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BRÉSIL

23 mai, journée nationale de mobilisation

Entretien avec Zé Maria

Jeudi 24 mai 2007, par J. Pereira et Tatania Merlino

Dans la série d’entretiens consacrés, dans Brasil do Fato, à la journée nationale de luttes du 23 mai 2007, Zé Maria affirme que le contexte politique actuel est favorable au fait que les travailleurs puissent affronter maintenant le caractère néolibéral du gouvernement

Pour quelle raison organiser un front de lutte en défense des travailleurs ?

José Maria - La raison la plus directe de l’organisation du front est le fait que les droits de la classe ouvrière sont en train d’être violés de façon systématique par les entreprises, les gouvernements des Etats et le gouvernement fédéral.

Il existe un ensemble de mesures adoptées par le gouvernement et par le Congrès National qui attaquent ces droits, comme le Programme d’Accélération de la Croissance. Ce sont là des motifs qui provoquent une réaction des travailleurs et travailleuses plus dure que celle qu’on a pu voir jusqu’ici. Il est important de chercher à construire l’unité dans la lutte. Nous aurons bien plus de chances de vaincre le gouvernement si nous sommes unis que si nous agissons individuellement.

Malgré les divergences d’évaluation de la conjoncture existant entre les mouvements, quel est le « fil rouge » qui relie ces forces ?

La base de l’unité entre les si nombreux secteurs qui font opposition au gouvernement par la gauche et les secteurs qui n’ont pas encore rompu avec le gouvernement est ce texte que nous avons signé ensemble, texte qui constitue la base politique possible de l’unité. C’est à partir du contenu de ce texte que nous construisons le 23 mai. Il est clair que les mouvements ont la liberté d’exprimer leurs opinions au-delà de ce texte, mais nous avons une base politique élaborée en commun. Si l’on reste isolé, il sera plus difficile d’arrêter l’offensive du gouvernement fédéral contre nos droits. Mais si nous parvenons à une unité de lutte, alors nous aurons plus de force pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés.

Quels sont les défis face auxquels les mouvements sociaux et les travailleurs se trouvent en ce second mandat du gouvernement Lula ?
Note objectif le plus immédiat est la défense des droits, mais il est nécessaire que les mouvements sociaux, le mouvement syndical et la gauche doivent s’atteler à la construction d’une alternative socialiste des travailleurs, alternative qui ne peut être réalisée que dans le renforcement de la lutte directe par la mobilisation. On ne peut plus espérer que l’un ou l’autre politicien élu par ce système électoral vicié puisse résoudre les problèmes du peuple. Les travailleurs doivent unir leurs forces pour défendre leurs droits qui sont en train d’être attaqués, pour affronter cette politique économique et, au cours de ce processus, travailler à la construction d’alternatives plus stratégiques.

Y a-t-il eu un quelconque changement par rapport au premier mandat ?
Tous les signaux donnés et toutes les mesures concrètes adoptées par le gouvernement Lula jusqu’à maintenant ne montrent pas de changement de cap par rapport à son premier mandat. De plus, il faut voir les conséquences de cette politique : nous continuons à avoir un chômage à un niveau insupportable, des salaires très bas, un salaire minimum misérable, et une réforme de la sécurité sociale qui a déjà supprimé beaucoup de droits. L’unique chose que le gouvernement ait soi-disant faite pour la classe ouvrière a été le programme dit de « Faim Zéro », cette « Bourse Familiale » qui dans la réalité est une politique sociale compensatoire parfaitement compatible avec les schémas d’un modèle néolibéral, de la Banque mondiale.

Ce sont les miettes qu’on octroie aux secteurs les plus misérables de la population afin d’éviter les explosions sociales pouvant mettre en péril la stabilité nécessaire et de continuer à mettre en pratique cette politique économique qui favorise les banques et les grandes entreprises.

Les mesure adoptées dans ce second mandat ne laissent entrevoir aucun changement, au contraire, le PAC garantit l’augmentation des bénéfices des grandes entreprises et favorise l’ensemble des secteurs de l’économie tournés vers l’exportation.

