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PALESTINE

Les prisonniers palestiniens : emprisonnés pour leur amour de la liberté

Lundi 20 avril 2009, par Reham Alhelsi

Ce qu’ils n’ont pas encore compris, c’est que plus ils nous humilient, plus ils nous harcèlent, plus ils nous emprisonnent, plus ils nous enlèvent notre liberté, et plus nous apprécions cette liberté et plus forte est notre foi dans notre juste cause et notre volonté d’être libres.

Chaque année, le 17 avril, les Palestiniens commémorent la Journée des prisonniers politiques palestiniens. C’est le 17 avril 1974 que le premier prisonnier politique palestinien, Mahmoud Baker Hijazi, a été libéré des prisons israéliennes, c’était le premier accord pour un échange de prisonniers avec Israël. Cette même année, le Conseil national palestinien déclarait le 17 avril Journée de solidarité avec les prisonniers politiques palestiniens, qui sera commémorée chaque année. En Palestine occupée, prison et emprisonnement sont aussi courants que lever et coucher du soleil. Il n’y a quasiment pas de famille qui n’ait été, d’une manière ou d’une autre, victime d’un emprisonnement israélien. Chaque jour, des Palestiniens sont arrêtés et ces arrestations font des Palestiniens le peuple le plus emprisonné au monde. Il est difficile d’être précis mais plusieurs sources portent le nombre de Palestiniens qui ont été détenus ou emprisonnés par Israël depuis 1967 à plus de 750 000, soit 20% de la population palestinienne totale des territoires occupés et environ 40% de la population palestinienne masculine.

Avec le déclenchement de la 2ème Intifada en septembre 2000, et jusqu’à septembre 2008, quelque 65 000 hommes, 750 femmes et 7 500 enfants ont été arrêtés par Israël. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, en octobre 2008 il y avait 10 500 Palestiniens dans les prisons israéliennes. Addammeer (association pour le soutien et les droits humains des prisonniers) avance le nombre de 9 493, dont 750 en détention administrative, 349 de moins de 18 ans et 75 femmes. Parmi ces détenus, il y a des personnalités politiques et 47 députés palestiniens.

Les forces d’occupation israéliennes (FOI) peuvent arrêter n’importe qui, n’importe où, sans donner de motif. Les Palestiniens sont arrêtés à leur domicile, sur le chemin de l’école ou du travail, dans les universités, les hôpitaux, sur les check-points. Les arrestations en masse, en tant que punitions collectives, sont aussi très courantes. Des couvre-feux sont alors imposés sur les villages, les villes et les camps de réfugiés, les maisons investies et les Palestiniens arrêtés. J’ai des témoignages d’un certain nombre de ces arrestations en masse, jamais les FOI ne se préoccupent de dire aux habitants pourquoi ils sont forcés de quitter leur maison au milieu de la nuit et de rester dans le froid et l’obscurité pendant de longues heures.

Profitant de l’obscurité et du couvre-feu, les FOI demandent par haut-parleurs que tous les hommes, généralement ceux entre 16 et 45 ans, se regroupent dans une cour d’école ou dans la rue principale. Nous avions l’habitude dans ces situations de nous placer dans le noir, à la fenêtre, et d’essayer de reconnaître les hommes debout, alignés, qui étaient interrogés par les FOI ; des parents, des amis et des voisins. Quelquefois, les hommes avaient les yeux bandés et étaient menottés. Ils attendaient jusqu’à la fin, harcelés, frappés à coups de pied et se faisant hurler dessus par les soldats israéliens. Nous attendions avec eux, derrière les fenêtres, espérant qu’ils seraient tous relâchés bientôt et en bonne santé. Parfois, ils rentraient tous chez eux après une nuit de harcèlements, mais souvent cela se terminait par des arrestations massives, sans savoir pourquoi.

Une autre forme de punition collective est l’arrestation au domicile. J’ai été la témoin de beaucoup de ces arrestations, toutes ont été accompagnées de violences et de harcèlements, de destructions délibérées des biens par les FOI. Elles renversent tout dans la maison, cassent les meubles et gaspillent même la nourriture, comme si la personne qu’elles recherchent se cachait dans le blé ou dans le sucre, et si dans la maison il y avait quelque argent ou objets de valeur, alors vous pouvez être sûrs de ne plus les retrouver après le départ des FOI. Les membres de la famille qui tentent de protéger leur maison ou leurs enfants sont roués de coups. On aimerait dire aux soldats que la personne recherchée n’est pas dans la maison, on aimerait tenter de les raisonner, mais tout cela est inutile. Ils viennent dans une maison pour harceler, casser et arrêter.

