de la population des territoires vis-&#224;-vis des appareils de l'Autorit&#233;, une d&#233;saffection qui a profit&#233; au Hamas. Le mouvement islamique a pu faire valoir en contraste sa r&#233;putation de mouvement de personnes int&#232;gres, vivant de mani&#232;re aust&#232;re et refusant cette corruption profonde. C'est un atout majeur du Hamas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les directions des luttes de lib&#233;ration nationale, surtout quand ces luttes ont &#233;t&#233; des luttes militaires, se sont rarement distingu&#233;es par leur caract&#232;re d&#233;mocratique. Ce n'est donc pas l&#224; que la situation palestinienne sort de l'ordinaire. L'originalit&#233; la plus forte concerne le degr&#233; de corruption. L'appareil palestinien est devenu si corrompu qu'il n'est plus en mesure de constituer une direction du mouvement populaire et de la lutte populaire. D'o&#249; sa d&#233;faite politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cinzia Nachira : L'OLP &#233;tant une organisation la&#239;que, certains ont mis en avant l'id&#233;e de l'exception palestinienne dans le cadre de la r&#233;gion arabe. Et m&#234;me apr&#232;s la victoire du Hamas, on parle aujourd'hui encore d'une telle exception. Partages-tu ce point de vue ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gilbert Achcar : Non, je crois que la premi&#232;re chose &#224; dire est que la situation palestinienne confirme la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale &#224; 100 % &#224; cet &#233;gard, plut&#244;t que d'&#234;tre une quelconque exception. En Palestine, comme ailleurs dans la r&#233;gion, ce sont les mouvements de nature int&#233;griste islamique qui prennent le dessus, et le Hamas rentre parfaitement dans cette cat&#233;gorie. Ceux qui parlaient d'exception jusqu'&#224; il y a encore quelques mois, en pr&#233;sentant la soci&#233;t&#233; palestinienne comme la&#239;que et en soulignant que la direction du mouvement national palestinien l'&#233;tait, doivent d&#233;chanter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les ingr&#233;dients sont en Palestine les m&#234;mes que dans les autres pays de la r&#233;gion. La mont&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'int&#233;grisme islamique est le r&#233;sultat, d'une part, de la faillite des directions nationalistes traditionnelles, et d'autre part, de la carence de la gauche radicale incapable de remplir le vide laiss&#233; par cette faillite. Cela permet l'&#233;mergence du courant int&#233;griste comme principal porte-parole de la contestation populaire et du m&#233;contentement populaire face aux r&#233;gimes en place et face &#224; la domination &#233;trang&#232;re dans le cas palestinien, la domination isra&#233;lienne. Cette r&#232;gle-l&#224; est &#224; l'oeuvre &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale depuis la fin des ann&#233;es 1970 : ce mouvement, qui a pris de l'ampleur au cours du quart de si&#232;cle &#233;coul&#233;, a aussi &#233;t&#233; &#224; l'oeuvre chez les Palestiniens. Il vient d'aboutir &#224; ce tournant majeur qu'est la victoire du Hamas aux &#233;lections palestiniennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait pr&#233;visible. Personnellement il n'y a qu'&#224; voir mes articles publi&#233;s dans Inprecor et reproduits dans mon ouvrage L'Orient incandescent cela fait depuis la premi&#232;re Intifada en 1988 que j'insiste sur l'id&#233;e que le terrain est de plus en plus propice &#224; l'&#233;mergence du Hamas comme force majeure sur la sc&#232;ne palestinienne. Apr&#232;s Oslo, le mouvement Hamas a vu s'ouvrir une autoroute devant lui, du fait de la trahison par Arafat des directions palestiniennes de l'int&#233;rieur et de sa capitulation devant le diktat isra&#233;lien, jusqu'au point d'accepter que les accords ne mentionnent m&#234;me pas le gel de la colonisation. Tout cela annon&#231;ait la fin politique, &#224; terme, de l'ascendant de la direction de l'OLP sur la population palestinienne et d&#233;gageait donc le champ devant les int&#233;gristes, en particulier le Hamas, vu la d&#233;ficience profonde de la gauche palestinienne. J'ai fait ce pronostic d&#232;s la signature des accords d'Oslo et ce qui s'est pass&#233; depuis lors l'a malheureusement confirm&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* Gilbert Achcar enseigne les sciences politiques &#224; l'Universit&#233; de Paris VIII (Saint-Denis). Collaborateur du Monde Diplomatique et d'Inprecor, il a r&#233;cemment publi&#233; : L'Orient incandescent, Page deux, Lausanne 2003, Le Choc des barbaries, 10/18, Paris 2004 et Le dilemme isra&#233;lien Un d&#233;bat entre Juifs de gauche, Page deux, Lausanne, 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Premi&#232;res r&#233;flexions sur la victoire du Hamas</title>
		<link>http://www.alterinter.org/article106.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.alterinter.org/article106.html</guid>
		<dc:date>2006-01-27T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert ACHCAR</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La victoire &#233;lectorale &#233;crasante du Hamas n'est qu'un des produits de l'utilisation intensive par les &#201;tats-Unis dans le monde musulman, depuis les ann&#233;es 1950, de l'int&#233;grisme islamique comme arme id&#233;ologique contre le nationalisme progressiste et le communisme - en collaboration &#233;troite avec le royaume saoudien, protectorat de fait des &#201;tats-Unis presque depuis sa fondation.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.alterinter.org/rubrique4.html" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La victoire &#233;lectorale &#233;crasante du Hamas n'est qu'un des produits de l'utilisation intensive par les &#201;tats-Unis dans le monde musulman, depuis les ann&#233;es 1950, de l'int&#233;grisme islamique comme arme id&#233;ologique contre le nationalisme progressiste et le communisme - en collaboration &#233;troite avec le royaume saoudien, protectorat de fait des &#201;tats-Unis presque depuis sa fondation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1. La promotion de l'interpr&#233;tation la plus r&#233;actionnaire de la religion islamique &#8212; exploitant des croyances religieuses profond&#233;ment enracin&#233;es dans les couches populaires &#8212; a conduit &#224; ce que cette id&#233;ologie remplisse le vide laiss&#233; par l'&#233;puisement, au cours des ann&#233;es 1970, des deux courants id&#233;ologiques qu'elle a servi &#224; combattre. La route &#233;tait donc pav&#233;e dans l'ensemble du monde musulman pour la transformation de l'int&#233;grisme islamique en expression pr&#233;pond&#233;rante des amertumes et d&#233;sillusions des masses populaires face aux attentes nationales et sociales. Cela se produisit au grand d&#233;sarroi des &#201;tats-Unis et de leur protectorat : l'Arabie saoudite. L'histoire des relations de Washington avec l'int&#233;grisme islamique est l'illustration moderne la plus frappante de l'all&#233;gorie de l'apprenti sorcier (1).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. La sc&#232;ne palestinienne ne fit pas exception &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne r&#233;gional d'ensemble, bien que le processus s'y effectu&#226;t avec un certain d&#233;calage dans le temps. A l'origine, le mouvement de gu&#233;rilla palestinien avait occup&#233; l'avant-sc&#232;ne &#224; la suite de l'&#233;puisement du nationalisme arabe plus traditionnel et en tant qu'expression d'une radicalisation. Toutefois, le mouvement connut une bureaucratisation tr&#232;s rapide, stimul&#233;e par une injection impressionnante de p&#233;trodollars. Il atteint des niveaux de corruption sans &#233;quivalent dans l'histoire des mouvements de lib&#233;ration nationale. N&#233;anmoins, aussi longtemps qu'il continuait &#224; repr&#233;senter, sous les traits de l'OLP (Organisation de Lib&#233;ration de la Palestine), &#8212; ce qui peut &#234;tre d&#233;crit comme un &#171; appareil d'&#201;tat sans &#201;tat &#224; la recherche d'un territoire &#187; (2) &#8212; le mouvement national palestinien pouvait toujours donner corps aux aspirations de la vaste majorit&#233; des masses palestiniennes, malgr&#233; les nombreux tournants, contorsions et engagements trahis dont son histoire est parsem&#233;e. Toutefois, lorsqu'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de Palestiniens s'engagea dans la lutte &#224; la fin des ann&#233;es 1980, avec l'Intifada qui commen&#231;a en d&#233;cembre 1987, sa radicalisation s'engagea de plus en plus sur la voie de l'int&#233;grisme islamique. Cela fut facilit&#233; par le fait que la gauche palestinienne &#8212; qui &#233;tait la force dirigeante de l'Intifada dans les premiers mois&#8212; a gaspill&#233; cette derni&#232;re occasion historique, en finissant par s'aligner encore une fois derri&#232;re la direction de l'OLP, assurant ainsi sa propre d&#233;route. &#192; une &#233;chelle plus petite, Isra&#235;l a aussi jou&#233; sa propre version de l'apprenti sorcier en appuyant le mouvement int&#233;griste islamique en tant que rival de l'OLP, avant l'Intifada.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. Les Accords d'Oslo de 1993 ont inaugur&#233; la phase finale de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'OLP, lorsque sa direction &#8212; ou, plus exactement, le noyau dirigeant de cette direction qui passa par-dessus les organes dirigeants officiels &#8212; se vit offrir une tutelle sur la population palestinienne de Cisjordanie et de Gaza. Cela lui fut accord&#233; en &#233;change de ce qui &#233;quivalait &#224; une capitulation : la direction de l'OLP abandonna les conditions minimales qui &#233;taient requises jusque-l&#224; par les n&#233;gociateurs palestiniens de l'int&#233;rieur des territoires occup&#233;s en 1967 (dor&#233;navant, les Territoires), avant tout un engagement isra&#233;lien &#224; geler la construction des implantations de colonisation de leurs territoires en attendant de les d&#233;manteler. Les conditions m&#234;mes de cette capitulation &#8212; qui vouaient les Accords d'Oslo &#224; un &#233;chec tragique, comme les critiques de ces accords le pr&#233;dirent &#224; juste titre depuis le d&#233;but &#8212; ne pouvaient qu'acc&#233;l&#233;rer le changement d'orientation politique de la majorit&#233; populaire palestinienne. L'&#201;tat sioniste tira profit de la tr&#234;ve dans les Territoires, et de l'ordre impos&#233; par l'Autorit&#233; palestinienne (AP) jouant le r&#244;le de force de police par procuration qu'Isra&#235;l lui avait assign&#233;. Il intensifia fortement la colonisation et la construction d'une infrastructure qui visait &#224; faciliter son contr&#244;le militaire sur ces Territoires. Le discr&#233;dit de l'AP augmenta de mani&#232;re inexorable en cons&#233;quence. Cette perte de soutien populaire limita de plus en plus sa capacit&#233; &#224; s&#233;vir contre le mouvement int&#233;griste islamique palestinien, comme il lui avait &#233;t&#233; demand&#233; et comme elle avait tent&#233; de faire d&#232;s 1994. Cette fragilisation de sa base ne pouvait que rendre encore plus difficile l'objectif de marginaliser le mouvement islamique sur les plans politique et id&#233;ologique. De plus, le transfert de la bureaucratie de l'OLP de l'exil vers l'int&#233;rieur des Territoires &#8212; en tant qu'appareil dirigeant charg&#233; de contr&#244;ler la population qui avait fait l'Intifada &#8212; a conduit tr&#232;s vite &#224; ce que sa corruption atteigne des sommets. Cette corruption, la population des territoires put la constater directement pour la premi&#232;re fois. En m&#234;me temps, le Hamas, &#224; l'instar de la plupart des mouvements int&#233;gristes islamiques de masse&#8212; et &#224; la diff&#233;rence du &#171; substitutisme &#187; d'organisations strictement terroristes, dont al-Qaida est devenu l'exemple le plus spectaculaire &#8212; se souciait d'apporter des r&#233;ponses concr&#232;tes aux besoins essentiels des couches populaires et d'organiser des services sociaux, tout en cultivant sa r&#233;putation d'aust&#233;rit&#233; et d'incorruptibilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. L'irr&#233;sistible ascension d'Ariel Sharon &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat isra&#233;lien fut le r&#233;sultat de la provocation &#224; laquelle il se livra en septembre 2000 (3), provocation qui d&#233;clencha la &#171; Seconde Intifada &#187;. En raison de sa militarisation, ce second soul&#232;vement ne reproduisit pas les traits les plus positifs de la dynamique populaire de la premi&#232;re Intifada. Du fait de sa nature m&#234;me, l'AP ne pouvait prendre appui sur l'auto-organisation des masses ; elle ne pouvait que s'engager sur la voie qui lui &#233;tait la plus famili&#232;re en renfor&#231;ant ainsi la militarisation du soul&#232;vement. L'ascension de Sharon &#233;tait aussi le produit de l'impasse &#224; laquelle avait abouti le &#171; processus d'Oslo &#187; : l'incompatibilit&#233; entre, d'une part, l'interpr&#233;tation sioniste du cadre d'Oslo &#8212; une version mise &#224; jour du &#171; plan Allon &#187; de 1967, selon lequel l'&#201;tat isra&#233;lien abandonnerait les zones habit&#233;es des Territoires &#224; une administration arabe, tout en maintenant la colonisation et le contr&#244;le militaire de portions strat&#233;giques de ces Territoires &#8212; et, d'autre part, celle de l'AP qui envisageait de recouvrer l'ensemble, ou presque, des m&#234;mes Territoires , a d&#233;faut de quoi elle savait qu'elle perdrait ce qui lui restait d'influence aupr&#232;s de la population palestinienne. La victoire &#233;lectorale du criminel de guerre, Sharon, en f&#233;vrier 2001 &#8212; un &#233;v&#233;nement tout aussi &#171; choquant &#187; que la victoire du Hamas, si ce n'est bien plus &#8212; renfor&#231;a in&#233;vitablement le mouvement int&#233;griste islamique, son pendant du point de vue de la radicalisation des positions sur fond de compromis historique mort-n&#233;. Tout cela a &#233;t&#233; fortement accentu&#233;, bien entendu, par l'accession &#224; la pr&#233;sidence des &#201;tats-Unis de George W. Bush, suivie du d&#233;cha&#238;nement de ses ambitions imp&#233;riales les plus farouches suite aux attaques du 11 septembre 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. Ariel Sharon a jou&#233; habilement sur la dialectique entre lui-m&#234;me et son v&#233;ritable pendant palestinien, le Hamas. Son calcul &#233;tait simple : afin de mener &#224; bien, de mani&#232;re unilat&#233;rale, sa propre version dure de l'interpr&#233;tation sioniste d'un r&#232;glement avec les Palestiniens, il avait besoin de r&#233;unir deux conditions : &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.alterinter.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; R&#233;duire au minimum la pression internationale pouvant s'exercer sur lui &#8212; en particulier celle des &#201;tats-Unis, la seule qui importe en Isra&#235;l.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.alterinter.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Faire la d&#233;monstration qu'il n'existe aucune direction palestinienne avec laquelle Isra&#235;l pourrait traiter.
