|  

Facebook
Twitter
Syndiquer tout le site

Accueil > français > Archives du site > L’arc des crises > Nouvel article

ÉTATS-UNIS

Nouvel article

Quoi espérer d’Obama ?

Samedi 15 novembre 2008, par Eduardo Galeano

« Obama, premier président noir de l’histoire des Etats-Unis, mettra-t-il en pratique le rêve de Martin Luther King ou le cauchemar de Condoleezza Rice ? Cette Maison Blanche, qui est maintenant sa maison, fut construite par des esclaves noirs. Pourvu qu’il ne l’oublie pas, qu’il ne l’oublie jamais. »

Obama prouvera-t-il, depuis le gouvernement, que ses menaces guerrières contre l’Iran et le Pakistan n’ont été que des mots proclamés pour séduire les esprits réticents pendant la campagne électorale ?

Espérons. Et pourvu qu’il ne cède pas, ni même un moment, à la tentation de répéter les exploits de Georges W. Bush. Après tout, Obama a eu la dignité de voter contre la guerre en Irak, alors que le Parti Démocrate et le Parti Républicain ovationnaient l’annonce de cette boucherie. Pendant sa campagne, le mot leadership a été le plus répété dans les discours d’Obama. Pendant son gouvernement, continuera-t-il de croire que son pays a été élu pour sauver le monde, idée toxique qu’il partage avec la quasi totalité de ses collègues ? Continuera-t-il d’insister pour le leadership mondial des Etats Unis et leur messianique mission de commandement ?

Pourvu que la crise actuelle, qui secoue les ciments impériaux, serve au moins pour donner un bain de réalisme et d’humilité à ce gouvernement qui commence.

Obama acceptera-t-il que le racisme soit normal quand il s’exerce contre les pays que son pays envahit ? Ce n’est pas du racisme, que de compter un par un les morts envahisseurs en Irak, et d’ignorer royalement les quantités de morts dans la population envahie ? Il n’est pas raciste, ce monde où il y a des citoyens de première, deuxième et troisième catégorie, et des morts de première, deuxième et troisième catégorie ?

La victoire d’Obama a été universellement applaudie comme une bataille gagnée contre le racisme. Pourvu qu’il assume, par ses actions au gouvernement, cette magnifique responsabilité.

Le gouvernement d’Obama confirmera-t-il, une fois de plus, que le Partie Démocrate et le Parti Républicain sont deux noms différents pour un même parti ?

Pourvu que la volonté de changement, que ces élections ont consacré, soit plus qu’une promesse et plus qu’une espérance. Pourvu que le nouveau gouvernement ait le courage de rompre avec cette tradition du parti unique déguisé en deux partis, qui a l’heure de vérité font plus ou moins la même chose en simulant qu’ils se disputent.

Obama tiendra sa promesse de fermer la sinistre prison de Guantanamo ?

Espérons, et pourvu qu’il en finisse avec le sinistre embargo sur Cuba.

Obama continuera de croire que c’est très bien qu’un mur empêche que les mexicains traversent la frontière, pendant que l’argent passe sans que personne ne lui demande de passeport ?

Pendant la campagne électorale, Obama n’a jamais affronté franchement le thème de l’immigration. Pourvu que maintenant qu’il ne court plus le danger d’effrayer les électeurs, il puisse et il veuille en finir avec ce mur, beaucoup plus long et honteux que le Mur de Berlin, et avec tous les murs qui violent le droit à la libre circulation des personnes.

Obama, qui avec tant d’enthousiasme a soutenu le récent petit cadeau de 750 milliards de dollars aux banquiers, gouvernera-t-il, comme c’est la coutume, pour socialiser les pertes et pour privatiser les bénéfices ?

J’ai bien peur que oui, mais pourvu que non.

Obama signera et appliquera-t-il le protocole de Kyoto, o continuera-t-il d’offrir le privilège de l’impunité a la nation la plus empoisonnante de la planète ? Gouvernera-t-il pour les voitures ou pour les gens ? Pourra-t-il changer le cap assassin d’un mode de vie de quelques-uns qui tirent au sort le destin de tous ?

J’ai bien peur que oui, mais pourvu que non.

Obama, premier président noir de l’histoire des Etats-Unis, mettra-t-il en pratique le rêve de Martin Luther King ou le cauchemar de Condoleezza Rice ?

Cette Maison Blanche, qui est maintenant sa maison, fut construite par des esclaves noirs. Pourvu qu’il ne l’oublie pas, qu’il ne l’oublie jamais.

Eduardo Galeano est un écrivain et journaliste uruguayen. Son œuvre la plus connue, Les veines ouvertes de l’Amérique latine, est un acte d’accusation contre l’exploitation de l’Amérique latine par les puissances étrangères depuis le XVe siècle.