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PAKISTAN

Les Etats-Unis étendent la guerre

Vendredi 26 septembre 2008, par Graham Usher

Le 9 septembre George Bush a désigné la zone frontalière du Pakistan avec l’Afghanistan comme un des trois principaux « théâtres » dans « la lutte antiterroriste mondiale ».

Le 3 septembre des commandos ont été parachutés sur Angoor Adda, un village éloigné à la frontière nord-ouest du Pakistan avec l’Afghanistan. Ils ont donné l’assaut à trois maisons, abattant 20 membres de la tribu et se retirant ensuite dans les montagnes où des hélicoptères les ont récupérés.

Il ne semblait y avoir rien d’inhabituel dans cette incursion. L’armée du Pakistan se bat contre des combattants affiliés aux Taliban et à Al-Qaeda dans ce secteur au sud du Waziristan depuis des années. Cette guerre a déjà fait des milliers de morts et 10 000 déplacés.

Mais les commandos n’étaient pas pakistanais. Ils appartenaient aux forces spéciales américaines pilotées dedans l’Afghanistan. Les gens massacrés étaient « suspectés d’être des combattants d’Al-Qaeda », a déclaré la CIA. C’étaient des martyres, dont des « femmes et des enfants », a dit avec force Qwais Ghani, gouverneur de la province frontalière au nord-ouest du Pakistan. L’incursion était « un assaut humiliant pour la souveraineté du Pakistan et du peuple pakistanais ».

Une ligne a certainement été franchie. Mais il était clair que cela allait se produire. Le 9 septembre George Bush a désigné les zones frontalières du Pakistan avec l’Afghanistan comme un des trois principaux « théâtres » dans « la lutte antiterroriste mondiale ». Et comme en Irak et en Afghanistan, celui-ci est maintenant victime de l’intervention américaine.

A côté de l’incursion des commandos, il y a eu sept attaques de missiles américains par-dessus la frontière du Pakistan le mois dernier, tuant 38 personnes. Certains des tués ont pu avoir été des militants d’Al-Qaeda mais la plupart ne l’étaient pas. Le 11 septembre le New York Times (NYT) a confirmé que depuis juillet le président des Etats-Unis avait donné accordé son feu vert pour que les soldats américains envahissent le territoire pakistanais « sans approbation du gouvernement du Pakistan ».

Aucun officiel de haut placé dans le gouvernement des Etats-Unis n’a nié les faits. Et les commandants militaires américains les ont confirmés. Le Pakistan et l’Afghanistan « sont inextricablement imbriqués dans une insurrection commune qui franchit la frontière qui les sépare, » a déclaré le chef d’état-major interarmes américain, l’amiral Mike Mullen, devant le congrès des Etats-Unis le 10 septembre. Ceci exigeait « une nouvelle et plus complète stratégie pour la région, et qui couvre les deux côtés de la frontière. »

Mullen a fait savoir que la nouvelle stratégie devrait être si possible coordonnée « avec le gouvernement du Pakistan » ou au besoin sans lui comme l’ont illustré les nouvelles instructions de Bush.

Les analystes pakistanais donnent trois raisons à la soudaine déconsidération de leur armée aux yeux de « l’associé » américain dans « la guerre contre la terreur ».

Tout d’abord Washington a le sentiment de perdre la guerre en Afghanistan et que les principales raisons en sont les « sanctuaires » des Talibans et d’Al Qaeda à l’intérieur du Pakistan, et que l’armée pakistanaise manque de la capacité — et probablement de la volonté — de défaire ces cancers. Pour résumer, Bush a compris que la politique datant de sept ans de déléguer en son nom à l’armée du Pakistan le combat contre le militantisme islamique a échoué. La position adoptée aujourd’hui est que Washington inclura les zones frontalières du Pakistan dans sa zone contre-insurrectionnelle pour l’Afghanistan. L’armée du Pakistan jouera le même rôle subsidiaire que son homologue afghane.

Une seconde raison est la crise de confiance entre la CIA et la première agence de renseignement du Pakistan, l’ISI. Les Américains ont longtemps suspecté l’ISI d’avoir des liens avec les Talibans. Mais en juillet des officiels de l’administration Bush ont déclaré publiquement que l’ISI était partie prenante dans l’attentat du 7 juillet contre l’ambassade indienne à Kaboul qui s’est soldé par la mort de 60 personnes. Le NYT a été jusqu’à citer des « analystes » de la CIA expliquant comment l’ancien chef de l’ISI et actuel chef des armées du Pakistan, le Général Ashfaq Kayani, était impliqué dans l’attentat de Kaboul. Le Pakistan a rejeté l’accusation.

