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L’avenir du Forum social mondial

Lundi 14 mars 2005, par Pierre BEAUDET

Depuis 2001, un processus de mise en réseaux et d’articulation a été mis en place sous l’égide du Forum social mondial (FSM). Cinq grands forums mondiaux ont été réalisés au Brésil et en Inde dont le dernier à Porto Alegre au sud du Brésil. Plusieurs autres rencontres réunissant des centaines de milliers de personnes ont également eu lieu en Europe, en Asie, en Afrique, dans les Amériques. Perçu au début comme une sorte de « contre-Davos », le FSM s’est peu à peu défini comme un des lieux principaux où se construit l’« altermondialisme ».

Le FSM en un coup d’oeil
- 2001 : Premier FSM à Porto Alegre (Brésil) avec 15 000 participants
- 2002 : Deuxième FSM à Porto Alegre avec 50 000 participants
- 2003 : Troisième FSM à Porto Alegre avec 90 000 participants
- 2004 : Quatrième FSM à Mumbai (Inde) avec 130 000 participants
- 2005 : Cinquième FSM à Porto Alegre avec 155 000 participants.
- 2006 : Sixième FSM « décentralisé » (plusieurs villes simultanément)
- 2007 : Septième FSM en Afrique subsaharienne

L’aventure du FSM a commencé en 2001 à Porto Alegre, une ville d’environ 3 millions d’habitants dans le sud du Brésil. Pourquoi Porto Alegre ? Depuis 1989, cette municipalité est gouvernée par la gauche, animée principalement par le Parti des travailleurs (PT). Dans le sillon de cette évolution, des pratiques de renouvellement de la démocratie (dont le fameux « budget participatif » et des initiatives de développement social ont fait dans une certaine mesure de Porto Alegre une sorte de « ville modèle » pour les mouvements progressistes brésiliens, latino-américains et même mondiaux. Il faut dire également que le contexte brésilien a beaucoup compté, non seulement dans l’élaboration de nouvelles propositions venant des mouvements sociaux, mais également à travers la longue montée du PT jusqu’à la victoire de son chef historique, Luis Ignacio da Silva dit « Lula » lors des élections présidentielles de 2003. Au-delà du contexte politique et brésilien d’autre part, le FSM traduit le développement et le renforcement des mouvements sociaux un peu partout dans le monde, dans une grande diversité de formes, de contextes, de cultures, etc.

Dans ce sens, on peut retracer l’itinéraire du FSM à travers un certain nombre de grandes mobilisations survenues depuis dix ans aux quatre coins de la planète (soulèvement zapatiste au Mexique, manifestations monstres à Seattle, Gênes, Québec, Johannesburg, etc.). Et également à travers la mise en place de réseaux mieux organisés au niveau national et international, que l’on pense au monde syndical, aux organisations communautaires, étudiantes, féministes, écologistes, etc.).

Le FSM 2005 en chiffres

- 155 000 participants de 135 pays
- 6 880 communications
- 2 500 séminaires et ateliers
- 2 800 personnes affectées au soutien technique.

Souplesse de la structure

Au contraire d’expériences internationales précédentes marquées par les alignements idéologiques et politiques, le FSM s’est construit d’emblée dans la diversité et dans une approche qui privilégie les mouvements sociaux, sans dénigrer pour autant d’autres formes organisationnelles. Le Forum est en fait géré par un « secrétariat » composé d’organisations brésiliennes et indiennes, notamment la centrale syndicale CUT, le Mouvement des sans terre (MST), l’Association des ONG brésiliennes et le Forum social indien (qui regroupe plus de 80 associations indiennes). Parallèlement à ce secrétariat qui gère en fait l’organisation, la logistique et le financement du Forum existe un « comité international » composé d’une centaine d’organisations internationales qui viennent des cinq continents.

