|  

Facebook
Twitter
Syndiquer tout le site

Accueil > français > Archives du site > L’arc des crises > Le Hamas : entre principes et nécessité

Le Hamas : entre principes et nécessité

Lundi 13 juillet 2009, par Ramzy Baroud

Beaucoup peut être dit pour expliquer ou même justifier les récentes concessions politiques faites par le Hamas, dans lesquelles ses principaux dirigeants à Gaza et à Damas ont affirmé leur accord de principe avec un règlement politique basé sur la solution à deux-états.

JPEG - 20.3 ko

Le Premier Ministre palestinien Ismaïl Haniyeh, lors d’un déplacement dans la ville de Gaza

Le 25 juin, le dirigeant du bureau politique du groupe islamique basé à Damas, Khaled Meshaal a réitéré le refus du Hamas de reconnaître Israël comme état juif, qualifiant avec raison cette désignation de « raciste, digne de Nazis, et comme d’autres prétentions dénoncées par la communauté internationale. » Cependant, il a approuvé l’idée d’une solution à deux-états, laquelle envisage la création d’un état palestinien indépendant sur approximativement 22% de la Palestine historique.

L’annonce était difficilement une surprise, parce que d’autres dirigeants du Hamas avaient fait référence ou avaient simplement fait connaître leur accord avec la même idée dans le passé. Mais ce qui en fait a changé est le langage utilisé par les dirigeants du Hamas pour endosser cette possibilité illusoire et de plus en plus impraticable de deux états. Le vocabulaire de Meshaal était en grande partie laïc, alors que des références au même principe faites par le Hamas auparavant étaient noyées dans un discours religieux.

Par exemple, le Hamas était par le passé d’accord sur un état palestinien couvrant tous les territoires occupés, ce qui imposait la disparition des colonies juives, sous le régime d’une « hudna » [trêve] à long terme. Le terme de « hudna » est chargé de références religieuses implicites et a été utilisé pour présenter les vues politiques du Hamas à la fois comme pragmatiques, mais également basées sur une tradition politique islamique consacrée.

Ahmed Yousef, conseiller en chef au gouvernement du Hamas à Gaza a fait référence au concept de « hudna » dans divers écrits et entrevues avec des médias. Mais ses appels ont sonné plutôt comme une tentative de trouver un espace commun entre les fermes croyances religieuse du mouvement islamique et la pression internationale sous la houlette des Etats-Unis qui vise à forcer le Hamas à entrer dans le même camp politique que celui qui a discrédité son rival du Fatah. Mais la variante introduite par Ahmed Yousef dans sa rhétorique ne peut pas être considérée comme identique aux récentes révélations politiques de Meshaal.

Le boycott du gouvernement élu du Hamas en 2006, et la violence orchestrée qui a conduit à la prise en main [de Gaza] par le Hamas, puis l’isolement et le siège de la bande de Gaza qui ont suivi, étaient censés forcer le Hamas à « modérer » sa position. Une immense souffrance collective a été imposée dans toute la bande de Gaza de façon à ce qu’Israël et ses alliés, dont la direction palestinienne basée en Cisjordanie, forcent le Hamas à sortir de ses retranchements idéologiques pour se joindre au camp « pragmatique », lequel s’est accommodé de compromis politiques stériles.

La constance du Hamas a été suffisante pour faire la preuve de sa crédibilité révolutionnaire et patriotique aux yeux de la plupart des Palestiniens et de ses partisans au Moyen-Orient et dans le monde. Le Hamas a impressionné beaucoup de gens, pas pour ses références théologiques, mais pour sa solidité politique et son refus de l’intimidation. D’une certaine manière, le Hamas a gagné le même statut et la même reconnaissance révolutionnaire que le Fatah dans les années 60.

Il n’est jusqu’à la guerre israélienne contre Gaza en grande partie sans défense commencée fin décembre 2008, dont le Hamas a semble-t-il tiré politiquement profit, et pour une bonne raison. Après tout, c’était un mouvement démocratiquement élu représentant les Palestiniens dans les territoires occupés. L’incapacité de ses rivaux à s’adapter à la nouvelle réalité politique, ainsi que les tentatives israéliennes incessantes de détruire le mouvement et l’emprisonnement en masse de ses parlementaires élus, ont été insuffisants pour le priver de sa légitimité.

