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La déclaration écosocialiste

Wednesday 11 March 2009

« Le monde souffre d’une fièvre provoquée par le changement climatique, et la maladie est le modèle capitaliste de développement. » - Evo Morales, président de la Bolivie, septembre 2007

Le choix auquel fait face l’humanité
L’humanité fait face aujourd’hui à un choix crucial : écosocialisme ou barbarie. Nous n’avons pas besoin de plus de preuves de la barbarie du capitalisme, système parasitaire qui exploite l’humanité et la nature. Son seul moteur est l’impératif du profit et le besoin d’une croissance sans fin. Il crée inutilement des produits inutiles, gaspillant les ressources limitées de l’environnement et lui rendant seulement des toxines et des polluants. Sous le capitalisme, la seule mesure du succès est l’augmentation des ventes chaque jour, chaque semaine, chaque année – nécessitant la création d’énormes quantités de produits qui sont directement nocifs pour les humains et pour la nature, les produits qui ne peuvent être fabriqués qu’en favorisant les maladies, qu’en détruisant les forêts qui produisent l’oxygène que nous respirons, qu’en démolissant des écosystèmes et en utilisant notre eau, notre air et notre terre comme des égouts pour se débarrasser des déchets industriels.

Le besoin de croissance du capitalisme existe à chaque niveau, de l’entreprise individuelle au système dans son ensemble. La faim insatiable des entreprises est facilitée par l’expansion impérialiste à la recherche d’un accès toujours plus grand aux ressources naturelles, à la main d’œuvre à prix réduit et aux marchés. Le capitalisme a toujours été écologiquement destructeur, mais de nos jours, ses assauts contre la terre se sont multipliés. Un changement quantitatif qui mène à une transformation qualitative, conduit le monde à un point de non-retour, au bord du désastre. Un nombre de plus en plus important de recherches scientifiques ont identifié les multiples voies par lesquelles de petites augmentations de la température pourraient enclencher un processus irréversible, des effets d’emballement - tels que la fonte rapide de la calotte glacière au Groenland ou le dégagement du méthane enfoui dans le pergélisol et sous l’océan - qui rendrait un changement climatique catastrophique inévitable.

Un réchauffement global laissé sans contrôle exercera des effets dévastateurs sur l’humanité, la faune et la flore. Les rendements des récoltes chuteront radicalement, menant à la famine sur une large échelle. Des centaines de millions de personnes seront déplacées par des sécheresses dans certains secteurs et par la montée du niveau des océans dans d’autres régions. Une température chaotique et imprévisible deviendra la norme. L’air, l’eau et le sol seront empoisonnés. Les épidémies de malaria, de choléra et d’autres maladies encore plus mortelles frapperont les plus pauvres et les membres les plus vulnérables de chaque société.

L’impact de la crise écologique est ressenti le plus sévèrement par ceux et celles dont les vies ont été déjà ravagées par l’impérialisme en Asie, en Afrique, et en Amérique latine, et les peuples autochtones sont partout particulièrement vulnérables. La destruction environnementale et le changement climatique constituent un acte d’agression des riches contre les pauvres.

La dévastation écologique, résultant de la nécessité insatiable d’augmenter les profits, n’est pas une dimension accidentelle du capitalisme : elle est partie prenante de l’ADN du système et ne peut pas être réellement écartée. La production guidée par la recherche des profits ne considère que le court terme pour prendre ses décisions d’investissement, et ne peut pas prendre en considération la santé et la stabilité à long terme de l’environnement. L’expansion économique infinie est incompatible avec des écosystèmes finis et fragiles, mais le système économique capitaliste ne peut pas tolérer des limites à la croissance ; son besoin constant d’expansion renversera toutes les limites qui pourraient être imposées au nom du « développement durable. » Ainsi, le système capitaliste en soi instable ne peut pas réglementer sa propre activité, et encore moins surmonter les crises provoquées par sa croissance chaotique et parasitaire, parce que faire ainsi exigerait que des limites soient imposées à l’accumulation - option inacceptable pour un système basé sur la règle : croissez ou disparaissez !

Si le capitalisme demeure l’ordre social dominant, le mieux que nous pouvons prévoir, ce sont des conditions climatiques insupportables, une intensification des crises sociales et la diffusion de formes de plus barbares de la domination de classe, comme des affrontements entre puissances impérialistes et des affrontements de ces dernières avec l’ensemble des régions du Sud pour le contrôle des ressources en baisse dans le monde.

Au pire, la vie de l’humanité elle-même est menacée.