Dans ce but, il devait mettre en relief la faiblesse de l'AP et la d&#233;cr&#233;dibiliser en tant qu'interlocutrice, en attisant l'expansion du mouvement int&#233;griste islamique, sachant que ce dernier est frapp&#233; d'anath&#232;me par les &#201;tats occidentaux. Ainsi, chaque fois qu'une forme de tr&#234;ve &#233;tait n&#233;goci&#233;e par l'AP avec les organisations islamistes, le gouvernement Sharon se livrait &#224; une &#171; ex&#233;cution extrajudiciaire &#187; &#8212; en langage clair, un assassinat &#8212; afin de provoquer ces organisations &#224; engager des repr&#233;sailles avec les moyens dont elles sont devenues sp&#233;cialistes : les attentats suicides, leurs &#171; F-16 &#187; comme elles disent. Cela avait le double avantage de souligner l'incapacit&#233; de l'AP &#224; contr&#244;ler la population palestinienne et d'accro&#238;tre la popularit&#233; de Sharon en Isra&#235;l. En v&#233;rit&#233;, la victoire &#233;lectorale du Hamas est le r&#233;sultat que la strat&#233;gie de Sharon visait &#224; obtenir de toute &#233;vidence, comme plusieurs observateurs perspicaces n'ont pas manqu&#233; de le souligner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6. Jusqu'&#224; la fin de ses jours, Yasser Arafat a pu utiliser ce qui lui restait de son propre prestige historique. Contrairement &#224; ce que de nombreux commentateurs ont affirm&#233;, la r&#233;clusion forc&#233;e d'Arafat par Sharon au cours des derniers mois de sa vie n'a pas &#171; discr&#233;dit&#233; &#187; le dirigeant palestinien. En r&#233;alit&#233;, la popularit&#233; d'Arafat &#233;tait historiquement au plus bas avant sa r&#233;clusion ; elle reprit vigueur apr&#232;s son &#171; enfermement &#187;. Le leadership d'Arafat a toujours &#233;t&#233; directement nourri, en r&#233;alit&#233;, par la diabolisation dont il a &#233;t&#233; l'objet de la part d'Isra&#235;l. Sa popularit&#233; augmenta de nouveau, en cons&#233;quence, lorsqu'il devint le prisonnier de Sharon. C'est bien pourquoi le candidat d'Isra&#235;l et des Etats-Unis &#224; la direction des Palestiniens, Mahmoud Abbas, ne fut pas capable de prendre effectivement les affaires en main aussi longtemps qu'Arafat &#233;tait en vie. C'est aussi la raison pour laquelle tant l'administration Bush que Sharon n'ont pas autoris&#233; les Palestiniens &#224; organiser les nouvelles &#233;lections qu'Arafat ne cessait de r&#233;clamer, sa repr&#233;sentativit&#233; ayant &#233;t&#233; mise en cause par les m&#234;mes de mani&#232;re hypocrite, en invoquant la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; r&#233;forme d&#233;mocratique &#187; de l'AP. La nature m&#234;me des &#171; d&#233;mocrates &#187; soutenus par Washington et Isra&#235;l &#8212; &#171; d&#233;mocrates &#187; certifi&#233;s par ce qualificatif &#8212; est incarn&#233;e de mani&#232;re exemplaire par Mohammed Dahlan, le dirigeant hautement corrompu de l'un des appareils de &#171; s&#233;curit&#233; &#187; rivaux qu'Arafat gardait sous son contr&#244;le, selon le mod&#232;le traditionnel des r&#233;gimes autocratiques arabes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7. La victoire &#233;lectorale du Hamas est une gifle retentissante pour l'administration Bush. Derni&#232;re illustration de la politique de l'apprenti sorcier conduite de fa&#231;on spectaculaire par les &#201;tats-Unis au Moyen-Orient, c'est l'estocade finale apport&#233;e &#224; la rh&#233;torique d&#233;magogique et mensong&#232;re, d'inspiration n&#233;oconservatrice, au sujet de la &#171; d&#233;mocratisation &#187; du &#171; Grand Moyen-Orient &#187;. Il est certes encore trop t&#244;t pour pr&#233;dire avec quelque assurance ce qui va se passer sur le terrain. Il est n&#233;anmoins possible de formuler quelques observations et d'avancer quelques pronostics.
a) Le Hamas n'a pas de motivation sociale &#224; collaborer avec l'occupation isra&#233;lienne &#8212; du moins rien de comparable &#224; celle de l'appareil de l'AP originaire de l'OLP. Le mouvement int&#233;griste a d'ailleurs &#233;t&#233; plong&#233; dans un certain d&#233;sarroi par sa propre victoire : il aurait certainement pr&#233;f&#233;r&#233; &#234;tre dans la position beaucoup plus confortable de principale force d'opposition parlementaire &#224; l'AP. D&#232;s lors, il faut beaucoup d'autosuggestion et de v&#339;ux pieux pour croire que le Hamas va s'adapter aux conditions dict&#233;es par les &#201;tats-Unis et Isra&#235;l. Une collaboration est d'autant plus improbable que le gouvernement isra&#233;lien, sous la direction du nouveau parti Kadima, fond&#233; par Sharon, continuera la politique de ce dernier en utilisant &#224; fond le r&#233;sultat des &#233;lections qui convient si bien &#224; cette fin, rendant ainsi impossible un compromis avec le Hamas. En outre, le Hamas doit faire face &#224; un rival pratiquant d&#233;j&#224; une surench&#232;re &#224; son &#233;gard : le &#171; Djihad islamique &#187; qui a boycott&#233; les &#233;lections.
b) Afin de tenter de sauver le volet palestinien qui est d'importance n&#233;vralgique pour la politique moyen-orientale des &#201;tats-Unis dans son ensemble, une politique qu'elle a r&#233;ussi &#224; mettre dans une situation d&#233;sastreuse, l'administration Bush va tr&#232;s probablement envisager trois possibilit&#233;s :
&#8212; La premi&#232;re serait un tournant majeur de la part du Hamas, un tournant achet&#233; et effectu&#233; par l'entremise des Saoudiens. Cela est cependant peu vraisemblable pour les raisons mentionn&#233;es ci-dessus, et le processus serait long et incertain. &#8212; Une seconde consisterait &#224; stimuler des tensions et des oppositions au Hamas afin de provoquer de nouvelles &#233;lections dans un proche avenir . Cela pourrait se faire en exploitant les vastes pouvoirs pr&#233;sidentiels qu'Arafat s'&#233;tait attribu&#233; et dont Mahmoud Abbas a h&#233;rit&#233;, ou bien par une d&#233;mission de ce dernier entra&#238;nant une nouvelle &#233;lection pr&#233;sidentielle. Pour qu'une telle op&#233;ration soit couronn&#233;e de succ&#232;s, ou m&#234;me digne d'&#234;tre tent&#233;e, il faudrait disposer d'une personnalit&#233; cr&#233;dible pouvant regagner une majorit&#233; en faveur de la direction palestinienne traditionnelle. Mais la seule personnalit&#233; disposant du minimum de prestige requis pour un tel r&#244;le est, aujourd'hui, Marwan Barghouti, qui &#8212; depuis sa prison isra&#233;lienne &#8212; a pass&#233; une alliance avec Mohammed Dahlan en vue des &#233;lections. Il est d&#232;s lors probable que Washington exerce bient&#244;t une pression sur Isra&#235;l afin qu'il soit lib&#233;r&#233;. &#8212; Une troisi&#232;me option serait le &#171; sc&#233;nario alg&#233;rien &#187;, d&#233;sign&#233; ainsi par r&#233;f&#233;rence &#224; l'interruption du processus &#233;lectoral en Alg&#233;rie par la junte militaire en 1992. Cette option est d&#233;j&#224; envisag&#233;e &#224; en croire certains articles dans la presse arabe. Selon ce sc&#233;nario, les appareils de r&#233;pression de l'AP m&#232;neraient une attaque contre le Hamas, imposeraient un &#233;tat de si&#232;ge et &#233;tabliraient une dictature militaro-polici&#232;re. Bien entendu, une combinaison des deux derniers sc&#233;narios est &#233;galement possible, en reportant la r&#233;pression contre le Hamas jusqu'&#224; ce que les conditions politiques s'y pr&#234;tent mieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, toute tentative des &#201;tats-Unis et de l'Union europ&#233;enne de forcer par la faim les Palestiniens &#224; se soumettre, en interrompant l'aide &#233;conomique qu'ils leur accordent, conduirait &#224; un d&#233;sastre tant sur le plan humanitaire que sur le plan politique. Il faut s'y opposer de la mani&#232;re la plus &#233;nergique. La gestion catastrophique par l'administration Bush de la politique &#233;tats-unienne au Moyen-Orient &#8212; couronnant des d&#233;cennies de choix imp&#233;riaux frapp&#233;s de myopie et d'incomp&#233;tence &#8212; n'a pas fini de porter tous ses fruits amers.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt;
&lt;p&gt;1. Voir &#224; ce propos mon ouvrage &lt;strong&gt;Le Choc des barbaries&lt;/strong&gt;, op. cit.
