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	<title>Alternatives International</title>
	<link>http://www.alterinter.org/</link>
	<description>Alternatives International est un r&#233;seau d'organisations
&#233;tablies au Niger, en Afrique du Sud, en Inde, au Br&#233;sil,
au Maroc, en Isra&#235;l, en Palestine, en France et au Canada.
[ Pour en savoir plus... ]</description>
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		<title>Alternatives International</title>
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		<title>Pourquoi compter les morts de la migration ?</title>
		<link>http://www.alterinter.org/article2710.html</link>
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		<dc:date>2008-11-12T16:56:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Emmanuel Blanchard, Olivier Clochard, Claire Rodier, R&#233;seau Migreurop </dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Pourquoi compter les morts de la migration ? Pourquoi se livrer &#224; cette comptabilit&#233; macabre en tentant, en l'absence de donn&#233;es officielles, de rassembler les chiffres que parviennent difficilement &#224; recueillir les ONG ? Parce que les victimes de la &#171; guerre aux migrants &#187; sont aujourd'hui une composante indissociable de la politique migratoire men&#233;e par l'Europe &#224; ses fronti&#232;res. Et parce qu'il est indispensable de donner une lisibilit&#233; &#224; une situation trop souvent r&#233;duite &#224; la fatalit&#233; ou au fait divers.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.alterinter.org/rubrique7.html" rel="directory"&gt;Mondialisation et r&#233;sistances&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi compter les morts de la migration ? Pourquoi se livrer &#224; cette comptabilit&#233; macabre en tentant, en l'absence de donn&#233;es officielles, de rassembler les chiffres que parviennent difficilement &#224; recueillir les ONG ? Parce que les victimes de la &#171; guerre aux migrants &#187; sont aujourd'hui une composante indissociable de la politique migratoire men&#233;e par l'Europe &#224; ses fronti&#232;res. Et parce qu'il est indispensable de donner une lisibilit&#233; &#224; une situation trop souvent r&#233;duite &#224; la fatalit&#233; ou au fait divers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il n'existe pas de donn&#233;es officielles concernant le nombre de personnes mortes en migration aux fronti&#232;res europ&#233;ennes. D'apr&#232;s les ONG qui tentent de recenser le ph&#233;nom&#232;ne, ce nombre serait pass&#233;, entre le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt-dix et le d&#233;but des ann&#233;es 2000, de quelques dizaines &#224; plusieurs centaines par an. Le calcul est loin d'&#234;tre exempt de biais : d'abord parce que l'attention port&#233;e &#224; cette question par les organisations qui d&#233;fendent la cause des migrants a nettement augment&#233; au cours de la m&#234;me p&#233;riode. La couverture par les m&#233;dias des &#171; drames de la migration &#187; a suivi, et l'on ne compte plus les reportages consacr&#233;s &#224; la question au cours des cinq derni&#232;res ann&#233;es. On peut donc estimer que, tout autant que l'accroissement r&#233;el du nombre de morts, la construction d'instruments de mesure &#8211; certes tr&#232;s imparfaits, doubl&#233;e d'un effet de loupe m&#233;diatique, ont contribu&#233; &#224; l'explosion des chiffres. A contrario, plusieurs facteurs jouent dans le sens inverse, comme l'invisibilit&#233; d'une proportion qu'on pressent importante, mais qui reste inconnue, des d&#233;c&#232;s intervenus au cours de la trajectoire migratoire, notamment lors de naufrages [1] ou en plein d&#233;sert, ou encore l'occultation volontaire par les autorit&#233;s polici&#232;res ou politiques de certains &#233;pisodes meurtriers de la &#171; guerre aux migrants &#187; [2]. Des autorit&#233;s qui savent aussi instrumentaliser les &#233;v&#233;nements dramatiques pour justifier le durcissement des contr&#244;les. Dans ce contexte scientifiquement peu fiable, pourquoi chercher &#224; compter les morts de la migration ? Parce que les victimes de cette guerre sont aujourd'hui une composante indissociable de la politique migratoire men&#233;e par l'Europe &#224; ses fronti&#232;res, et