Souvent, j’ai pensé qu’ils savaient qu’ils ne trouveraient pas l’objet ou la personne recherchée et que toute l’opération dans la maison visait simplement à punir la famille et à faire pression sur elle pour faire céder un fils. Durant ces fouilles dans la maison, les FOI peuvent aussi nous pousser contre le mur, nous donner des coups de bottes et nous frapper à coups de crosse de fusil. Sans s’occuper s’il s’agit d’enfants ou de personnes âgées.

A leur arrestation, les détenus ont souvent les yeux bandés et les mains menottées. Ce ne sont pas seulement les détenus qui sont maltraités physiquement et humiliés, mais aussi les autres membres de la famille. Ainsi, il est de pratique courante chez les FOI de se servir des membres de la famille comme boucliers humains pendant ces opérations. Le prisonnier est embarqué sans que la famille ne soit informée de sa destination. Habituellement, ça prend des jours, sinon davantage, avant que la famille ne trouve où il est détenu prisonnier. Il y a de nombreux cas où les familles ont appris que leur fils était dans telle prison plusieurs mois après son arrestation, et seulement après que d’autres détenus aient été libérés et aient pu renseigner la famille sur la situation de leur fils.

Depuis 1967, plus de 750 000 Palestiniens, soit 20% de la population palestinienne totale des territoires occupés, ont connu les prisons israéliennes.

Un après-midi d’été, mon oncle et moi jouions au football dans le jardin. Lui était sur la liste des personnes recherchées par les FOI et il séjournait chez nous. Tout près, il y avait un arbre fruitier immense et quand j’étais petite enfant, mon père me disait pour plaisanter qu’un soldat était enterré sous l’arbre. Le soir, quand les feuilles de l’arbre ondulaient sous le vent, j’entendais dans leur bruissement comme le murmure du soldat, et avec tous les livres sur la Russie que nous avions dans notre bibliothèque, j’avais donné à ce soldat imaginaire le nom de Yuri.

Mon oncle et moi avions parié pour savoir qui allait gagner le match de foot, nous plaisantions et riions, et je me souviens avoir dit à mon oncle que Yuri allait venir et l’emmener. Après lui avoir expliqué ce que je voulais dire, il m’a dit : « Je pense que tu veux dire Uri, et non Yuri, c’est-à-dire que si un soldat vient me prendre et m’emmener, ce sera un soldat israélien, et pas un soldat russe ». Cette nuit-là, à deux heures du matin, j’ai été réveillée par des pas précipités à l’extérieur de la fenêtre. J’étais complètement réveillée et debout quand il y eut des coups très forts contre la porte d’entrée. Mon père a demandé qui c’était et il a soulevé un coin du rideau pour voir qui était à l’extérieur. Debout près de lui, j’ai pu voir le visage de mon grand-père et derrière lui, rien que la nuit, une nuit totale. Aussitôt mon grand-père s’est nommé et mon père l’a tout de suite fait entrer, alors on a vu mon grand-père carrément propulsé à l’intérieur de la maison. En quelques secondes, la maison s’est trouvée remplie de soldats des FOI, certains en uniforme, d’autres en civil. Ils étaient finalement parvenus à trouver où mon oncle se cachait et venaient l’arrêter. Ils avaient amené mon grand-père, un vieil homme, au milieu de la nuit, se servant de lui comme d’un bouclier humain, au cas où quoi que ce soit arriverait. Mon oncle était encore au lit mais dès que le commandant du secteur de Bethléhem l’a aperçu, il a sauté sur le lit et lui a pris la gorge entre les bras, comme pour l’étrangler, en lui criant sans cesse : « Tu as été ici tout le temps ». Ma mère a essayé de lui faire lâcher mon oncle mais le commandant l’a repoussée au loin. Puis, pendant que mon oncle enfilait ses vêtements et mettait ses chaussures, le commandant s’est mis à le gifler et à lui donner des coups de pied. Un autre commandant, celui du secteur de Sawahreh où nous étions, a dit à son collègue de ne pas cogner dans son secteur, c’est-à-dire que le prisonnier dépendait de Bethléhem et qu’il pourrait le frapper une fois arrivés dans son secteur. Je me souviens que nous avions une immense affiche sur le mur, une photo de Guevara Gaza, et le commandant a demandé à ma sœur si elle savait qui c’était. Le nom était écrit en gros sur le poster et quand elle a répondu oui, il lui a ordonné de retirer l’affiche. Quand ils sont partis, nous avons constaté qu’ils avaient encerclé tous les alentours de notre maison. Les véhicules des FOI étaient garés de telle façon que personne n’aurait pu s’échapper, et je suis sûre que si une fourmi s’était approchée dans l’obscurité cette nuit-là, elle aurait été abattue immédiatement.

