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PAKISTAN

Fin de course pour Musharraf ?

Mardi 22 mai 2007, par Simon Tisdall

Après presque huit années au pouvoir au Pakistan, le Président-Général Pervez Musharraf se débarrasse vite des amis dans son pays et à l’étranger. Est-il en fin de course ?


Week-end sanglant à Karachi, désarroi politique sur tout le territoire et affrontements frontaliers entre soldats pakistanais et afghans. Tous ces évènements sur de nombreux fronts ont renforcé la sensation qu’une crise potentiellement irrésistible est sur le point d’engloutir le président pakistanais, le Général Pervez Musharraf.
Après presque huit années au pouvoir (très peu légitime) en uniforme, imposé avec malice depuis sa résidence de Rawalpindi, datant de l’ère coloniale, le Général Musharraf se débarrasse avec empressement des amis de l’intérieur et de l’étranger. Cela n’est pas du tout surprenant. Au Pakistan, on dit souvent que les hommes forts militaires quittent la scène avec plaisir, voire vivants.

"Les lignes de combat sont désormais dessinées. Il y a, d’un côté, Musharraf, le parti politique au pouvoir et le MQM (le mouvement Mohajir basé à Karachi) et, de l’autre côté, le reste du Pakistan", a déclaré Najam Sethi, le rédacteur en chef du Daily Times. "Il se retrouve confronté à la pire période de son règne."

Que le Général Musharraf puisse s’accrocher au pouvoir est la question qui préoccupe la nation et, en particulier, les politiciens de l’opposition civile qui pourraient à présent le remplacer et se retrouver face aux responsabilités.

"Ce que tout le monde s’accorde à dire est que sa fin approche. Il a accumulé les erreurs", a déclaré un initié d’Islamabad. "Depuis des mois, un élan pro-démocratique s’est construit, qui pourrait être très difficile à arrêter. Le temps lui est compté.

"Musharraf pourrait encore désamorcer ce mouvement s’il changeait de direction, s’il changeait vraiment. Il pourrait admettre qu’il a commis une erreur (lorsqu’il a exclu le Président de la Cour Suprême), s’excuser, promettre des élections libres et honnêtes.

"Mais pour lui, faire cela serait agir de façon totalement surprenante. Ces militaires ont du mal à présenter leurs excuses."

Une source pakistanaise nous a dits que tant que les tensions s’intensifient quotidiennement, "il y a une réelle crainte sur ce qui pourrait arriver après… Les personnes qui renversent les gouvernements ne sont pas les mêmes qui les forment. C’est la grande leçon de l’Histoire du Pakistan.

"Nous sommes à un point, au Pakistan, où les civils ne peuvent gouverner sans les militaires. Ces derniers sont nécessaires pour apporter la sécurité, s’occuper du bazar de la "guerre contre la terreur" et apporter les muscles nécessaires aux défis économiques et autres, vraiment sérieux, que le Pakistan doit affronter.

"Mais nous avons aussi appris que l’armée ne peut pas gouverner toute seule. Il doit y avoir un véritable partenariat. Et, malheureusement, ce n’est pas ce que nous avons vu. Pour toutes les raisons géopolitiques que tout le monde connaît, nous avons besoin de l’armée. Mais elle ne peut pas tenir toute seule."

Les supporters de Musharraf citent le passé des réalisations du président, notamment : le rajeunissement de l’économie et le rapprochement partiel avec l’Inde. Ensuite, ils soulèvent le spectre gaullien du type "après moi le déluge", qui serait une prise du pouvoir par les Islamistes fondamentalistes ou ce que la dirigeante de l’opposition Benazir Bhutto appelle la "Talibanisation" du Pakistan.

"C’est une situation difficile, il n’y a aucun doute de cela," nous dit l’initié d’Islamabad. "Mais c’est également difficile pour les politiciens qui sont sur la touche. Que feront-ils s’ils arrivent aux responsabilités ? Ont-ils des réponses ?"

Vu l’ampleur de l’incertitude intérieure, l’influence d’acteurs extérieurs - notamment les Etats-Unis - pourrait encore s’avérer cruciale pour faire basculer la crise d’un côté ou de l’autre.

Pour Washington (et Londres), la chasse à al-Qaïda, perturbant les liens locaux avec les cellules et les réseaux terroristes à l’Ouest, et la pacification de l’Afghanistan sont des points de référence clés qui permettent de mesurer la continuité du soutien au Général Musharraf.

D’autres facteurs, comme l’attitude ambivalente du Pakistan vis-à-vis des tentatives étasuniennes d’isoler l’Iran voisin et son soutien officieux aux séparatistes kashmiri, participent de cette équation complexe et changeante.

L’impatience des Etats-Unis et du gouvernement afghan au regard du refus du Général Musharraf, ou son incapacité, à mettre un terme au recrutement des insurgés transfrontaliers et de bloquer les routes d’approvisionnement du Pakistan vers l’Afghanistan, sans parler de l’existence de camps d’entraînement "taliban pakistanais" dans des régions comme le Waziristân, a conduit, l’hiver dernier, à des attaques aériennes américaines (niées farouchement) sur des cibles d’activistes.

Même si le Pakistan dit maintenant qu’il a déployé 90.000 soldats le long de la frontière, qu’il a construit un plus grand nombre de postes de commandement et qu’il a clôturé plusieurs zones frontalières, Kaboul et Washington disent toutes deux que ce n’est pas suffisant. Ces tensions ont donné lieu a des violences frontalières le week-end dernier.

De la même manière, Washington craint encore plus l’anarchie politique déstabilisatrice régionale si le Pakistan implosait.

"Remplacer Musharraf par un autre homme fort qui servirait mieux les intérêts des Etats-Unis est une possibilité mais il n’est pas clair, à cause du manque de dirigeants appropriés, si cette solution peut fonctionner ", a conclu le rapport de l’officine indépendante d’Intelligence basée aux Etats-Unis, Power & Interest News Report."

"A moins que Washington ait trouvé un successeur crédible qui continuera de soutenir la politique étasunienne, ses intérêts recommandent de continuer à travailler avec Musharraf, malgré ses défauts."

Traduction de l’anglais : [JFG-QuestionsCritiques]