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PALESTINE

La nouvelle génération s’en vient

Entrevue avec Marwan Barghouti

Lundi 6 novembre 2006

Je crois le Hamas pleinement conscient des priorités du peuple palestinien : la fin de l’occupation, la liberté et l’indépendance, le retour des réfugiés et le caractère démocratique de la société palestinienne

Question : comment envisagez-vous les futures relations de travail entre le Président Mahmoud Abbas (Abu Mazen), membre du mouvement Fatah, et le gouvernement dirigé par le Hamas à la lumière de la politique unilatérale d’Israël et du boycott international du gouvernement Hamas ?

Je considère que la mise en place d’institutions palestiniennes démocratiques renforce le combat palestinien et conduit à la solidification du partenariat entre les différents pouvoirs. D’avoir réalisé les élections présidentielles et législatives est une source de fierté pour les Palestiniens et un honneur pour les adhérents du Fatah, car c’est leur mouvement qui a initié et fondé cette structure démocratique. Maintenant, le partenariat national fait partie de l’Autorité palestinienne (AP) avec le Président et le gouvernement - c’est-à-dire entre les mouvements Fatah et Hamas - et il inclut aussi tous les membres du Conseil législatif palestinien (CLP).

A mon avis, la possibilité d’un retour à la table de négociation et au processus, dit processus de paix, s’est réduite considérablement, si ce n’est totalement. C’est le cas surtout depuis Camp David et la déclaration d’Ehud Barak qui déclarait qu’« il n’y a pas de partenaire palestinien ». Ariel Sharon a repris cette déclaration et en a fait son leitmotiv, puis il a entrepris la liquidation de l’Autorité palestinienne, y compris celle de son président, Yasser Arafat.

Il semble exister un large consensus en Israël à propos de la stratégie des solutions unilatérales laquelle consiste à ignorer complètement les Palestiniens. Le recours d’Israël à une telle stratégie vient de sa réticence à accepter une solution qui donnerait aux Palestiniens un minimum de leurs droits nationaux inaliénables. Les avancées unilatérales ne conduisent pas à la stabilité, à la sécurité, ni à la paix. La paix ne peut être obtenue que par la fin de l’occupation et un retrait complet des Israéliens des terres palestiniennes occupées en 1967 ; par l’établissement d’un Etat palestinien indépendant, avec Jérusalem pour capitale ; et avec la garantie et l’application du droit au retour des réfugiés palestiniens.

Le Hamas peut-il concilier la logique de la poursuite de la résistance armée avec les logiques de l’Autorité palestinienne et du processus politique ?

Il faudrait poser cette question au Hamas. Néanmoins, le Hamas jouit d’une majorité au Conseil législatif palestinien et il a formé, à lui seul, le gouvernement ; il a le droit de choisir sa politique et de la présenter comme ça lui convient. Ceci dit, le Hamas porte la responsabilité de garantir les acquis nationaux obtenus par le peuple palestinien localement, régionalement et internationalement. Il faut aussi rappeler que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) reste le seul représentant légitime du peuple palestinien et la plus haute instance politique. Le fait que l’OLP se trouve actuellement menacée par la stagnation et l’érosion et ait besoin d’une réforme radicale et entière ne lui retire pas cette légitimité. J’espère que le Hamas et le Jihad islamique rejoindront l’organisation parce qu’ils ont un rôle important à jouer sur la scène palestinienne.
J’espère aussi que les moyens seront trouvés pour la reconstruction et la restructuration rapides des institutions de l’OLP, et j’attends avec impatience la réunion du Conseil national palestinien (CNP) dans ses nouvelles structures, pour que soit préservée l’unité nationale dans l’organisation. Je crois qu’en application de la constitution provisoire, les pouvoirs de l’AP sont répartis entre le Président et le gouvernement, tous deux élus et le Hamas doit prendre ceci en considération très sérieusement. Il est déplorable qu’une lutte de pouvoir puisse être étalée à la télévision à un moment où les réels pouvoirs en Palestine sont tombés entre les mains de l’occupant, et pendant que le peuple palestinien, avec l’AP, le Président et le CLP, sont toujours sous occupation.

Le fait est que le Fatah a pu réconcilier le politique, le diplomatique, le dialogue et le contrôle de l’AP, d’une part, et la résistance et l’Intifada d’autre part, soutenu par une légitimité internationale aussi bien que par les lois et résolutions concernant la Palestine. Le Hamas sera-t-il capable d’y parvenir ?

L’avenir immédiat le dira. A mon avis, le Hamas doit garder l’option de la résistance et rejeter les concessions gratuites, mais il va se trouver confronté à de grandes difficultés pour combiner Autorité palestinienne et résistance.

Que présage la nouvelle position du Hamas quand il évoque, pour la première fois, la possibilité d’une coexistence avec les Israéliens dans le cadre de deux Etats et sur la base d’une trêve de longue durée ?

Il y a un consensus au sein des forces et factions palestiniennes reconnaissant que l’objectif du peuple palestinien dans cette conjoncture historique est l’établissement d’un Etat indépendant, pleinement souverain, à l’intérieur des frontières de 1967, avec Jérusalem comme capitale et l’application du droit au retour pour tous les réfugiés palestiniens. C’est ce qui a été convenu pour la Déclaration du Caire qui marque une acceptation indirecte du principe de la solution à deux Etats.

Dans un message aux Nations unies, le nouveau ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Mahmoud al-Zahhar, aurait lui-même parlé d’une solution à deux Etats, et les dirigeants du Hamas ont réagi favorablement aux principes de paix comme proposés par les pays arabes. Je pense que le Hamas et son gouvernement recherchent une réciprocité et une contrepartie à leur acceptation d’évoluer politiquement. Ils ont le droit d’insister pour une réciprocité véritable ; il n’est ni acceptable ni logique de faire des concessions gratuites.

Comment envisagez-vous votre sortie de prison sachant que selon certaines rumeurs vous pourriez être inclus dans un échange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah ?
Tout d’abord, laissez-moi souligner que ma préoccupation majeure reste la liberté pour tous les Palestiniens et j’espère - et même je crois - que le moment est proche où ils obtiendront cette liberté, leur indépendance et le droit au retour. Il n’y a que la Bande de Gaza qui a été libérée mais c’est le début de la fin de cette occupation prolongée. Je suis certain que ceux qui ont réussi à mettre de force l’occupant hors de la Bande de Gaza sont capables de faire de même pour la Cisjordanie et Jérusalem-Est. L’occupation vit ses dernières étapes et les tentatives israéliennes pour la maintenir sont vouées à l’échec.

Il serait difficile de vraiment savourer sa propre liberté si le peuple palestinien n’a pas obtenu la sienne d’abord. Durant ces dernières décennies, il y a eu plusieurs échanges de prisonniers et je suis absolument persuadé que notre peuple n’oubliera pas, n’abandonnera pas ses prisonniers. De la même manière, je ne peux envisager qu’un dirigeant ou un gouvernement palestinien puisse signer un accord qui ne stipulerait pas la libération de tous les prisonniers - dont le nombre croît chaque jour - et qui les abandonnerait comme otages entre les mains de l’occupant.

Depuis mon arrestation, beaucoup de rumeurs ont circulé sur ma libération. Une fois, c’était pour un échange avec Azzam Azzam, l’espion israélien incarcéré en Egypte, une autre avec [Jonathan] Pollard, ou pour l’échange de Ron Arad. D’autres fois, c’était pour être dans un échange