2. Voir &#224; ce propos mon ouvrage &lt;strong&gt;L'Orient incandescent&lt;/strong&gt;, op. cit.
3. Ariel Sharon a alors p&#233;n&#233;tr&#233; sur l'esplanade des Mosqu&#233;es &#224; J&#233;rusalem, dans le but d'affirmer sa possession par l'&#201;tat d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Gilbert Achcar enseigne les sciences politiques &#224; l'Universit&#233; de Paris VIII (Saint-Denis). Collaborateur du Monde Diplomatique, il a r&#233;cemment publi&#233; : L'Orient incandescent, &#201;ditions Page deux, Lausanne 2003, Le Choc des barbaries, 10/18, Paris 2004 et Le dilemme isra&#233;lien &#8212; Un d&#233;bat entre Juifs de gauche, &#201;ditions Page deux, Lausanne 2006. Traduit de l'anglais par la r&#233;daction du site web &lt;a href=&quot;http://www.alencontre.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;A l'Encontre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#171; Grand Moyen-Orient &#187;, selon Washington</title>
		<link>http://www.alterinter.org/article83.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.alterinter.org/article83.html</guid>
		<dc:date>2005-12-14T04:27:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert ACHCAR</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;R&#233;ponses de Gilbert Achcar &#224; des questions de la &lt;i&gt;Revista Internacional de Filosof&#237;a Pol&#237;tic&lt;/i&gt;, co&#233;dit&#233;e par l'UNED (&lt;i&gt;Universidad Nacional de Educaci&#243;n a Distancia&lt;/i&gt;, Espagne) et l'UNAM (Universidad Aut&#243;noma Metropolitana, M&#233;xico) - Madrid, n&#176; 25, juillet 2005.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.alterinter.org/rubrique4.html" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;ponses de Gilbert Achcar &#224; des questions de la &lt;i&gt;Revista Internacional de Filosof&#237;a Pol&#237;tic&lt;/i&gt;, co&#233;dit&#233;e par l'UNED (&lt;i&gt;Universidad Nacional de Educaci&#243;n a Distancia&lt;/i&gt;, Espagne) et l'UNAM (Universidad Aut&#243;noma Metropolitana, M&#233;xico) - Madrid, n&#176; 25, juillet 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est l'importance g&#233;opolitique ou g&#233;ostrat&#233;gique de la formule du &#171; Grand Moyen-Orient &#187; et quelles sont les diff&#233;rentes vues qui peuvent exister au sein des Etats-Unis, l'Union Europ&#233;enne et des r&#233;gimes qui se trouvent dans cette large r&#233;gion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La formule du &#171; Grand Moyen-Orient &#187; (GMO), tel que d&#233;fini par Washington, correspond &#224; un d&#233;coupage r&#233;gional d'un point de vue strat&#233;gique strictement &#233;tats-unien, sans rapport aucun avec les r&#233;alit&#233;s historiques, culturelles, sociales, politiques ou &#233;conomiques qui fondent les d&#233;coupages r&#233;gionaux en g&#233;n&#233;ral. C'est d'ailleurs pourquoi cette formule n'a pas convaincu d'autres partenaires que les Etats-Unis eux-m&#234;mes, ainsi que leur alli&#233; isra&#233;lien qui partage en bonne partie leurs soucis strat&#233;giques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a, en effet, aucune raison de d&#233;finir une r&#233;gion qui va du Maroc &#224; l'Afghanistan, en passant par la Turquie et l'Iran, sans int&#233;grer le Caucase et l'Asie centrale, qui font partie, avec l'Orient arabe et les pays non arabes du soi-disant &#171; GMO &#187;, de ce que l'on appelle l'Asie occidentale. En outre, pourquoi le Pakistan et l'Afghanistan devraient-ils appartenir au &#171; GMO &#187; plut&#244;t qu'&#224; l'Asie du Sud qui les regroupe avec le reste du sous-continent indien, etc. ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est clair que la seule logique du d&#233;coupage propos&#233; par Washington est de correspondre &#224; la zone d'expansion de l'int&#233;grisme islamique hostile aux Etats-Unis. Cette logique s'inscrit dans le cadre de la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; d&#233;clar&#233;e par l'administration Bush depuis le 11 septembre 2001. Les pays de l'ex-zone sovi&#233;tique n'ont pas &#233;t&#233; inclus afin de ne pas froisser Moscou. Le reste du sous-continent indien non plus, afin de ne pas froisser New Delhi&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le projet a &#233;t&#233; annonc&#233; au moment o&#249; l'administration Bush &#233;tait fortement embarrass&#233;e par le fait d'avoir &#224; reconna&#238;tre que les fameuses &#171; armes de destruction massives &#187; n'existaient pas en Irak, malgr&#233; ses affirmations contraires pour justifier l'invasion du pays. Elle a alors choisi de mettre l'accent sur un pr&#233;texte de substitution : la &#171; d&#233;mocratie &#187;. Washington a cherch&#233; &#224; se justifier au nom d'une nouvelle version de la &#171; mission civilisatrice &#187; de l'&#233;poque coloniale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, le projet n'a pas convaincu. Les &#201;tats concern&#233;s ont largement rejet&#233; le d&#233;coupage propos&#233;, &#224; commencer par les pays arabes. M&#234;me les alli&#233;s europ&#233;ens de Washington ont montr&#233; tr&#232;s peu d'enthousiasme. L'initiative de Washington a subi un v&#233;ritable fiasco.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Quelle est l'importance de la lutte pour le contr&#244;le des ressources &#233;nerg&#233;tiques parmi les diff&#233;rentes grandes puissances globales et r&#233;gionales ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La lutte pour le contr&#244;le des hydrocarbures est l'un des &#171; mobiles &#187; de l'histoire mondiale depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle : elle &#233;tait d&#233;j&#224; un des enjeux majeurs de la Premi&#232;re Guerre mondiale. L'imp&#233;rialisme allemand a cherch&#233; &#224; s'assurer une pr&#233;sence dans ce qui est aujourd'hui l'Irak par accord avec l'Empire ottoman, tandis que les Britanniques et les Fran&#231;ais se sont entendus, d&#232;s 1916, sur le d&#233;pe&#231;age de l'Empire. Avec l'importance croissante de la consommation de p&#233;trole comme source &#233;nerg&#233;tique tout au long du si&#232;cle, la lutte pour le contr&#244;le des ressources p&#233;trolif&#232;res mondiales a sans cesse gagn&#233; en importance strat&#233;gique. Les Etats-Unis ont r&#233;ussi &#224; s'assurer une position pr&#233;pond&#233;rante dans cette lutte en &#233;tablissant, d&#232;s les ann&#233;es 1930, leur protectorat de facto sur le Royaume saoudien qui s'av&#233;rera d&#233;tenir la plus grande part des r&#233;serves mondiales de p&#233;trole. D&#232;s la Seconde Guerre mondiale, Washington d&#233;cidait de construire une base militaire majeure sur le territoire du Royaume, en pleine zone p&#233;trolif&#232;re. Cette base dut &#234;tre &#233;vacu&#233;e sous la pression du nationalisme arabe nass&#233;rien au d&#233;but des ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est dans ce contexte que les Etats-Unis &#233;tablirent une alliance strat&#233;gique privil&#233;gi&#233;e avec l'Etat d'Isra&#235;l, devenu leur principale force militaire par procuration dans la r&#233;gion depuis les ann&#233;es 1960 jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980. En 1990, l'agonie de l'URSS et l'invasion du Kowe&#239;t par le r&#233;gime de Saddam Hussein donn&#232;rent &#224; Washington la possibilit&#233; de r&#233;tablir une pr&#233;sence militaire massive dans la r&#233;gion du Golfe arabo-persique, en particulier sur le territoire saoudien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce retour, tant dans ses modalit&#233;s militaires que dans ses r&#233;sultats en termes de contr&#244;le &#233;tats-unien sur cette r&#233;gion qui d&#233;tient les deux tiers des r&#233;serves mondiales de p&#233;trole, a jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans la d&#233;finition de l'apr&#232;s-Guerre froide : alors que certains ont pu croire que la fin de l'URSS allait d&#233;valuer la tutelle militaire qu'exerce Washington sur ses alli&#233;s europ&#233;ens et japonais, la guerre du Golfe de 1991 illustra de mani&#232;re spectaculaire le caract&#232;re &#171; indispensable &#187; des Etats-Unis dans la d&#233;fense du syst&#232;me de la domination occidentale (au sens politique, Japon inclus) &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait d'autant plus crucial sur le plan strat&#233;gique que les ressources p&#233;troli&#232;res mondiales sont condamn&#233;es inexorablement au tarissement au cours de ce nouveau si&#232;cle. Avec le temps, d&#232;s la prochaine d&#233;cennie, sinon d&#232;s aujourd'hui selon certains, le march&#233; p&#233;trolier va conna&#238;tre une tension croissante poussant les prix &#224; la hausse par conjonction d'une forte croissance de la demande et d'une stagnation, puis d'un d&#233;clin de l'offre pour des raisons physiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Quelle est l'importance du conflit d'Iraq dans ce cadre et quelles hypoth&#232;ses d'avenir on peut avancer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'objectif de Washington &#233;tait clairement de parachever sa mainmise sur la r&#233;gion du Golfe : d'abord en s'emparant de l'Irak, puis en r&#233;tablissant sa tutelle sur l'Iran, tomb&#233;e avec le Chah en 1979. C'est pourquoi l'occupation de l'Irak &#8211; que Bush p&#232;re n'avait pas pu mener jusqu'au bout pour des raisons politiques &#8211; est rest&#233;e une pr&#233;occupation strat&#233;gique prioritaire de Washington apr&#232;s 1991, avec un embargo aux cons&#233;quences g&#233;nocidaires impos&#233; au pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 11 septembre 2001 offrit &#224; l'administration de Bush fils, dix ans plus tard, le pr&#233;texte id&#233;ologico-politique pour mener &#224; bien cette occupation diff&#233;r&#233;e, non sans quelques mensonges &#224; l'appui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, avec le Royaume saoudien, les autres monarchies p&#233;troli&#232;res et l'Irak &#8211; pourvu, bien s&#251;r, que Washington parvienne &#224; stabiliser son occupation de ce dernier pays &#8211; les Etats-Unis contr&#244;lent dans cette seule r&#233;gion pr&#232;s de la moiti&#233; des ressources p&#233;trolif&#232;res mondiales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, rien n'est moins s&#251;r aujourd'hui que la perp&#233;tuation &#224; long terme de la mainmise &#233;tats-unienne sur l'Irak. C'est le r&#233;sultat de choix faits par Washington et dict&#233;s par des consid&#233;rations &#224; la fois strat&#233;giquement erron&#233;es et id&#233;ologiquement motiv&#233;es. Je veux parler du choix de d&#233;manteler l'appareil d'Etat baasiste : alors qu'il &#233;tait possible pour Washington de s'entendre avec la majeure partie de cet appareil afin de contr&#244;ler l'Irak par son truchement &#8211; cette option avait &#233;t&#233; d&#233;fendue par Allaoui [Iyad Allaoui sera Premier ministre du gouvernement int&#233;rimaire de Bagdad]avant l'invasion &#8211; le choix a &#233;t&#233; fait de le d&#233;manteler. Pour deux raisons : d'une part, la m&#233;fiance vis-&#224;-vis du maintien d'un appareil d'Etat important dans un pays comme l'Irak, qui pourrait s'affranchir de nouveau de la tutelle des Etats-Unis et menacer Isra&#235;l (les pro-isra&#233;liens ont pouss&#233; au d&#233;mant&#232;lement) ; d'autre part, le discours id&#233;ologique des n&#233;o-conservateurs (eux-m&#234;mes pro-isra&#233;liens) sur une &#171; d&#233;baasification &#187; devant d&#233;boucher sur un Irak &#171; d&#233;mocratique &#187; pro-am&#233;ricain et ami d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait &#233;videmment une &#171; vue de l'esprit &#187;. Contre ce discours typiquement &#171; id&#233;aliste &#187;, le bon sens des &#171; r&#233;alistes &#187; l'emporte facilement. L'Irak ne pouvait qu'illustrer ce que Samuel Huntington, &#171; r&#233;aliste &#187; bien connu, appelle le &#171; paradoxe de la d&#233;mocratie &#187; : il est des r&#233;gions du monde o&#249; des &#233;lections d&#233;mocratiques ne peuvent