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Burkina Faso

Bilan du Forum social burkinabé

Jeudi 19 avril 2007

Le premier forum social du Burkina Faso a eu lieu du 28 au 30 mars 2007 à
l’ENEP (Ecole Nationale des Enseignants du Primaire) de Loumbila (près
de Ouagadougou). Ce forum a été préparé depuis le 6 mai 2006 par une
trentaine d’associations du Burkina Faso. Pendant 3 jours, il a
rassemblé 750 personnes de plus de 150 associations avec des délégations
de France, du Canada, de Belgique, d’Espagne, d’Italie, de Cuba, du
Bénin, du Niger, du Mali et de toutes les régions du Burkina Faso.

Après avoir travaillé dans 3 panels, 34 ateliers, 2 conférences
populaires, les participants à ce forum ont retenu quelques
recommandations qu’ils souhaitent transmettre à tous ceux qui se sentent
interpellés par les situations d’injustice profonde engendrées par la
mondialisation néo-libérale. Bien sûr, tout ne peut pas être dit ici,
nous avons retenu quelques points essentiels dans lesquels les
participants sauront reconnaître leurs propres mots.

Nous, participants au premier forum social du Burkina,
- Nous refusons les politiques néolibérales qui ne cessent de creuser les
écarts entre nations riches et nations pauvres, entre riches et pauvres
dans une même nation… et dont on nous fait croire qu’elles sont le seul
modèle économique possible.
- Nous refusons la concentration des richesses et des pouvoirs aux mains
de quelques multinationales et de quelques Etats au détriment de le
majorité des populations et de l’avenir de notre planète. Cette
domination exercée par une minorité sur l’ensemble est intolérable.
- Nous refusons le désengagement total de l’Etat des services sociaux de
base nécessaires à la cohésion sociale et à la solidarité (santé,
éducation, eau, communications,…). Le droit à l’eau, en particulier dans
notre pays, doit devenir un droit humain effectif et devenir l’affaire
de tous.
- Nous refusons les privatisations, telles qu’elles sont faites, car
elles sont une spoliation des richesses nationales et un abandon du
service public.
- Nous refusons les accords commerciaux inéquitables tels qu’ils sont
dans le TEC (Tarif douanier = Tarif Extérieur Commun) actuel et dans les
APE (Accords de Partenariat Economique) tels que l’Union Européenne veut
nous les imposer (et dont les populations dûment informées ne veulent
pas).
- Nous refusons la destruction de notre agriculture qui va en résulter et
dont vit pourtant 80% de notre population aujourd’hui.
- Nous refusons toute violation des droits humains dans nos pays et nous
demandons à nos dirigeants d’oeuvrer pour la paix : trop de guerres, de
réfugiés, de déplacés hypothèquent notre développement.
- Nous refusons toute exclusion, quelle qu’elle soit.

