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Les États-Unis face à l’arc des crises

Les dilemmes de M. Bush

Mercredi 20 juin 2007, par Jim Lobe

La prise du pouvoir par le Hamas à Gaza, les menaces qui pèsent sur le régime de Mousharaf viennent compliquer un peu plus la situation désastreuse de l’administration américaine et pourraient jouer en faveur d’Al Qaida. Analyse de Jim Lobe.

Quatre ans après l’apparition des premiers signes d’une grave insurrection en Irak, le Président américain George W. Bush est assailli par des crises majeures s’étendant de la Palestine au Pakistan.

Avec la déroute des forces du Fatah soutenues par les Etats-Unis face au Hamas à Gaza cette semaine, la vieille vision que Bush a fait sienne il y a cinq ans, celle de la solution des deux Etats au conflit Israélo-Palestinien, semble aujourd’hui plus éloignée que jamais, alors qu’un nouveau rapport du Pentagone en Irak suggère que sa stratégie du « renforcement » menée depuis quatre mois échoue à son premier objectif qui est de réduire la violence.

Dans le même temps, le Président pakistanais Pervez Musharraf, que Washington appuie pratiquement de manière inconditionnelle depuis l’attaque du 11 septembre d’Al Qaeda, fait face à une révolte populaire croissante, pendant qu’une grande partie des régions frontalières tribales du pays sont sous le contrôle des forces alliées aux Talibans de l’Afghanistan. Et l’Iran, que les fonctionnaires américains de haut rang accusent cette semaine d’armer les Talibans et des milices chiites en Irak, a continué à défier les exigences de Washington d’arrêter son programme d’enrichissement d’uranium, alors que les alliés régionaux de Téhéran, le Hezbollah libanais, la Syrie, pour ne pas mentionner le Hamas lui-même, semblent avoir avec succès résisté aux efforts intensifiés menés par les États-Unis afin de les isoler.

Les événements de cette semaine à Gaza sont susceptibles également de porter un coup sévère aux espoirs des États-Unis de forger une coalition anti-Iranienne se composant d’Israël et « du quartet arabe » mené par l’Egypte, la Jordanie et l’Arabie Saoudite. En effet, le Roi saoudien Abdallah semble s’être progressivement désillusionné quant à une alliance avec Bush avant même la dissolution, appuyée par les Etats-Unis, du gouvernement d’unité nationale par le président de l’Autorité palestinienne et leader du Fatah Mahmoud Abbas, (...).

« Nos amis arabes sont intimement convaincus que nous ne savons pas ce que nous faisons, » a déclaré l’ex-ambassadeur Daniel Kurtzer, Délégué en chef de Washington en Israël pendant le premier mandat de Bush et maintenant professeur à l’université de Princeton, cette semaine avant la prise de Gaza par le Hamas.

Al Qaeda, qui continue à jouir de la protection de ses alliés au Pakistan et trouve en Irak son premier terrain de recrutement grâce à l’occupation militaire américaine, a également énormément bénéficié de la mise en échec des politiques de Washington dans toute la région, selon la plupart des experts.

« Al Qaeda est aujourd’hui une organisation globale - avec une machine de propagande bien huilée basée au Pakistan, une base secondaire mais indépendante en Irak, et une influence grandissante en Europe, » écrivait le mois dernier Bruce Riedel, un ancien analyste de haut niveau de la CIA, dans le magazine Foreign Affairs.

Dans un article, intitulé « Al Qaeda riposte [Al Qaeda Strikes Back] » Reidel, directeur principal des Affaires du Proche Orient à la Maison Blanche de 1997 à 2002, avait prévu que le groupe mènerait probablement de nouvelles opérations au Liban du nord et à Gaza et essayerait par la suite de provoquer « la guerre globale » entre les États-Unis et l’Iran en tant qu’élément « d’une grande stratégie » visant à « saigner » Washington, plus ou moins de la même façon que les moudjahidin et leurs alliés arabes soutenus par les États-Unis ont saigné les Soviétiques en Afghanistan pendant les années 80.

