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L’Amérique d’Obama ne tient pas ses promesses

Mercredi 9 septembre 2009, par Gideon Lévy

Il ne reste rien des discours prononcés au Caire et à l’université de Bar Ilan. Obama se tait et Yishai parle. Même les « amis d’Israël » à Washington partisans de l’occupation relèvent à nouveau la tête.

"Résoudre la question palestinienne ? Quelle bonne blague !"

Nous avons la profonde douleur de vous annoncer la mort de notre dernier espoir. Les rumeurs concernant cette mort sont peut-être très exagérées, pour paraphraser la célèbre citation de Mark Twain, mais les craintes se confirment de jour en jour. L’Amérique de Barack Obama ne tient pas ses promesses. Trinquer avec un policier raciste et donner une tape dans le dos de Hugo Chavez n’est pas ce que l’on attendait ; et les négociations globales sur le gel de la construction des colonies ne sont pas non plus ce que nous attendions. Six mois à peine après que le Président le plus prometteur de tous ait inauguré son mandat, l’espoir a peut-être encore un dernier souffle, mais il est sur son lit de mort.

L’arrivée d’Obama au pouvoir a fait beaucoup de bruit. Son discours du Caire a enflammé la moitié du globe. Faire des colonies sa priorité principale nous a fait espérer qu’il y avait enfin un homme d’État à la Maison-Blanche qui comprenait que la racine de tous nos maux est l’occupation et que la racine du mal de l’occupation, ce sont les colonies. Depuis Le Caire, un décollage semblait possible. L’horizon était sans limites.

Ensuite, l’administration Obama est tombée dans le piège monté par Israël et il ne semble pas qu’elle puisse s’en remettre.

Le gel des colonies, est une chose qu’aurait dû comprendre un Premier ministre qui fanfaronne beaucoup au sujet des deux Etats - question périphérique à laquelle Israël s’est engagée dans la Feuille de route - et cette question du gel est devenue brusquement centrale. L’envoyé spécial, Georges Mitchell, perd son temps et son prestige dans de mesquins mégotages. Un gel de six mois ou d’un an ? Et qu’en est-il des 2 500 appartements déjà en construction ? Et de la croissance naturelle ? Et des jardins d’enfants ?

Ils arriveront peut-être à un compromis de neuf mois, qui n’autorisera pas la croissance naturelle, mais qui permettra d’achever des appartements déjà en construction. Belle réussite !

Jérusalem a imposé sa volonté à Washington. Une fois de plus, nous nous retrouvons à la case départ - nous nous occupons de bagatelles à partir desquelles il est impossible de faire le grand saut au-dessus du gouffre.

Nous attendions mieux d’Obama. Menachem Begin promettait moins, mais il a conclu la paix dans le même délai qui a suivi son entrée en fonction. La principale question étant le démantèlement des colonies, la vibrante impulsion donnée par Obama part en quenouille. Au lieu de cela, nous pagayons dans les hauts-fonds. Mitchell/Schmitchel. Qu’est-ce que la paix y gagnera ? Le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, le rencontrera encore une fois à Londres à la fin du mois. On trouvera peut-être là-bas une « formule magique » pour un gel des colonies, mais l’élan est brisé.

Pas en Israël pourtant. Ici les gens se sont rapidement rendu compte qu’il n’y a rien à craindre d’Obama et plus rien ne les freine. Le ministre de la Défense, Ehud Barak, s’est empressé de déclarer qu’il n’y a pas de partenaire palestinien, même après que la conférence du Fatah eut élu les dirigeants les plus modérés qui ont jamais été assemblés en Palestine. Ensuite, en un acte de provocation flagrante, Barak a apporté une Torah au coeur du quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem, devant les caméras de télévision, pour que l’Amérique voie qui est le chef ici.

Le vice-Premier ministre, Eli Yishai, et le speaker de la Knesset, Reuven Rivlin, deux autres politiciens qui perçoivent la faiblesse des États-uniens, ont rapidement déclaré, pendant une visite à Ma’aleh Adumim, qu’Israël ne gèlerait aucune construction. Obama pouvait aller au diable. Les colons ont continué à s’installer dans de nouvelles maisons à Jérusalem-Est. Netanyahou se tait et les Israéliens sentent que le « danger » est passé. Une fois de plus Israël peut faire ce qu’il veut. Le propriétaire est une fois de plus devenu fou. Sauf que le propriétaire est devenu fou parce que le véritable propriétaire montre des signes de faiblesse, des signes de retrait, parce qu’il cesse de s’intéresser aux événements dans la région qui représente le plus grand danger pour la paix dans le monde.

Il ne reste rien des discours prononcés au Caire et à l’université de Bar Ilan. Obama se tait et Yishai parle. Même les « amis d’Israël » à Washington partisans de l’occupation relèvent à nouveau la tête.

Un familier d’Obama le comparait cette semaine à un homme qui gonfle un certain nombre de ballons tous les jours dans l’espoir que l’un d’eux s’envolera. Il atteindra son but. Cette personne le comparait à Shimon Peres, comparaison qui devrait être insultante pour Obama. Les ballons sondes que le Président états-unien nous envoie doivent encore prendre l’air. Évidemment, on peut toujours attendre le ballon suivant, le plan de paix d’Obama, mais le temps commence à manquer. Et Israël ne se tourne pas les pouces.

À la minute où Jérusalem a détecté le manque de détermination étasunien, il est retombé dans ses travers et ses excuses. « Il n’y a pas de partenaire » « Abou Mazen est faible » « Le Hamas est fort ». Et on exige la reconnaissance d’un État juif et le droit de survoler l’Arabie Saoudite - n’importe quoi pour ne rien faire.

Une Amérique qui ne fera pas pression sur Israël est une Amérique qui n’apportera pas la paix. Il est vrai que l’on ne peut pas compter que le Président états-unien souhaite la paix plus que les Palestiniens et les Israéliens, mais il est l’adulte responsable du monde et son grand espoir. Ceux d’entre nous qui sommes ici, Monsieur le Président, nous sombrons dans une boue maudite, dans la période « Injury time ».


Voir en ligne : http://www.info-palestine.net/artic...


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