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PALESTINE

Le grand lac de Gaza : une catastrophe qui se déroule sous nos yeux

Lundi 7 avril 2008, par Suzanne Baroud

Gaza est en train de devenir le premier territoire à être volontairement réduit à un état de terrible dénuement, et ceci sous les yeux du monde entier.

Majari ...
Une mer d’aux polluées, contaminées et dangereuses pour toute une population victime du blocus... Juste à quelques kilomètres de plages sablonneuses et de hauts gratte-ciel, de villas en pierres blanches et de piscines couleur bleu ciel, cela parait le pire de l’ironie et de l’injustice que plus d’un million et demi de personnes en soient réduites à consommer de l’eau contaminée par les eaux des égouts.

Quand il y a une ligne si ténue entre la richesse et la pauvreté, entre les privilèges et les nécessités, comment ne pas se rendre compte quà juste quelques jets de pierres, des mères et des pères doivent nourrir leurs familles avec un tel poison. Comme si l’occupant ne pourrait pas trouver une manière plus ingénieuse de tourmenter sa victime... Le plus grand crime est qu’une telle situation est le résultat d’une politique délibérée de la part du gouvernement israélien.

Cet état de fait est dénoncé par les groupes de défense des droits de l’homme et d’action humanitaire les plus importants au niveau mondial, mais cette situation est sans cesse aggravée et sans aucun scrupule par Israël tout en étant justifiée par les Etats-Unis. Il est indiscutable que cette catastrophe liée à l’eau polluée dans la bande de Gaza soit le résultat d’une politique absolument volontaire du gouvernement israélien.

Le problème de la gestion des eaux usées à Gaza n’est pas une question nouvelle et remonte en fait directement à l’occupation israélienne de Gaza en 1967. À ce moment-là, Israël avait mis en place des équipements de traitement des égouts qui sont aujourd’hui encore en fonction et construits alors pour les besoins d’une population de 380 000 personnes, un nombre qui est depuis passé à 1,5 million.

Les sources en cours d’épuisement d’eau propre à la consommation et la crise sans cesse aggravée liée aux eaux des égouts dans Gaza a produit des aires de débordement, la plus grande étant appelée « le grand lac » lequel occupe 30 hectares et contient entre 2 et 3 millions de mètres cubes d’eaux usées.

Avec des équipements archaïques devant répondre aux besoins d’une population qui a plus que triplé et avec le manque de fournitures de base comme le carburant pour actionner les pompes qui permetttent aux équipements de fonctionner, le résultat est que des eaux usées et toxiques s’écoulent dans le sol et dans les nappes phréatiques, et même directement jusque dans la mer.

La publication des Nations Unies, IRIN News, a récemment interviewé Rebhi Al-Cheik, responsable de l’Administration Palestinienne des Eaux [Palestinian Water Authority - PWA] à Gaza, qui a déclaré que 75% de l’eau bue dans Gaza était actuellement polluée.

En janvier 2008 John Dugard, rapporteur spécial du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU, a voyagé en Palestine et a évalué la situation qu’il a décrite comme « catastrophique » à cause des restrictions imposées par Israël.

J’ai récemment discuté avec le Docteur Suma Baroud au sujet de la série de problèmes et de questions de santé qui résultent de l’existence de zones d’écoulement telles que le grand lac. Elle m’a expliqué, « en tant que médecin praticien travaillant dans le domaine des premiers soins de santé dans la région de Khan Younis pendant ces 10 dernières années, j’ai appris de mon observation de tous les jours qu’il y a une myriade de problèmes écrasants et de maux affligeants concernant la santé des habitants de Gaza, et particulièrement les enfants, en raison des lacs toujours plus étendus contenant des eaux d’égout comme c’est le cas du « grand lac », ou « Majari » car nous l’appelons. »

« Beaucoup d’enfants sont traités dans nos centres médico-sociaux pour des maladies provoquées par la prolifération de petits organismes telles que des amibes. Ces maux progressent et apportent avec eux des maladies internes qui affectent le petit et grand intestin et gênent ou même empêchent leurs fonctions, comme des coliques, des diarrhées et des constipations abdominales. D’autres complications sont l’anémie, les troubles de la croissance, et les dérangements sur le plan mental. De plus, nous avons constaté un nombre de plus en plus important d’enfants souffrant d’insomnie, de manque d’estime pour soi-même et de manque de confiance en soi. »

« Ajoutons à ceci un grand nombre de patients qui sont soignés dans nos cliniques durant l’été pour des maladies de peau provoquées par des morsures d’insectes. Il y a un problème de première importance avec ces insectes qui prospèrent dans ces conditions dont nous souffrons : une chaleur intense et des eaux polluées ominiprésentes. » « Il y a pression énorme sur le ministère de la Santé à cause de la sur-consommation de médicaments devant combattre ces maladies et les complications qui s’ensuivent. »