Mon oncle a été emmené pour interrogatoire et ils l’ont torturé pour lui arracher des aveux, puis il est resté en détention administrative, c’est-à-dire sans procès ni charges contre lui, comme Israël le pratique souvent. Quand il a été finalement relâché, il nous a dit qu’ils n’avaient pas pu attendre l’interrogatoire pour le torturer, ils l’avaient frappé tout le long de la route, de Sawahreh jusqu’à l’arrivée au centre de détention israélien.

Les Palestiniens sont arrêtés pour avoir enfreint l’un des 2 000 ordres militaires et plus qui gèrent les territoires palestiniens occupés, dont certains Palestiniens n’avaient jamais entendu parler auparavant.Quelquefois, les prisonniers blessés ou malades sont tirés de leurs maisons, des hôpitaux, ou ont été arrêtés, blessés, lors de manifestations. Ils ne reçoivent pas l’aide médicale que leur état exige et souvent, comme traitement, on ne leur donne que de l’Aspirine. Les examens médicaux sont conduits à travers une séparation, et les autres traitements ou transferts dans des hôpitaux sont souvent reportés à des dates très lointaines. Le refus des soins médicaux est une méthode habituellement utilisée pour faire pression sur les détenus et les amener à collaborer. Il y a plus de 800 détenus palestiniens qui souffrent de mauvaises conditions médicales, dont beaucoup sont les conséquences de leur arrestation ou de leur interrogatoire. Selon le chercheur palestinien Abdul-Naser Farawna, 196 détenus palestiniens sont morts dans les prisons israéliennes depuis 1967 en raison d’insuffisances médicales ou de tortures, 49 à cause des insuffisances médicales [soit 147 suite à des tortures - ndt].

Rien que l’année dernière, 2 prisonniers sont morts pour ne pas avoir reçu l’assistance médicale dont ils avaient besoin. Durant la 2ème Intifada, 72 détenus palestiniens sont morts en détention, 17 à cause d’insuffisance médicale, 3 de la torture, 51 ont été exécutés par les FOI après leur arrestation et un prisonnier a été tué lors d’une manifestation dans la prison.

Souvent, les Palestiniens sont arrêtés pour avoir enfreint l’un des 2 000 ordres militaires et plus qui gèrent les territoires palestiniens occupés, dont certains Palestiniens n’avaient jamais entendu parler auparavant. Les femmes et les mineurs sont souvent arrêtés pour faire pression sur les membres de la famille qui sont détenus et leur arracher des aveux, ou pour faire pression sur d’autres membres qui sont recherchés par Israël afin qu’ils se rendent. La Société des prisonniers palestiniens rapporte qu’entre septembre 2000 et septembre 2008, quelque 750 femmes et 7 500 mineurs palestiniens ont été arrêtés par Israël. En septembre 2008, il y avait 69 femmes palestiniennes prisonnières politiques dans les prisons israéliennes, dont 2 en isolement et 5 en détention administrative. Il y avait 6 fillettes emprisonnées et 4 femmes détenues emprisonnées en même temps que leurs maris. Une détenue avait son bébé avec elle, né dans la prison.

Les prisonnières palestiniennes sont enfermées dans deux prisons israéliennes : Hasharon-Telmond et Neve Tertza, où elles sont détenues dans la même section que les criminelles israéliennes de droit commun, accusées de meurtres, d’usage de drogue et de prostitution. Tout comme les prisonniers hommes, les prisonnières palestiniennes sont soumises à la torture et aux humiliations. Les fouilles au corps, les fouilles corporelles brutales et le harcèlement sexuel sont fréquents.