Nous, participants au premier forum social du Burkina,
- Nous réaffirmons l’urgence d’une politique agricole qui prenne
pleinement en compte la souveraineté alimentaire.
Que nos Etats de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique
de l’Ouest) rehaussent dès maintenant le TEC (Tarif Extérieur Commun) en
y introduisant une bande tarifaire à hauteur de 50% pour la protection
de nos produits agricoles sensibles (graines de coton, tomate, lait,
riz, viande…) dès maintenant et donc avant de commencer la négociation
finale sur les APE (Accords de Partenariat Economique) . (Pour éviter de
voir nos pays inondés par les sous produits des agricultures
subventionnées d’ailleurs…)
Nous nous engageons à changer nos comportements pour consommer nos
produits locaux et soutenir ainsi notre agriculture.
Nous invitons les Organisations Paysannes à proposer à tous les candidats
(maires, députés, président) de s’engager sur quelques mesures
importantes pour le développement de notre agriculture et pour une
meilleure prise en compte de notre agriculture et de nos populations
rurales.
Que les Organisations Paysannes ne s’alignent pas sur les seules
politiques gouvernementales, mais défendent réellement les intérêts des
paysans.
Nous souhaitons que nos Etats délivrent aux producteurs des titres
fonciers qui puissent assurer la sécurité et la stabilité de notre
production agricole, en surtaxant l’agrobusiness et les opérations
spéculatives.
Qu’en ce domaine, il y ait une réelle égalité d’accès à la terre pour
tous, hommes et femmes, et que les femmes puissent en hériter.
- Concernant les OGM (Organismes Génétiquement modifiés), nous demandons
la révision de la mise en œuvre du protocole de Carthagène, la
sensibilisation des populations à la base, et la concertation entre
chercheurs sur les OGM pour mieux mesurer les risques réels et mettre en
oeuvre le principe de précaution. Nous demandons que cesse immédiatement
le chantage sur les producteurs de coton qui refusent la culture des OGM
et leur imposition par les autorités dans notre pays.
- Concernant la dette injuste qui accable nos pays, nous demandons
qu’elle soit reconvertie intégralement en programmes de développement à
la base – et avec des mécanismes de contrôle transparents et accessibles
à tous par une information régulière.
- Concernant les OMD (Objectifs du Millénaire du Développement) et
l’accès aux services sociaux de base, nous constatons avec tristesse que
les objectifs sont loin d’être atteints, car les choix politiques
actuels , la formulation et l’exécution des projets ne sont pas
transparents.
- Concernant les mutuelles, nous souhaitons en encourager toutes les
formes qui permettent aux populations de décider elles-mêmes de leurs
priorités, de leurs manières de les gérer et de se les approprier. Nous
souhaitons que les services publics nous y encouragent.
- Concernant la santé, nous souhaitons que toutes les régions du pays
soient également couvertes et bénéficient des mêmes avantages que la
capitale.
- Concernant l’éducation, nous demandons l’arrêt immédiat de
l’application des P.A.S. (Plans d’Ajustement Structurel) ; que l’école
soit obligatoire et gratuite jusqu’à l’âge de 16 ans, que soit relevé le
niveau de vie des enseignants et apprenants, que l’éducation non
formelle soit encouragée et développée.
- Concernant les communications, nous demandons : « Un village, un
téléphone avant 2015 »
- Concernant l’environnement, nous recommandons qu’il soit mieux pris en
compte dans la pratique et l’élaboration de nos politiques pour des
pratiques plus respectueuses de notre environnement : reboisement,
agriculture biologique, éducation, exploitations minières mieux
encadrées, sachets plastique noirs à proscrire, assainissement et
viabilisation dans les villes.
- Concernant les OSC (Organisations de la Société Civile), nous pensons
qu’il est urgent et important qu’un cadre légal soit défini pour elles
et qu’elles puissent être associées de plus en plus, selon leurs
compétences, aux prises de décision qui engagent la vie du pays.
Qu’elles puissent aller en justice pour défendre leurs intérêts et ceux
de leurs membres. Nous demandons qu’une attention particulière soit
portée à la transparence dans la gestion financière et à la
représentativité pour l’obtention des financements.
- Concernant la corruption et la bonne gouvernance, nous demandons aux
personnalités de l’Etat et de l’administration de se soumettre à la loi
commune de l’Etat de droit faite pour tous : que chacun paie ses
factures, renonce aux pratiques de corruption et de pots de vin, etc.
Que l’égalité de droits et de devoirs entre tous les membres de la
société soit respectée. Que l’Etat soit garant de la justice et de la
bonne gouvernance (exploitation, torture, exécutions extrajudiciaires…)
Que la liberté de presse soit renforcée (dépénalisation des délits de
presse). Que la liberté d’association et d’expression soit améliorée.

Il faut parler beaucoup de la corruption parce qu’elle se répand partout.
Nous recommandons tout particulièrement :

- L’arrêt des retenues sur les frais inexplicables au niveau du coton.
- Des pétitions de parents d’élèves pour réduire les frais scolaires
abusifs.
- Des alliances avec nos voisins pour réduire les fraudes douanières.
- L’implication des associations aux journées de lutte anti-corruption.
- Possibilité pour tous d’accéder à un logement décent.
- Retour à nos valeurs cardinales pour rééduquer les jeunes.

Après le temps fort de ce forum, nous, Organisations de la Société Civile
au BURKINA présentes à Loumbila, prenons l’engagement de nous retrouver
à un rythme à préciser, pour faire le point des mises en œuvre de cette
déclaration finale, pour continuer à renforcer nos réseaux associatifs
et avancer dans notre réflexion et nos luttes.

Nous réaffirmons notre opposition aux politiques néo-libérales, aux
institutions financières internationales qui nous écrasent.
Nous sommes solidaires de tous ceux qui luttent pour leur dignité, leurs
intérêts matériels et moraux, en organisant des forums, en informant les
populations à la base, en organisant des marches légales et
non-violentes, en disant « non » aux politiques inadmissibles qui nous
écrasent, en étant solidaires de ceux qui souffrent et qui sont
exclus,... en nous appropriant nos vies dans une logique où ce n’est
plus la puissance financière qui nous domine, mais dans une logique où
l’homme et la femme sont remis au centre !

Oui, un autre monde est possible,
Oui, une autre Afrique est possible, unie et forte,
Oui, un autre Burkina est possible, moins corrompu, plus juste, plus
solidaire !


Voir en ligne : http://www.forumsocialburkina.info