au-del&#224;. Et parce que l'impr&#233;cision m&#234;me des sources est le r&#233;voltant t&#233;moin d'une r&#233;alit&#233; qui, si elle n'est pas d&#233;nombrable, doit &#234;tre d&#233;chiffr&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la r&#233;gion de Calais, &#224; Toulon, comme aux &#238;les Canaries ou dans celle de Lampedusa, quelques tombes discr&#232;tes r&#233;sument l'immense cimeti&#232;re que constituent aujourd'hui les fronti&#232;res de l'Union europ&#233;enne. Elles viennent rappeler que chaque jour des immigr&#233;s mettent leur vie en danger dans l'espoir de trouver une vie meilleure. Mais combien ? L'organisation United [3] a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; r&#233;pertorier ces fun&#232;bres al&#233;as de la migration. Sur son site, ni all&#233;e, ni st&#232;le, seules des lignes et des colonnes rendent compte de cette silencieuse boucherie&#8230; &#171; D&#233;clinaison finale d'identit&#233; &#187; [4] des cadavres identifi&#233;s, la mention de leur d&#233;c&#232;s dans ce recensement est, pour les anonymes, le dernier t&#233;moignage de leur passage aux fronti&#232;res de l'Europe. United &#233;value &#224; 8855 le nombre de morts en l'espace de quatorze ans (1993-2006) : une repr&#233;sentation a minima d'une h&#233;catombe ignor&#233;e. Car pour les noy&#233;s par exemple, le calcul est fond&#233; sur le d&#233;compte des corps des personnes d&#233;couvertes sur les plages, ainsi que sur les estimations avanc&#233;es par les rescap&#233;s des naufrages. Or la plupart de ces naufrages ont lieu loin des c&#244;tes, et la pr&#233;carit&#233; des conditions dans lesquelles naviguent les passagers, le plus souvent &#233;quip&#233;s, au mieux, de boussoles et de t&#233;l&#233;phones portables, leur interdit de faire efficacement appel aux secours lorsqu'ils sont en perdition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la seule ann&#233;e 2006, au cours de laquelle 600 cadavres ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s sur les c&#244;tes canariennes, un responsable des services d'immigration de ces &#238;les espagnoles estime que le nombre total de migrants noy&#233;s entre la c&#244;te africaine et les Canaries serait dix fois sup&#233;rieur. Une estimation confirm&#233;e par le directeur du Croissant rouge mauritanien, qui compare la travers&#233;e Mauritanie-Espagne &#224; &#171; un jeu de roulette russe &#187;. On sait par ailleurs que nombre de p&#234;cheurs qui travaillent dans le p&#233;rim&#232;tre Malte-Libye-Tunisie-Sicile pr&#233;f&#232;rent d&#233;tourner leur route, lorsqu'ils rencontrent des embarcations de fortune en mauvaise posture, plut&#244;t que de porter assistance aux naufrag&#233;s. Pour 22'000 personnes arriv&#233;es en Italie par la mer en 2006, combien n'ont pas atteint leur but ? Le silence restera leur linceul : &#171; Parfois, des cadavres humains s'accrochent aux filets. G&#233;n&#233;ralement, on a ordre de les rejeter. Ce qui vient de la mer, on le rend &#224; la mer : c'est ce que dit le capitaine &#187; [5].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, l'organisation Fortress Europe, qui s'en tient, elle, aux seuls chiffres mentionn&#233;s par la presse, rapporte que pr&#232;s de 12'000 &#233;trangers seraient morts aux fronti&#232;res de l'Europe entre 1988 et 2008 [6], parmi lesquels 8173 en mer [7] et plus de 1600 en traversant le d&#233;sert du Sahara. Une &#233;valuation tr&#232;s approximative laisse penser que ce chiffre devrait au moins &#234;tre multipli&#233; par deux ou trois, voire plus encore, s'il fallait rendre compte de la r&#233;alit&#233; des dangers de la migration irr&#233;guli&#232;re ayant l'Europe comme destination. Plusieurs indices autorisent cette extrapolation : d'une part, compte tenu des conditions du voyage, qui obligent les migrants &#224; se cacher ou &#224; cacher leur identit&#233;, leurs projets, leurs itin&#233;raires, il est probable qu'une proportion importante des accidents mortels intervient soit sans t&#233;moins, soit sous les yeux de t&#233;moins qui ne souhaitent pas attirer l'attention sur eux en appelant les secours. En atteste la r&#233;currence, dans les r&#233;cits de certains migrants qui ont parl&#233; apr&#232;s leur arriv&#233;e, des r&#233;f&#233;rences &#224; la mort de compagnons d'infortune ayant succomb&#233; &#224; l'&#233;puisement, la faim ou la soif, ou encore la maltraitance des racketteurs, passeurs, militaires ou policiers [8] rencontr&#233;s en route. En plein Sahara, &#224; la fronti&#232;re entre le Mali et l'Alg&#233;rie, le &#171; village des migrants &#187; de Tinzaouatine, sorte de no-man's land o&#249; se retrouvent les refoul&#233;s d'Alg&#233;rie et ceux qui s'appr&#234;tent &#224; tenter pour la premi&#232;re fois l'aventure, a d&#233;sormais son cimeti&#232;re qui abrite les tombes anonymes des victimes de la migration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La difficult&#233; du comptage des morts de la migration tient aussi &#224; la volont&#233; des autorit&#233;s de les cacher. Dans la r&#233;gion de Portopalo di Capo Passero, situ&#233;e &#224; la pointe m&#233;ridionale de la Sicile, pr&#232;s de 300 personnes ont &#233;t&#233; englouties avec leur embarcation dans la nuit de No&#235;l 1996. Malgr&#233; les t&#233;moignages de survivants albanais, le naufrage a &#233;t&#233; fortement mis en doute par les autorit&#233;s italiennes jusqu'en juillet 2001, date &#224; laquelle l'&#233;pave a &#233;t&#233; retrouv&#233;e [9].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut &#233;galement le cas en 2005 au Maroc, lorsque des Africains tentant de franchir les &#171; grillages &#187; des enceintes espagnoles de Ceuta et Melilla succomb&#232;rent apr&#232;s s'&#234;tre heurt&#233;s aux forces de l'ordre espagnole et marocaine. Les images impressionnantes des assauts port&#233;s par des groupes de Subsahariens contre les murs &#233;difi&#233;s pour prot&#233;ger la fronti&#232;re de ces confettis d'Europe en terre africaine ont fait le tour du monde. Le r&#233;seau Migreurop a essay&#233; de d&#233;nombrer et d'identifier les victimes de ces &#233;v&#233;nements. Bien que ces derniers aient &#233;t&#233; largement m&#233;diatis&#233;s, l'entreprise s'est r&#233;v&#233;l&#233;e impossible : seul un jeune Camerounais d&#233;c&#233;d&#233; le 29 ao&#251;t 2005 d'une h&#233;morragie interne quelques heures apr&#232;s avoir &#233;t&#233; molest&#233; par la Guardia civil espagnole a &#233;t&#233; formellement identifi&#233;. Les autres victimes, mortes par chute, &#233;touffement, ou sous les balles de l'arm&#233;e marocaine en pr&#233;sence de nombreux t&#233;moins, dont certaines ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;es &#224; l'h&#244;pital, n'ont pas de noms. Leur nombre m&#234;me est impr&#233;cis. Selon un avocat d'une organisation espagnole d'aide aux r&#233;fugi&#233;s, 14 personnes auraient &#233;t&#233; tu&#233;es &#224; la fronti&#232;re hispano-marocaine entre ao&#251;t et octobre 2005 [10], mais d'autres sources parlent de 21 morts. L'association andalouse APDHA a, pour sa part, reconstitu&#233; les circonstances et la chronologie des d&#233;c&#232;s de 17 personnes [11].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Migreurop, &#171; ces morts sans nom et sans nombre en disent long sur le processus de d&#233;shumanisation des migrants, r&#233;duits &#224; l'&#233;tat d'individus surnum&#233;raires qui peuvent dispara&#238;tre sans laisser de traces &#187; [12]. Un constat que confirme la porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s &#224; Rome : &#171; Il y a des r&#233;gions en M&#233;diterran&#233;e qui deviennent en quelque sorte des zones de non-droit, o&#249; la vie humaine n'a aucune valeur &#187; [13]. Aucune proc&#233;dure judiciaire n'a &#233;t&#233; mise en &#339;uvre pour identifier les responsables des morts de Ceuta et Melilla, de m&#234;me qu'il n'y aura sans doute aucune poursuite contre les agents de la Marine royale marocaine accus&#233;s par trois boat people d'avoir fait couler leur embarcation pneumatique en pleine mer, &#224; l'aube du 28 avril 2008, en la crevant &#224; coups de couteau. Le zodiac de neuf m&#232;tres de long transportait environ 80 passagers nig&#233;rians, ghan&#233;ens, camerounais et maliens, et se dirigeait vers l'Espagne. Trente six personnes se sont noy&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parfois g&#234;nants lorsqu'ils mettent en lumi&#232;re la cruaut&#233; des dispositifs de contr&#244;les des fronti&#232;res, les