En violation de la Convention des Nations-Unies sur les droits de l’Enfance qui définit l’enfant comme tout être humain ayant moins de 18 ans (art. 1er), les ordres militaires israéliens considèrent le mineur de plus de 16 ans comme un adulte, qui peut donc être traité, jugé et condamné comme tel. Dans la pratique, des enfants palestiniens aussi jeunes que 12 ans sont arrêtés, accusés et condamnés par les tribunaux militaires israéliens puisque les tribunaux pour enfants n’existent pas. Selon différents rapports, il y a plus de 400 enfants palestiniens dans les prisons israéliennes actuellement, dont 7 filles et 6 détenus administratifs. Ces enfants prisonniers ont entre 13 et 18 ans, 54 d’entre eux n’ont pas plus de 16 ans. Ils sont enfermés dans les prisons israéliennes avec les adultes. 50 de ces enfants sont dans la prison d’Ofer, 100 à Magiddo, 7 à Atzion, 22 dans le Néguev, 105 à Hasharon-Telmond et le reste dans d’autres établissements pénitentiaires. Aujourd’hui, plus de 450 adultes palestiniens en prison étaient mineurs à leur arrestation et ont eu leur majorité dans les prisons d’Israël. Comme les prisonniers adultes, les enfants prisonniers sont soumis à la torture physique et psychologique pour leur soutirer des aveux. Durant l’interrogatoire, ils n’ont pas droit à l’assistance d’un membre de leur famille ni d’un avocat.

Il y a plus de 400 enfants palestiniens dans les prisons israéliennes actuellement,
dont 7 filles et 6 détenus administratifs.

Alors que j’étais presque une enfant à mon arrestation, j’ai été mise dans une petite pièce. J’ai été séparée de ma sœur, sans savoir où elle avait été emmenée. Je suis restée là à attendre qu’on me fasse signe, je ne sais pas combien de temps j’ai attendu là mais je me souviens bien à quel point j’étais fatiguée d’attendre et combien j’avais soif. Après un certain temps, j’ai entendu les cris d’un garçon dans la pièce d’à côté. J’ai pensé qu’ils étaient en train de le torturer ou que quelqu’un faisait ces bruits pour m’effrayer avant que mon tour vienne d’être interrogée. Je n’arrêtais pas de réfléchir à tout ce que l’on m’avait dit, comment il fallait rester courageuse, et de me rappeler qu’ils faisaient ça seulement pour jouer, pour nous faire peur et nous faire avouer des choses que nous n’avions pas faites. Quand finalement j’ai été conduite dans une pièce où il y avait des soldats des FOI, tous des hommes, le soldat responsable a vérifié mon sac d’école et y a trouvé mon manuel de biologie. Il a parcouru le livre et a vu un dessin de l’anatomie d’une dent humaine. Il me l’a montré et m’a demandé, goguenard, en faisant le dégoûté, si je savais ce que c’était. Je savais ce que c’était, et je savais ce qu’il pensait et qu’il voulait m’interroger là-dessus.

Et à ce moment-là, je n’ai plus eu peur, parce que j’ai réalisé à quel point ils étaient stupides. Non seulement il ne savait pas que c’était une dent, le manuel était en anglais et c’était écrit sous le dessin, mais plus probablement, il ne connaissait pas un mot d’anglais alors qu’il se faisait si arrogant. Je l’ai regardé et je lui ai dit : oui, c’est une dent. Mes soupçons se sont trouvés fondés quand, vous n’allez pas me croire, il a questionné l’un des soldats dans la pièce, et l’autre lui a confirmé ce que j’avais dit.

