|  

Facebook
Twitter
Syndiquer tout le site

Accueil > français > Archives du site > L’arc des crises > La guerre du Président Abbas contre le peuple palestinien

PALESTINE

La guerre du Président Abbas contre le peuple palestinien

Mardi 14 août 2007, par Ali Abunimah

Sur la scène politique, le Hamas a continué de réagir à l’escalade de la guerre d’Abbas avec la même constance, lançant des appels journaliers au dialogue, à la réconciliation et à un retour au gouvernement national d’unité. « Le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, était apparemment davantage enchanté par le banquet disposé pour lui par l’épouse du négociateur en chef palestinien, Saeb Erekat, qu’il ne l’était avec le Président Mahmoud Abbas lors de la réunion d’avant-hier à Jéricho » d’après le compte-rendu fait par le journal libanais As-Safir sur son site Web le 8 août, citant la chaîne israélienne de télévision Canal 10.

Saboter la Palestine derrière des portes closes...

Le correspondant de Canal 10 parlait de « l’hospitalité et de la chaleur » qui ont marqué la réception d’Olmert et sa délégation par Abbas, notant que « l’épouse d’Erekat avait insisté pour préparer personnellement et servir elle-même » le banquet. Olmert, ajoute le compte-rendu, « ne pouvait pas cacher son appétit pour la riche nourriture et son plaisir devant cette hospitalité et cette générosité » manifestées par les hôtes palestiniens pour leurs invités israéliens.

Derrière tout ce théâtre, les résultats de la réunion étaient aussi maigres que prévus. Olmert a publiquement affirmé son engagement « à une solution à deux Etats », tandis que les porte-parole expliquaient à la presse qu’Israël n’était prêt à discuter aucune des questions fondamentales, telles que les frontières, l’arrêt de la colonisation juive, ou les droits des réfugiés. L’exercice visait à maintenir la fiction d’un « processus de paix » dont Abbas est censé un jour tirer des résultats.

Pourtant, alors qu’il fournit Olmert en délicatesses à Jéricho, Abbas fait de son mieux pour s’assurer que les Palestiniens dans Gaza continuent à souffrir et à mourir de faim pour cause de fermeture des passages frontaliers commerciaux et civils et de blocus strict imposé par Israël depuis que les combattants du Hamas ont éconduit début juin les milices du Fatah soutenues par les Etats-Unis et Israël.

Une source travaillant directement avec les ministres d’Abbas dans le « gouvernement d’urgence » non élu et illégal de Salam Fayyad et basé à Ramallah m’a écrit qu’ « Abbas a explicitement demander que la frontière de Rafah soit fermée et demeure fermée avec comme objectif d’étrangler le Hamas. » Cette source qui a décidé de parler parce que scandalisée, et qui a demandé à conserver l’anonymat parce que craignant des représailles, a ajouté qu’Abbas « est prêt à voir mourir son propre peuple au profit de ses intrigues politiques. » Cet informateur a encore ajouté que tandis que les déclarations officielles des services de relations publiques d’Abbas affichent que la frontière doit être ouverte immédiatement, « ce qui se trame lors des réunions est à l’opposé. »

Ce que mon informateur confirme avait été déjà mentionné dans Haaretz dans un article daté du 8 juillet rapportant qu’Abbas « avait demandé à Israël et à l’Egypte d’empêcher la circulation des personnes entre l’Egypte et la bande de Gaza par le passage frontalier de Rafah » et qu’ « Abbas et un certain nombre de ses conseillers ont demandé que la demande ne soit pas rendue publique » (« Abbas demande que le passage de Rafah entre Gaza et l’Egypte reste fermé » Haaretz, 18 juillet 2007).

La politique d’Abbas de complot avec Israël pour affamer ses propres personnes porte ses fruits. L’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens [UNRWA] a lancé un appel désespéré pour que s’ouvrent les frontières de la bande de Gaza sous le siège. Filippo Grandi, le commissaire général adjoint de l’agence a averti dans un rapport daté du 9 août que dans quelques semaines Gaza pourrait « être dépendante à 100% de l’aide » (communiqué de presse de Filippo Grandi, ville de Gaza, 9 août 2007.)

La totalité des 600 usines de fabrication de vêtements dans Gaza se sont arrêtées parce qu’elles ne peuvent pas importer leurs matières premières et 90 % des usines impliquées dans l’industrie du bâtiment sont fermées, rapporte la BBC le 9 août, citant des chiffres fournis par les Nations unies. Ce sont 120 000 ouvriers dans Gaza qui sont susceptibles de perdre leur travail, et même l’UNRWA et le Programme des Nations unies pour le développement ont dû stopper la construction d’abris pour les réfugiés. (« L’ONU lance un cri d’alarme sur l’étouffement économique de Gaza » BBC news, 9 août 2007.)