morts en migration sont le plus souvent utilis&#233;s &#224; l'appui du renforcement de ces m&#234;mes dispositifs. Lorsqu'en juin 2007 Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, accueille &#224; Toulon les corps des 18 boat people noy&#233;s au large de Malte avant d'avoir pu en atteindre les c&#244;tes et recueillis par une fr&#233;gate de la marine fran&#231;aise, c'est l'occasion pour lui de s'apitoyer sur &#171; le parcours de ces migrants, venus d'Afrique, [qui] s'est achev&#233; dans la trag&#233;die, parce qu'ils ont crois&#233; le chemin d'un passeur leur proposant une embarcation vers la mort &#187;, et d'annoncer, au nom d'&#171; une exigence morale que nous devons respecter &#187; son &#171; combat d&#233;termin&#233; &#187; pour renforcer la r&#233;pression contre ces passeurs, ces &#171; esclavagistes de notre temps &#187;. Les &#171; larmes de crocodile &#187; de l'Union europ&#233;enne&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Six mois plus tard, apr&#232;s la collision survenue au large de Mayotte entre une vedette de la police aux fronti&#232;res et une embarcation (kwassa kwassa) de migrants qui a entra&#238;n&#233; la mort d'au moins deux d'entre eux et la disparition de plusieurs autres, ainsi que de nombreux bless&#233;s, le m&#234;me Brice Hortefeux rappelait : &#171; plus que jamais, le gouvernement est r&#233;solu &#224; lutter contre les fili&#232;res qui exploitent la mis&#232;re des migrants clandestins en les pr&#233;cipitant sur des embarcations incertaines, au risque de leur vie &#187; [14]. La rh&#233;torique n'est pas nouvelle. En 2000, lorsque 58 chinois furent retrouv&#233;s morts &#233;touff&#233;s &#224; Douvres dans le camion qui les avait clandestinement convoy&#233;s depuis les Pays-Bas, les chefs d'&#201;tat et de gouvernement de l'Union europ&#233;enne exprimaient, unanimes, leur vive &#233;motion et annon&#231;aient la prise de mesures &#233;nergiques pour &#233;viter que ne se renouvellent de tels drames. &#201;motion alors qualifi&#233;e de &#171; larmes de crocodile &#187; par Emmanuel Terray [15], qui rappelait que les durcissements des contr&#244;les aux fronti&#232;res et la restriction du droit d'asile sont les principaux responsables de l'expansion du trafic de migrants. Commentant la situation surr&#233;aliste qui pr&#233;vaut le long des c&#244;tes de la Manche o&#249; des exil&#233;s Irakiens, inexpulsables, sont r&#233;guli&#232;rement interpell&#233;s puis rel&#226;ch&#233;s par la police fran&#231;aise, le responsable d'une association d'aide aux r&#233;fugi&#233;s de Cherbourg aboutit &#224; la m&#234;me conclusion : &#171; l'&#201;tat et les passeurs sont des alli&#233;s objectifs &#187; [16].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le m&#234;me processus conduit &#224; rendre plus p&#233;rilleuses les travers&#233;es, obligeant les migrants, &#224; cause de la difficult&#233; d'&#233;migrer par les voies l&#233;gales, &#224; avoir recours &#224; des m&#233;thodes toujours plus risqu&#233;es et &#224; payer toujours plus cher pour parvenir jusqu'en Europe. Une &#233;vidence m&#233;canique, dont le HCR analyse parfaitement les implications : &#171; Alors que le nombre de personnes entrant en Italie et en Espagne semble &#234;tre en d&#233;clin, les organisations humanitaires craignent que les passeurs n'empruntent des routes plus longues et encore plus dangereuses ou n'utilisent de plus petits bateaux pour &#233;viter d'&#234;tre rep&#233;r&#233;s et intercept&#233;s. Mais les gens continuent &#224; vouloir courir ce risque et &#224; payer de fortes sommes aux passeurs &#187; [17]. De fait, alors qu'il n'y avait, jusqu'&#224; 2002, qu'&#224; franchir les quelques dizaines de miles marins du d&#233;troit de Gibraltar pour passer d'Afrique en Europe, le syst&#232;me SIVE (Sistema Integrado de Vigilancia Exterior), sorte de blindage &#233;lectronique install&#233; sur toute la c&#244;te andalouse, a oblig&#233; les candidats &#224; l'exil &#224; diversifier les trajectoires migratoires, en empruntant des itin&#233;raires plus longs et plus p&#233;rilleux. Depuis 2006, l'agence europ&#233;enne Frontex d&#233;ploie des patrouilles maritimes pour d&#233;jouer les tentatives de migration irr&#233;guli&#232;re entre la c&#244;te