Les prisonniers mineurs sont détenus dans des cellules surpeuplées, confrontés aux tortures et à l’isolement, sans recevoir les soins qui leur sont nécessaires. Ces deux derniers mois, il y a eu une augmentation des arrestations de mineurs. Ils sont arrêtés soit chez eux, soit sur les check-points, soit dans les rues, et sont souvent accusés d’avoir lancé des pierres sans aucune preuve. DCI Palestine indique que le nombre d’enfants conduits devant les tribunaux militaires israéliens pour l’audience d’avant procès dans les deux premières semaines de janvier a doublé par rapport à 2008. DCI ajoute que son département juridique reçoit une moyenne mensuelle de 10 à 15 nouveaux dossiers d’enfants pour les représenter juridiquement devant les tribunaux militaires, et que rien qu’au cours des deux premières semaines de janvier 2009, il a reçu 10 nouveaux dossiers. Dans l’un des cas, il s’agit de 7 enfants qui ont été arrêtés à Toura Al Gharbieh, à Jénine, le 20 janvier 2009, et sont détenus au centre de détention et d’interrogatoires de Salim. Deux des enfants ont 12 ans, deux 13 ans, deux 15 ans et le dernier 17 ans.

Sous la pression et en absence d’avocats, les enfants ont avoué qu’ils avaient jeté des pierres sur le mur d’apartheid. Dans un autre cas, au cours d’une incursion de l’armée à Hares, en Cisjordanie, la nuit du 12 au 13 mars 2009, les FOI ont arrêté un ado de 17 ans qui souffrait du dysfonctionnement d’un rein.

Les prisonniers palestiniens sont détenus dans des établissements gérés par les services pénitentiaires israéliens (SPI) ou par les Forces de défenses israéliennes (FDI). Il y a trente centres de détention qui comprennent 21 prisons et camps militaires, 5 centres de détention et de garde à vue et 4 centres d’interrogatoires. Il y a également au moins une prison secrète que l’on connaît, le Centre 1391, qui est réputée pour ses méthodes poussées de torture. Le lieu exact de cette prison n’est pas connu et les avocats et le CICR n’y ont pas accès. La majorité de ces établissements est située hors de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et le transfert de prisonniers palestiniens dans ces centres constitue une violation de la 4ème Convention de Genève et rend quasiment impossible les visites des familles. Certains de ces établissements sont des constructions en dur tandis que d’autres ne sont que des tentes dans des camps de l’armée, comme le camp militaire de Ketzion, dans le Néguev, où les prisonniers sont exposés à des climats très durs. Les centres sont tous surpeuplés et avec peu d’hygiène, les détenus doivent dormir sur des planches et les couvertures sont souvent fournies par les familles ou les organisations des droits de l’homme. La nourriture fournie est insuffisante et de piètre qualité. Les détenus palestiniens doivent vivre dans des conditions épouvantables dans ces établissements, ils sont humiliés et soumis à des traitements inhumains. Dans certains cas, les détenus sont déportés, soit à l’étranger soit dans la bande de Gaza. Après le siège de la basilique de la Nativité en 2003 [à Bethléhem], Israël a déporté 13 prisonniers palestiniens en Europe et 26 dans la bande de Gaza. Pendant la guerre contre Gaza, des centaines de civils palestiniens ont été enlevés, dont des mineurs. Ils ont été menottés, avec les yeux bandés, et ils n’avaient rien pour les protéger du temps. Beaucoup ont été détenus pendant des jours dans des fosses creusées dans le sol. Des rapports ajoutent que certains étaient gardés près des chars d’assaut et dans les zones de combat, transformés en boucliers humains pour les FOI.

On ne peut ni embrasser ni étreindre un parent, et pour lui serrer la main
il faut passer nos doigts à travers le barbelé qui nous sépare.

Les visites dans une prison prennent habituellement toute une journée, bien que la visite elle-même dure moins d’une heure. Nous partons très tôt le matin, alors qu’il fait nuit dehors et que tout le monde dort encore. Le car de la Croix-Rouge se remplit de Palestiniens venant de partout, la plupart sont des femmes âgées et des enfants, tous sont impatients de voir leurs parents. Mais avant de pouvoir finalement voir nos être chers, nous allons subir contrôle sur contrôle et fouille sur fouille.