En effet, comme le Jason de la mythologie grecque, Bush a semé les dents du dragon [1] dans toute la région par une politique principalement militaire, en particulier par sa décision d’envahir et d’occuper unilatéralement l’Irak, alors même qu’il encourageait les gouvernements de droite en Israël à s’abandonner à leur penchant pour l’usage de la force pour résoudre les problèmes avec leurs voisins.

Mais, à la différence de Jason, il semble de plus en plus douteux que Bush puisse soumettre les forces militantes qui ont poussé de ces graines et semblent se renforcer chaque jour un peu plus.

Israël, qui a mené l’année dernière au Liban une guerre désastreuse favorisée et prolongée à la demande des faucons de Washington et qui doit faire face maintenant à un Gaza dominé par le Hamas sur sa frontière sud, semble également de plus en plus vulnérable.

Les spécialistes régionaux, y compris Riedel et Kurtzer, ont depuis longtemps argué du fait que la reprise d’un processus de paix israélo-palestinien crédible qui pourrait offrir aux Palestiniens l’espoir réel d’avoir leur propre Etat dans un avenir pas trop éloigné - ou ce que la secrétaire d’état Condoleezza Rice a appelé « un horizon politique » - pourrait correspondre à l’unique décision d’importance pour renverser la radicalisation de la région à laquelle Washington pourrait mener.

Alors la grande question maintenant est comment les États-Unis et Israël réagiront-ils aux derniers événements dans les territoires palestiniens - un sujet qui dominera presque certainement l’ordre du jour quand Bush rencontrera le premier ministre israélien Ehoud Olmert en Israël la semaine prochaine. Il sera particulièrement important de savoir s’ils adopteront les mêmes politiques durement punitives contre un Gaza dominé par le Hamas, comme celles appliquées contre le gouvernement palestinien depuis que le Hamas a défait le Fatah lors des élections de janvier 2006.

Déjà, les néoconservateurs et d’autres faucons réclament une politique dure similaire à celle des cinq dernières années, exigeant non seulement que les Etats-Unis prennent la tête d’un boycott diplomatique et matériel contre Gaza, mais qu’il enterrent également tous les plans de reprise d’un processus de paix, même avec Abbas.

« Puisque la politique palestinienne est clairement retournée à son statut d’avant 1993, ainsi doit-il en être de la politique occidentale et américaine. Ceci signifie aucune aide occidentale et aucun appui diplomatique jusqu’à ce que leurs chefs changent de politique, » a écrit Barry Rubin, directeur d’un think tank Likoudiste à Jérusalem, dans le Wall Street de vendredi.

« Hamas est l’ennemi, autant qu’Al Qaeda, parce qu’il fait partie de l’effort islamiste radical en vue du contrôle de la région, du renversement de tout ce qui est, même vaguement, modéré, et d’annulation de toute influence occidentale, » écrit-il.

Mais d’autres insistent sur le fait qu’une telle approche favoriserait les radicaux de la région, y compris Al Qaeda.

« Les américains ont un besoin urgent de repenser leur politique ratée au Moyen-Orient, » dit Daniel Levy, un ancien négociateur de paix israélien qui dirige le Middle East Initiative au New America Foundation (NAF) qui a décrié les efforts de l’administration pour affaiblir et renverser par la suite le Hamas.

« Par leurs efforts avortés pour obtenir un changement de régime en Palestine et empêcher les Palestiniens d’embrasser la cause du Hamas, les États-Unis les mènent dans les bras d’Al Qaeda, » juge-t-il.

L’organisation Les Américains pour la Paix Maintenant [Americans for Peace Now], un groupe juif, a également appelé l’administration à résister aux conseils des faucons et à réévaluer sa politique. « Nous poussons les États-Unis, Israël, et la communauté internationale à ne pas répéter les erreurs des 18 derniers mois, avec des politiques s’appuyant sur la notion, aujourd’hui clairement discréditée, voulant que l’échec du Hamas dans le gouvernement mènera à sa disparition de la scène politique palestinienne, » ont-ils indiqué.

[1] Ndt : il ne s’agit pas de Jason mais de Cadmos


- Source : IPS
- Traduction : Contre Info