Un espace d’espaces

Le Forum Social Mondial est un « espace d’espaces » dans lequel coexistent des réseaux, des organisations, des thématiques très diversifiées, qui s’expriment dans des « langages » différents selon l’origine et l’enracinement des participants. On y côtoie des mouvements sociaux très radicaux comme le Mouvement des travailleurs sans terre du Brésil avec des ONG plutôt modérées et des institutions internationales. Les sensibilités politiques sont également très diversifiées, généralement à gauche, mais dans une grande diversité. Les mouvements qui sont liés de près à des partis ou même à des gouvernements social-démocrate (c’est le cas de plusieurs syndicats par exemple) sont présents à côté d’associations de caractère libertaire ou autogestionnaire qui refusent toute collaboration avec l’État. Le fonds commun si on peut dire de cette galaxie altermondialiste est le refus du néolibéralisme dominant et la valorisation de la diversité des propositions et des cultures.Une autre caractéristique des mouvements qui participent au FSM est le refus de la violence, même lorsque celle-ci est revendiquée par des groupes de gauche :

Le FSM « cherche à fortifier et à créer de nouvelles articulations nationales et internationales entre les instances et mouvements de la société civile qui augmentent, tant dans la sphère de la vie publique que de la vie privée, la capacité de résistance sociale non-violente au processus de déshumanisation que le monde est en train de vivre et à la violence utilisée par l’État, et renforcent les initiatives d’humanisation en cours, par l’action de ces mouvements et instances.

Extrait de la Charte de principes du FSM

Le Forum social mondial est un espace de rencontre ouvert destiné à approfondir la réflexion, le débat démocratique d’idées, la formulation de propositions, l’échange d’expériences et l’articulation d’actions efficaces, entre les associations et mouvements de la société civile qui s’opposent au néo-libéralisme et à la domination du monde par le capital et par toute forme d’impérialisme et qui se sont engagés dans la construction d’une société planétaire centrée sur l’être humain (voir Charte des Principes du FSM). Le F.S.M. se propose de débattre des alternatives de construction d’une mondialisation planétaire assise sur les respect des droits de l’homme universels et de ceux de tous les citoyens et citoyennes de toutes les nations, ainsi que de l’environnement, une mondialisation appuyée sur des systèmes et des institutions internationaux démocratiques placés au service de la justice sociale, de l’égalité et de la souveraineté des peuples.

C’est pourquoi, par définition et en dépit de certains appels dans ce sens, le FSM n’émet ni « déclaration finale » ni programme. Toutefois à l’intérieur du Forum, des regroupements organisés ou spontanés s’entendent pour élaborer des stratégies et des orientations plus définies. C’est le cas par exemple de l’« Assemblée mondiale des mouvements sociaux », qui regroupe plus de 500 organisations sociales du monde entier.

Lors de la cinquième édition du FSM à Porto Alegre en janvier dernier, les organisateurs ont structuré le Forum d’une manière encore plus décentralisée, à travers onze « villages thématiques », chacun opérant de manière quasi autonome avec les ressources et les énergies des organisations participantes. Le but étant de favoriser la construction de réseaux, seule fondation solide sur le long terme pour le maintien du FSM comme « réseau de réseaux ».

Les thématiques du FSM 2005

- Pensée autonome et socialisation des savoirs
- Diversité et pluralité et les identités
- Cultures de résistance populaire
- Communication, droits et alternatives
- Défense du bien commun
- Luttes sociales et alternatives démocratiques
- Paix, démilitarisation et lutte contre la guerre
- Construction d’un ordre démocratique international
- Économies souveraines pour les peuples
- Droits humains et dignité
- Éthique, cosmovisions et spiritualités

L’avenir du FSM

La sixième édition du FSM se fera en 2006 dans plusieurs villes simultanément, dans le but de l’enraciner davantage dans les grandes régions et de favoriser le maximum de participation populaire. Pour 2007, le but est de déplacer le FSM vers l’Afrique subsaharienne, de façon à l’ancrer davantage dans les réalités de ce continent où les crises abondent (guerres, pandémies, pauvreté et misère) mais où se développent également des alternatives inédites en matière de développement populaire et de démocratisation. Cette extraordinaire prolifération représente une réelle avancée pour les mouvements sociaux, mais en même temps soulève des questions difficiles : dans quelle mesure les mouvements sont-ils aptes à présenter des alternatives s’adressant à l’ensemble des sociétés, et pas seulement aux milieux organisés ? De quelle façon doit se faire l’arrimage avec le politique et la politique (le système des partis), de façon à permettre des transformations de grande envergure ? Comment peut se faire une réelle articulation des résistances mondiales dans un monde de plus en plus polarisé ?