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Compte rendu du Conseil International du Forum Social Mondial , Abuja – Nigeria

31 mars-3 avril 2008

Samedi 19 avril 2008, par Myriam BOURGY

Le CI du 31 mars au 3 avril s’est tenu à Abuja, capitale du Nigeria depuis 1982, nouvelle ville aux allures occidentales par ses grandes artères routières, ses grands buildings loin du chaos de la populaire Lagos. De nombreuses organisations nouvelles étaient présentes à titre d’observateurs, en particulier des organisations africaines. A noter par contre une faible présence des membres « traditionnels » du CI. Cette édition du Conseil international du Forum social mondial représentait un enjeu important puisque le principal point à l’ordre du jour était le débat stratégique sur l’avenir du FSM. Ce débat stratégique ne pouvait être fructueux sans au préalable un bilan de la journée mondiale d’action. Par ailleurs, on a aussi discuté des avancées de l’organisation du prochain Forum social mondial qui aura lieu en janvier 2009 à Belem (Brésil) à l’embouchure du fleuve Amazone.

Il est cependant regrettable qu’un ordre du jour précis n’ait pas été communiqué avant la tenue conseil.

Bilan de la journée mondiale d’action – 26 janvier 2008
La journée mondiale d’action a été dans l’ensemble positive [1]. Un consensus s’est dégagé au cours de la discussion pour renouveler l’expérience. La journée d’action a permis de créer des réseaux avec de nouvelles organisations hors du FSM, il est donc nécessaire de maintenir cela. Globalement ce serait plus de 350 000 personnes de par le monde qui auraient participé. Cependant, cette journée d’action étant décentralisée et mondiale, il faudra pour les années suivantes développer plus de moyens, de dynamisme, d’imagination pour mobiliser de manière plus large. Il est aussi à noter que cette journée d’action est, comme son nom l’indique, une « journée d’Action » et que dans de nombreux cas, des forums nationaux ont été organisés. Il s’agit bien, lors de cette journée, de se mettre en lien avec les luttes locales, de faire le lien avec les luttes globales et de les rendre visibles.

Le problème de la visibilité a été mis en avant. Cependant, un travail important a été fait afin de communiquer sur cette journée : site internet avec la centralisation des différentes actions, tchats, contacts avec les médias alternatifs, avec les médias dominants. Cependant, il n’y avait pas de structure destinée à centraliser les demandes et répondre aux médias internationaux. Un jingle a été produit dans plusieurs langues pour être repris par les différentes télévisions. Il a certes été repris par certains médias, mais pas de façon généralisée.

Pour les prochaines journées de ce type, il faudra décider lors du débat stratégique si cette journée d’action doit être thématique, la périodicité (tous les deux ans en alternance avec le forum, ou aussi en même temps que le forum, ce qui peut avoir pour effet d’affaiblir l’organisation du forum). Le problème de la date a été posé. En effet, janvier n’est pas une bonne période (hiver pour certains, vacances pour d’autres...). Faut-il rester collé au repère de Davos ? Il faudra résoudre différents problèmes comme rejoindre les mouvements dans des régions isolées, la traduction dans les langues locales. Enfin, il est nécessaire de faire une évaluation précise de l’impact politique de cette journée. Une mobilisation internationale lancée au cours de l’année selon les évènements de l’actualité pourrait avoir un véritable impact et amorcer des changements. Dans tous les cas, pour assurer la réussite des prochaines mobilisations, il faudra être en lien avec les luttes locales.

Débat stratégique sur l’avenir du FSM
Les origines de ce débat

Lors des conseils internationaux de Berlin (juin 2007) et de Belem (novembre 2007), le lancement d’un débat stratégique a été décidé sur l’avenir du FSM. Une commission stratégie a été formée, une grille de questions a été envoyée et plus de 100 contributions écrites ont été reçues [2]. Le conseil international d’Abuja devait être une étape dans le débat stratégique, la deuxième étape sera le Conseil international de Copenhague fin septembre 2008. Le forum de Belem ainsi que les forums nationaux et régionaux apporteront aussi de la matière à ce débat, certains principes devront être adoptés, notamment concernant les modalités d’organisations des prochains évènements, d’autres questions resteront en débat et ne pourront sans doute pas trouver de réponse. L’enjeu de ce débat est de tirer des leçons des changements du contexte international, des erreurs et expériences des différents forums afin de définir un avenir pour le FSM qui réponde pour le mieux aux différentes luttes.