ouest-africaine et les &#238;les Canaries. Avec succ&#232;s : fin ao&#251;t 2007, le ministre de l'int&#233;rieur espagnol annon&#231;ait une diminution des arriv&#233;es aux &#238;les Canaries de cayucos, les barques sur lesquelles embarquent les boat people depuis les rives africaines, de l'ordre de 70 % en un an. Au cours de la m&#234;me p&#233;riode, le nombre de cadavres retrouv&#233;s sur les c&#244;tes canariennes a augment&#233;, lui, de presque 50 %. Les op&#233;rations d'interception maritime mises en &#339;uvre par Frontex ont donc moins pour effet de dissuader les d&#233;parts que d'accentuer la dangerosit&#233; des travers&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me, la &#171; fronti&#232;re verte &#187; s&#233;parant, en pleine zone foresti&#232;re, l'Ukraine de la Pologne, est un autre des axes meurtriers par lesquels transitent chaque ann&#233;e des milliers de personnes, notamment celles qui, ayant fui les conflits comme les Tch&#233;tch&#232;nes, sont &#224; la recherche d'une protection en Europe. Au mois de septembre 2007 [18], la mort de trois fillettes tch&#233;tch&#232;nes &#233;gar&#233;es dans la montagne polonaise apr&#232;s l'avoir franchie ill&#233;galement pour essayer de rejoindre la Slovaquie, a attir&#233; l'attention de l'opinion europ&#233;enne sur une r&#233;alit&#233; que l'adh&#233;sion de la Pologne &#224; l'UE en 2004 n'a en rien modifi&#233;e : non seulement le renforcement des contr&#244;les aux fronti&#232;res n'a pas jugul&#233; les flux d'immigration irr&#233;guli&#232;re, mais il a multipli&#233; les prises de risques dont nul d&#233;nombrement ne rend exactement compte. L'atlas des morts aux fronti&#232;res [19], victimes des politiques migratoires restrictives, devrait en effet compter de nombreux chapitres pour lesquels la documentation reste &#233;parse et incompl&#232;te : de la fronti&#232;re mexicano-&#233;tatsunienne aux eaux territoriales australiennes, du Golfe d'Aden aux fronti&#232;res nord de l'Afrique du Sud en passant par les reliques des anciens empires coloniaux (dans les Cara&#239;bes, &#224; Mayotte, en Guyane&#8230;), nombreuses sont les lignes de front o&#249; tombent chaque ann&#233;e des milliers de migrants, parfois tu&#233;s directement par des gardes-fronti&#232;res, mais le plus souvent livr&#233;s par le cadenassage des routes s&#251;res &#224; des &#171; &#233;l&#233;ments naturels &#187; &#233;rig&#233;s en garants de l'assignation &#224; r&#233;sidence des plus pauvres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En connaissance de cette situation, on pourrait se demander pourquoi des militants associatifs et des chercheurs semblent tomber dans le f&#233;tichisme du chiffre quand ils brandissent des nombres dont l'impr&#233;cision n'a d'&#233;gale que leurs variations. Ces incarnations chiffr&#233;es sont certes une forme d'interpellation des journalistes et autres praticiens de la communication, dont il est n&#233;cessaire d'accepter certaines des attentes pour avoir une chance d'&#234;tre entendu. Plus fondamentalement, il nous semble qu'&#233;valuer &#224; plusieurs dizaines de milliers le nombre de personnes mortes en dix ans en essayant de rejoindre l'Europe rend compte d'une r&#233;alit&#233; connue de tous les historiens et d&#233;mographes : c'est le propre des situations de crise aigu&#235; ou de guerre que de rendre difficile le comptage de victimes, les estimations &#233;tant in&#233;vitablement sujettes &#224; d&#233;bat et &#224; instrumentalisation politique. M&#234;me impr&#233;cises, celles-ci donnent de la lisibilit&#233; &#224; une situation trop souvent r&#233;duite &#224; la fatalit&#233; ou au fait divers. La guerre aux migrants passe ainsi du registre de la m&#233;taphore &#224; celui d'un contexte dont les cons&#233;quences doivent &#234;tre document&#233;es. L'impossible d&#233;nombrement est alors l'auxiliaire d'un n&#233;cessaire d&#233;chiffrage. Il s'agit aussi d'une forme d'exigence morale, et d'un hommage &#224; rendre aux victimes. Restituer le caract&#232;re personnel de leur parcours et de leurs motivations serait certes la meilleure r&#233;ponse aux politiques qui entendent nier leurs droits individuels, mais l'entreprise est forc&#233;ment limit&#233;e. Il faut donc trouver d'autres fa&#231;ons de mettre au jour l'histoire de ces trajectoires souvent funestes. Faire la somme des vies sacrifi&#233;es sur l'autel du &#171; risque migratoire &#187; est une autre mani&#232;re de donner une existence &#224; ces morts sans nom.