Je me souviens que lors d’une visite, alors que nous étions enfin autorisés à entrer dans la pièce, je me suis mise à marcher plus vite à la recherche de mon oncle. Je ne l’avais pas vu depuis des années, et une fois assise devant lui, nous avons commencé à parler à travers un grillage de barbelés. Nous étions tous les deux si heureux ! C’est après quelques minutes que quelqu’un de ma famille s’est approché, m’a dit de venir et d’aller dire bonjour à mon oncle. Je m’étais adressée à la mauvaise personne, et je me suis trouvée si embarrassée que je ne lui ai même pas dit au revoir et ne suis même pas revenue voir si ce prisonnier avait des visites ce jour-là. Plus tard, j’ai pensé que lui aussi pouvait ne pas avoir pas vu sa famille depuis si longtemps qu’il m’avait prise pour quelqu’un de ses proches, ou peut-être qu’il avait un grand besoin de parler à quelqu’un. Lors d’une autre visite, je me revois assise et parlant à mon oncle tout en essayant d’ignorer les gouttes d’eau qui s’écoulaient du toit et me tombaient sur la tête, coulant le long de ma figure. Mon oncle a dû trouver cela amusant parce qu’à chaque fois qu’une goutte d’eau tombait sur mon visage, il se mettait à sourire, mais j’ai feins de l’ignorer et j’ai continué à discuter, et à la fin de la visite, mes cheveux étaient complètement trempés et j’étais gelée.

On ne peut ni embrasser ni étreindre un parent, et la seule chose que nous pouvons faire pour lui serrer la main c’est de passer nos doigts à travers le barbelé qui nous sépare. Dire au revoir est très dur car nous savons que nous rentrons chez nous, dans une prison relativement plus grande, et que nous les laissons derrière nous, dans de petites cellules surpeuplées. Et quand nous arrivons finalement à la maison, il fait nuit encore et la plupart des gens dorment, après une journée passée entre contrôles et fouilles pour une visite de 45 minutes de ceux qu’on aiment.

Une fois, en allant chez ma tante, à Dheisheh, avec une de mes amies, nous avons rencontré un jeune homme qui s’approchait, descendant une ruelle dans le camp de réfugiés. L’homme avait très probablement une vingtaine d’années et il était beau. Il marchait dans cette allée tout en discutant avec quelqu’un. J’ai regardé tout autour et je n’ai vu personne. J’ai levé les yeux pour voir s’il s’adressait à quelqu’un à une fenêtre ou sur une terrasse, mais je ne voyais rien. J’ai montré l’homme à mon amie qui m’a dit de ne pas m’inquiéter. Elle m’a appris que l’homme avait été libéré récemment d’une prison israélienne où il avait été torturé. Depuis, il parcourait les rues de Dheisheh, discutant avec un ami invisible. Comme je m’approchais, j’ai entendu qu’il parlait politique avec lui-même, discutant de l’occupation et de la vie en prison. Ils ne l’avaient pas libéré car il était toujours dans une cellule israélienne, torturé minute après minute.

L’hiver dernier, revenue en Palestine, j’ai voulu prendre quelques photos de vieux bâtiments de l’UNRWA, construits pour les Palestiniens en 1949. La plupart de ces bâtiments UNRWA ont été démolis pour construire des maisons neuves, mais je voulais garder une trace des derniers qui restaient et qui sont synonymes de la Nakba et des camps de réfugiés. L’épouse de l’un de mes oncles m’accompagnait dans ma recherche car elle est née et a grandi à Dheisheh et savait où en trouver quelques-uns. La plupart de ces minuscules bâtiments sont vides aujourd’hui, inoccupés auprès de maisons plus grandes pour les familles. Je voulais prendre des photos de l’extérieur, mais si un bâtiment n’avait pas de porte ou si sa porte était ouverte, je prenais des photos de l’intérieur. Comme nous venions d’entrer dans l’un d’eux, nous avons été surprises de trouver un vieil homme allongé sur le sol, enveloppé dans un vieux manteau d’hiver retourné. Le vieil homme a ouvert les yeux et il nous a vues, il a fait un mouvement comme pour se lever, mais l’épouse de mon oncle lui a dit de rester et lui a demandé de nous excuser de l’avoir dérangé car nous pensions que le bâtiment était vide. Quelques minutes plus tard, la tante de ma mère nous a vues et nous a invitées à prendre un thé. Chez elle, nous lui avons raconté pour le vieil homme, et alors qu’elle et l’épouse de mon oncle parlaient de lui donner quelque chose à manger et pour se réchauffer, sachant qui il était, j’ai réalisé que ce devait être le jeune homme que j’avais vu autrefois. Il était toujours emprisonné dans cette cellule, toute sa vie gâchée, et tout ce que je pouvais faire était de secouer la tête devant l’injustice de tout cela.

