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CUBA

« Raúl Castro va pouvoir mettre en place les réformes qu’il souhaite »

Entrevue avec Janette HABEL

Jeudi 21 février 2008

Enseignante à l’Institut des hautes études sur l’Amérique latine (Iheal), Janette Habel revient sur l’annonce de Fidel Castro de son retrait à la présidence de Cuba.

Le retrait de Fidel Castro de la présidence de Cuba est-il un événement ?

C’est un non-événement et un événement. Un non-événement car tout est programmé, minuté à Cuba, on ne laisse rien au hasard. Et puis Raul Castro est déjà à la tête du pays depuis plus de dix-huit mois. Mais c’est aussi un événement à cause de la suite. Dimanche, on va savoir qui est élu Président - ce devrait être Raul, mais de toute façon, ce sera pour une période brève - et qui entre au Conseil d’Etat (le « gouvernement » cubain, ndlr). Or, avec le retrait de Castro, il risque d’y avoir aussi un mouvement de départ des anciens, remplacés par des plus jeunes. On va également observer si des changements institutionnels sont lancés par le Conseil d’Etat. Reste enfin la question du Parti communiste cubain (PCC). Un parti qui est la colonne vertébrale de l’Etat et qui n’a pas organisé de congrès depuis plus de dix ans. D’ailleurs, Fidel Castro est le secrétaire général du PCC et n’a pas annoncé qu’il quittait cette fonction.

Raul Castro a-t-il désormais les mains libres ?

Disons qu’avant il se demandait toujours si le grand frère reviendrait ou pas. Or Fidel Castro a bien précisé dans son message qu’il n’était pas candidat à la présidence, mais aussi qu’il refuserait si on le poussait à la tête du pays car il y a des gens dans l’appareil d’Etat qui souhaitaient encore qu’il soit Président. Il y a donc une hypothèque qui est levée pour Raul. Il va pouvoir mettre en place les réformes qu’il souhaite. Ce sont des réformes économiques - il ne veut pas de réels changements au niveau politique - dont Fidel Castro n’est pas un grand partisan. L’annonce de son retrait ne s’explique seulement par la maladie : terminer sa carrière sans s’impliquer dans ce dossier n’est pas plus mal pour lui.

Quel peut être le poids des militaires ?

Je crois que l’on commet souvent une grave erreur sur l’importance de l’armée à Cuba : ce n’est pas un corps distinct du reste, elle est vertébrée par les cadres du PC. Le ministre des forces armées est Raul Castro. Et son propre gendre a un poste important dans les entreprises de l’armée. C’est d’ailleurs l’expérience de ces entreprises qui va inspirer les réformes économiques de Raul. Jusqu’ici, les entreprises du civil ne sont pas rentables et productives comme le sont celles de l’armée.

Washington a annoncé aujourd’hui que l’embargo américain n’était pas remis en cause par cette annonce...

La position du gouvernement Bush est très simple : avec les frères Castro : rien ! Mais Bush est en bout de course. Fidel Castro lui-même s’est invité dans la campagne américaine. Il a écrit plusieurs textes parus dans « Granma » (le quotidien officiel du Parti communiste, ndlr) où il s’adresse au candidat républicain McCain. Pourquoi fait-il cela ? Ce n’est pas un grand démocrate, mais il reste un grand stratège. Il tente d’améliorer les choses avec les Etats-Unis, et ce qu’il dit c’est « voilà déjà un des frères Castro qui part ». Mais le mieux pour Cuba, c’est la victoire d’Obama qui s’est dit prêt au dialogue.

* LIBERATION.FR : mardi 19 février 2008. Entretien recueilli par F. Me.