Dans ce qui pourrait être une admission tacite de la complicité d’Abbas, Grandi fait un appel direct non seulement à Israël, mais aussi « aux autorités palestiniennes » pour prendre « des mesures immédiates pour ouvrir le poste frontière de Karni aux importations et aux exportations, aussi bien qu’aux marchandises humanitaires. » Il ajoutait que « seulement ceci permettra au peu d’économie qu’il reste dans Gaza de survivre. »

Car le peuple dans Gaza souffre l’étranglement, des milliers de leurs parents ont échoué dans des conditions désespérées du côté égyptien de la frontière de Rafah, réfugiés exilés même de leur endroit d’exil. Beaucoup parmi ces personnes sont de santé fragile et sont allées en Egypte suivre un traitement médical, et au moins 31 d’entre elles sont mortes durant leur attente de pouvoir rentrer à la maison.

Sur la scène politique, le Hamas a continué de réagir à l’escalade de la guerre d’Abbas avec la même constance, lançant des appels journaliers au dialogue, à la réconciliation et à un retour au gouvernement national d’unité. En dépit du siège, le Hamas a également continué à tenir ses engagements avec succès, payant les salaires des milliers d’employés de gouvernement dont les salaires sont bloqués par Abbas et Fayyad.

Abbas, tout en s’engageant littéralement avec l’occupant et le colonisateur, continue de rejeter avec colère tout dialogue entre Palestiniens. Pourtant, il est douteux que cette position puisse résister longtemps. Abbas, conformément à un veto de l’administration Bush, refuse de discuter après même que certains dirigeants israéliens aient commencé à préconiser un dialogue direct avec le Hamas.

L’un d’entre eux est Efraim Halevy, ancien directeur de l’agence de renseignements d’Israël, le Mossad. Interrogé par le Wall Street Journal, Halevy déclare : « Je ne dis pas que nous devrions parler au Hamas par compassion pour lui. Je n’ai aucune sympathie quelconque pour le Hamas. Je pense qu’il s’agit d’une bande abominable... mais je n’ai entendu personne dire que le tandem Abbas-Fayyad allait faire le travail » (« Et si Israël discutait avec le Hamas ? Projet d’un ancien maître-espion, vu comme une hérésie par certains » Wall Street Journal, 1 août 2007).

Halevy exprime des doutes à propos de la stratégie US tentant de soutenir Abbas et d’isoler le Hamas, la qualifiant de « fantasme politique ». Il a appelé Israël à négocier une trêve à long terme avec le Hamas, trêve qui a déjà été proposée par ce mouvement. Halevy, indique le Journal, « fait partie d’un petit groupe de personnalités qui aujourd’hui disent que, en raison de l’influence grandissante du Hamas, il est devenu impossible d’éviter un tel dialogue. L’ancien secrétaire d’Etat Colin Powel s’est joint à ce groupe lors d’une récente interview sur la radio nationale publique. »

Sûr de lui, Abbas continue ; il a récemment reçu une nouvelle livraison d’armes importante - 1 000 fusils - coordonnée par Israël et la Jordanie pour renforcer ses milices contre le Hamas. Toutes ces provocations entraînent des conséquences. Si la direction civile du Hamas persiste à brandir la branche d’olivier, la base du mouvement de résistance montre, à certains signes, qu’elle commence à être à bout de patience.

Suite à l’appel récent de Fayyad aux forces de la résistance pour un désarmement unilatéral face à l’occupant, et à la publication qui a suivi de son « programme de gouvernement » qui omet de mentionner la lutte armée, les Comités populaires de la Résistance (CPR) ont publié un avertissement menaçant. Lors d’une conférence de presse du 28 juillet, un porte-parole du groupe - une coalition des combattants de la résistance de différentes factions dont le Fatah, responsables de la capture du prisonnier de guerre israélien Gilad Shalit - « a appelé Abbas, Fayyad et d’autres membres du gouvernement, "les traîtres de Ramallah", et fait le serment qu’ils recevront une "réponse identique à celle de l’occupant israélien" » (« CPR : Fayad et ‘les traîtres de Ramallah’, cibles d’une attaque », Ha’aretz, 28 juillet 2007).

En attendant, un autre membre du Hamas, Mou’aiad Bani Odeh, 22 ans, est mort dans un hôpital israélien après y avoir été transféré depuis la prison d’Al-Juneid dirigée par les forces d’Abbas. Bani Odeh, selon le Hamas, a succombé à des blessures résultant de tortures infligées par les hommes d’Abbas, lesquels continuent leur répression contre les membres du Hamas dans toute la Cisjordanie. (« Un membre du Hamas meurt après avoir été torturé dans une prison de l’Autorité palestinienne », Ma’an News, 10 août 2007).

Des signes montrent qu’à moins qu’Abbas et son entourage ne renversent le cours des choses et ne mettent fin à leur guerre contre le peuple palestinien, le calme apparent qui prévaut actuellement sera rompu par une nouvelle tempête.

* Ali Abunimah est cofondateur d’Electronic Intifada


Voir en ligne : www.abunimah.org