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NÉPAL

Nouvelle phase de la lutte

Jeudi 29 mai 2008, par Prashant Jha

Les anciens rebelles, qui ont remporté les élections d’avril dernier à la surprise générale, doivent maintenant composer avec les autres forces politiques. Leur premier objectif : abolir la monarchie.

Avec la victoire des maoïstes [aux élections du 10 avril dernier], l’équilibre des pou­voirs va basculer de façon spectaculaire. Les anciens re­belles voudront prendre la tête du gouvernement, et il ne fait pratiquement plus aucun doute que Baburam Bhattarai – grand idéologue et numéro deux du parti – va devenir Premier ministre. Quant à Prachanda, le numéro un, il se verrait bien en président de la République, ce qui lui permettrait de se démarquer et de gérer les conflits au sein de son mouvement et avec les autres partis. Après leur victoire, les maoïstes ont manifestement fait des efforts pour se concilier les bonnes grâces de toutes les couches de la société. Après avoir remporté son siège dans la circonscription de Katmandou, Prachanda a exhorté les hommes politiques, la bureaucratie et les membres des forces de sécurité à travailler main dans la main avec son parti. Il a déclaré que les anciens insurgés allaient maintenir des relations cordiales avec la communauté internationale, et avec l’Inde voisine en particulier.

Les ex-rebelles savent bien qu’il s’agit d’un moment charnière et qu’ils ont besoin de tous, y compris des autres formations. Le problème, c’est que le parti du Congrès népalais (NC) et le Parti communiste népalais (ULM), toujours sous le choc de cette défaite, jouent les “mauvais perdants”, comme l’a écrit un commentateur.

Sur le plan international, l’annonce des résultats a mis en émoi la classe politique indienne. Aucune des branches de l’Etat indien – que ce soient le mi­nistère des Affaires étrangères, les services secrets ou le Conseil consultatif de sécurité – n’était préparée à une victoire maoïste. Après la panique initiale, le ministre des Affaires étrangères, Pranab Mukherjee, s’est entretenu avec Prachanda et a qualifié le résultat d’événement positif. A Delhi et à Katmandou, les diplomates indiens ont fait savoir qu’ils étaient prêts à travailler avec ceux qui seront au pouvoir au Népal, quelle que soit leur étiquette politique. En fait, c’est aux Etats-Unis que cette victoire pose le plus de problèmes. Les maoïstess continuent à figurer sur la liste des organisations ­terroristes dressée par les autorités. D’après certaines sources, l’ambassade des Etats-Unis à Katmandou serait pourtant prête à tendre la main aux anciens insurgés – surtout depuis l’arrivée, en 2007, de la nouvelle ambassadrice, Nancy Powell. Mais les faucons de la Maison-Blanche et du département d’Etat demeurent intraitables et persistent à considérer les maoïstes comme des terroristes.

A présent, les maoïstes ont du pain sur la planche. La première session de l’Assemblée constituante devra ­abolir la monarchie. Les dirigeants maoïstes ont demandé au roi Gyanendra de quitter son palais, mais affirment qu’ils ne voient aucune objection à ce qu’il reste au Népal en tant que citoyen ordinaire. Il y a cependant quelques problèmes techniques : cette première session pourra-t-elle déjà abolir la royauté, alors qu’il faudra d’abord prêter serment, élire un président et adopter un code de procédure ? Devant cet état de fait, les royalistes cherchent désespérément à gagner du temps. Selon eux, il faut attendre la promulgation de la Constitution, qui n’aura lieu que dans deux ans. Mais il n’est guère probable qu’ils soient entendus. Les nouveaux maîtres de Katmandou ont été clairs : le roi doit partir. En outre, le verdict des urnes a clairement été un camouflet pour la monarchie : les partis proches du roi ont subi des revers historiques.

Par ailleurs, la relation entre les maoïstes et l’armée népalaise s’annonce houleuse. L’armée s’est dite prête à obéir aux ordres du gouvernement élu. Mais, ces deux dernières années, elle s’est montrée réfractaire à l’autorité civile. La décision d’incorporer dans ses rangs les anciens rebelles comme étape du processus de paix a beau faire l’unanimité au sein des différents partis, l’armée refuse tout net d’accepter en son sein des “combattants endoctrinés”. Mais il y a plus urgent encore. Dans l’immédiat, les maoïstes devront s’attaquer à une inflation en roue libre, à une facture énergétique exorbitante et à une situation catastrophique en matière de criminalité. Et, au sein de l’Assemblée constituante, les débats s’annoncent animés, notamment au sujet de la nature et de la forme du fédéralisme.

L’histoire s’accélère au Népal. D’une prise de pouvoir royaliste, il y a seulement trois ans, à un mouvement du peuple, en passant par la fin d’une insurrection armée, un processus de paix et des troubles ethniques, le tout couronné par une victoire maoïste, le Népal est dans la tourmente. Il est donc impératif de redéfinir l’identité nationale et la structure de l’Etat. ­C’est la tâche à laquelle doit s’atteler ­l’Assemblée constituante dominée par les maoïstes.

* Journaliste au quotidien Nepali Times, il collabore également régulièrement au men­suel Himal, installé à Katmandou.