Il y a par exemple ce projet sur l’éthanol qui répond directement aux intérêts des grandes entreprises des Etats-Unis, projet qui, en plus de subordonner encore plus les intérêts du pays [le Brésil] à ceux du capital états-unien, compromet la capacité de production d’aliments du pays et enterre de fait toute possibilité d’une réforme agraire d’ampleur dans le pays.

Quelle est la différence entre l’actuelle lutte contre la réforme de la Prévoyance de ce second mandat et les mobilisations de 2003 des fonctionnaires ?

En réalité, la nature de la lutte est la même. Si la réforme de 2003 a concerné plus directement les fonctionnaires, c’est qu’elle leur a supprimé des droits, et les a également atteints dans la mesure où elle a ouvert les conditions permettant la privatisation de la Prévoyance Sociale du pays (avec la question de la réglementation des dits fonds de pension, des fonds de retraite complémentaire, etc.) mais elle n’a pas atteint directement l’ensemble des travailleurs du privé qui sont eux sous le régime de l’INSS. Mais aujourd’hui, la proposition de réforme présentée récemment lors du Forum National de la Prévoyance, atteint tout le monde en proposant de fixer l’âge de la retraite à 65 ans pour le public comme pour le privé. Et qui tente également d’en finir avec la différence existant entre l’homme et la femme pour le droit à la retraite.

Nous vivons un moment de dispersion sociale des forces de gauche. Pensez-vous que ce front soit le signal d’une réorganisation de ces forces ?

Je pense que celui-ci va en tout cas dans cette direction, parce qu’il est vrai que nous assistons à une fragmentation et une confusion au sein de la gauche depuis de nombreuses années. Le projet de Lula du PT (Parti des Travailleurs) a galvanisé une grande majorité de la gauche brésilienne dans les 25 dernières années. Cela a été un projet largement hégémonique, dans le sens où l’on promettait aux gens que si Lula gagnait aux élections, alors il changerait le pays. Mais il y a eu une immense déception lorsque les changements ne sont pas venus et qu’au contraire la continuité a été assurée. Cette crise a alors créé de la confusion, de la désillusion et c’est ce moment que nous vivons aujourd’hui. Dans ce contexte de crise, la rencontre du 25 mars va dans le sens d’une ré-agglutination, d’une remise sur pied des mouvements de lutte des travailleurs.

L’unité que nous sommes en train de construire dans la lutte en défense des droits des travailleurs constitue un processus assez positif et va dans le sens d’une sortie de la crise. Mais nous ne sommes qu’au début de ce processus de recomposition, nous allons avoir besoin de temps pour vaincre la fragmentation de la classe ouvrière et le préjudice causé par la trahison de la direction du PT et de la CUT.

Y a-t-il de nouveaux acteurs dans le processus de réarticulation des forces de gauche ?

Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de changements quant aux acteurs de cet effort en vue de la construction de la transformation sociale. Le rôle fondamental est celui que tient la classe ouvrière qui est elle directement liée au processus de production de biens dans la société. Mais nous ne pouvons bien sûr pas oublier que la classe ouvrière a besoin de construire des alliances sociales qui lui donnent la force de promouvoir ces transformations sociales.

Il existe d’ailleurs une part immense de la population qui ne fait même pas partie de la classe ouvrière, au sens strict du terme. Ce sont des gens qui font partie du « marché du travail », mais qui se trouvent dans le secteur informel ou sont au chômage, des gens qui sont organisés dans des mouvements de quartier, des mouvements qui luttent pour la réforme agraire ou des mouvements qui regroupent des victimes des barrages.

Quelle est votre estimation des manifestations du premier mai ?

Même si cela n’a pas été des manifestations de masse, ce furent de très bonnes manifestations qui ont exprimé l’unité en défense des droits des travailleurs. Il est clair qu’elles ont été plus modestes que celles organisées par la CUT (Centrale syndicale unique) et Force Syndicale, qui ne sont d’ailleurs pas des manifestations, mais des fêtes payées par les des fonds privés et publics pour illusionner les travailleurs sur le gouvernement Lula.

Qu’en est-il de l’organisation du 23 mai ?

