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PALESTINE

Palestiniens et Juifs d’Israël appellent au soutien à la campagne de boycott et de sanctions contre Israël

Lundi 2 juillet 2007, par Omar BARGHOUTI et Aldjia MOULAI

« Aujourd’hui : nous savons. Nous savons que toute politique de ségrégation ou de séparation, bien loin d’encourager une orientation pacifique, ne fait qu’encourager le racisme et le fanatisme des deux côtés. [...] QUE POUVONS-NOUS FAIRE ? Le seul moyen non-violent qui nous soit offert, ce sont les pressions extérieures sur Israël. Si les gouvernements ne veulent pas s’en charger, c’est aux sociétés civiles de le faire. Le boycott c’est quelque chose que la société elle-même peut mettre en œuvre ». Ilan Pappe [1]

Des citoyens israéliens, juifs et palestiniens, sont choqués par la communauté internationale qui punit les Palestinien-nes et poursuit les investissements en Israël. Ils dénoncent ce soutien actif aux violations quotidiennes du droit international et à la colonisation accélérée des territoires occupés. Combattant toutes les formes de racisme et d’oppression, ils approuvent, comme une forme de résistance non-violente légitime et nécessaire, les actions de boycott, désinvestisse- ment et sanctions contre Israël (BDS). [2]

Tandis que la commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies, Louise Arbour, soutient « le débat public » sur les campagnes, en nombre croissant, d’organisations britanniques qui les préconisent, Omar Barghouti répond pour solidaritéS aux objections fréquemment formulées. Il est l’un des membres fondateurs du PACBI, (Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel). Ingénieur de profession, militant des droits de l’homme, il défend l’égalité comme valeur universelle. Il s’est résolument engagé en faveur d’un seul Etat laïc et démocratique pour résoudre la question palestinienne.


Beaucoup de personnes reprochent au boycott d’encourager l’antisémitisme et de rappeler la période nazie où Hitler a commencé son règne en boycottant ce qu’il appelait l’économie juive. Que répondez-vous à cela ?

Un de mes précédents articles [3] développe cette question et je précise ici les points importants. Le philosophe Etienne Balibar relève qu’« Israël ne devrait pas être autorisé à instrumentaliser le génocide des Juifs européens pour se mettre audessus des lois internationales ». Les Etats-Unis et la plupart des autorités européennes portent sur l’oppression israélienne un regard qui ne veut pas voir. En fait, l’Occident a perpétué la misère, la souffrance et l’injustice qui se sont produites depuis l’Holocauste.

Quant à l’accusation d’antisémitisme, évidemment déplacée, elle est clairement employée comme intimidation intellectuelle. Faut-il encore répéter que les appels palestiniens au BDS ne visent pas les Juifs ni même les Juifs israéliens. Ces appels sont exclusivement dirigés contre Israël en tant que puissance coloniale qui viole les droits des Palestiniens et le droit international. L’appui croissant de juifs progressistes européens et américains à des pressions effectives contre l’Etat d’Israël constitue un contre-argument trop peu connu.

Un autre point maintenant que n’abordait pas l’article que je viens de citer. On ne peut exiger des Palestiniens qu’ils expient en raison de l’Holocauste, parce que ce génocide est européen. Nous ne devrions donc pas être invités à soulager la culpabilité européenne. En fait, les Européens qui éprouvent cette culpabilité devraient soutenir le boycott non seulement pour opposer un principe moral à la politique raciste d’apartheid d’Israël, mais également pour en finir avec l’héritage sanglant de l’Holocauste et des drames qui l’ont suivi.

Une autre objection fréquente contre le boycott est que de nombreux Palestinien-nes dépendent de leur travail en Israël, ou d’employeurs israéliens, et que le boycott pourrait leur nuire. Qu’en pensez-vous ?

Je ne m’étendrai pas sur l’attitude paternaliste, typiquement européenne, que contient cette question. Les Européens savent-ils mieux que l’immense majorité de la société civile palestinienne ce qui convient aux Palestiniens ? Cette dernière soutient activement le boycott, le BDS. Cela va sans dire que les Palestinien-nes peuvent toutefois souffrir des répercussions économiques, ou autres, d’un boycott complet imposé à Israël, tel que ce fut le cas pour l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Depuis la Naqba [la catastrophe de l’expulsion massive de 1948], les Palestiniennes n’ont cessé de souffrir de la campagne graduelle et persistante de purification ethnique, de la part d’Israël. Campagne qui s’est révélée par la confiscation massive de terres, par l’expulsion – en masse ou fragmentaire – des indigènes palestiniens ; par les massacres aveugles, particulièrement d’enfants ; par le déracinement de centaines de milliers d’arbres ; par la démolition de milliers de maisons ; par la destruction d’établissement sociaux, culturels et éducatifs ; par l’état de siège et par le déni brutal de la liberté de circulation des Palestiniens avec la construction illégale du mur ; par les colonies, les routes réservées aux Juifs ou les centaines de barrages routiers ; et par les humiliations et les viols quotidiens des droits humains élémentaires.

La plupart des Palestinien-nes sont clairement prêts à supporter des sacrifices supplémentaires pour autant que nous puissions voir la lumière de la liberté, de l’égalité et de l’auto-détermination au bout de ce long tunnel qui dure depuis près d’un siècle.

Pourquoi jugez-vous le boycott si important ?

Moralement et politiquement, le boycott est la forme la plus saine de résistance civile non-violente. Elle a prouvé son efficacité en Inde, en Afrique du Sud et dans les luttes pour les droits civiques aux Etats-Unis. Tout en unissant potentiellement lesPalestinien-nes dans une lutte à laquelle ils peuvent tous contribuer, le boycott fait aussi appel à la conscience de tous ceux et celles qui dans le monde entier ne peuvent plus tolérer la complicité de leurs gouvernements dans le soutien et la perpétuation de la politique coloniale et d’apartheid d’Israël. Et de tous ceux et celles qui veulent éthiquement contribuer à la fin de cette injustice.

BARGHOUTI Omar, MOULAI Aldjia

* Paru dans le périodique suisse « solidaritéS » n°110 (20/06/2007), p. 8. Propos recueillis et traduitsde l’anglais par Aldjia Moulaï, le 15 juin 2007.