Un nombre incalculable de groupes de défense des droits humains ont fait part ces dernières semaines de la situation difficile qui prévaut dans Gaza, avec parmi eux le Comité International de la Croix Rouge qui a récemment déclaré à IRIN que « la situation environnementale dans Gaza est mauvaise et ne fait qu’empirer. »

De trente à cinquante mille mètres cubes d’eaux usées partiellement traitées et 20 000 mètres cubes d’eaux d’égout non traitées finissent dans les cours d’eaux et dans la mer Méditerranée. De 10 à 30 000 mètres cubes d’eaux des égouts partiellement traitées s’infiltrent dans le sol, une partie atteignant la couche phréatique, polluant ainsi l’offre déjà si réduite en eau potable dans Gaza.

L’International Crisis Group a récemment sommé Israël, l’Egypte, l’Autorité palestinienne et le gouvernement du Hamas de faire tout leur possible afin de fournir les produits nécessaires, dont le carburant qui est essentiel, pour maîtriser l’énorme problème des eaux polluées dans Gaza.

Dans un article récemment publié par le The Costal Post publié en Californie, Ralph Nader, candidat à l’élection présidentielle, a fortement critiqué Israël pour sa violence étatique et à multiples facettes contre les habitants de Gaza, et a appelé les Etats-Unis à rendre compte de leur complicité avec les pratiques inhumaines et illégales d’Israël : « Le blocus israélien a également causé de nombreuses pertes en vies humaines dans Gaza en empêchant les dispensaires de fonctionner, en provoquant des coupures d’électricité, la malnutrition et la pollution de l’eau potable par la destruction des réseaux publics. Les victimes sont la plupart du temps des enfants et des adultes qui meurent en étant ignorés par l’occident. La douleur des habitants de Gaza est ignorée de 98% des membres du congrès américain qui donne dans le même temps chaque année à Israël des milliards de dollars venant des contribuables. »

Selon l’UNRWA [United Nations Relief and Works Agency], « Gaza est au seuil de devenir le premier territoire à être intentionnellement réduit à un état de terrible dénuement, en parfaite connaissance, et avec le consentement et - certains diraient - l’encouragement, de la communauté internationale. »

Au début de mars dernier, un rapport rédigé par huit groupes britanniques de défense des droits de l’homme et d’action humanitaire a condamné la politique suivie par Israël dans un rapport « percutant » qui expliquait que la crise humanitaire dans Gaza était la « pire depuis 1967 ». « Pendant que nous parlons, les eaux des égouts se déversent littéralement dans les rues, » a déclaré Geoffrey Dennis, responsable de l’organisation CARE International.

Kate Allen, représentante britanniqque d’Amnesty International a déclaré de son côté qu’Israël était dans l’obligation de protéger ses propres citoyens, « mais que comme force d’occupation dans Gaza il a également le devoir légal de s’assurer que les habitants de Gaza aient accès à la nourriture, à l’eau potable, à l’électricité et au soins médicaux. »

Elle ajoutait : « Punir la totalité de la population de Gaza en leur refusant ces droits humains élémentaires est tout à fait indéfendable. La situation actuelle est artificiellement provoquée et il faut immédiatement y mettre un terme. »

Le rapport de 16 pages — commandité par Amnesty, CARE International, le CAFOD [Catholic Agency for Overseas Development], l’Aide Chrétienne [Christian Aid], Médecins du Monde, OXFAM, Save The Children — fait appel au gouvernement britannique pour qu’il exerce une plus grande pression sur Israël et revienne sur sa politique sur ne pas avoir de pourparlers avec les représentants du pouvoir du Hamas dans Gaza. »

Comme le rappelait Kate Allen d’Amnisty, l’urgence de la situation ne peut pas être trop soulignée. Le volume d’eaux usées est si élevé qu’il est surnommé « le grand lac » ; de tels abus dans la façon de traiter toute une population [...] ne sont rien de moins qu’un véritable outrage. La communauté internationale doit prendre des mesures immédiates pour s’assurer que Gaza bénéficie de la protection qui lui est due, parce que comme l’a répété Allen, « la situation actuelle est artificiellement provoquée et il faut immédiatement y mettre un terme. »

* Suzanne Baroud est écrivain de nationalité américaine et éditrice de plusieurs ouvrages. Elle est aussi éditrice en chef de PalestineChronicle.com

28 mars 2008 - Palestinechronicle.- Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.palestinechronicle.com/v...
Traduction : Claude Zurbach


Voir en ligne : www.info-palestine.net et http://we...