Enfin — et c’est la raison avant tout retenue par les militaires au Pakistan — l’administration de Bush veut désespérément exhiber un succès avant l’élection présidentielle américaine de novembre prochain. Zaffar Abbas est le rédacteur en chef du journal pakistanais d’Islamabad, l’Aube. « Bush veut capturer un grand chef d’Al-Qaeda dans les zones tribales. Il veut pouvoir dire à l’électorat américain que l’Irak n’est plus un problème et que l’Afghanistan sera solutionné aussi. Le seul problème serait les zones frontalières du Pakistan ».

La réponse du Pakistan à l’offensive américaine a été très ferme et unie. Dans un communiqué datant du 10 septembre, Kayani a déclaré : « Le droit de conduire des opérations contre des militants à l’intérieur du propre territoire du Pakistan est de l’unique responsabilité de nos forces armées. » Il a également nié « n’importe quel accord ou arrangement avec les forces de la coalition [en Afghanistan] permettant de conduire des opérations de notre côté de la frontière. » Le premier ministre du Pakistan, Youssef Raza Gilani, a ajouté de son côté que le chef d’armée reflétait la politique du gouvernement.

Il y avait seulement une fissure dans le mur. Lors de sa conférence de presse inaugurale du 10 septembre, le président pakistanais Asif Ali Zardari n’a pas condamné les attaques américaines contre son pays. Il a réclamé « des fonds internationaux pour les victimes du terrorisme », impliquant ainsi qu’il acceptait la guerre américaine au Pakistan comme nécessaire ou impossible à empêcher. La position de Zardari n’a pas été facilitée par la présence de Hamid Karzai. Le président afghan Karzai soutient les opérations américaines dans les zones frontalières.

Le NYT citait encore des officiels américains déclarant que le gouvernement du Pakistan « avait en privé approuvé » la nouvelle stratégie des Etats-Unis. Zardari est redevable à Washington de l’avoir aidé à faire son son chemin jusqu’à la présidence. C’est Bush qui a persuadé l’ancien président Pervez Musharraf, son « allié des alliés », d’abandonner sa charge sans faire trop d’histoires.

Quant au chef de l’armée pakistanaise Ashfaq Parvez Kayani, il a obtenu 1 milliard de dollars par an dans le cadre de l’aide américaine publique, et le même montant de façon dissimulée. Avec une économie en chute libre et des tensions en hausse avec l’Inde au sujet du Cachemire et de l’Afghanistan, aucun chef de l’armée pakistanaise ne peut ignorer une telle manne. Il y a également le fait que Kayani a rencontré Mullen et d’autres chefs de l’armée américain le 27 août dernier. Peu d’analystes au Pakistan arrivent à croire qu’il n’ait pas été question dans cette réunion de la nouvelle politique américaine.

Cependant, disent les mêmes analystes, que Zardari et Kayani acceptent de s’en remettre à Washington pour que soit appliquée une politique contre-insurrectionnelle à l’intérieur même du Pakistan est également incroyable. Une telle décision unirait non seulement l’essentiel de l’opinion pakistanaise derrière les Talibans en les faisant considérer comme des nationalistes défendant leur pays, mais cela pourrait déclencher une révolte dans les rangs mêmes de l’armée. Et cela s’est peut-être déjà produit.

Le 4 septembre le Pakistan a suspendu les approvisionnements en carburants destinés aux forces de l’OTAN en Afghanistan. La raison officielle était que le passage des frontières à Khyber était trop dangereux. En fait la décision de suspendre ces approvisionnements a été prise par des commandants militaires locaux en « représailles » pour l’incursion d’Angoor Adda. Le 15 septembre les soldats pakistanais ont semble-t-il repoussé une incursion américaine au sud du Waziristan en ouvrant le feu sur les envahisseurs. Les porte-parole de l’armée ont nié que leurs forces aient été impliquées. Les responsables locaux et les membres des tribus locales ont assuré du contraire.

Ces incidents peuvent signifier deux choses. Soit que l’armée dit une chose aux médias et une autre à ses troupes sur le terrain, soit que les commandants locaux ont décidé de façon indépendante de prendre les armes contre un ennemi, les Etats-Unis, qu’ils considèrent comme la majeure partie de leurs concitoyens, comme une menace plus grave pour la souveraineté de leur pays que les Talibans ou Al-Qaeda.

18 septembre 2008 -Al Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à :
http://weekly.ahram.org.eg/2008/915...
Traduction de l’anglais : Claude Zurbach


Voir en ligne : http://www.info-palestine.net/