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Les convulsions de l’empire

Samedi 17 juin 2006, par Noam CHOMSKY

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, les administrations américaines ont toujours été préoccupées d’une possible autonomisation de l’Europe et de l’Asie. L’inquiétude augmente au fur et à mesure que le monde tripolaire, l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie, continue d’évoluer.

Chaque jour, l’Amérique latine devient plus indépendante. L’Asie et les Amériques se rapprochent et pendant ce temps, la seule superpuissance est enlisée au Moyen-Orient.

L’intégration régionale en Asie et en Amérique latine devient une question de plus en plus importante selon Washington qui craint que le contrôle du monde ne lui échappe. L’énergie est certes un objet de conflits partout.

La Chine contrairement à l’Europe refuse d’être intimidée par Washington. L’administration américaine est confrontée à un dilemme. Le développement d’une attitude de confrontation contredit la dépendance des entreprises face à la Chine en tant que plateforme d’exportations et en tant que marché croissant. Sans compter le fait que la Chine détient d’importantes ressources financières qui pourraient bientôt dépasser celles du Japon.

En janvier, le roi Abdullah d’Arabie saoudite était en Chine pour développer un nouveau protocole de coopération et d’investissements dans les domaines du gaz, du pétrole et des investissements, selon le Wall Street Journal.

Déjà, l’essentiel du pétrole est exporté vers la Chine qui lui vend des armes qui sont considérées comme un moyen de défense contre les Etats-Unis. L’Inde aussi a des options diverses. Elle peut devenir un client des Etats-Unis, ou elle peut se rapprocher d’un bloc asiatique plus indépendant et se rapprocher des producteurs pétroliers du Moyen-Orient. Selon Siddharth Varadarjan, le directeur adjoint du journal the Hindu, « L’Asie pour devenir le pôle du XXIe siècle doit briser sa passivité dans le domaine énergétique ».

La clé est la coopération entre la Chine et l’Inde. En janvier, un accord signé à Beijing a ouvert la porte à une plus grande coopération dans le domaine de la technologie et de l’exploration des hydrocarbures, ce qui pourrait changer l’équation dans le secteur du pétrole et du gaz, selon Varadarjan.

Un autre pas envisagé est la conversion du marché asiatique du pétrole en euros. L’impact sur les marchés financiers pourrait être important. Comme par hasard, Bush était en Inde peu après pour ramener l’Inde vers les Etats-Unis, notamment en offrant davantage de coopération en matière nucléaire.

Entre-temps en Amérique latine, des gouvernements de centre-gauche s’imposent du Venezuela jusqu’à l’Argentine. Les populations autochtones sont plus actives, en Bolivie et en Équateur et elles veulent exercer un contrôle démocratique sur la production de gaz et de pétrole.Ces populations ne sont plus résignées à accepter le fait que les États-Uniens peuvent continuer à gaspiller le pétrole dans leurs grosses cylindrées.

Le Venezuela s’est beaucoup rapproché de la Chine et entend vendre une partie de son pétrole aux Chinois, en partie pour réduire la dépendance face aux Etats-Unis qui demeurent très hostiles au gouvernement Chavez. Le Venezuela a également rejoint les pays du Mercosud, ce qui pourrait être selon le président argentin Nestor Kirchner, une étape importante dans la mise en place d’un bloc commercial et « favoriser l’intégration », selon Luiz Inacio Lula da Silva, le président du Brésil.

En plus de fournir environ un tiers du pétrole nécessaire à l’Argentine, le Venezuela a racheté une partie importante de la dette de ce pays, ce qui le libère du contrôle du FMI et des institutions financières américaines.

Avec l’élection de Évo Morales en Bolivie en décembre, les pays du cône sud évoluent également. Des accords sont en train d’être signés avec le Venezuela. Selon le Financial Times, cela pourrait mener à des réformes radicales dans le secteur de l’économie et de l’énergie. La Bolivie détient les deuxièmes plus importantes réserves de gaz de l’hémisphère après la Venezuela.

Les relations entre Cuba et le Venezuela deviennent plus étroites. En échange de son pétrole, le Venezuela reçoit les compétences techniques en matière de santé et d’alphabétisation via des milliers de professionnels cubains qui travaillent dans les quartiers populaires. L’aide cubaine, notamment dans le secteur médical, est en croissance partout dans le monde, au Pakistan notamment où plus de 1000 médecins et infirmiers cubains sont à l’œuvre.

Un peu partout, la croissance des mouvements populaires, dans le sud mais aussi dans les pays industriels, explique ces développements qui vont dans le sens d’une plus grande indépendance des nations et d’une orientation favorable envers les besoins de la grande majorité de la population.