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ÉTATS-UNIS

"La politique des Etats-Unis envers Cuba reste la même"

Samedi 25 avril 2009, par Wayne Smith

Jeune fonctionnaire destiné à La Havane, Wayne Smitha vu la Révolution et l’entrée de Fidel dans la capitale en 1959. Il a été conseiller de Kennedy et envoyé de Carter, et aujourd’hui il explique les limites de l’ouverture et le "manque de réalisme" d’Obama.

(...) Après 50 ans de penser et de repenser le conflit l’opinion de l’ex-diplomate de 76 ans s’est convertie en consultation obligée pour ceux qui débattent à Washington de que faire avec ce qu’il reste de la Guerre Froide dans l’hémisphère.

"Il est important de connaître et de comprendre le gouvernement ou la personne avec qui on négocie", a-t-il signalé cette semaine à Página/12 depuis son bureau dans le Center for International Policy à Washington. Bien qu’il a célébré la levé des sanctions annoncée il y a une semaine, il a prévenu que Barack Obama est en train de manquer la stratégie en demandant que le gouvernement cubain réponde avec un geste contondant, comme libérer des dissidents. "Les sanctions dans cette histoire sont des États-Unis contre Cuba, pas l’inverse. Si je connais un peu les cubains, je sais qu’ils n’accepteront pas de conditions pour si peu ; ils ne l’ont jamais fait pour personne et ils le feront encore moins pour Washington", a-t-il dit au téléphone.

Smith a travaillé avec John F. Kennedy comme l’un de ses conseillers pour la région et plus tard Jimmy Carter l’a nommé numéro un du nouveau Bureau des Affaires Etasuniennes à La Havane. Depuis lors il est convaincu que les États-Unis doivent chercher une manière de rétablir des relations avec l’île. Si convaincu l’était il qu’il a renoncé au Département d’État nord-américain en 1982 parce qu’il n’était pas d’accord avec la politique extérieure du républicain Ronald Reagan.

- Le porte-parole d’Obama a répété hier qu’ils attendaient un geste de Cuba.

- Il est absurde de mettre la balle du côté cubain. Ce qu’ont fait les États-Unis cette semaine est très peu. Obama n’a pas conservé peut-être l’hostilité de son prédécesseur, mais le discours continue d’avoir un ton dur. Le gouvernement étasunien n’a même pas exprimé d’intérêt à commencer un dialogue avec Cuba et maintenant il attend un geste de Cuba. Cuba n’a pas mis de restrictions aux voyages de citoyens étasuniens ni n’a bloqué le commerce avec les Etats-Unis.

- C’est à dire qu’ils ne devraient pas attendre de changement dans l’île...

- Cuba pourrait faire quelques déclarations comme pour détendre la situation, recommencer à dire qu’ils sont disposés à dialoguer avec les États-Unis. Mais les gestes qu’Obama réclame ne sont pas réalistes.

- A Trinidad et Tobago le Sommet des Amériques ne peut-il pas non plus aider à désentraver la situation ?

- C’est comme essayer de mettre la chaussure au mauvais pied. Jusqu’à présent nous n’avons pas vu de changement dans la politique des États-Unis envers la Cuba. Le Département d’État continue à ne pas parler avec le Bureau des Intérêts Cubains à Washington et le Bureau nord-américain à La Havane n’a pas non plus de relation formelle avec la Chancellerie cubaine. Il faut comprendre quelque chose de fondamental : la politique des États-Unis envers l’île est la même. Au-delà de ce qu’ils disent à Washington, la balle continue d’être du côté étasunien.

- Rien ne changera avec le sommet alors...

- J’aimerais croire qu’après le sommet le gouvernement d’Obama va se rendre compte qu’il a besoin de faire plus et qu’il annoncera de nouveaux changements, plus significatif et profond. Mais je crois que cela n’arrivera pas. Obama va dire que maintenant c’est le temps d’attendre un changement de la part de Cuba ... (il rit). La vérité c’est qu’après tant d’années nous devrions savoir que cela n’arrivera pas. Les cubains vont célébrer les changements mais ils ne vont pas commencer à libérer des prisonniers ou à ouvrir le jeu électoral à tous les groupes politiques.

- Obama est-il ingénu ou est-ce une stratégie pour éviter d’approfondir un rapprochement ?

- Obama a promis beaucoup de changements en campagne électorale, mais j’ai la sensation que nous ne les verrons pas. Cependant, il ne faut pas oublier que l’opposition à l’embrago est de plus en plus forte dans le pays.

- D’où cette opposition vient-elle ?

- D’organisations et les personnes qui croient que la politique envers la Cuba est et a été contre-indiquée. Les sondages d’opinion montrent qu’autour de 71 pour cent la majorité des étasuniens croient que nous devrions régulariser les relations et lever complètement l’embargo. Il y a beaucoup de soutien mais il ne faut pas se tromper, ce soutien ne se traduira pas par des multitudes dans les rues protestant et manifestant en faveur de Cuba.

- Cuba est un sujet qui intéresse l’étasunien moyen ?

- Cuba n’est plus l’allié de l’Union soviétique et les citoyens étasuniens comprennent que leur gouvernement ne doit plus renverser des gouvernements étrangers, mais établir des relations de respect. Dans l’actuel contexte, les États-Unis sont celui qui sont vraiment isolés, pas Cuba.

- Vous avez voyagé plusieurs fois à Cuba et vous connaissez plusieurs des politiques au gouvernement. Le système cubain est-il préparé à une ouverture totale des investissements, de la libre circulation des personnes et des envois d’argent étasuniens ?

- Ils ont besoin de changer, de cela il n’y a pas de doute. Les Etats-Unis peuvent les pousser un peu en dehors du système socialiste pur qui d’ailleurs n’existe pas maintenant. Au-delà des ajustements qui doivent se faire, je crois que le gouvernement cubain est raisonnablement préparé pour contrôler les changements.

María Laura Carpineta, Pagina/12, 19 avril 2009.
http://www.pagina12.com.ar/diario/elmundo/4-123488-2009-04-19.html

Traduit par http://amerikenlutte.free.fr