apporter au pouvoir que des courants hostiles aux Etats-Unis, si ce n'est &#224; l'Occident. Il est &#233;vident que l'Irak appartient &#224; ce type de r&#233;gions : le sentiment hostile &#224; Washington est &#224; son comble dans cette partie du monde, o&#249; s'ajoute au ressentiment envers des r&#233;gimes abhorr&#233;s soutenus par les Etats-Unis le soutien de ces derniers &#224; l'Etat d'Isra&#235;l, au moment o&#249; celui-ci m&#232;ne la politique la plus brutale de son histoire contre les Palestiniens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, Washington se retrouve dans une situation &#233;minemment difficile en Irak : non seulement en raison de l'extension des actions arm&#233;es dans les r&#233;gions arabes sunnites du pays, mais aussi, et surtout, en raison de l'&#233;mergence par les urnes d'un gouvernement de l&#233;gitimit&#233; populaire, soutenu par des forces politico-religieuses hostiles au maintien &#224; long terme, si ce n'est &#224; court terme, de la pr&#233;sence des troupes &#233;trang&#232;res dans le pays. Un gouvernement qui a plus de sympathies pour T&#233;h&#233;ran que pour Washington, au moment o&#249; les Etats-Unis, et leur alli&#233; isra&#233;lien, s'opposent frontalement &#224; un &#171; axe du mal &#187; r&#233;gional qui va du Hezbollah libanais au r&#233;gime iranien, en passant par le r&#233;gime syrien et, maintenant, des forces pro-iraniennes pr&#233;pond&#233;rantes dans le nouveau gouvernement irakien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi la dimension religieuse a un r&#244;le croissant dans la r&#233;gion et quelles sont les possibilit&#233;s d'&#233;volution des diff&#233;rents courants qui s'expriment ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a deux r&#233;ponses possibles &#224; cette question : l'une est de nature &#171; essentialiste &#187; ou &#171; culturaliste &#187;, et postule que la force des courants islamiques, en particulier les courants int&#233;gristes islamiques, dans la r&#233;gion est due &#224; la nature m&#234;me de l'islam en tant que religion. Mais cette r&#233;ponse ne saurait expliquer pourquoi, s'il en est ainsi, ce ne fut pas toujours le cas. Dans les ann&#233;es 1950 et 1960, les courants int&#233;gristes avaient &#233;t&#233; r&#233;duits &#224; un r&#244;le marginal par le nationalisme &#171; socialisant &#187;, notamment sa version nass&#233;rienne dans le monde arabe. Ce n'est qu'&#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970 que les courants int&#233;gristes, catalys&#233;s par la &#171; r&#233;volution islamique &#187; en Iran, se sont impos&#233;s comme vecteurs principaux des contestations populaires, en particulier les plus radicales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autre r&#233;ponse &#224; la m&#234;me question situe l'explication dans les facteurs socio-&#233;conomiques et politiques : l'exacerbation des tensions sociales avec les mesures de lib&#233;ralisation &#233;conomiques pratiqu&#233;es dans la r&#233;gion d&#232;s les ann&#233;es 1970, aggrav&#233;es par l'inflation d&#233;riv&#233;e de la hausse des revenus p&#233;troliers, a aliment&#233; le ressentiment populaire. Or, celui-ci ne pouvait plus s'exprimer par le canal du nationalisme progressiste frapp&#233; de discr&#233;dit et agonisant ou d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; (comme les r&#233;gimes baasistes de Damas et Bagdad). Par ailleurs, le mouvement ouvrier autonome est quasiment absent de l'ensemble de la r&#233;gion, et la gauche radicale n'a jamais d&#233;pass&#233; un statut tr&#232;s marginal, d'autant que, d&#232;s les ann&#233;es 1970, le &#171; communisme &#187; &#233;tait &#224; son tour de plus en plus discr&#233;dit&#233; avec la d&#233;cr&#233;pitude de l'URSS, puis l'invasion sovi&#233;tique de l'Afghanistan.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ces conditions, les courants int&#233;gristes se sont impos&#233;s comme vecteur de rechange. Ils avaient &#233;t&#233; promus, dans les ann&#233;es ant&#233;rieures, par Washington et ses alli&#233;s saoudiens comme instrument id&#233;ologico-politique de lutte contre le nationalisme de gauche dans les pays musulmans, puis utilis&#233;s par les gouvernements locaux, dans les ann&#233;es 1970, pour contrer la pouss&#233;e de gauche cons&#233;cutive &#224; la guerre isra&#233;lo-arabe de 1967 et &#224; la mont&#233;e de la R&#233;sistance palestinienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, la nature de la religion islamique est un facteur important : elle explique le caract&#232;re socialement r&#233;actionnaire des contestations int&#233;gristes, puisque toute adh&#233;sion litt&#233;raliste aux corpus th&#233;ologique classique de l'islam, vieux d'un mill&#233;naire, ne peut se traduire autrement que par une attitude &#233;minemment r&#233;trograde face &#224; la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A cet &#233;gard, la comparaison avec l'Am&#233;rique latine est &#233;clairante : dans cette partie du monde, les id&#233;aux de gauche &#8211; comme on s'en aper&#231;oit bien aujourd'hui &#8211; ont beaucoup moins &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233;s que dans le monde musulman, notamment en raison de la popularit&#233; maintenue du r&#233;gime cubain. Par ailleurs, dans la religion chr&#233;tienne, le retour aux &#171; &#233;critures saintes &#187;, lorsqu'il privil&#233;gie les Evangiles au d&#233;triment de l'Ancien Testament, est beaucoup plus facile &#224; concilier avec une politique de gauche, voire de gauche radicale, que dans l'islam. La raison en est que le corpus fondateur de l'islam contient d&#233;j&#224; une codification des rapports sociaux et de certaines formes de pouvoir de son &#233;poque, de m&#234;me que l'Ancien Testament, tandis que le message christique est essentiellement moral et &#171; &#233;galitaire &#187;, laissant &#171; &#224; C&#233;sar &#187; le gouvernement des humains. C'est par ces facteurs combin&#233;s, entre autres, que s'explique, &#224; mon sens, le r&#244;le fondamental de la th&#233;ologie de la lib&#233;ration dans la gauche latino-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maintenant, quelles sont les possibilit&#233;s d'&#233;volution de la contestation politico-religieuse islamique ? Pour les raisons d&#233;j&#224; indiqu&#233;es, j'exclus une radicalisation &#171; &#224; gauche &#187; de ces courants, une version musulmane de la th&#233;ologie de la lib&#233;ration que certains croient possible, et que d'autres ont cru m&#234;me reconna&#238;tre dans les courants int&#233;gristes actuels malgr&#233; le caract&#232;re &#233;minemment r&#233;actionnaire de leur programme sur le plan social, en particulier en ce qui concerne les femmes. L'int&#233;grisme musulman, avec toutes ses contradictions et ses aspects r&#233;actionnaires, continuera &#224; dominer la sc&#232;ne de la contestation populaire tant que n'&#233;mergera pas une alternative progressiste cr&#233;dible, qui pourrait &#234;tre issue en partie de ruptures en son sein.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faudrait qu'apparaisse et s'impose sur le terrain de la contestation dans le monde musulman un prolongement r&#233;gional du mouvement altermondialiste, qui me semble &#234;tre le principal vecteur d'une nouvelle gauche &#224; l'&#233;chelle mondiale. Pour le moment, cette perspective en est encore au stade embryonnaire dans les pays musulmans. Mais si le mouvement mondial continue &#224; prendre de l'ampleur, il ne manquera pas de catalyser puissamment la croissance de ses ramifications dans le monde islamique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>O&#249; va l'Irak ?</title>
		<link>http://www.alterinter.org/article16.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.alterinter.org/article16.html</guid>
		<dc:date>2005-03-06T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert ACHCAR</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;L'Irak depuis les &#233;lections reste enfonc&#233;e dans une crise multiforme. Le mouvement contre la guerre qui continue de demander la fin sans condition de l'occupation am&#233;ricaine doit mieux comprendre la nature et les facettes de cette crise.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.alterinter.org/rubrique4.html" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Irak depuis les &#233;lections reste enfonc&#233;e dans une crise multiforme. Le mouvement contre la guerre qui continue de demander la fin sans condition de l'occupation am&#233;ricaine doit mieux comprendre la nature et les facettes de cette crise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'occupation &#233;tats-unienne et le mouvement anti-guerre apr&#232;s les &#233;lections&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quiconque a regard&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision la partie sur l'Irak du Discours sur l'&#233;tat de l'Union prononc&#233; par George W. Bush devant le Congr&#232;s des Etats-Unis, le 3 f&#233;vrier, aura &#233;t&#233; persuad&#233; que les membres des deux chambres, &#224; commencer par Dick Cheney lui-m&#234;me, se livrent r&#233;solument aux exercices physiques requis pour maintenir leur sant&#233; cardiaque. Le rythme fr&#233;n&#233;tique de leurs standing ovations &#233;tait, en effet, &#233;quivalent aux &#171; a&#233;robics &#187; les plus intensifs. Par contre, ce fut un &#233;chec total quant &#224; une nomination aux Oscars, les sc&#233;naristes de l'administration Bush &#233;tant meilleurs pour des m&#233;los t&#233;l&#233;vis&#233;s que pour des films de qualit&#233; et Bush &#233;tant bien pi&#232;tre acteur, m&#234;me &#224; l'aune de Ronald Reagan pourtant facile &#224; &#233;galer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'hypocrisie &#233;tait &#224; son comble : comme il &#233;tait pr&#233;visible et pr&#233;vu, George W. Bush a tent&#233; de pr&#233;senter les &#233;lections irakiennes comme un grand exploit d&#233;mocratique &#224; mettre principalement au cr&#233;dit de son administration. A l'&#233;cran, le public put voir une Irakienne se lever devant les deux chambres du Congr&#232;s et montrer son doigt teint d'encre violette [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour &#233;viter la fraude &#233;lectorale, on marquait les doigts des &#233;lecteurs &#224; (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;] &#8211; l'index dans son cas, tandis que c'&#233;tait le majeur que le peuple irakien avait montr&#233; &#224; l'occupant, pour reprendre la blague de Naomi Klein dans son excellent article &#171; Getting the Purple Finger &#187; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Naomi Klein, &#171; Getting the Purple Finger &#187;, The Nation, 10 f&#233;vrier (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les jours suivants, les principaux m&#233;dias am&#233;ricains eux-m&#234;mes ne pouvaient cacher le fait que les Etats-Unis ont subi, en r&#233;alit&#233;, une v&#233;ritable d&#233;faite dans ces &#233;lections. Celles-ci n'ont pas seulement &#233;t&#233; impos&#233;es aux occupants par des manifestations de rue massives de la population irakienne, apr&#232;s plusieurs mois de confrontation houleuse entre le proconsul &#233;tats-unien Paul Bremer et l'Ayatollah chiite Ali al-Sistani ; ce dernier a &#233;galement r&#233;ussi &#224; contrer toutes les tentatives du nouveau proconsul de Washington, John Negroponte, d'inclure dans la m&#234;me liste de candidats tous les participants aux deux &#171; Conseils de gouvernement &#187; nomm&#233;s par les Etats-Unis apr&#232;s l'invasion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les hommes liges de Londres et Washington ont &#233;t&#233; rejet&#233;s et Iyad Allaoui, al-Yaouar, Pachachi, etc., ont &#233;t&#233; forc&#233;s de mener campagne par eux-m&#234;mes, tandis que l'Ayatollah soutenait la Coalition Irakienne Unifi&#233;e (CIU) favorable &#224; l'Iran, qui comprenait les principales forces int&#233;gristes islamiques chiites, ainsi que de nombreux autres groupes, chiites ou autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; une grossi&#232;re intervention &#233;tats-unienne dans la campagne &#233;lectorale et un fort soutien financier et politique de Londres et de Washington, leur poulain Allaoui a subi une lourde d&#233;faite en r&#233;coltant moins de 14 % des votes &#8211; et ceci malgr&#233; la non-participation au vote d'une grande partie de la population irakienne, majoritairement tr&#232;s oppos&#233;e &#224; tout ce qu'il repr&#233;sente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La remarquable et impressionnante mobilisation de masse des chiites et des Kurdes dans les provinces les plus s&#251;res du pays (voir annexe ci-dessous) a abouti &#224; une victoire consid&#233;rable de la CIU avec 48 % du total des voix, suivie par l'Alliance kurde avec 26 % ; la liste d'Allaoui est arriv&#233;e troisi&#232;me, loin derri&#232;re avec un peu plus de la moiti&#233; du vote kurde. (Une rumeur qui se r&#233;pand vite dit que les Etats-Unis ont r&#233;duit les votes de la CIU de 60 % &#224; moins de 50 % afin de l'emp&#234;cher de d&#233;cider le sort du pays).