Nous avons déjà prévu des manifestations d’enseignants dans les Etats suivants : Minas Gerais, Santa Catarina, São Paulo et Rio de Janeiro. Nous avons des grèves préparées pour le secteur de la construction civile à Belém (Etat du Para), dans l’Etat du Ceara, une grève des métallurgistes à Sao José dos Campos (SP) et dans diverses villes de l’Etat de Minas Gerais. Une grève nationale des fonctionnaires fédéraux est prévue dans le pays entier. Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST) est lui sont aussi en train de préparer des activités dans tout le pays. Le Mouvement des Travailleurs sans Toit (MST) et le Mouvement Terre, Travail et Liberté (MTL) également. En plus de ces organisations, nous espérons que la CUT s’intégrera également, puisqu’elle est signataire de notre document.

Notre idée est de réaliser des mobilisations de masse, et pour cela il est important d’organiser des grèves sur le tas dans les lieux de travail. (Trad. A l’encontre)

Déclaration des mouvements sociaux

Le mouvement syndical, populaire et étudiant appelle les travailleurs et le peuple à lutter : contre la réforme de la sécurité sociale, contre toutes lesdites réformes qui leur retirent des droits syndicaux (y compris de grève), pour l’emploi, pour un salaire digne, pour la réforme agraire et le droit au logement, contre la politique économique et le remboursement de dettes (interne et externe), pour la défense du droit de grève et contre la criminalisation des mouvements sociaux.

Nous, lutteurs et lutteuses du mouvement populaire, nous appelons toute la société à une grande journée de luttes, le 23 mai 2007, contre cette politique économique et l’excédent budgétaire primaire [excédent avant d’avoir payer le service de la dette ; pour le dégager il faut une politique de restriction des dépenses publiques] ; pour le non-paiement de la dette (interne et externe) et pour un audit de ces dettes, ainsi que contre tout type de « réforme » qui porte préjudice à la classe ouvrière et à la souveraineté du pays.

Nous allons nous manifester contre la politique économique du gouvernement fédéral, politique qui enrichit les banquiers et les grands entrepreneurs et étrangle toute possibilité d’investissements dans les politiques sociales en maintenant la concentration perverse de la richesse.

Nous allons nous manifester contre le retrait de droits aux salariés et contre la réforme de la prévoyance qui est en cours, parce qu’il est inadmissible de réduire nos conquêtes historiques.

Nous luttons pour libérer le Brésil de la domination impérialiste, qui impose l’agrobusiness, qui détruit la nature et met en péril la capacité du pays de produire des aliments pour le peuple.

Nous fraternisons avec tous les peuples latino-américains en défense de l’indépendance et de la souveraineté de nos pays. Nous manifestons pour le retrait des troupes de Haïti et contre l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis.

Nous sommes dans les rues pour exiger plus de droits pour le peuple :

- pour la réforme agraire,
- pour un emploi pour tous, la réduction de la journée de travail sans réduction de salaire,
- pour la défense du droit illimité de grève, contre la criminalisation des mouvements sociaux,
- pour la défense du service public : l’éducation et la santé publique gratuite et la qualité pour tous,
- pour le droit à un logement digne pour tous,
- pour la défense de l’environnement, contre la destruction de l’Amazonie,
- pour l’augmentation du salaire minimum et des retraites,
- contre l’autonomie de la Banque Centrale,
- contre toutes les formes de discrimination et d’oppression raciale, d’homophobie et de sexisme,
- pour l’annulation de la mise aux enchères/privatisation du Vale do Rio Doce [grand complexe sidérurgique et industriel vendu pour rien au privé],
- pour de l’énergie à un prix social,
- pour la démocratisation des moyens de communication.
- la défense des lutteurs et lutteuses du mouvement syndical et populaire, pour la réintégration immédiate de tous les dirigeants syndicaux - celle notamment des deux camarades du Métro de São Paulo- et pour la libération immédiate des prisonniers politiques.

CONLUTAS – Coordination Nationale de Luttes
INTERSYNDICAL
CUT – Centrale Unique des Travailleurs
MST – Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre
Via Campesina
UNE – Union Nationale des Etudiants
CMS – Coordination des Mouvements Sociaux
Assemblée Populaire
UBES – Union Brésilienne des Etudiants du Secondaire
Marche Mondiale des Femmes
Pastorales Sociales
CONAM – Confédération Nationale des Associations d’habitants
ANPG – Association Nationale des Post-gradués