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* Les auteurs, membre du r&#233;seau Migreurop ont publi&#233; cet article dans la revue du GISTI, Plein droit, du mois de juin 2008. Une revue qui doit &#234;tre lue. Le num&#233;ro 78 porte sur le th&#232;me &#171; Saisonniers en servage &#187;. Le site du GISTI : &lt;a href='http://www.gisti.org/' class='spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.gisti.org&lt;/a&gt;,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Olivier Clochard, &#171; Les cons&#233;quences dramatiques du renforcement des contr&#244;les migratoires &#187;, in Les journ&#233;es d'&#233;tudes de l'Observatoire des droits des marins : &#171; Les ports havres de paix ? &#187;, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. Emmanuel Blanchard et Anne-Sophie Wender, Guerre aux migrants, le livre noir de Ceuta et Melilla, &#233;d. Syllepse, 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. United for Intercultural Action European network against nationalism, racism and in support of migrants and refugees&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. Philippe Rivi&#232;re, &#171; &#201;migrer et mourir &#187;, Le Monde diplomatique, juillet 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. Un p&#234;cheur sicilien cit&#233; par Catherine Simon, &#171; P&#234;cheurs d'homme &#187;, Le Monde, 14 septembre 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6. Site consult&#233; le 21 mars 2008.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7. Dont 597 personnes noy&#233;es dans l'oc&#233;an Indien en tentant de rejoindre l'&#238;le fran&#231;aise de Mayotte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;8. Trois agents de la Guardia Civil sont accus&#233;s d'avoir caus&#233; la noyade d'un migrant s&#233;n&#233;galais, le 27 septembre 2007. Selon les t&#233;moignages de trois rescap&#233;s, les policiers les auraient intercept&#233;s au large de l'enclave espagnole de Ceuta, puis ramen&#233;s dans les eaux territoriales marocaines avant de crever leur gilet de sauvetage et les jeter &#224; l'eau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;9. Federica Sossi, &#171; Portopalo &#187;, Vacarme, n&#176; 25, 2003, pp. 108-111.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;10. Comisi&#243;n Espa&#241;ola de Ayuda al Refugiado, La situaci&#243;n de los refugiados en Espa&#241;a. Informe 2006, janvier 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;11. Asociaci&#243;n pro derechos humanos de Andalucia, Rapport sur les violations des droits de l'homme des personnes migrantes d'origine subsaharienne en transit au Maroc, octobre 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;12. Emmanuel Blanchard et Anne-Sophie. Wender, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;13. UNHCR, La migration en Europe des boat people, 9 octobre 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;14. &#171; Mayotte : 2 morts dans un naufrage apr&#232;s une collision clandestins-police &#187;, AFP, 4 d&#233;cembre 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;15. Emmanuel Terray, &#171; Douvres, des larmes de crocodile &#187;, Lib&#233;ration, 22 juin 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;16. Frank Johann&#232;s, &#171; Les fant&#244;mes de Cherbourg &#187;, Le Monde, 28 septembre 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;17. UNHCR, La migration en Europe des boat people, 9 octobre 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;18. C&#233;cile Chauffour, &#171; La mort de trois fillettes tch&#233;tch&#232;nes, immigr&#233;es clandestines, bouleverse la Pologne &#187;, Le Monde, 19 septembre 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;19. Olivier Clochard et Philippe Rekacewicz, &#171; Des morts par milliers aux fronti&#232;res de l'Europe &#187;, Le Monde diplomatique, d&#233;cembre 2007&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(11 novembre 2008)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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