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le vain espoir de Washington que la faction d'Allaoui, avec d'autres forces pro-occupation, pourraient gagner un nombre de si&#232;ges suffisant pour perp&#233;tuer le r&#233;gime fantoche, avec le soutien des membres kurdes de l'assembl&#233;e &#233;lue, a &#233;t&#233; ruin&#233;. M&#234;me si elle ne contr&#244;le pas les deux tiers des si&#232;ges requis pour les d&#233;cisions majeures &#8211; d'apr&#232;s la Loi administrative de transition concoct&#233;e par Bremer, qui est contest&#233;e par la CIU et &#224; laquelle l'Ayatollah al-Sistani a oppos&#233; son veto lorsque Washington a essay&#233; de l'inscrire dans la r&#233;solution de l'ONU appelant aux &#233;lections &#8211; la CIU est de loin le pilier principal de la nouvelle assembl&#233;e, avec plus de la moiti&#233; des si&#232;ges.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Washington esp&#232;re maintenant pouvoir briser la coalition chiite &#224; travers son sbire Allaoui, en recourant &#224; tous les sales moyens, des menaces &#224; la corruption. L'&#233;preuve de force entre al-Sistani et les occupants est loin d'&#234;tre termin&#233;e. Quels que soient les d&#233;veloppements dans un avenir proche du drame irakien, plein de coups de th&#233;&#226;tre et de man&#339;uvres en coulisse, deux choses devraient d'ores et d&#233;j&#224; &#234;tre claires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'attitude de Washington sur le retrait de ses forces
Il &#233;tait absolument &#233;vident pour tous les observateurs que la grande majorit&#233; des votants arabes &#8211; et, par cons&#233;quent, l'immense majorit&#233; de la population irakienne, en tenant compte de l'&#233;tat d'esprit dominant de celles et ceux qui n'ont pas vot&#233; &#8211; &#233;taient et sont toujours oppos&#233;s &#224; l'occupation. En fait, il n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; l'attention de la plupart des observateurs que la grande majorit&#233; des votants arabes consid&#233;raient leur vote comme un moyen politique de se d&#233;barrasser de l'occupation. Cet &#233;tat d'esprit &#233;tait tellement fort que toutes les factions arabes ou presque ont inclus le retrait des troupes &#233;trang&#232;res comme &#233;l&#233;ment central de leur programme. M&#234;me la liste d'Allaoui l'a fait (ses banderoles disaient en arabe : Votez pour la liste d'Allaoui si vous voulez un Irak fort, libre de troupes &#233;trang&#232;res).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le programme &#233;lectoral de la CIU appelait tr&#232;s explicitement &#224; des n&#233;gociations avec les forces d'occupation afin d'&#233;tablir un calendrier pour leur retrait. Cette m&#234;me revendication est devenue la requ&#234;te centrale des forces politiques les plus r&#233;solues dans leur opposition &#224; l'occupation : le Conseil des ul&#233;mas musulmans sunnites et le courant chiite de Moqtada al-Sadr. Les deux ont nou&#233; une alliance informelle pour faire pression sur la majorit&#233; de l'Assembl&#233;e &#233;lue en faveur de cette revendication.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; cette m&#234;me revendication que George W. Bush a fait explicitement r&#233;f&#233;rence lorsqu'il a d&#233;clar&#233; dans son Discours sur l'&#233;tat de l'Union :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Nous n'&#233;tablirons pas de calendrier artificiel de retrait d'Irak, parce que cela enhardirait les terroristes et leur ferait croire qu'ils peuvent attendre que nous partions. Nous sommes en Irak pour atteindre un r&#233;sultat : un pays qui soit d&#233;mocratique, repr&#233;sentatif de toute sa population, en paix avec ses voisins et capable de se d&#233;fendre. Et lorsque ce r&#233;sultat sera atteint, nos hommes et nos femmes qui servent en Irak retourneront chez eux avec l'honneur qu'ils ont gagn&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le choix des mots &#233;tait pr&#233;cis et significatif : &#171; Nous n'&#233;tablirons pas de calendrier artificiel de retrait &#187; signifie pas de plan du tout, puisque tout plan ne peut &#234;tre qu'&#171; artificiel &#187;, tandis que le d&#233;lai &#171; naturel &#187; auquel Bush a fait allusion &#8211; &#171; Nous sommes en Irak pour atteindre un r&#233;sultat&#8230; Et lorsque ce r&#233;sultat sera atteint&#8230; &#187; &#8211; revient &#224; dire que Washington d&#233;cidera unilat&#233;ralement si et quand il retirera ses troupes. Le &#171; r&#233;sultat &#187; &#224; atteindre fait allusion au fait que la nouvelle assembl&#233;e et le nouveau gouvernement de l'Irak ne sont pas encore &#171; repr&#233;sentatif de toute sa population &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un Irak &#171; d&#233;mocratique &#187; signifie, pour Bush, un pays qui n'est pas dirig&#233; par un r&#233;gime &#224; l'iranienne combinant l'int&#233;grisme islamique, une dose de parlementarisme et l'hostilit&#233; &#224; la domination &#233;tats-unienne (bien que Washington soit parfaitement heureux de la combinaison saoudienne de servilit&#233; envers les USA et d'int&#233;grisme extr&#234;me &#8211; certainement le r&#233;gime le moins d&#233;mocratique et le plus anti-femme sur terre). Un Irak &#171; en paix avec ses voisins &#187; ne peut signifier, dans la bouche de Bush, qu'un gouvernement irakien en paix avec Isra&#235;l, ainsi qu'avec les royaumes jordanien et saoudien, et adjacent &#224; des voisins iranien et syrien &#171; pacifi&#233;s &#187; selon les normes de Washington. Finalement, un Irak &#171; capable de se d&#233;fendre &#187; signifie que Washington ne se retirera (partiellement, en tout cas) de l'Irak qu'apr&#232;s s'&#234;tre assur&#233; que ce pays est sous le contr&#244;le de forces arm&#233;es aussi d&#233;pendantes de Washington que ne le sont leurs homologues saoudiennes et jordaniennes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette partie du Discours sur l'&#233;tat de l'Union de Bush, avec l'accent mis sur le &#171; r&#233;sultat &#187; contre le &#171; calendrier de retrait &#187; faisait tr&#232;s clairement &#233;cho &#224; l'avertissement formul&#233; publiquement, quelques jours plus t&#244;t, par deux v&#233;t&#233;rans de l'establishment R&#233;publicain de la politique &#233;trang&#232;re, Henry Kissinger et George Shultz. Ils avaient publi&#233; ensemble un article dans le Washington Post le 25 janvier, &#224; la veille des &#233;lections irakiennes, dont le titre &#233;tait &#171; Ce sont les r&#233;sultats, pas les calendriers, qui importent en Irak ! &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il vaut la peine d'&#234;tre longuement cit&#233; car il exprime sans ambages les v&#233;ritables consid&#233;rations strat&#233;giques qui guident Washington :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La condition pr&#233;alable essentielle pour une strat&#233;gie de sortie acceptable est un r&#233;sultat durable, pas une limite de temps arbitraire. Car le r&#233;sultat en Irak d&#233;terminera la prochaine d&#233;cennie de la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine. Une d&#233;b&#226;cle introduirait une s&#233;rie de convulsions dans la r&#233;gion, car les radicaux et les int&#233;gristes se sont plac&#233;s en position de dominer, avec le vent apparemment en leur faveur. Partout o&#249; il y a une population musulmane importante, les &#233;l&#233;ments radicaux seraient enhardis. Comme le reste du monde r&#233;agirait &#224; cette r&#233;alit&#233;, son sens de l'orientation serait affaibli par la d&#233;monstration de la confusion am&#233;ricaine en Irak. [&#8230;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Si un processus d&#233;mocratique doit unifier l'Irak pacifiquement, beaucoup d&#233;pend de la fa&#231;on dont la majorit&#233; chiite d&#233;finit le r&#232;gne de la majorit&#233;. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, les leaders chiites habiles, endurcis pour avoir surv&#233;cu &#224; des d&#233;cennies de tyrannie de Saddam Hussein, ont &#233;t&#233; ambigus sur leurs objectifs. Ils ont insist&#233; pour des &#233;lections pr&#233;coces &#8211; en fait, la date du 30 janvier a &#233;t&#233; fix&#233;e &#224; la suite d'un quasi-ultimatum du plus &#233;minent leader chiite, le Grand Ayatollah Ali Sistani. Les chiites ont aussi exig&#233; des proc&#233;dures de vote sur base de listes de candidats au niveau national, qui vont &#224; l'encontre des institutions f&#233;d&#233;rales et r&#233;gionales. De r&#233;centes proclamations chiites ont affirm&#233; le but d'un Etat la&#239;c, mais ont laiss&#233; ouverte l'interpr&#233;tation du r&#232;gne de la majorit&#233;. Une application absolutiste de la r&#232;gle majoritaire rendrait difficile de parvenir &#224; la l&#233;gitimit&#233; politique. [&#8230;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La r&#233;action &#224; la brutalit&#233; sunnite intransigeante et le calme relatif chiite ne doivent pas nous donner la tentation d'identifier la l&#233;gitimit&#233; irakienne avec un pouvoir chiite incontr&#244;l&#233;. L'exp&#233;rience am&#233;ricaine avec la th&#233;ocratie chiite en Iran depuis 1979 n'inspire pas de confiance en notre capacit&#233; &#224; pr&#233;voir l'&#233;volution chiite ou les perspectives d'un bloc domin&#233; par les chiites qui s'&#233;tendrait vers la M&#233;diterran&#233;e. [&#8230;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'Assembl&#233;e Constituante qui &#233;mergera des &#233;lections sera souveraine jusqu'&#224; un certain point. Mais l'influence continue des Etats-Unis devrait se concentrer sur quatre objectifs cl&#233;s :&lt;/p&gt; &lt;ol class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; emp&#234;cher tout groupe que ce soit d'utiliser le processus politique pour &#233;tablir le type de domination dont jouissaient auparavant les sunnites ; &lt;/li&gt;&lt;li&gt; emp&#234;cher toute zone que ce soit de glisser vers des conditions de type taliban, comme havres et centres de recrutement pour terroristes ; &lt;/li&gt;&lt;li&gt; emp&#234;cher le gouvernement chiite de devenir une th&#233;ocratie, iranienne ou indig&#232;ne ; &lt;/li&gt;&lt;li&gt; maintenir la possibilit&#233; de l' autonomie r&#233;gionale &#224; l'int&#233;rieur du processus d&#233;mocratique irakien. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Ce que Kissinger, Shultz &amp; co recommandent clairement, et ce dont l'administration Bush s'inspire dans ses actes, c'est que Washington doit emp&#234;cher la majorit&#233; &#171; chiite &#187; &#8211; autrement dit, toute majorit&#233; irakienne hostile &#224; Washington &#8211; de gouverner l'Irak. Il doit rester ma&#238;tre du pays, en jouant sur les rivalit&#233;s entre chiites et sunnites, ainsi qu'entre Arabes et Kurdes, selon la fameuse devise imp&#233;riale &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;.