Le monde a été choqué quand la torture à Abu Ghraib a été connue... Il y a beaucoup d’informations sur la torture dans les prisons israéliennes, mais nous entendons rarement des condamnations et des demandes de fermetures des centres de torture.
(site B’Tselem)

Selon le droit humanitaire international, la torture est strictement interdite. Le monde a été choqué quand la torture à Abu Ghraib a été connue, il y a eu des condamnations de toutes parts et des demandes ont été faites pour la fermeture de cette prison. Mais l’Etat sioniste qui commet crimes de guerre sur crimes de guerre n’hésite pas devant l’usage de la torture. Les formes de torture utilisées à Abu Ghraib n’étaient pas nouvelles pour les Palestiniens car elles étaient utilisées depuis des décennies par les services pénitentiaires israéliens contre les Palestiniens. N’a-t-il pas été révélé que des tortionnaires des FOI et du Shin Bet ont été recrutés par le Pentagone pour interroger brutalement les prisonniers d’Abu Ghraib ? N’a-t-il pas été révélé que les interrogateurs américains impliqués dans les tortures avaient participé à des camps de formation « antiterroriste » en Israël, et que nombre de méthodes de torture utilisées à Abu Ghraib ressemblaient à celles appliquées par Israël contre les détenus palestiniens ? Il y a beaucoup d’informations sur la torture dans les prisons israéliennes, mais nous entendons rarement des condamnations et des demandes de fermetures des centres de torture. D’après B’Tselem, 85% des détenues palestiniens ont été soumis à la torture, ajoutant que « depuis 1987, le SSGI (service de sécurité général israélien) a interrogé pas moins de 850 Palestiniens par an en utilisant la torture... toutes les autorités gouvernementales - depuis l’armée israélienne jusqu’à la Cour suprême - y ayant participé par leur approbation de la torture, en élaborant de nouvelles méthodes et en les supervisant. »

En 1999, la Haute Cour israélienne a, superficiellement, proscrit l’usage de la torture arbitraire en tant que méthode d’interrogatoire mais en réalité, elle ne l’a pas interdite et aujourd’hui, la torture est toujours utilisée par Israël. Les mauvais traitements physiques combinés aux humiliations commencent dès l’arrestation, soit au domicile, soit dans la rue. Les détenus palestiniens peuvent être interrogés pendant 180 jours et peuvent se voir refuser tout avocat pendant une période de 60 jours. Lors de l’interrogatoire, la torture est utilisée et a conduit dans certains cas à la mort des détenus, et des aveux arrachés sous la torture sont valables devant les tribunaux israéliens.

Les Palestiniens peuvent être détenus pendant des jours sans être présentés à un juge ou informés de la raison de leur arrestation et pendant ce temps ils sont interrogés, cela peut durer jusqu’à 180 jours ou alors ils sont déclarés détenus administratifs. La détention administrative est une détention sans jugement ni chef d’accusation, elle peut aussi être le prolongement d’un emprisonnement après accomplissement de la peine. Elle est souvent utilisée par Israël et elle est autorisée par décision administrative des forces d’occupation et non par décision judiciaire.

1 229 sur les 1 988 ordres militaires israéliens donnent pouvoir aux commandants des FOI pour détenir des Palestiniens pendant 6 mois maximum, période qui peut être renouvelée indéfiniment. Au fil des ans, des milliers de Palestiniens, des hommes et des femmes de tout âge, ont été détenus en détention administrative pour des périodes allant de 6 mois à plus de 8 ans, sans être jugés ni accusés. Les familles des détenus ne sont pas informées de l’arrestation de la personne ni de son lieu de détention. Théoriquement, les détenus peuvent faire appel, mais en réalité ni eux ni leurs avocats ne sont informés des motifs de leur détention, ni autorisés à compulser les preuves, ce qui rend très difficile pour les avocats la défense leur client. Les ordres régissant la détention administrative ont également été modifiés en 1999. Le MO 1466 - ordre temporaire, modification 13 - stipule qu’un détenu doit être conduit devant un juge militaire dans les 10 jours de son arrestation, il autorise le juge militaire à confirmer, annuler ou diminuer la durée prévue par l’ordre de détention administrative.