La méthodologie adoptée pour lancer le débat

Lors du premier jour du Conseil international, une méthodologie a été définie lors de la commission stratégie pour aborder le débat stratégique. Le deuxième jour fut alors consacré entièrement au débat stratégique. Le débat se structure autour de cinq points : le contexte international, la situation des mouvements sociaux, le futur du FSM, la journée mondiale d’action et les principes directeurs. Chaque point sera présenté par un orateur. Par la suite, onze personnes (définis par quelques personnes de la commission stratégique) ont pris la parole pour exprimer leur vision du FSM. D’ores et déjà, différents enjeux sont posés pour l’avenir du forum : le forum doit être au service des luttes, l’avenir du forum dépendra du futur des mouvements sociaux, il est nécessaire de trouver une formule du FSM bénéfique pour les mouvements sociaux.

Les faits qu’une jeunesse radicale présente dans les années 1990 déserte les forums, que des mouvements sociaux se désintéressent progressivement du FSM, que des forums alternatifs se créent, font qu’une prise de conscience émerge au sein du Conseil international sur la nécessité de créer une forme appropriée du forum pour que les mouvements sociaux gardent un intérêt à y participer. Mais parviendrons-nous à le faire ? Que ressort-il du travail en groupe et des plénières sur les 5 points ? [3]

Le contexte international

Le contexte international est marqué par une nouvelle crise économique, une remise en cause des acquis sociaux, une crise hégémonique des Etats-Unis, une crise écologique et des changements géopolitiques. La crise hégémonique des Etats-Unis se traduit seulement par les échecs d’expansion qu’ils ont subis en Irak, en Afghanistan mais l’impérialisme est toujours de mise et depuis le 11 septembre 2001, un nouveau libéralisme de guerre s’est développé. La crise économique a et aura déjà des répercussions directes sur les populations, des émeutes de la faim se développent un peu partout dans le monde (Haïti, Côte d’Ivoire [4], Cameroun, Burkina Faso, Sénégal...). Cela montre l’échec total des politiques des institutions néolibérales qui ont détruit complètement les économies locales et de subsistance [5]. De nouveaux pays émergent sur l’échiquier mondial, mais avec les mêmes envies prédatrices que les « grands » de ce monde. Heureusement, des gouvernements portés par de grandes mobilisations sociales ont vu le jour en Amérique latine (Venezuela, Equateur, Bolivie).

La situation des mouvements sociaux

Dans ce contexte, les mouvements sociaux poursuivent leurs luttes dans la continuité des luttes des années 1960-80 mais aussi 1990. Le contre sommet de Seattle a donné une visibilité aux luttes sociales à un niveau mondial, de nombreuses plateformes sectorielles se forment pour rendre la lutte plus efficace et globale. Certains résultats ont été obtenus comme l’échec de l’ALCA mais aussi comme la reconnaissance de certains principes au niveau international (taxation, droits économiques et sociaux pour tous...) qui remettent en cause l’ordre établi. Actuellement de nouvelles difficultés sont présentes comme la criminalisation des mouvements. Une chose est sûre, le Forum social mondial est le résultat de ce mouvement, il est donc nécessaire que le forum reste en mouvement selon l’évolution des mouvements sociaux.

L’avenir du FSM

Concernant l’avenir du forum, beaucoup de questions ont été soulevées. Le forum est-il un processus ? Un espace ? Un mouvement ? Une chose est claire, c’est un espace ouvert, caractérisé par sa diversité qui ne doit pas se transformer en une organisation pérenne. Les enjeux sont de renforcer le lien avec les luttes de base, de faciliter la prise de position (un espace neutre qui respecte la diversité ne signifie pas un espace sans positionnement) et surtout favoriser la convergence qui mènera à l’action. La modification de la Charte des principes a été abordée. Loin de faire consensus, il pourrait être envisageable de la modifier étant donné l’évolution du contexte international depuis 2001. Certes il s’agit d’un texte important guidant le forum mais ce texte comme toute constitution d’Etat peut être amendé et modifié selon le contexte et les besoins des mouvements sociaux qui aspirent à plus de positionnement politique et d’actions.