Stratégies capitalistes de changement
Il ne manque pas de propositions stratégiques pour faire face à la ruine écologique, y compris la crise du réchauffement global produit de l’augmentation insouciante de l’anhydride carbonique dans l’atmosphère. La grande majorité de ces stratégies partagent un dispositif commun : elles sont conçues par et au nom du système global dominant, le capitalisme. Il n’est donc pas surprenant que le système global dominant responsable de la crise écologique, établisse le cadre de la discussion au sujet de cette crise, du contrôle du capital sur les moyens de production de la connaissance, autant que de l’anhydride carbonique dans l’atmosphère. En conséquence, ses politiciens, bureaucrates, économistes et professeurs élaborent un flot continu de propositions, qui sont toutes des variantes sur le thème suivant : « les dommages écologiques du monde peuvent être surmontés sans rupture avec les mécanismes du marché et avec le système d’accumulation qui dirige l’économie mondiale. »

Mais personne ne peut servir deux maîtres - l’intégrité de la terre et la rentabilité du capitalisme. L’un doit être abandonné, et l’histoire laisse peu de doutes au sujet des allégeances de la grande majorité des responsables politiques. Il y a tout lieu, donc, de douter radicalement de la capacité de mesures proposées de bloquer la glissage vers la catastrophe écologique.

Et en effet, au-delà des mesures cosmétiques, les réformes des trente-cinq dernières années ont été un échec lamentable. Des améliorations isolées naturellement se produisent, mais elles sont inévitablement écrasées et balayées par l’expansion impitoyable du système et par le caractère chaotique de sa production. Un exemple qui démontre cet échec : durant les quatre premières années du 21e siècle, les émissions globales de carbone étaient presque trois fois aussi grandes par année que celles des années 90, en dépit du protocole de Kyoto en 1997.

Kyoto préconise un régime de « plafonnement et d’échange » des crédits de pollution, des échanges pour réaliser certaines réductions des émissions, et projets dans le Sud - le soi-disant « mécanisme de développement propre » - pour compenser des émissions dans les nations fortement industrialisées. Ces instruments comptent tous sur des mécanismes du marché, ce qui signifie, avant tout que l’anhydride carbonique reste un produit sous le contrôle des mêmes intérêts qui ont mené au réchauffement global. Des pollueurs ne sont pas obligés de réduire leurs émissions de carbone, mais ils peuvent employer leur puissance économique pour contrôler le marché du carbone à leurs propres fins, y compris l’exploration dévastatrice d’autres carburants. N’y a-t-il pas une limite au montant de crédits d’émission fourni par des gouvernements prétendant respecter ce protocole ?

Puisque la vérification et l’évaluation des résultats sont impossibles, le protocole de Kyoto est non seulement incapable de contrôler des émissions, il présente également des moyens permettant l’évasion et des fraudes de toutes les sortes. Car même le Wall Street Journal l’a affirmé en mars 2007, le commerce des droits d’émissions « va permettre à quelques grandes sociétés de gagner de l’argent, mais il ne croit pas une minute que ce montage fera beaucoup en ce qui concerne le réchauffement climatique »

La rencontre sur le climat de Bali en 2007 a ouvert la voie pour de plus grands abus encore pour la période qui vient. Bali a évité de préciser quoi que ce soit en ce qui concerne des objectifs de réduction des émissions de carbone mise de l’avant par la meilleure science de climat (90% d’ici 2050) ; elle a laissé les peuples du Sud à la merci du capital en donnant à la Banque mondiale la juridiction sur le processus ; et rendu ainsi la pollution au carbone encore plus facile. Afin d’assurer l’avenir de l’humanité, une transformation révolutionnaire est nécessaire, où toutes les luttes particulières participent à une plus grande lutte contre le capital lui-même. Cette grande lutte ne peut rester simplement négative et anticapitaliste. Elle doit annoncer et établir un genre différent de société, l’écosocialisme.

L’alternative écosocialiste
Le mouvement écosocialiste vise à stopper et renverser le processus désastreux du réchauffement global en particulier et l’écocide capitaliste en général et à construire une alternative radicale et pratique au système capitaliste. L’écosocialisme s’enracine dans une économie transformée fondée sur des valeurs non vénales de justice sociale et d’équilibre écologique. Il critique l’« écologie du marché » capitaliste et le socialisme productiviste, qui ont ignoré l’équilibre et les limites de la terre. Il redéfinit le chemin et le but du socialisme dans un cadre écologique et démocratique.

L’écosocialisme implique une transformation sociale révolutionnaire, qui nécessitera la limitation de la croissance et la transformation des besoins par un transfert radical de critères économiques quantitatifs et vers des critères qualitatifs, une emphase sur la valeur d’usage au lieu de la valeur d’échange. Ces objectifs exigent le contrôle démocratique de la sphère économique, en permettant à la société de définir collectivement ses buts d’investissement et de production, et la collectivisation des moyens de production. Seules la prise de décision et la propriété collective de la production peuvent offrir la perspective à long terme qui est nécessaire pour l’équilibre et la durabilité de nos systèmes sociaux et de la nature.

Le rejet du productivisme et le transfert des critères économiques quantitatifs vers les critères qualitatifs impliquent de repenser la nature et les buts de la production et de l’activité économique en général. Les activités humaines créatrices, non productives et reproductrices essentielles, telles que le logement, le soin des enfants, la santé et l’éducation des enfants et des adultes et les arts, seront les valeurs principales dans une économie écosocialiste. L’air pur et l’eau et le sol fertile, aussi bien que l’accès libre et universel à la nourriture et aux sources d’énergies renouvelables et non polluantes sont les besoins humains de base et des droits naturels défendus par l’écosocialisme. Loin d’être « despotique, » définissant la politique collective aux niveaux local, régional, national et international, l’écosocialisme vise l’exercice de la liberté et de la responsabilité par l’ensemble de la société. Cette liberté de décision constitue une libération des « lois » économiques aliénantes du système capitaliste favorisant la croissance.