Les enjeux ici sont d'autant plus cruciaux pour les int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes &#233;tats-uniens que :&lt;/p&gt; &lt;ol class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; Une d&#233;faite politique totale en Irak &#8211; c'est-&#224;-dire la perte du contr&#244;le sur le pays et l'obligation de le quitter &#8211; aurait des cons&#233;quences pires que le Vietnam en ce qui concerne la cr&#233;dibilit&#233; imp&#233;riale des Etats-Unis, leur capacit&#233; &#224; intervenir militairement, ainsi que leur h&#233;g&#233;monie &#233;conomique et politique mondiale. En raison du facteur p&#233;trolier, l'importance strat&#233;gique de l'Irak et de la r&#233;gion du Golfe arabo-persique est bien plus grande que tout ce qui &#233;tait en jeu au Vietnam et dans toute l'Indochine.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'Irak fait partie dans l'optique strat&#233;gique de Washington &#8211; et d'Isra&#235;l &#8211; d'un &#171; croissant de crise &#187; r&#233;gional, principalement chiite, qui s'&#233;tend du Liban, o&#249; il est repr&#233;sent&#233; par le Hezbollah en alliance avec l'h&#233;g&#233;monie syrienne, au r&#233;gime domin&#233; par les Alaouites en Syrie [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Les Alaouites sont une secte religieuse d&#233;riv&#233;e du chiisme.' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;], aux forces chiites pro-iraniennes en Irak et au r&#233;gime des mollahs &#224; T&#233;h&#233;ran.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Washington s'est fix&#233; comme priorit&#233; de subvertir cette version r&#233;vis&#233;e et recentr&#233;e de l' &#171; axe du mal &#187;. Son attitude face aux &#233;v&#233;nements au Liban, ainsi que ses menaces croissantes contre Damas et T&#233;h&#233;ran, indiquent le contexte dans lequel il envisage son r&#244;le en Irak. A la lumi&#232;re de tout cela, il ne devrait y avoir aucune sorte d'illusion sur la volont&#233; de la pr&#233;sente administration &#233;tats-unienne de sortir d'Irak. L'affirmation de sources militaires britanniques, fin janvier, selon laquelle Washington et Londres mettraient au point &#171; une strat&#233;gie de sortie, mais sans calendrier public &#187; sont de la pure d&#233;sinformation, dans le but de rassurer une opinion publique de plus en plus oppos&#233;e &#224; la prolongation de l'occupation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le prochain gouvernement irakien et l'occupation
Parmi les forces politiques de la majorit&#233; populaire en Irak, le d&#233;bat a lieu entre ceux qui demandent le retrait des troupes &#233;trang&#232;res &#224; moyen terme et ceux qui demandent leur retrait &#224; court terme. Il est clair que les fractions dominantes au sein de la CIU appartiennent au premier camp, probablement soutenues, sur cette question &#233;galement, par l'Ayatollah al-Sistani. Elles sont convaincues &#8211; sans doute, en bonne foi pour la plupart d'entre elles &#8211; qu'elles pourraient tirer avantage de la pr&#233;sence des forces d'occupation pour mettre sur pied des forces arm&#233;es sous leur propre contr&#244;le, cr&#233;ant ainsi les conditions pour un retrait en douceur des troupes &#233;trang&#232;res. C'est la perspective exprim&#233;e par Ibrahim al-Jaafari, le candidat de la CIU au poste cl&#233; de Premier ministre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'agit l&#224; d'une erreur dangereuse. D'une part, l'exp&#233;rience a montr&#233; de mani&#232;re incontestable que plus l'occupation se prolonge, plus la situation se d&#233;t&#233;riore en Irak. L'occupation nourrit le chaos plus qu'aucun autre facteur ou aucune autre force, qu'elle soit &#233;trang&#232;re ou locale. Cela pour une raison assez simple : l'occupation est profond&#233;ment ha&#239;e par la grande majorit&#233; des Arabes irakiens. Cette haine s'aggrave jour apr&#232;s jour &#224; cause de la maladresse et de la brutalit&#233; des occupants. Le retrait des troupes &#233;trang&#232;res est, au contraire, la condition indispensable pour le r&#233;tablissement de la s&#233;curit&#233; et de l'ordre et pour la construction effective d'un nouvel Etat irakien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, on peut l&#233;gitimement soup&#231;onner les occupants de fomenter des formes de chaos et de violence, de m&#234;me que des divisions ethniques et confessionnelles de mani&#232;re &#224; perp&#233;tuer et &#224; l&#233;gitimer l'occupation. En effet, c'est bien de ce comportement qu'ils sont accus&#233;s par une grande majorit&#233; de la population irakienne. La plupart des Irakiens croient que Washington s&#232;me d&#233;lib&#233;r&#233;ment les graines de la discorde civile entre eux en dressant chaque communaut&#233; contre les autres. Ils sont convaincus que le gouvernement &#233;tats-unien permet aux groupes terroristes, comme celui de Zarkaoui et d'autres, d'organiser leurs activit&#233;s barbares de mani&#232;re &#224; discr&#233;diter la r&#233;sistance l&#233;gitime et entretenir des formes de chaos utilis&#233;es comme pr&#233;textes pour la prolongation ind&#233;termin&#233;e de l'occupation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l'une des raisons pour lesquelles les forces les plus fermement oppos&#233;es &#224; l'occupation, comme l'alliance d&#233;j&#224; mentionn&#233;e entre le Conseil des ul&#233;mas musulmans et le courant de Moqtada al-Sadr, ont appel&#233; &#224; plusieurs reprises &#224; &#233;tablir une distinction claire entre la r&#233;sistance l&#233;gitime contre les forces d'occupation et ce qu'elles appellent &#171; terrorisme &#187;, pla&#231;ant sous cette &#233;tiquette, &#224; juste titre, ceux qui ont recours &#224; la violence contre des civils innocents, qu'ils soient irakiens ou &#233;trangers, et, bien s&#251;r, aux attentats confessionnels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les agissements machiav&#233;liques de Washington ont franchi un nouveau seuil avec les contacts r&#233;cemment nou&#233;s avec l'aile baathiste de la r&#233;sistance, c'est-&#224;-dire le r&#233;seau issu de la dictature baathiste qui dispose d'&#233;normes quantit&#233;s d'argent et d'armes. Cette section de la r&#233;sistance &#224; l'occupation &#233;tats-unienne &#8211; d&#233;test&#233;e par la grande majorit&#233; du peuple irakien parce qu'elle ne vise pas &#224; la lib&#233;ration du pays, mais plut&#244;t au r&#233;tablissement de son insupportable tyrannie oppressive &#8211; n&#233;gocie actuellement avec Washington.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement est parfaitement coh&#233;rent avec le changement des plans de Washington en Irak qu'illustra le remplacement de Chalabi par Allaoui. Le premier s'&#233;tait impos&#233; comme le champion de la &#171; d&#233;-baathification &#187; et avait jou&#233; un r&#244;le cl&#233; dans la d&#233;cision de Bremer de dissoudre les appareils de la dictature baathiste, ouvrant ainsi la voie &#224; l'une de deux issues possibles : soit le chaos et une occupation prolong&#233;e, soit la construction d'un nouvel Etat bas&#233; sur le gouvernement par la majorit&#233;. Allaoui pr&#233;conisait, avant comme apr&#232;s l'invasion, une collaboration entre Washington et des secteurs importants de l'appareil baathiste [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir, &#224; ce sujet, mon article &#171; Bush's Cakewalk into the Iraqi Quagmire &#187; (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque Bremer se fut d&#233;barrass&#233; de Chalabi et eut d&#233;sign&#233; Allaoui &#224; la t&#234;te du r&#233;gime fantoche, celui-ci commen&#231;a &#224; r&#233;int&#233;grer d'ex-responsables baathistes dans le nouveau gouvernement irakien et dans les forces arm&#233;es, ce qui irrita consid&#233;rablement les principales forces chiites alli&#233;es au sein de la CIU. Les forces int&#233;gristes chiites disposant de milices arm&#233;es, c'est-&#224;-dire le Conseil supr&#234;me pour la r&#233;volution islamique en Irak, le parti al-Daawa et le courant d'al-Sadr, veulent purger la nouvelle arm&#233;e irakienne des hauts grad&#233;s baathistes r&#233;cemment r&#233;ins&#233;r&#233;s et y int&#233;grer leurs propres milices &#8211; un sc&#233;nario cauchemardesque pour Washington. Il est clair que les Etats-Unis tenteront d'emp&#234;cher que ces partis ne s'emparent des &#171; minist&#232;res de pouvoir &#187; et ne prennent le contr&#244;le des forces arm&#233;es et des appareils r&#233;pressifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; la perspective d'une confrontation avec la majorit&#233; chiite, Washington est d&#233;termin&#233; &#224; utiliser tous les moyens n&#233;cessaires pour neutraliser cette menace, y compris une alliance &#171; anti-iranienne &#187; avec les baathistes. Apr&#232;s tout, les Etats-Unis ne se sont-ils pas d&#233;j&#224; alli&#233;s durant de longues ann&#233;es avec Saddam Hussein lui-m&#234;me contre le r&#233;gime iranien ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous ces d&#233;veloppements soulignent encore une fois la n&#233;cessit&#233; pour la gauche anti-imp&#233;rialiste &#224; l'ext&#233;rieur de faire preuve de beaucoup de discernement dans son attitude envers la situation irakienne tr&#232;s complexe. Il faut &#233;viter de tomber dans des pi&#232;ges comme le soutien global &#224; la r&#233;sistance irakienne sans faire les distinctions n&#233;cessaires ou encore la croyance simpliste que la seule forme de lutte l&#233;gitime ou efficace est la lutte arm&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'alliance chiite-sunnite anti-occupation du Conseil des ul&#233;mas musulmans avec le courant d'al-Sadr a parfaitement raison d'insister sur le retrait des troupes &#233;trang&#232;res comme revendication et n&#233;cessit&#233; centrale dans la situation actuelle en Irak. Cette alliance constitue la m&#233;diation politique entre la pression de la r&#233;sistance arm&#233;e l&#233;gitime contre l'occupation et la pression politique contre l'occupation, exprim&#233;e par la population et les repr&#233;sentants de sa majorit&#233;. La conjonction de ces deux pressions est d'une importance cruciale pour la lib&#233;ration de l'Irak.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette alliance anti-occupation a raison sur la question nationale. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle soit constitu&#233;e de forces &#171; progressistes &#187;. Le courant de Moqtada al-Sadr, en particulier, est une tendance fonci&#232;rement int&#233;griste, profond&#233;ment r&#233;actionnaire sur beaucoup de questions sociales, culturelles et de genre. Le fait que, dans cette partie du monde, des forces religieuses, comprenant une vari&#233;t&#233; d'int&#233;gristes, soient dominantes dans la lutte populaire contre les oppressions &#233;trang&#232;re et locale t&#233;moigne de la faillite historique de la gauche &#8211; faillite illustr&#233;e clairement par la d&#233;faite sans appel du Parti communiste irakien aux &#233;lections. Heureusement, l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; m&#234;me de la soci&#233;t&#233; irakienne pose des limites claires &#224; tout projet visant &#224; imposer au pays un r&#233;gime int&#233;griste islamique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La t&#226;che du mouvement anti-guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelle que soit la position qu'exprimera le prochain gouvernement irakien au sujet de l'occupation, le mouvement anti-guerre &#224; l'ext&#233;rieur doit r&#233;solument faire monter la pression autour de la demande du retrait imm&#233;diat et complet des troupes d'occupation de l'Irak. Cela n'est pas seulement dans l'int&#233;r&#234;t de la population irakienne, mais aussi et m&#234;me de la majorit&#233; de la nouvelle assembl&#233;e et de sa repr&#233;sentation au gouvernement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette majorit&#233; sera confront&#233;e, t&#244;t ou tard, &#224; des pressions &#233;tats-uniennes de toutes sortes [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir les articles de Milan Rai, &#171; How Washington Plans To Dominate The New (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]. Elle devra faire face au fait que Washington n'entend pas envisager un quelconque calendrier fix&#233; &#224; l'avance pour le retrait de ses troupes d'Irak, sans parler de la perspective d'un retrait total. L'administration Bush construit une infrastructure militaire pour le stationnement pour une p&#233;riode ind&#233;finie de troupes &#233;tats-uniennes en Irak, principalement dans la zone strat&#233;gique des champs p&#233;troliers. L'&#233;vocation comme mod&#232;le &#224; suivre de la pr&#233;sence continue de troupes des Etats-Unis ces soixante derni&#232;res ann&#233;es au Japon et en Allemagne, par des conseillers de l'administration Bush, en dit long &#224; ce sujet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le peuple irakien et les repr&#233;sentants de sa majorit&#233; ne peuvent donc que profiter de la pression la plus forte possible exerc&#233;e par le mouvement anti-guerre &#224; l'ext&#233;rieur pour le retrait imm&#233;diat, total et inconditionnel des troupes d'occupation de l'Irak. Pour cette raison, il est tr&#232;s important que la journ&#233;e internationale de mobilisation du 19 mars contre l'occupation de l'Irak soit un succ&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mouvement anti-guerre doit aussi se pr&#233;parer &#224; une perspective de lutte prolong&#233;e pour en finir avec l'occupation de l'Irak et pour pr&#233;venir de nouvelles aventures militaires contre l'Iran, la Syrie et tout autre pays que Washington menacerait demain. Cela implique l'&#233;tablissement d'un calendrier de mobilisations permettant au mouvement de se placer dans une perspective de long terme au lieu de fixer &#224; chaque fois un rendez-vous unique et de laisser incertain l'avenir des mobilisations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mouvement anti-guerre l'a d&#233;j&#224; r&#233;ussi une fois. Nous pouvons le r&#233;ussir encore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Pour &#233;viter la fraude &#233;lectorale, on marquait les doigts des &#233;lecteurs &#224; l'encre ind&#233;l&#233;bile violette.