Cette modification est elle aussi superficielle, étant donné que les juges font partie du personnel militaire qui donne la légitimité juridique aux actions illégales des FOI et des SPI. En réalité, les Palestiniens sont jugés par des tribunaux militaires israéliens constitués de 3 juges désignés par les FOI elles-mêmes. Ces juges n’ont souvent aucune formation juridique et, par conséquent, ne répondent pas aux normes internationales d’un procès équitable. Depuis le début de la 2ème Intifada, en septembre 2000, quelque 20 000 Palestiniens ont été détenus en détention administrative. En avril 2009, il y avait plus de 560 détenus administratifs palestiniens dans les prisons israéliennes, enfermés sans procès. 372 de ces détenus le sont sans procès ni chef d’accusation depuis au moins deux périodes successives, 47 le sont depuis deux ans, et 23 depuis plus de deux ans et demi, dont deux depuis plus de quatre ans et demi.

Plus ils nous enlèvent notre liberté, plus nous apprécions cette liberté et plus forte est notre foi dans notre juste cause et notre volonté d’être libres.Si un Palestinien peut être mis en garde à vue pendant 18 jours avant d’être conduit devant un juge, un Israélien, lui, ne peut être gardé que pendant 48 heures maximum. Si un Palestinien peut être détenu pendant 30 jours sans chef d’accusation, période qui peut être renouvelée indéfiniment, un Israélien peut être gardé pendant 15 jours, renouvelables une fois seulement. Les Palestiniens conduits devant un tribunal sur accusation de meurtre sont toujours condamnés, même sans preuve, et toujours à l’emprisonnement à vie. Dans la plupart des cas où les accusés étaient des soldats israéliens ou des colons juifs illégaux pour le meurtre de Palestiniens, les dossiers ont été clos sans aucune condamnation, même avec l’existence de preuves ou de témoins.

Les rares cas où il y eut des condamnations, ce fut des emprisonnements pour de courtes périodes allant de 6 mois à 7 ans et demi, ou à un service d’intérêt public. Les prisonniers palestiniens ont été utilisés par Israël à des moments politiques très commodes, où des Palestiniens qui avaient déjà purgé leur peine et pour lesquels il restait seulement quelques mois à faire, étaient libérés dans un « geste de bonne volonté ». Et dans le même temps, des centaines d’autres étaient arrêtés. Par exemple, le 25 août 2008, Israël a libéré 198 prisonniers dans un « geste de bonne volonté », mais les chiffres pour le mois d’août 2008 montrent que 338 autres Palestiniens ont été arrêtés. Aujourd’hui, il y a 81 « détenus anciens », c’est-à-dire, des détenus qui sont emprisonnés sans discontinu depuis plus de 20 ans, dont 2 depuis plus de 30 ans, et il y a 290 prisonniers qui ont été en prison pendant plus de 15 ans.

Bien qu’ils aient des armes modernes meurtrières, qu’ils bénéficient d’assistance militaire, que leurs crimes de guerre soient admis par les médias occidentaux de parti pris, et que leurs intérêts soient protégés par les lobbies sionistes du monde entier, les sionistes ont toujours peur, ils ont toujours peur parce qu’ils savent que nous sommes les propriétaires de la terre et que par notre seule existence, nous les défions, eux et leur puissance, et nous brisons les mythes, dénonçons les mensonges sur lesquels leur Etat est construit. Le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a déclaré à propos de la libération de prisonniers palestiniens : « Il vaudrait mieux noyer ces prisonniers, dans la mer Morte si possible puisque c’est le point le plus bas du monde. » Ils ne font pas que nous priver de nos droits et de notre liberté, ils veulent tuer notre esprit et nous voir morts.

Ce qu’ils n’ont pas encore compris, c’est que plus ils nous humilient, plus ils nous harcèlent, plus ils nous emprisonnent, plus ils nous enlèvent notre liberté, et plus nous apprécions cette liberté et plus forte est notre foi dans notre juste cause et notre volonté d’être libres.

* Reham Alhelsi est Palestinienne, née à Jérusalem. Elle a beaucoup travaillé dans une société de communication palestinienne et depuis 2000, elle est en Allemagne, travaillant sur différentes radios et télévisions notamment Deutsche Welle, SWR et WDR. Elle écrit actuellement une thèse sur l’Urbanisme régional en ciblant l’aménagement du territoire palestinien et le gouvernement local.


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