La question de la lutte contre le patriarcat pourrait être ajoutée à la charte comme principe de fonctionnement du forum. Le repère de Davos pour les évènements organisés doit-il encore rester ? Il assure certes une visibilité mais ne ferme-t-il pas la porte à des initiatives tout au long de l’année et à des saisons plus propices pour la majorité des mouvements. L’offensive du capitalisme ne se maintient pas seulement à Davos (G8, rencontre OMC, FMI, Banque mondiale...).

La mise en place de principes directeurs

Un projet de principes directeurs est à l’ébauche, une première version a été diffusée lors du CI et sera diffusée aux membres par internet. Ces principes directeurs traceront des lignes à respecter par les organisateurs des forums. Cet outil tire la leçon des différentes dérives qu’a pu subir le forum lors de ces dernières éditions. Ces dérives ont à chaque fois été dites à mi-mot mais cela montre bien que leur dénonciation était fondée. Le CADTM les a toujours soulignées pour permettre d’y remédier et faire du forum une vraie pratique alternative [6]. Ces principes traitent du financement du forum, de la question des soutiens mais aussi posent des règles concernant les partis politiques, les organisations militaires... Après contribution des membres à ce document de principes directeurs, celui-ci devra être adopté lors du prochain CI.

Bilan du débat stratégique du CI d’Abuja

A la fin de ce débat, la commission stratégie a présenté une synthèse [7] reprenant les consensus obtenus. Il est regrettable que cette présentation ait été le dernier point à l’ordre du jour après 4 jours de réunion. De plus, de nombreux membres ont essayé de profiter de ce moment pour faire passer leur position comme consensus. Heureusement la commission stratégie a veillé à ce que cela ne soit pas le cas.

L’évènement du forum se déroulera tous les ans ou plus. Après Belem, le FSM se tiendra en 2011 en Afrique (selon la décision prise lors du CI de Berlin). L’expérience de la journée mondiale d’action sera renouvelée mais la périodicité n’a pas été décidée (en alternance avec le forum, en même temps que le forum). Le débat stratégique continuera lors du prochain CI. A cette occasion, la commission stratégique présentera un nouveau texte concernant la définition du forum (espace, processus...) et les perspectives d’actions. En revanche, un véritable effort de convergences et de perspectives d’actions doit être fait lors des forums et initiatives précédant le forum de Belem où les deux dimensions seront au coeur de l’événement. Concernant la Charte des principes, il n’y a pas eu de consensus sur une possibilité d’amendement.

Le débat n’est donc pas terminé et reste entièrement ouvert. Entre le CI d’Abuja et le prochain CI qui aura lieu à Copenhague après le Forum social européen (22-23 septembre), les membres du CI devront donc continuer les réflexions au sein de leur mouvement.

Forum social mondial de Belem
Le Forum social mondial de Belem se tiendra du 27 janvier au 1er février 2009. Trois principaux objectifs ont été présentés : être un espace où se crée réellement des alliances qui envisageraient des actions et formuleraient des alternatives ; donner une importance réelle aux activités autogérées ; mettre l’accent sur la dimension panamazonienne. Le premier jour sera consacré à la marche d’ouverture, le second le sera à la thématique panamazonienne. Il s’agit là de faire connaître à tous les différents problèmes, les offensives néolibérales contre les populations, le problème de la destruction de l’environnement, la résistance des peuples panamazoniens. Une convergence avec tous les peuples autochtones du monde pourrait être envisagée. Le défi est donc lancé de leur permettre d’être présents à Belem. Les journées du 29 au 31 janvier seront consacrées à la réalisation des activités autogérées dans un souci de convergence et de formation d’alliances.

Un séminaire pour définir la méthodologie se tiendra à Belem du 10 au 12 juillet afin de réellement permettre à ce forum de développer des convergences et des perspectives d’actions. Les prix d’inscriptions ont déjà été fixés (individuels : 30$ pour le Nord, 20$ pour le Sud, 10$ pour la région panamazonienne et 1 real pour la population locale). Certaines critiques du FSM de Nairobi concernant le droit d’entrée ont donc été retenues.

Des projets intéressants ont été présentés comme les caravanes fluviales précédant le forum pour aller à la rencontre des populations, mobiliser pour le forum, découvrir la réalité des populations panamazoniennes. Le forum de Belem se veut donc un moment inoubliable de convergence et de perspectives d’actions. Il se veut mettre l’accent sur les populations panamazoniennes. Espérons que cela soit réellement le cas, convergences et perspectives d’action sont deux attentes principales des mouvements sociaux pour le forum depuis quelques années.