Israël a alors lâché une de ses pires campagnes contre les Palestiniens, visant en grande partie les civils et leurs infrastructure dans Gaza. La guerre israélienne était censée faire encore plus que massacrer 1350 Palestiniens ( dont 437 enfants) et en blesser 5450 autres. Elle visait à frapper le mode de pensée même des Palestiniens qui avaient commencé à considérer un monde de possibilités au delà de l’emprisonnement et des promesses de paix peu consistantes infusées par le processus d’Oslo, lequel n’a servi qu’à enraciner l’occupation et à renforcer la colonisation.

La solidarité internationale se construisait lentement avant l’attaque israélienne. Pendant que les bombes israéliennes commençaient à pleuvoir, principalement sur l’infrastructure civile de Gaza, la solidarité internationale a surgi dans le monde entier. La brutale folie israélienne a servi à légitimer le groupe même qu’elle était censée écraser. Les voix qui ont inlassablement exigé du Hamas de céder aux conditions fixées, relayées par le soi-disant Quartet pour la paix au Moyen-Orient, ont été couvertes par les voix exigeant des Etats-Unis et des divers pouvoirs occidentaux de reconnaître et de discuter avec le Hamas.

Une des voix dominantes est celle de l’ancien Président des États-Unis Jimmy Carter, une des premières personnalités occidentales influentes à discuter avec le Hamas et à faire savoir que le Hamas « accepterait un accord de paix avec Israël basé sur deux-états s’il était approuvé par référendum dans la population palestinienne ou par un gouvernement palestinien nouvellement élu. » (The Gardian, 22 avril 2008).

L’insistance de Carter à impliquer le Hamas dans n’importe quel futur accord de paix l’a conduit à Damas, au Caire, en Cisjordanie, puis à Gaza. Sa récente visite dans le territoire assiégé le 16 juin dernier était plus qu’une manifestation de solidarité, car elle visait aussi à convaincre le Hamas de donner son accord à l’objectif de deux états et à l’initiative arabe de paix de 2002. Les conditions alternatives devraient offrir une sortie plus honorable que les demandes agressives et unilatérales du Quartet.

Il est difficile de savoir si le Hamas ira dans le sens de sa demande. Mais ce qui est clair, c’est que le Hamas envoie des signaux variés, tels que sa volonté de s’engager dans un dialogue avec l’administration d’Obama, et aussi l’acceptation de la solution à deux-états, laquelle — selon n’importe quelle évaluation raisonnable « des faits accomplis israéliens sur le terrain » dans Jérusalem et en Cisjordanie occupées — est aujourd’hui une perspective quasi irréalisable.

Inutile de dire que le Hamas en tant que mouvement politique — avec un gouvernement élu et exerçant une juridiction sur presque un tiers du peuple palestinien — a le droit et bien plus l’obligation de manoeuvrer politiquement, de se repositionner et même de se remettre en cause. Briser le blocus de Gaza exige de la constance, c’est exact, mais également de l’ingéniosité politique.

Ceci dit, le Hamas doit être prudent par rapport au prix politique et historique à payer, s’il ne tire pas profit de l’expérience du Fatah aujourd’hui discrédité et corrompu. Les droits des Palestiniens sont sertis dans le droit international et renforcés par les sacrifices sans fin consentis par le peuple palestinien à Gaza comme ailleurs. Par conséquent, le prix de la fin de l’ostracisme, du dialogue et de la reconnaissance politique ne doit pas se faire aux dépens du peuple palestinien, où qu’il se trouve, comme il est stipulé dans de nombreuses résolutions des Nations Unies dont la résolution 194 stipulant le droit au retour pour les réfugiés palestiniens.


Voir en ligne : http://www.info-palestine.net/artic...


* Ramzy Baroud est écrivain et rédacteur en chef de « PalestineChronicle.com ». Ses écrits ont été publiés dans de nombreux journaux, magazines et anthologies dans le monde entier.
Son dernier livre est « The Second Palestinian Intifada : A Chronicle of a People’s Struggle » (Pluto Press, London).

Du même auteur :

- Obama, Israël et le puzzle iranien - 21 juin 2009
- Enfants oubliés de Gaza - 15 juin 2009
- Netanyahu à la manoeuvre - 9 juin 2009
- La magie d’Obama peut-elle abuser le Monde Arabe ? - 5 juin 2009
- Ratzinger en Palestine : fort avec les faibles et faible avec les forts - 31 mai 2009
- Les drones arrivent pour une nouvelle guerre contre les civils - 17 mai 2009

29 juin 2009 - Communiqué par l’auteur
Traduction : Claude Zurbach