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Naomi Klein, &#171; Getting the Purple Finger &#187;, The Nation, 10 f&#233;vrier 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Les Alaouites sont une secte religieuse d&#233;riv&#233;e du chiisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-4' id='nb2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Voir, &#224; ce sujet, mon article &#171; Bush's Cakewalk into the Iraqi Quagmire &#187; publi&#233; le 5 mai 2004 sur le site CounterPunch.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-5' id='nb2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Voir les articles de Milan Rai, &#171; How Washington Plans To Dominate The New Iraqi National Assembly &#187;, publi&#233; sur le site Electronic Iraq le 16 f&#233;vrier 2005, et celui de Jaafar al-Ahmar, en arabe, &#171; Interior and Defense will determine the influence of the UIA and al-Jaafari's success in resisting US pressure &#187;, Al-Hayat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'imp&#233;rialisme US dans les braises orientales</title>
		<link>http://www.alterinter.org/article6.html</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.alterinter.org/article6.html</guid>
		<dc:date>2005-01-13T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert ACHCAR</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Il &#233;tait jou&#233; d'avance que le renversement de Saddam Hussein et l'occupation militaire du pays ne poseraient pas de probl&#232;mes &#224; l'arm&#233;e am&#233;ricaine, compte tenu de la disproportion &#233;norme des forces en pr&#233;sence. Mais autre chose est de contr&#244;ler un pays comme l'Irak. L'avance technologique &#233;crasante de l'arm&#233;e am&#233;ricaine n'est alors plus aussi d&#233;terminante.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.alterinter.org/rubrique4.html" rel="directory"&gt;L'arc des crises&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il &#233;tait jou&#233; d'avance que le renversement de Saddam Hussein et l'occupation militaire du pays ne poseraient pas de probl&#232;mes &#224; l'arm&#233;e am&#233;ricaine, compte tenu de la disproportion &#233;norme des forces en pr&#233;sence. Mais autre chose est de contr&#244;ler un pays comme l'Irak. L'avance technologique &#233;crasante de l'arm&#233;e am&#233;ricaine n'est alors plus aussi d&#233;terminante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il faut un nombre de soldats beaucoup plus important que ce que n&#233;cessite une simple victoire militaire. Or l'administration Bush a cru pouvoir occuper l'Irak avec un nombre tr&#232;s limit&#233; de soldats. C'est un des talons d'Achille de la puissance des &#201;tats-Unis : le facteur humain, trop vite consid&#233;r&#233; comme d&#233;pass&#233;, suite &#224; la r&#233;volution technologique qui a boulevers&#233; &#171; l'art de la guerre &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, il faut avoir en face une population contr&#244;lable, c'est-&#224;-dire qui manifeste un certain degr&#233; de r&#233;signation, voire d'acquiescement &#224; l'occupation. Or c'est tr&#232;s loin d'&#234;tre le cas. La majorit&#233; de la population irakienne a accueilli l'arm&#233;e am&#233;ricaine avec un sentiment que l'on pourrait r&#233;sumer ainsi : &#171; Vous avez renvers&#233; Saddam Hussein, merci. Maintenant, quittez les lieux, on ne veut pas de vous comme puissance occupante. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce sentiment est &#224; la racine du mouvement d'opposition &#224; l'occupation, qui fait boule de neige et qui se traduit presque quotidiennement par des op&#233;rations arm&#233;es. &#192; mon avis, ce n'est cependant pas cela qui est d&#233;terminant. Le plus important, c'est le caract&#232;re massif du rejet de l'occupation, ce sont, par exemple, les manifestations gigantesques, qui se sont d&#233;roul&#233;es, lors du bras de fer entre le proconsul Bremer et le &#171; grand ayatollah &#187; Sistani sur la question des &#233;lections.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est cela qui fait que le projet de l'administration Bush est en &#233;chec et que l'Irak est d&#233;j&#224; devenu un &#171; bourbier &#187; : l'arm&#233;e am&#233;ricaine y est enlis&#233;e et la situation ne fait qu'empirer, sans perspective de sortie honorable. Dans ce sens, il y a des points de comparaison avec le Vietnam. Pas au niveau militaire &#8212; il n'y a pas de commune mesure entre la gu&#233;rilla irakienne et la guerre du Vietnam &#8212; mais au niveau politique : comme le Vietnam, l'Irak est devenu un &#233;norme boulet pour la classe dirigeante des &#201;tats-Unis. Les &#201;tats-Unis ont d&#233;j&#224; d&#233;pens&#233; pr&#232;s de 130 milliards de dollars pour leur pr&#233;sence en Irak, avec en ligne de mire le contr&#244;le sur les richesses p&#233;troli&#232;res consid&#233;rables de ce pays. Mais, aujourd'hui, ils ne sont plus certains de pouvoir y rester&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enjeux &#233;conomiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;On constate &#224; ce niveau &#233;galement une premi&#232;re d&#233;faite am&#233;ricaine : Washington n'a pas encore eu la possibilit&#233; de changer la donne de l'exploitation du p&#233;trole irakien, ce qui &#233;tait pourtant son objectif fondamental.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis ne se sont pas lanc&#233;s dans cette guerre pour les quelques industries de transformation ou services qui existent en Irak. Dans ce domaine, l'administration Bremer a appliqu&#233; son programme &#224; la lettre, &#224; coup de privatisations et d'attribution de march&#233;s &#224; des entreprises am&#233;ricaines, sans appels d'offres, y compris au d&#233;triment d'autres entreprises am&#233;ricaines &#8212; ce qui a provoqu&#233; de nombreux scandales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par contre, les &#201;tats-Unis n'ont cess&#233; de reporter les d&#233;cisions en mati&#232;re de p&#233;trole, justement &#224; cause de l'hostilit&#233; &#224; leur &#233;gard qu'ils ont bien vite d&#251; constater dans le pays. Or, plus le temps passe, plus l'hostilit&#233; populaire qui les a amen&#233;s &#224; reporter les d&#233;cisions s'intensifie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le projet de l'administration Bush n'&#233;tait pas, comme on l'a dit parfois, de privatiser purement et simplement les ressources p&#233;troli&#232;res irakiennes. Cela serait trop difficile &#224; faire admettre. Son objectif &#233;tait une privatisation qui ne dit pas son nom, sous la forme d'accords permettant aux compagnies p&#233;troli&#232;res US de &#171; co-exploiter &#187;, avec la compagnie d'&#201;tat, le p&#233;trole irakien. Mais, aujourd'hui, le principal souci des &#201;tats-Unis est de savoir s'ils pourront se maintenir dans le pays et &#224; quelles conditions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; transfert &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; l'automne dernier que Bremer a annonc&#233; officiellement son projet de soi-disant gouvernement irakien, r&#233;unissant des personnes d&#233;sign&#233;es par l'occupant ou choisies par des assembl&#233;es elles-m&#234;mes d&#233;sign&#233;es par l'occupant. Il en a r&#233;sult&#233; un bras de fer avec pour principal adversaire, Sistani, le plus haut dignitaire chi'ite en Irak.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &#171; grand ayatollah &#187; Sistani est un fieff&#233; r&#233;actionnaire sur le plan social, un traditionaliste moyen&#226;geux. Cependant, dans cette bataille, il est apparu comme celui qui d&#233;fie le proconsul Bremer. Un homme &#233;minemment r&#233;actionnaire est ainsi devenu le porte-parole de sa communaut&#233; et d'une majorit&#233; de la population irakienne, dans l'opposition aux plans des forces d'occupation. Malgr&#233; les diff&#233;rences importantes entre Sistani et Khomeini, notamment dans leur conception des rapports entre pouvoir politique et autorit&#233;s religieuses, cette situation n'est pas sans rappeler le r&#244;le que joua Khomeini en Iran dans la lutte contre le shah. Tout aussi ultra-r&#233;actionnaire en mati&#232;re sociale ou de droits des femmes, Khomeini &#233;tait devenu la principale figure d'opposition au shah d'Iran, &#224; la fin des ann&#233;es 1970, en reprenant &#224; son compte, dans un premier temps, le th&#232;me de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand, en novembre 2003, Bremer a voulu forcer la main aux Irakiens, Sistani a relev&#233; le d&#233;fi et il a appel&#233; &#224; des manifestations qui ont pris une ampleur consid&#233;rable et ont oblig&#233; Bremer &#224; reculer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'administration Bush s'est alors une nouvelle fois tourn&#233;e vers les Nations unies pour obtenir une m&#233;diation et pour sauver sa face. Cette m&#233;diation a d&#233;bouch&#233; sur la soi-disant promesse d'organiser des &#233;lections en janvier 2005. Je dis &#171; soi-disant &#187; parce que je ne crois pas que les &#201;tats-Unis &#8212; en tout cas l'administration Bush &#8212; soient r&#233;ellement dispos&#233;s &#224; organiser des &#233;lections libres en Irak.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte, personne n'est dupe au sujet de l'&#233;ch&#233;ance du 30 juin. Le gouvernement irakien mis en place reste de fait d&#233;sign&#233; par les puissances occupantes : m&#234;me si la formation de ce gouvernement se fait par le biais de l'ONU, ce sont les &#201;tats-Unis qui, en dernier ressort, l'intronisent. De plus, ce gouvernement n'est pas souverain : il n'a aucun contr&#244;le sur les forces d'occupation, ni m&#234;me, d'ailleurs, de pleines comp&#233;tences budg&#233;taires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, le 30 juin, la v&#233;ritable passation des pouvoirs s'est faite entre Bremer et le nouveau &#171; gouvernement &#187; irakien, mais entre Bremer et le nouvel ambassadeur des &#201;tats-Unis &#224; Bagdad, John Negroponte. Negroponte a fait ses armes au Vietnam et il a tremp&#233; dans les plus sales &#233;pisodes de l'intervention des &#201;tats-Unis en Am&#233;rique centrale dans les ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des r&#233;alignements politiques et sociaux &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;La fracture la plus importante ne passe pas entre chi'ites et sunnites, mais entre Arabes et Kurdes. Aujourd'hui, les Kurdes sont la seule fraction de la population irakienne qui approuve l'occupation et qui croit que c'est dans son int&#233;r&#234;t de la perp&#233;tuer. Il est vrai que le Kurdistan irakien a b&#233;n&#233;fici&#233;, &#224; partir de la fin de la premi&#232;re guerre du Golfe en 1991, d'une autonomie r&#233;elle et d'un statut tr&#232;s privil&#233;gi&#233; en comparaison avec le reste de l'Irak. Il a &#233;chapp&#233; &#224; la dictature de Saddam Hussein. Il a m&#234;me pu prosp&#233;rer &#233;conomiquement en servant de poumon au reste du pays soumis &#224; l'embargo de l'ONU, ce qui a favoris&#233; le d&#233;veloppement de toutes sortes de trafics. Tout cela s'est fait sous la protection des &#201;tats-Unis et de la Grande-Bretagne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour le reste, le paysage politique est fractionn&#233;. Il n'existe pas une force h&#233;g&#233;monique, susceptible de gouverner le pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour cette raison, les perspectives pour une certaine forme de d&#233;mocratie en Irak sont r&#233;elles &#224; condition, bien s&#251;r, qu'il soit mis un terme &#224; l'occupation. Je dis cela dans le sens o&#249;, par exemple, on peut affirmer que l'Iran est aujourd'hui infiniment plus &#171; d&#233;mocratique &#187; que le royaume saoudien. En Iran, il y a des batailles &#233;lectorales, qui ne sont pas un pur simulacre. Il y a une pluralit&#233; de forces politiques, m&#234;me si c'est dans certaines limites bien connues. Il existe une vie politique iranienne r&#233;ellement conflictuelle, qui n'a rien &#224; voir avec l'int&#233;grisme islamique totalitaire du royaume saoudien, ni avec l'ex-dictature semi-fasciste de Saddam Hussein.