Pour éviter le réchauffement global et d’autres dangers menaçant la survie humaine et écologique, des secteurs entiers de l’industrie et de l’agriculture doivent être supprimés, réduits, ou restructurés et d’autres doivent être développés, tout en fournissant le plein emploi pour tous. Une transformation si radicale est impossible sans le contrôle collectif des moyens de production et planification démocratique de la production et des échanges. Les décisions démocratiques sur l’investissement et le développement technologique doivent remplacer leur contrôle par les entreprises capitalistes, par les investisseurs et les banques afin de servir à long terme le bien commun de la société et de la nature.

Les éléments les plus opprimés de la société humaine, les pauvres et les peuples autochtones, doivent être partie prenante de cette révolution écosocialiste, afin de revitaliser des traditions écologiquement soutenables et donner la voix à ceux que le système capitaliste ne peut entendre. Puisque les peuples du Sud et les pauvres sont en général les premières victimes de la destruction capitaliste, leurs luttes et leurs revendications aideront à définir les contours de la société écologiquement et économiquement soutenable en construction.

De même, l’égalité entre les sexes est une composante essentielle de l’écosocialisme, et les mouvements des femmes ont été parmi les adversaires les plus actifs et les plus expressifs dans la lutte contre l’oppression capitaliste. D’autres agents potentiels de changement révolutionnaire écosocialiste existent dans toutes les sociétés.

Un tel processus ne peut pas commencer sans transformation révolutionnaire des structures sociales et politiques basées sur l’appui actif de la majorité de la population à un programme écosocialiste. La lutte des ouvriers, des fermiers, des paysans sans terre et des chômeurs - pour la justice sociale est inséparable de la lutte pour la justice environnementale. Le capitalisme, socialement et écologiquement exploiteur et pollueur est l’ennemi de la nature et du travail. L’écosocialisme propose des transformations radicales dans :

1. le système énergétique, en remplaçant les carburants et les combustibles organiques basés sur le carbone par des sources d’énergies propres sous le contrôle de la communauté : vent, géothermie, marée-motricité, et surtout, énergie solaire.

2. Le système de transport, en réduisant rigoureusement l’utilisation des camions et des voitures privés, les remplaçant par le transport public libre et efficace.

3. les modèles actuels de production, de consommation et de construction basés sur le gaspillage, sur l’obsolescence planifiée, la concurrence et la pollution et de produire des biens recyclables et durables et de développer une architecture verte.

4. la production alimentaire et la distribution, en défendant la souveraineté alimentaire locale dans la mesure du possible, en éliminant l’agrobusiness industriel pollueur et de créer des agro-écosystèmes soutenables et de travailler activement à renouveler la fertilité du sol.

Théoriser et travailler vers la concrétisation de l’objectif d’un socialisme vert ne signifie pas que nous ne devrions pas également lutter pour des réformes concrètes et pressantes en ce moment. Sans aucune illusion au sujet « de capitalisme propre, » nous devons travailler pour imposer aux puissants – que ce soit des gouvernements, des sociétés, des institutions internationales - des changements immédiats élémentaires, mais essentiels : réduction énergique et exécutoire d’émissions des gaz à effet de serre,

développement des sources d’énergie propres,
fourniture d’un système de transport public libre étendu,
remplacement progressif des camions par des chemins de fer,
création des programmes de nettoyage de la pollution,
élimination de l’énergie nucléaire et des dépenses de guerre.

Ces demandes et des revendications semblables sont au centre de l’ordre du jour du mouvement de la justice globale et des forums sociaux du monde, qui ont favorisé, depuis Seattle en 1999, la convergence des mouvements sociaux et environnementaux dans une lutte commune contre le système capitaliste.

La dévastation environnementale ne sera pas arrêtée dans des salles de conférence et par des négociations de traités : seule l’action de masse peut faire la différence. Les ouvriers urbains et ruraux, les peuples du Sud et les peuples autochtones partout sont au premier rang de cette lutte contre l’injustice environnementale et sociale, combattant les multinationales exploiteuses et pollueuses, rendant illégale les produits de l’agrobusiness comme l’invasion des semences génétiquement modifiées, les combustibles organiques qui ne font qu’aggraver la crise alimentaire actuelle.

Nous devons promouvoir ces mouvements sociaux et environnementaux et établir la solidarité entre les mobilisations écologiques, anticapitalistes dans le nord et le Sud.

Cette déclaration écosocialiste est un appel à l’action. Les classes dirigeantes retranchées sont puissantes, pourtant le système capitaliste se manifeste chaque jour comme financièrement et idéologiquement en banqueroute, incapable de surmonter les crises économique, écologique, sociale, alimentaire et autres qu’il engendre. Et les forces de l’opposition radicale sont vivantes et essentielles. À tous les niveaux, national, régional et international, nous combattons pour créer un système alternatif basé sur la justice sociale et écologique.

(traduction de l’anglais, Bernard Rioux)


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