Les commissions de travail
Les différentes commissions de travail ont présenté leur travail.

La commission ressources insiste sur la nécessité de trouver de nouveaux bailleurs de fonds. Rapidement différents bilans ont été présentés. Le FSM de 2005 de Porto Alegre est déficitaire de 194 000 US$. Le FSM de Nairobi a été présenté comme non déficitaire mais aucun budget n’a été présenté. Le Forum social africain est en train d’effectuer un audit.

La commission méthodologie a présenté son travail sur le forum de Belem. Il y a une volonté de faire en sorte que le 2e jour s’inscrive dans une perspective mondiale et non seulement panamzonienne en liant les problèmes des populations panamazoniennes avec les problèmes et enjeux de toutes les régions du monde. Les activités autogérées doivent être mises en avant et permettre les convergences. Un site internet participatif pourrait aider à cela. Cela sans oublier qu’une grande partie de la population n’a pas accès à internet. Une réflexion est menée sur le 6e jour qui aurait pour objectif d’élargir les alliances et/ou de les renforcer. Une réflexion sur l’impact écologique du forum est aussi menée.

Quatre nouvelles candidatures ont été acceptées lors de la commission expansion dont notamment les jeunes du Forum social africain. Une attention a été portée sur la façon dont le FSM rejoint des organisations dans des régions isolées par les conflits notamment et s’ouvre vers des organisations ne parlant pas les langues de travail du FSM. 

La commission communication a présenté ses avancées et nouveautés afin d’améliorer entre nous la communication (site internet, tchat, FSM Wikipédia, session de formation internet, avoir des espaces collectifs vidéo...).

Un lien avec les organisations du Forum social nigérian et les luttes locales Il est important de souligner que lors de ce CI, une attention particulière a été portée sur la présentation des différents membres du Forum social nigérian qui ont pu présenter leurs luttes locales. Le FSN se tiendra en novembre 2008. Cela a permis aux membres du CI de sentir un peu plus la réalité du Nigeria qu’il est difficile d’appréhender dans un grand hôtel de luxe. Différentes organisations de sans voix, de communautés du delta du Niger, de femmes, des mouvements politiques ont pu présenter leur combat.

La situation des pauvres à Abuja est difficile, en effet, sous prétexte de construire une ville propre et moderne, de nombreuses personnes sont expulsées de leur logement pour être envoyées à des kilomètres de la ville. Nous avons porté une attention particulière à la situation d’une communauté du delta du Niger (les Ogonis), victime de l’exploitation du pétrole par les grandes multinationales (pollution des eaux, de l’air, expropriation...). Il est d’ailleurs impressionnant d’observer au Nigeria de nombreux embouteillages aux environs des stations-services. En effet, il y a une pénurie d’essence alors que le Nigeria est un important producteur de pétrole. Seulement tout le pétrole part à l’exportation pour être raffiné puis réimporté, sans oublier la corruption qui est affaire courante dans ce business.

C’est donc bien l’enjeu de l’avenir du FSM de faire le lien avec les luttes locales et de les rendre visibles au niveau global pour faire en sorte qu’un autre monde soit réellement possible.

Notes

[1] Le réseau CADTM international a participé de manière importante à cette mobilisation, www.cadtm.org/spip.php ?article3092

[2] www.cadtm.org/spip.php ?article3175, www.forumsocialmundial.org.br/dinamic.php ?pagina=strategy_debate_FR De nombreuses contributions sont aussi reproduites en français et en anglais sur le site d’ESSF.

[3] Conseil international du Forum social mondial ; Introduction au débat du 2 avril 2008 ; L’état du débat.

[4] www.cadtm.org/spip.php ?article3258 Voir aussi sur ESSF : Grandes protestations à Abidjan : « On a faim ! »

[5] www.cadtm.org/spip.php ?article3273. Sur ESSF : Le CADTM pointe les responsabilités des mesures imposées par le FMI et la Banque mondiale dans la catastrophe alimentaire mondiale

[6] http://www.cadtm.org/spip.php ?article2470&var_recherche=forum%20social%20mondial%20de%20nairobi

[7] OUTCOME OF THE STRATEGY DEBATE IC Meeting, Abuja, March 31 to April 3, 2008. Pour la synthèse faite avant la réunion du CI, voir : WSF : Draft Paper on Systematisation of Contributions to the Strategy Debate