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le potentiel en Irak pour un certain fonctionnement d&#233;mocratique est plus grand encore qu'en Iran, car il n'y a pas de force politico-cl&#233;ricale irakienne h&#233;g&#233;monique. De plus, au sein de la population, la majorit&#233; chi'ite cohabite avec une minorit&#233; sunnite, sans parler des autres minorit&#233;s, et du reste, aucune communaut&#233; n'est homog&#232;ne. Tout cela contribue &#224; l'existence de conditions objectives pour un fonctionnement pluraliste, m&#234;me si c'est dans certaines limites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis ont, involontairement, cr&#233;&#233; les conditions de cette possible d&#233;mocratisation. En effet, ils ont cru qu'ils contr&#244;leraient plus facilement le pays en d&#233;truisant son appareil d'&#201;tat, celui de Saddam Hussein. Aux &#201;tats-Unis, presque tout le monde s'accorde aujourd'hui &#224; dire que la dissolution de l'arm&#233;e et des services en tous genres, ainsi que la &#171; d&#233;baasification &#187; &#8212; qui a exclu des dizaines de milliers de fonctionnaires, la plupart membres du parti par strict opportunisme et qui ne sont pas facilement rempla&#231;ables &#8212; ont repr&#233;sent&#233; une b&#233;vue monumentale. Les &#201;tats-Unis se sont ainsi priv&#233;s de la seule force qui aurait &#233;t&#233; susceptible de perp&#233;tuer un contr&#244;le de la population : un appareil d'&#201;tat r&#233;pressif et bien r&#244;d&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela a cr&#233;&#233; une situation difficilement r&#233;versible. On ne reconstruit pas facilement un appareil d'&#201;tat que l'on a dissout depuis plus d'un an. On a vu &#224; Fallouja que la tentative de recourir &#224; un g&#233;n&#233;ral de l'ex-Garde r&#233;publicaine pour stabiliser la situation a provoqu&#233; un toll&#233; tel que l'arm&#233;e am&#233;ricaine a d&#251; en partie reculer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte, la seule possibilit&#233; de recomposer un &#201;tat irakien est de le faire dans un cadre pluraliste, au moins dans un premier temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La strat&#233;gie par rapport &#224; l'ONU&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Il est certain que l'&#233;quipe Bush a fait des concessions : le seul fait de s'&#234;tre &#224; nouveau adress&#233; &#224; l'ONU est un aveu d'impuissance et une &#171; concession &#187; de la part d'une administration qui, jusqu'&#224; une date r&#233;cente, avait une attitude autrement plus arrogante. Paris, Moscou et P&#233;kin sont ravis de voir le Conseil de s&#233;curit&#233; &#8212; o&#249; les trois &#201;tats disposent d'un si&#232;ge permanent et d'un droit de veto &#8212; &#234;tre de nouveau investi d'une responsabilit&#233; officielle pour le sort de l'Irak. Toutefois, personne n'est dupe : le fait que Paris et Berlin continuent &#224; refuser de participer &#224; l'occupation du pays, dans le cadre de l'OTAN, indique bien que les deux capitales savent que le pouvoir r&#233;el y est encore d&#233;tenu exclusivement par Washington. Ce qu'elles souhaitent, c'est une v&#233;ritable association &#224; la gestion de l'Irak, et donc au partage du butin (p&#233;trole et march&#233; de la reconstruction). Le pr&#233;texte officiel, c'est que le gouvernement mis en place, malgr&#233; l'aval onusien, n'est pas encore assez l&#233;gitime pour autoriser une pr&#233;sence militaire &#233;trang&#232;re. Autrement dit, Paris, Berlin et Moscou attendent que se d&#233;gage un gouvernement &#233;lu en Irak, ce qui, en th&#233;orie, devrait avoir lieu en tout d&#233;but d'ann&#233;e prochaine. Ils esp&#232;rent aussi un changement d'&#233;quipe &#224; Washington avec l'arriv&#233;e au pouvoir d'un Kerry mieux dispos&#233; &#224; les associer et &#224; tourner la page de la d&#233;t&#233;rioration des relations pour cause d'&#171; unilat&#233;ralisme &#187; &#233;tats-unien. D'une &#233;lection comme de l'autre, ils attendent que la situation &#233;volue en faveur de leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Irakisation &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La tentative de mettre sur pied une force arm&#233;e irakienne est en cours depuis le d&#233;but de l'occupation. Jusque-l&#224; ce fut un &#233;chec patent. Il s'en faut de beaucoup pour qu'une &#171; irakisation &#187; &#224; la mani&#232;re de la &#171; vietnamisation &#187;, c'est-&#224;-dire le remplacement des troupes &#233;tats-uniennes par celles d'un gouvernement local fantoche, devienne possible ; d'ailleurs, n'oublions pas que la &#171; vietnamisation &#187; elle-m&#234;me ne fut que le pr&#233;lude &#224; la d&#233;b&#226;cle finale&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceci dit, dans le cadre de la r&#233;vision g&#233;n&#233;rale de l'action de Washington en Irak, il y a eu &#233;galement un changement d'homme lige : l'escroc Chalabi a &#233;t&#233; remplac&#233; par la brute Allaoui, que Le Monde a qualifi&#233;, &#224; juste titre, de &#171; Saddam sans moustache &#187;. Celui-ci &#233;tait partisan, depuis le d&#233;but, de s'appuyer sur l'appareil du r&#233;gime baasiste dont il &#233;tait lui-m&#234;me un des barons. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; berc&#233;s par les illusions des &#171; n&#233;o-conservateurs &#187; (appel&#233;s couramment &#171; neocons &#187; aux &#201;tats-Unis), les &#201;tats-Unis reviennent &#224; la r&#233;alit&#233; : ils ne trouveront rien de mieux pour contr&#244;ler l'Irak que l'appareil de Saddam. Sauf qu'ils s'y prennent trop tard, et que ce qui aurait pu &#234;tre une strat&#233;gie cynique mais efficace, au d&#233;but, appara&#238;t maintenant vou&#233; &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bush ou Kerry&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La principale diff&#233;rence sur ce dossier, entre Kerry et Bush, r&#233;side dans la plus grande disposition de Kerry &#224; repartager le g&#226;teau, avec la France et la Russie notamment, afin de permettre une internationalisation plus grande de la gestion de l'Irak, par le truchement de l'ONU. Il pense que cela permettrait de d&#233;samorcer la violente opposition &#224; l'occupation du pays. C'est ce que Kerry veut dire lorsqu'il affirme qu'il serait capable, contrairement &#224; Bush, de renouer les liens avec les alli&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'administration Bush persiste de son c&#244;t&#233; &#224; vouloir am&#233;nager la pr&#233;sence am&#233;ricaine sans c&#233;der de terrain quant au contr&#244;le de l'Irak. Compte tenu de l'&#233;volution de la situation, cela me semble presque impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cela ne veut pas dire non plus qu'une solution &#224; la Kerry ait beaucoup plus de chance de r&#233;soudre la quadrature du cercle : maintenir le contr&#244;le des &#201;tats-Unis sur l'Irak &#8212; y compris leur pr&#233;sence militaire dans le pays &#8212; tout en le pacifiant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, si l'on entre dans un processus directement contr&#244;l&#233; par le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations unies, la pression pour des &#233;lections libres sera trop forte pour y r&#233;sister. Et je vois mal comment des &#233;lections en Irak pourraient porter au pouvoir un quelconque gouvernement s'accommodant de la pr&#233;sence des troupes am&#233;ricaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela dit, les impond&#233;rables sont nombreux. C'est une r&#233;gion tr&#232;s instable, o&#249; peuvent se produire des mutations brutales. Personne, par exemple, ne peut miser sur la p&#233;rennit&#233; des r&#233;gimes syrien ou iranien. La situation est m&#234;me en train de devenir critique dans le royaume saoudien, pourtant relativement pr&#233;serv&#233; jusqu'&#224; ce jour sous une chape de plomb.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les politiques pratiqu&#233;es jusqu'ici par les &#201;tats-Unis au Moyen-Orient, dans ce qu'elles ont de commun d'une administration &#224; l'autre, ne peuvent qu'alimenter le d&#233;sordre et une forme de descente dans la barbarie &#8212; j'avais parl&#233; apr&#232;s le 11 Septembre de &#171; choc des barbaries &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, le scandale des s&#233;vices et des tortures pratiqu&#233;s par des soldats am&#233;ricains en Irak et en Afghanistan, les centaines de prisonniers priv&#233;s de tout droit &#224; Guantanamo, en violation des conventions internationales, illustrent les pas franchis dans cette spirale r&#233;gressive du c&#244;t&#233; am&#233;ricain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des alternatives ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, au Moyen-Orient, tous les h&#233;ros populaires sont aujourd'hui des int&#233;gristes musulmans : Ben Laden, les chefs du Hamas, du Hezbollah libanais, Moqtada Al-Sadr, etc. On mesure ainsi la dynamique r&#233;gressive qui p&#232;se lourdement sur la r&#233;gion et qui rend la situation particuli&#232;rement sombre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce tableau tr&#232;s inqui&#233;tant, il y a heureusement quelques petites lueurs d'espoir. Le mouvement mondial contre la mondialisation n&#233;olib&#233;rale et contre la guerre commence &#224; avoir un impact, tr&#232;s modeste pour l'instant, dans des pays comme le Maroc, l'&#201;gypte ou la Syrie, et il suscite des activit&#233;s s'inspirant de ce qui se passe en Europe. Le premier forum social marocain a ainsi rassembl&#233; quelques centaines de personnes en 2003 et il tiendra une seconde &#233;dition cet &#233;t&#233;. Un petit mouvement contre la mondialisation cherche &#224; se d&#233;velopper en Syrie. Ces quelques lueurs sont, ainsi, essentiellement dues &#224; des facteurs exog&#232;nes ; les facteurs endog&#232;nes alimentent plut&#244;t la radicalisation sur le terrain de l'int&#233;grisme islamique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'impact nouveau du mouvement altermondialiste renvoie &#224; des changements importants : l'information circule infiniment plus que par le pass&#233; au Moyen-Orient et dans le monde arabe. Les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision satellitaires en arabe ont &#233;br&#233;ch&#233; les chapes de plomb impos&#233;es par les r&#233;gimes autoritaires de la r&#233;gion, qui ne peuvent pas, non plus, contr&#244;ler compl&#232;tement l'acc&#232;s &#224; Internet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce nouveau contexte peut aussi favoriser l'&#233;mergence de nouveaux courants de gauche. Pour se d&#233;velopper, ceux-ci devraient privil&#233;gier les domaines sur lesquels les int&#233;gristes sont, par essence, incapables de leur faire concurrence : le terrain social, les droits des femmes, la d&#233;nonciation du capitalisme sauvage et de ses ravages &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te. Bien entendu, toute gauche digne de ce nom doit aussi s'opposer &#224; l'occupation et aux plans de domination occidentaux ; mais elle ne saurait, sur ce terrain-l&#224;, parvenir &#224; battre les int&#233;gristes, qui occupent tr&#232;s largement la sc&#232;ne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* D'origine libanaise, Gilbert Achcar enseigne &#224; l'Universit&#233; de Paris-VIII et l'Universit&#233; am&#233;ricaine de Berlin. Il a &#233;crit des plusieurs articles dans le Monde Diplomatique et Inprecor, ainsi que plusieurs bouquins dont le plus r&#233;cent, &#171; Le choc des barbaries. Terrorismes et d&#233;sordre mondial &#187;, vient d'&#234;tre r&#233;&#233;dit&#233; par les Editions 10/18.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;D'origine libanaise, Gilbert Achcar enseigne &#224; l'Universit&#233; de Paris-VIII et l'Universit&#233; am&#233;ricaine de Berlin. Il a &#233;crit plusieurs articles dans le &lt;strong&gt;Monde Diplomatique&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Inprecor&lt;/strong&gt;, ainsi que plusieurs bouquins dont le plus r&#233;cent, &#171; Le choc des barbaries. Terrorismes et d&#233;sordre mondial &#187;, vient d'&#234;tre r&#233;&#233;dit&#233; par les Editions 10/18.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>

