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VENEZUELA

Et maintenant ...

Jeudi 6 décembre 2007, par Guillermo Almeyra *

La donnée la plus importante qui se dégage du référendum vénézuélien est celle du taux d’abstention : la moitié du pays (44.9% de la population disposant du droit de vote) demande plus de prudence et n’accepte pas l’antichavisme de la droite. Elle n’accepte pas non plus le socialisme imprécis que Chavez tente d’imposer à tambours battants à partir des institutions, avec une Constitution qui, à côté de propositions sociales importantes, présente également de dangereux points obscurs. Quant à l’autre moitié de la population, celle qui a voté, elle est également divisée en deux.

Ces données démontrent deux choses de manière probante. D’une part, elles attestent que, contrairement à ce que clame l’opposition de droite, le gouvernement n’est pas une « tyrannie », puisqu’il a un énorme soutien populaire et qu’il a accepté le verdict des urnes. D’autre part, elles démontrent que l’option n’était pas entre « voter Bush » ou « voter Venezuela ». En effet, beaucoup de ceux qui ont voté pour le NON sont anti-impérialistes, voire chavistes, et d’autres ont voté en blanc (nul) parce qu’ils critiquaient le projet présidentiel et le verticalisme de tout ce qui était proposé. Il n’est pas non plus vrai que le 40% des votants (les partisans du OUI) aient « voté pour le socialisme », comme le prétend Chavez, même s’ils ont effectivement voté contre l’impérialisme et le grand capital.

Le chavisme a perdu trois millions de votes par rapport à l’élection précédente, mais la droite n’en a gagné que 300’000, et le camp de l’abstention abrite de très nombreux chavistes critiques, des gens qui soutiennent le gouvernement, mais qui n’acceptent ni les manœuvres ni chacune des consignes officielles. Le rapport « physique » des forces n’a pas changé, même si le résultat du référendum a profondément modifié le rapport de forces politique et moral entre les classes en lutte, en insufflant un nouveau courage à la droite et à l’impérialisme et en provoquant des tensions et des divisions au sein du gouvernement.

Une fois de plus il a été démontré que le socialisme ne peut pas être décrété depuis le gouvernement et que pour qu’il existe il faut d’abord qu’il y ait des socialistes. Toute une série de mesures ont contribué à éloigner du OUI la majorité du peuple : le verticalisme chaviste (Chavez gouvernera jusqu’en 2012, mais a déclaré être prêt à le faire jusqu’en 2020) ; la construction du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) depuis le pouvoir, et cela en tant que masse de soutien et de manœuvres plutôt que comme instrument de l’auto-organisation des opprimés, parti auquel les gens sont censés adhérer avant qu’il ne dispose d’un programme ou de statuts ; la décision de modifier la Constitution, non pas au moyen d’une Assemblée Constituante, mais suite à une proposition présidentielle ; le renforcement des pouvoirs des institutions centrales.

En effet, la majorité du peuple soutient les mesures progressistes du chavisme, mais ne veut pas d’un « socialisme » qui repose sur les militaires et qui leur tombe dessus depuis en haut. Le taux d’abstentions a démontré aussi qu’une grande majorité de la population ne veut pas d’une guerre civile, et c’est pour cette raison qu’elle n’a soutenu ni le OUI (dont la victoire aurait mené la droite sur le terrain putschiste) ni le NON (parce qu’elle ne voulait pas affaiblir le gouvernement).

Entre le socialisme et Bush, il y a aussi les anti-impérialistes qui veulent améliorer leur vie dans le cadre d’une démocratie formelle et de l’économie du marché ; cela est inévitable étant donné l’histoire du Venezuela et la formation politique de son peuple, sans compter la confusion et la précipitation avec lesquelles le gouvernement a présenté son projet "socialiste".

Chavez conserve, outre un grand soutien populaire, la présidence et le contrôle total de l’Assemblée législative, et il n’aura pas de problèmes techniques à gouverner. Mais dans ses rangs, comme dans ceux de l’opposition, se développeront les secteurs qui chercheront la « réconciliation » en proposant une politique de réformes plus lente et moins audacieuse de la part du gouvernement et, du côté de l’opposition, des déclarations moins racistes et davantage teintées de réformisme social. Le général Raúl Isaias Baduel [ministre de la défense jusqu’en juillet 2007 et qui avait soutenu Chavez en 2002 lors du coup d’ Etat qui avait échoué], charnière entre l’opposition et d’importants secteurs institutionnels des forces armées, prendra une nouvelle importance dans la première et ne perdra pas son audience dans les secondes, ce qui pourrait créer des tensions à l’intérieur du chavisme.

Il faut souligner que, malgré son indubitable soutien populaire et ouvrier, les bases syndicales et politiques du chavisme – et en particulier les bataillons et les adhérents au PSUV créé par Chavez – ne se sont pas manifestées et n’ont pas réagi de manière indépendante, avec des assemblées des meetings, des manifestations locales, des déclarations et l’organisation du pouvoir à niveau local. Le verticalisme et le paternalisme implicites dans la dépendance politique d’un Leader paralysent ainsi la seule force sociale capable de lutter pour une alternative au capitalisme au Venezuela. Pendant combien de temps encore ? (Traduction A l’Encontre)

* Guillermo Almeyra est professeur de sciences politiques à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM) et éditorialiste au quotidien mexicain La Jornada.